La techno est un genre de musique électronique ayant émergé aux États-Unis au milieu des années 1980 . Le plus souvent composée en home studio et réinterprétée par des disc jockeys (DJs) lors de pratiques festives, la techno est avant tout une musique de danse, par essence répétitive. Sa gestation se fait en parallèle de l'apparition de la house music à Chicago, mais la techno s'inspire plus volontiers encore de l'electro et de la new wave, ainsi que de la soul, du funk et des thèmes musicaux futuristes qui prévalaient dans la culture populaire, notamment de l'Amérique industrielle de la fin de la guerre froide. Au cours des années 1990, la techno se développe en véritable culture musicale grâce à l'accueil que réservent l'Angleterre et surtout l'Allemagne aux artistes de Détroit.
Stylistiquement, la techno est une musique instrumentale généralement répétitive, souvent produite pour des mixsets. La presse spécialisée et les connaisseurs de musique techno utilisent différemment ce terme parfois pour décrire les musiques tech house et trance. La est souvent confondue avec les autres termes généralistes de musique électronique et dance...
Histoire Origines vignette|gauche|Kraftwerk en 1976 en concert à Zurich, en Suisse.
Le passé musical de la ville de Détroit est particulièrement riche, notamment symbolisé par le label Motown qui fit d'elle, entre 1959 et 1971, l'épicentre de la soul et du funk aux États-Unis.. Si les pionniers de la techno revendiquent cet héritage, ils précisent néanmoins que certains groupes européens ont joué un rôle capital, au premier rang desquels se trouve sans aucun doute le groupe allemand Kraftwerk ... Il est aussi utile de rappeler l'apport essentiel de l'ingénieur américain Robert Moog et également de sa condisciple Wendy Carlos à travers, entre autres, les expérimentations sonores qu'ils proposent dès 1968 avec l'album .
En France, un musicien comme Richard Pinhas propose, dès 1974, des électroniques d'une troublante modernité. Mais formé en 1970, le groupe allemand Kraftwerk est cité à juste titre comme l'influence déterminante des artistes ayant donné naissance à la techno en tant que telle. Si l'ensemble de la discographie de Kraftwerk connait un succès mondial., deux disques symbolisent plus particulièrement toute l'importance du groupe dans la genèse de la techno. Tout d'abord , issu de l'album éponyme paru en , qui tout au long de ses 22 minutes expose déjà la plupart des éléments musicaux présents dans la future techno. Ensuite, c'est l'album paru en 1977., avec lequel entrent en contact Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson par l'intermédiaire de l'émission de radio présentée par Charles Johnson entre 1977 et 1980, qui diffuse entre autres dans son intégralité, ou le morceau Spacelab tiré de The Man-Machine dont l'introduction propose un beat ultra rapide, rarement atteint à cette époque.
vignette|Juan Atkins au DEMF aux États-Unis en 2007.
À l'écoute de The Electrifying Mojo, Atkins, May et Saunderson, trois amis surnommés du nom de l'école secondaire où ils se sont rencontrés, sont ainsi exposés non seulement à Kraftwerk, mais aussi à Giorgio Moroder, Tangerine Dream, Yello et bien d'autres artistes de cette grande avant-garde européenne, sans oublier des artistes américains tels Prince, Sylvester (et son mixeur Patrick Cowley), The B-52's ou George Clinton, ainsi qu'à l'ensemble du catalogue de la Motown. Atkins, May et Saunderson citent tous trois l'émission Midnight Funk Association comme le déclic les ayant conduit à produire cette nouvelle musique bientôt appelée techno et Atkins ajoute avoir entendu en Kraftwerk l'expression musicale concrète de l'ère électronique naissante. Au regard de l'histoire, c'est en formant le duo Cybotron qu'Atkins synthétise l'ensemble des influences reçues de The Electrifying Mojo et crée une musique qui, si elle est encore proche de celle de Kraftwerk, prend cependant ses distances notamment par l'abandon définitif de la structure chanson (introduction/couplets/refrain…).
