thumb|400px|right|Localisation des villes polluées La catastrophe de l'usine pétrochimique de Jilin en Chine consiste en une série d'explosions qui se sont produites dans une usine pétrochimique de la ville de Jilin dans la province du même nom en Chine le . Une quantité de benzène et de nitrobenzène (des produits hautement cancérigènes), estimée à une centaine de tonnes, s'est alors déversée dans la rivière Songhua, un important affluent du fleuve Amour.

La nappe de polluants d'une longueur initiale de a dérivé sur la Songhua puis sur l'Amour et a touché de nombreuses villes dont Songyuan ( habitants), Harbin ( d'habitants), Jiamusi ( habitants), Khabarovsk ( habitants) et Komsomolsk-sur-l'Amour ( habitants).

La catastrophe thumb|200px|right|Province de Jilin L'explosion Les explosions se sont produites dans une usine pétrochimique de la Jilin Petrochemical Corporation (détenue par la China National Petroleum Corporation) à Jilin et auraient fait au moins 5 morts ou disparus, ainsi que 70 blessés. Les causes de l'explosion ont été connues 48 heures après le drame mais l'agence chinoise de l'environnement (SEPA, State Environmental Protection Administration of China) n'a confirmé officiellement l'accident que le , soit 10 jours après la catastrophe BBC News du 23/11/2005.

L'explosion qui s'est produite vers 15h heure locale serait due à une mauvaise manipulation, après un problème dans une tour d'une unité de fabrication d'aniline. La déflagration qui a suivi a soufflé les vitres dans un rayon de et des témoins ont rapporté avoir vu de la fumée sur toute la zone industrielle. Par peur d'autres explosions et d'une contamination du siteLe Monde du 24/11/2005, plus de personnes ont ensuite été évacuées, y compris les habitants et les étudiants d'une université. Ce n'est que dans la soirée que les incendies ont été maîtrisés Agence officielle Xinhuat du 13/11/2005.

Les polluants Deux des produits toxiques relâchés par cette explosion sont du benzène et du nitrobenzène. Benzène C'est un solvant inflammable, extrêmement volatil et toxique, classé comme cancérigène par l'Union européenne. Il peut entraîner des irritations en cas de contacts avec la peau, les yeux ou les muqueuses, des malaises et des vomissements en cas d'ingestion et des vertiges, des spasmes, des insuffisances cardio-vasculaires, voire la mort en cas d'absorption. Nitrobenzène C'est un liquide huileux, incolore ou jaune pâle à l'odeur caractéristique d'amande amère. Son caractère cancérigène n'a pour l'instant jamais été prouvé mais il semble avoir des conséquences sur la fertilité et le fonctionnement du foie. Il peut causer des empoisonnements graves par ingestion, inhalation ou contact avec la peau. Il réagit avec l'hémoglobine du sang et l'empêche de réagir avec l'oxygène. Il peut également entraîner des troubles du système nerveux central, causant un sentiment de faiblesse, des maux de tête et des vomissements. Un taux élevé de nitrobenzène peut entraîner la mort en moins d'une heure.

Pollution des cours d'eau Province de Jilin

L'explosion a gravement contaminé la Songhua. On estime qu'une centaine de tonnes de produits chimiques se sont déversés dans la rivière. Au plus fort de la pollution, la proportion de benzène dans l'eau dépassait 100 fois le niveau maximal toléré. Le , une station de pompage de la ville de Jilin a été fermée. Le , la ville de Songyuan a cessé de puiser de l'eau de la rivière et l'approvisionnement a été partiellement suspendu le pour n'être rétabli que le .

Province du Heilongjiang

Harbin

thumb|250px|Harbin en bordure de la Songhua (image NASA) À en aval de Jilin se trouve la métropole de Harbin, l'une des plus grandes villes chinoises, qui dépend de la rivière Songhua pour son approvisionnement en eau.

