thumb|upright|La Papesse, arcane majeur du tarot Visconti. Le tarot divinatoire, ou taromancie, est un art divinatoire qui utilise les cartes du tarot de Marseille ou sous d'autre forme comme le tarot des anges ou tarot des égyptiens. Il s'agit d'une forme de cartomancie. C'est l'art de tirer les cartes, les tarots.

L'interprétation des cartes de tarot – comme oracle ou dans le cadre d'une approche plus psychologique – est parfois désignée par des néologismes, comme « tarologie ».

Cette pratique repose sur un ensemble de croyances, propres à l'occultisme, quant à l'existence de forces mystérieuses ou de liens invisibles entre les choses. Dans le milieu occultiste, de nombreuses théories attribuent à l'usage divinatoire des cartes de tarot, comme aux cartes elles-mêmes, des origines mythiques très diverses : Égypte ancienne, Bohémiens.

Historiquement, la plus ancienne trace connue de l'approche des cartes de tarot comme instrument d'interprétation apparaît à Bologne dans la première moitié du Michael Dummett, « Tarot Cartomancy in Bologna », in The Playing Card, , , 2003, .

Un point marquant de son développement apparait vraisemblablement à la fin du , dans l’œuvre d'Antoine Court de Gébelin immédiatement prolongée par Jean-Baptiste Alliette, dit « Etteilla », mais la source en est vraisemblablement italienneId. pages 79-80, .

Au , Eliphas Lévi développa une théorie qui, associant notamment les 22 cartes majeures (nommées « arcanes majeurs » à partir de 1863, en référence au lexique de Paracelse) aux 22 lettres de l'alphabet hébreu, est devenue la référence dans le milieu occultiste.

À partir du travail de Lévi, de nombreux jeux de tarot divinatoire ont été créés au tournant des par différentes sociétés occultistes, essentiellement françaises et anglo-saxonnes, chacune désireuse de développer un jeu dont l'iconographie et la clé d'interprétation seraient conformes à sa doctrine.

Parmi les plus célèbres dérivés, on trouve le Tarot de Wirth, publié en 1889 par Stanislas de Guaïta et Oswald Wirth, et le Tarot Waite-Smith, publié en 1909 par Arthur Edward Waite et Pamela Colman-Smith.

Aucune étude peer‑reviewed ne montre que le tarot divinatoire a une efficacité supérieure au hasard.  Toutes les études rigoureuses disponibles concluent à l’inefficacité du tarot comme outil prédictif.

Histoire

L'usage divinatoire du tarot pourrait être daté de 1527 avec la parution du Chaos del Tri per uno, essai littéraire de lecture divinatoire avec les cartes de tarot de Teofilo Folengo écrit sous le pseudonyme de Merlin Cocai. Toutefois cette source est isolée et encore sujette à débats.

C'est à la fin du à Bologne en Italie qu'est attesté un des premiers documents connus avec la liste de cartes du tarot et leurs significations divinatoiresGiordano Berti, Tarocchi e Cartomanzia, in Storia dei Tarocchi, Mondadori, Milan 2007, p.99.

Le rayonnement du tarot divinatoire fondé sur le tarot de Marseille ou le tarot de Besançon prend son essor en France avec Antoine Court de Gébelin Ronald Decker, Thierry Depaulis et Michael Dummett, A wicked pack of cards: the origins of the occult Tarot, Duckworth, 1996, . à la fin du , en pleine période des Lumières. L'approche moderne des cartes de tarot comme instrument d'interprétation (essentiellement divinatoire) prend sa source dans l’œuvre de cet érudit protestant célèbre à l’époque avec son Monde Primitif..

Son travail est repris et réinterprété dans les livres de Jean-Baptiste Alliette, dit « Etteilla », occultiste du qui, penché sur la cartomancieEtteilla, ou la seule manière de tirer les Cartes, Etteilla, Amsterdam, 1773 ., décide de restituer aux cartes de tarot ce qu'il estime être leur forme primitive, il en remodèle l'iconographieManière de se récréer avec le jeu de cartes nommées Tarots, Etteilla, Paris, 1785 et il le baptise « Livre de Thot ».

Plus tard, Eliphas Lévi dénonce les erreurs d'Etteilla en affirmant que les 22 Triomphes correspondent aux 22 lettres de l'alphabet hébreu mosaïqueEliphas Levi, Dogme et rituel de la Haute Magie. Paris, 1855-56, un rapprochement déjà fait dans l'ouvrage de Court de Gébelin sous la plume du C. de M.

L'étude de Lévi, plus profonde et complexe, devient ainsi la plus importante référence de l'occultisme moderneLe Tarot comme clé de la connaissance - TarotBlanc.com.

Les théories de Lévi sont reprises par de nombreuses confraternités occultistes (en particulier dans l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix avec Oswald Wirth, Gerard « Papus » Encausse) et chacune d’entre elles réalise de nouvelles cartes de tarot conformes à sa propre philosophie.

Les différents courants, qui dérivent globalement tous des travaux de Court de Gébelin Michael Dummett, A wicked pack of cards., sont à l'origine des variations qu'on connait dans les cartes. On trouve ainsi Etteilla et son tarot influencé par l'Égypte, les cartes de tarot d'Oswald WirthO. Wirth, le Tarot des imagiers du Moyen Âge, de Robert FalconnierR. Falconnier, les XXII lames hermétiques du Tarot divinatoire, 1896 ceux de la Golden Dawn qui se retrouvent dans celui de E.A. Waite et Pamela Colman-Smith ou d'Aleister Crowley.

Toutes ces cartes reprennent la structure du tarot de Marseille tel qu'il existait en France depuis le au moins. Le tarot de Marseille est presque à l'origine de tous les jeux de cartes que nous connaissons aujourd'hui..

Description

La totalité des jeux de tarot utilisés dans les pratiques d'interprétation du tarot se fondent sur le tarot de Marseille, on trouve des variantes dans l'ordre des atouts dans les tarots anciens comme dans les tarots modernes, de même que des variations iconographiques plus ou moins profondes.

Globalement, on peut distinguer trois tendances : les tarots dont les cartes numérales reprennent des motifs similaires aux cartes à enseigne italienne (avec des variations dans les symboles) d'une part, d'autre part ceux dont les cartes numérales sont illustrées, tradition principalement anglo-saxonne qui se fonde sur le tarot de Waite, et enfin une troisième tendance qui ne se compose que d'une série d'atouts avec le Mat ou son dérivé (par exemple chez Falconnier).

Depuis 1863 et à la suite de Paul Christian, nombre d'occultistes divisent les cartes en deux groupes en utilisant le terme « arcane » de Paracelse pour désigner les cartes : les cartes d'atouts sont désignées par le terme « arcanes majeurs », et les autres cartes, cartes de points dites « numérales » et « figures » ou « honneurs », sont désignées comme « arcanes mineurs »Thierry Depaulis, Tarot de Paris, André Dimanche, Marseille, 1984 : ..

Les Triomphes ou Atouts dits « arcanes majeurs »

C'est la cinquième bande qui distingue les jeux de cartes de tarot des autres jeux de cartes à enseignes latines à quatre couleurs. Historiquement nommés « triomphes », ils deviennent « atouts » pour le jeu. Ils sont au nombre de 22. Ils étaient historiquement numérotés en numération romaine à la façon du Moyen ÂgeLa soustraction du nombre de rang inférieur à gauche n'est pas utilisée ; le tarot de Jacques Viéville fait exception pour deux atouts de son jeu (où 9 et 19 sont notés respectivement IX et XIX, et non pas VIIII et XVIIII comme dans la plupart des autres tarots français anciens). comme reproduit ci-dessous. Certains jeux plus modernes usent de la numération romaine normalePar exemple le tarot de Teodoro Dotti, Milan, c. 1845., ou le tarot dit Rider-Waite-Smith. ou de chiffres arabes.