Le , Les autorités de Harbin ont annoncé la suspension de la distribution de l'eau par le réseau d'aqueducs à compter du mardi à minuit pour maintenance, décision qui fut prise avant l'annonce officielle de la catastrophe et qui ne la mentionnait pas CCTV le 14/11/2005. Certains habitants de la ville ont toutefois déclaré que l'eau avait été coupée plus tôt que prévu.

Le soir même, les autorités firent une nouvelle annonce et mentionnèrent explicitement cette fois-ci les explosions de Jilin. La distribution d'eau fut rétablie le entre 9 h et 20 h afin de permettre aux habitants de faire des réserves, la nappe n'ayant pas encore atteint la ville. La fermeture du réseau fut décalée au à minuit, pour une durée de 4 jours.

La nappe de benzène a atteint la ville le peu avant l'aurore. On mesura ce jour des taux de nitrobenzène environ 17 fois supérieurs au taux normal tandis que le taux de benzène augmentait mais ne dépassait pas les niveaux autorisés. Le , le taux de nitrobenzène avait doublé et atteint plus de 33 fois la norme puis commença à diminuer, le taux de benzène restant sous la norme. Au même moment, la nappe de polluants avait fini de traverser les villes de Zhaoyuan et Daqing dans le Heilongjiang. Wen Jiabao, Premier ministre de la République populaire de Chine a visité Harbin le pour se rendre compte de la situation au niveau de la pollution et de l'approvisionnement en eau.

En réponse à la crise, des camions ont transporté jusqu'à Harbin des centaines de mètres cubes d'eau des villes avoisinantes ainsi que des milliers de tonnes de charbon actif de tout le pays. Afin d'éviter une explosion des prix de l'eau potable, le gouvernement de la ville a gelé les prix à leurs niveaux du . La ville a de plus creusé 95 puits supplémentaires pour puiser de l'eau dans les sources souterraines (complétant ainsi les 918 autres puits déjà existants). Une quinzaine d'hôpitaux sont restés de garde afin d'accueillir les premières victimes d'éventuelles contaminations.

Après 5 jours sans eau, la municipalité de Harbin a fait rétablir l'alimentation le dimanche à 18 heures, la nappe ayant traversé la ville. Afin de rassurer la population et de tenter d'étouffer les critiques concernant la gestion et l'annonce de la catastrophe par les autorités, Zhang Zuoji, le gouverneur du Heilongjiang a été le premier à boire un verre d'eau du robinet BBC News du 23/12/2005.

Jiamusi

Après Harbin, la nappe de polluants, qui dérive plus lentement à cause du gel de la rivière, a atteint, aux environs du , la ville de Jiamusi qui compte habitants et d'habitants dans son agglomération. Les autorités ont fait fermer une des usines de retraitement « en raison de la possible contamination de son approvisionnement en eau », selon un responsable municipal qui a requis l'anonymat. Cette usine fournit, selon l'agence officielle Xinhua (Chine nouvelle), entre 70 et 80 % de l'eau potable de la ville. L'eau courante n'a pas été entièrement coupée car la ville a également accès à des réserves en profondeur qui ne sont pas touchées par la pollution mais le gouvernement chinois a fait acheminer des milliers de bouteilles d'eau potable vers la ville ainsi que vers d'autres localités le long du fleuve. Des panneaux d'avertissement avaient également été disposés le long du fleuve pour empêcher les riverains d'en boire l'eau, d'en pêcher les poissons ou de s'y baignerLe Monde du 05/12/2005.