Le tarot de Marseille

I. Le Bateleur (ou le Magicien) II. La Papesse (ou la Grande Prêtresse) III. L'Impératrice IV. L'Empereur V. Le Pape (ou le Hiérophante) VI. L'Amoureux (ou Les Amoureux dans les versions anglophones) VII. Le Chariot VIII. La Justice IX. L'Ermite X. La Roue de Fortune XI. La ForceXII. Le Pendu XIII. L'Arcane sans nom/« La Mort » XIV. Tempérance XV. Le Diable XVI. La Maison Dieu (ou la Tour) XVII. L'Étoile XVIII. La Lune XIX. Le Soleil XX. Le Jugement XXI. Le Monde XXII. Le Mat / 0 - (ou le fou) Le Mat (ou le Fou) est sans nombre (chez Oswald Wirth il n'est pas numéroté, mais il est associé à Shin, la lettre de l'alphabet hébreu) ; pour beaucoup d'auteurs, il se range avec les autres triomphes, c'est ainsi qu'il était classé historiquement dans la pratique du jeu, d'autres auteursPar exemple Jean-Marie Lhôte. le classent soit avec les cartes numérales et les honneurs, soit à part de toutes les autres cartes.

En tant qu'atout, il se voit affecter la valeur 22 ou zéro selon la convention choisie. Parfois encore Le Mat est classé au , Le Monde étant alors au , c'est l'ordre adopté par l'auteur anonyme (en fait Valentin Tomberg) de l'ouvrage Méditations sur les 22 arcanes majeurs du TarotMéditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot 1984, Éditions Aubier Montaigne, Paris, 1980, 1984, 1992 - (l'ouvrage est paru sans nom d'auteur selon la volonté de l'auteur, mais en fait c'était un secret de polichinelle, voir Antoine Faivre, Accès à l'ésotérisme occidental, tome II, Éd. Gallimard, 1996, , et avec une introduction de Hans Urs von Balthasar)..

La convention de numération romaine diffère du Rider-Waite. Celle-ci est aussi présente sur les cadrans d'horloge (le « quatre horloger ») et a souvent été utilisée au Moyen Âge..

Le tarot Rider-Waite 0 Le fou (The Fool)

I. Le Magicien (The Magician) II. La Grande Prêtresse (The High Priestess) III. L'Impératrice (The Empress) IV. L'Empereur (The Emperor) V. Le Hiérophante (The Hierophant) VI. Les Amoureux (The Lovers) VII. Le Chariot (The Chariot) VIII. La Force (Strength) IX. L'Ermite (The Hermit) X. La Roue de Fortune (The Wheel Of Fortune) XI. La Justice (Justice) XII. Le Pendu (The Hanged Man)XIII La Mort (Death) XIV. Tempérance (Temperance) XV. Le Diable (The Devil) XVI. La Tour (The Tower) XVII. L'Étoile (The Star) XVIII. La Lune (The Moon) XIX. Le Soleil (The Sun) XX. Le Jugement (Judgement) XXI. Le Monde (The World)

Le Fou, contrairement au Mat du tarot de Marseille qui n'est généralement pas numéroté, prend le chiffre 0, et « La Force » a comme chiffre VIII et « La Justice » XI.

Le tarot des Égyptiens

I. Le Chaos II. La Lumière III. Les Plantes IV. Le Ciel V. Le Monde VI. Les Astres VII. Les Oiseaux et Les Poissons VIII. Le Repos IX. La Justice X. La Tempérance XI. La ForceXII. La Prudence XIII. Le Grand Prêtre XIV Le Démon XV. Le Devin XVI. Le Jugement XVII. La Mort XVIII. L'ermite XIX. L'Ecroulement XX. La Roue XXI. Le Tyran LXXVIII. L'Alchimiste

Les cartes numérales et figures, dites « arcanes mineurs » Ce sont les cartes « habituelles » qu'on retrouve dans le jeu de cartes à enseignes latines standards, réparties en quatre couleurs ou séries : le denier (ou l'écu), le bâton, l'épée, la coupe.

Chaque couleur ou série compte 14 cartes : l'As, les neuf nombres, le Valet, le Cavalier (ou le Chevalier), la Reine et le Roi. Les tarots de tradition anglo-saxonne - principalement des déclinaisons du tarot d'A.E Waite et Pamela Colman-Smith, dit tarot Rider-Waite - remplacent les deniers par des pentacles.

Certains jeux remplacent les figuresPar exemple le tarot de la Golden Dawn remplace les figures des valets par des princesses et des cavaliers par des princes..

Dans certains jeux de cartes de tarot, les cartes numérales sont absentes (chez Oswald Wirth par exemple) ou moins nombreuses comme dans le tarocchino de Mitelli.