Région de Khabarovsk

Khabarovsk

La rivière Songhua se jette ensuite dans le fleuve Heilong qui prend le nom de Amour en Russie et arrose la ville de Khabarovsk ( habitants) dans l'Extrême-Orient russe. Depuis l'annonce officielle de l'explosion et la reconnaissance de la pollution le , les autorités de la ville savaient que celle-ci serait touchée dans le courant du mois de décembre. Les premières traces de benzène avaient d'ailleurs déjà été détectées aux environs de la ville dès le <ref>[https://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3210,36-714075@51-713602,0.html Le Monde du 25/11/2005]</ref>. La ville a ainsi pu prendre ses précautions. Un barrage de ferraille et de sable de de long a été construit à la hâte sur un des bras du fleuve à quelques kilomètres à l'ouest de la ville. Le coût de ce barrage est évalué à 1,8 million d'euros et la Russie envisage de demander des compensations financières à la Chine pour les surcoûts entraînés. de charbon actif avaient été acheminées pour filtrer l'eau, d'après Sergueï Choïgou, ministre des Situations d'urgence. Des camions citernes ont également été réquisitionnés pour apporter de l'eau potable afin que les habitants puissent constituer des stocks en cas de coupure. Natalya Zimina, porte-parole de l'administration régionale, a déclaré à l'agence Associated Press'' : « La nappe est arrivée dans la ville. Les analyses ont confirmé la présence de nitrobenzène dans l'eau. Mais la concentration n'excède le niveau maximal acceptable et nous n'envisageons pas de couper l'approvisionnement en eau à Khabarovsk ». Cependant, l'approvisionnement a été suspendu pour des vérifications à Krasnaïa Retchka, une cité de habitants de la banlieue sud de la villeSite d'information belge 7 sur 7 le 21/12/2005.

Komsomolsk-sur-l'Amour

Dans la journée du 04/01/2006, la pollution a touché Komsomolsk-sur-l'Amour, la dernière grande agglomération sur le fleuve Amour avant l'océan Pacifique. D'après l'antenne locale du ministère russe des situations d'urgences, la nappe de benzène, qui atteint dorénavant de long, n'a pas entraîné de dépassement des normes et l'eau courante n'a pas été coupéeDépêche AFP reprise par Yahoo ! Actualités le 04/01/2006.

Pollution maritime Le fleuve Amour traverse le Détroit de Nevelskoï et se jette dans la mer d'Okhotsk et la mer du Japon qui baigne le Japon, la Corée et l'Extrême-Orient russe. Malgré la dilution des produits toxiques, on craint des effets sur la faune et la flore locales.

Conséquences de cette pollution Sur le plan écologique Cette catastrophe a permis de révéler de graves défauts dans la gestion de l'environnement en Chine et en Russie, du fait des nombreuses réformes effectuées depuis la chute de l'Union soviétique. Les effets à court terme de cette pollution ont pu être minimisés en suspendant l'approvisionnement et en utilisant du charbon actif pour filtrer l'eau polluée mais des effets à plus long terme sont à prévoir. En effet, la température dans cette région de l’Extrême-Orient asiatique est largement négative et la Songhua tout comme l'Amour sont en partie gelés. Il est possible que du benzène soit prisonnier des glaces et puisse s'infiltrer dans les nappes phréatiques. Un des autres polluants, le nitrobenzène peut, quant à lui, sédimenter au fond du lit du fleuve. Une pollution à long terme pourrait donc être envisagée. De plus lors de la fonte des glaces au printemps prochain, des produits toxiques pourraient être de nouveau relâchés dans le fleuve. (Le Monde du 21/11/2005) Les organisations World Wildlife Fund (WWF) et Greenpeace ont critiqué Moscou pour sa gestion de la catastrophe et estiment que les agences créées pour remplacer les organisations étatiques chargées de surveiller l'environnement du temps de l'Union soviétique "ont une autorité très limitée, un personnel, ainsi que du matériel et des ressources financières insuffisants" Dépêche AFP reprise par Yahoo ! Actualités le 27/12/2005.

Sur le plan politique Cette catastrophe a révélé de nombreuses lacunes de gestion au niveau des autorités du complexe pétrochimique, des autorités locales ou même des organismes d'état chargés de surveiller l'environnement et de prévenir la population, aussi bien en Chine qu'en Russie. Cette pollution a également eu de nombreuses conséquences politiques : Après l'explosion de l'usine de Jilin et la gestion calamiteuse des conséquences immédiates, le directeur général et secrétaire du Parti communiste du complexe pétrochimique a été limogéLibération du 08/12/2005.