La techno naît symboliquement en 1985 avec la création par Atkins du label indépendant Metroplex, suivi des labels Transmat () et KMS (1987, Saunderson). Si la musique d'Atkins est toujours restée très cérébrale, May et Saunderson donnent à la techno son caractère explicitement dansant et festif. Jouée lors d'émissions de radio quotidiennes ou lors de fêtes plus confidentielles dans des clubs d'écoles secondaires de Détroit, la techno devient une musique de rassemblement et de fête mais son succès, qui reste longtemps confiné à sa ville d'origine, ne la dénature pas encore. Quelques clubs plus formels font leur apparition, notamment le Music Institute dans le centre-ville de Détroit, fondé entre autres par May. Même s'il n'a pas été d'une grande longévité, ce club a connu une renommée internationale grâce aux prestations de ses DJ mixant des nuits durant et à son bar ne servant que des jus de fruits et des (boissons sans alcool). C'est au Music Institute qu'un Richie Hawtin, par exemple, fait ses premières armes.
De Détroit à Berlin vignette|gauche|Kevin Saunderson à Melbourne, en Australie (2006).
Les producteurs de musique utilisent le terme de manière généralisée à partir de 1984, avec le morceau de Cybotron Cosgrove 1988b. Juan's first group Cybotron released several records at the height of the electro-funk boom in the early '80s, the most successful being a progressive homage to the city of Detroit, simply entitled 'Techno City'. Sicko 1999:75. Adding to the impact of Enter, the single "Clear" made a huge splash and became Cybotron's biggest hit, especially after it was remixed by Jose "Animal" Diaz. "Clear" climbed the charts in Dallas, Houston, and Miami, and spent nine weeks on the Billboard Top Black Singles chart (as it was called then) in fall 1983, peaking at No. 52. "Clear" was a success.. Des références sporadiques à une bien mal définie ne peuvent être trouvées dans la presse musicale vers le milieu des années 1980. Mais ce n'est qu'avec la sortie de la compilation sur le label Virgin en 1988. que le mot commence à avoir le sens officiel actuellement connu. Cependant, le crédit du terme peut être alloué à un DJ et propriétaire de magasin de disques allemand, , qui l'utilisait déjà dans son magasin en 1982 pour désigner un genre musical.. Son groupe musical, le , faisait d'ailleurs partie des groupes présentés par l'émission Midnight Funk Association. Rétroactivement, des œuvres telles que le morceau de A Number of Names (1981), les premières œuvres de Cybotron (1981), le morceau de Donna Summer produit par Giorgio Moroder (1977) et les morceaux dansants du répertoire de Kraftwerk (entre 1977 et 1983), sont qualifiés de techno, puis d'electro en ce qui concerne A Number of Names et Cybotron. Ces morceaux disco-électro partageaient avec la techno une utilisation intrinsèque de rythmiques électroniques et leur popularité sur les pistes de danse.
Dans les années qui suivent la sortie de la compilation , cette musique est décrite par la presse musicale dance comme le pendant house de Détroit, au son plus high-tech et plus mécanique. Car, si leurs contextes d'émergence sont distincts et autonomes, la musique techno s'appuyait cependant sur les mêmes structures que la musique house émanant à la même époque de Chicago, bien que celle-ci ait été plus proche de la soul, plus sobre et d'un style plus directement issu du disco. De plus, le succès de la house hors de sa ville d'apparition fut bien plus précoce et considérable, ce qui explique que cet amalgame se soit fait au détriment de la techno. Les producteurs de musique de l'époque, en particulier Derrick May et Kevin Saunderson, avouent avoir été fascinés par la scène de Chicago et avoir été influencés par la house en particulier. Cette influence est particulièrement évidente avec les morceaux de la compilation , de même que dans plusieurs des compositions et des remixes qu'ils ont produits entre 1988 et 1992. Par exemple, le classique de Derrick May (sorti sous le pseudonyme Rhythim Is Rhythim) est considéré comme un classique à la fois de la musique house et de la musique techno... Il est également évident que la musique house a subi des influences de la musique techno.
thumb|Tresor, club underground de Berlin, en Allemagne.
La musique techno est perçue par ses fondateurs (et par les producteurs qui commençaient à s'y intéresser) comme la cristallisation d'une certaine peur du futur post-industriel et d'une colère face à l'insécurité grandissante qu'elle engendrait. Cette philosophie l'accompagne alors qu'elle se diffuse en Europe à la fin des années 1980, notamment à Berlin (par l'intermédiaire du club et label Tresor) et Manchester (par l'intermédiaire de l'Haçienda) dont les contextes socio-économiques ne sont pas sans rappeler celui de Détroit. Dans un premier temps, la techno est mise en avant par ces clubs qui ont pu offrir un environnement favorable au développement de la scène locale de cette musique de danse. Au fur et à mesure que ces clubs gagnent en popularité, des groupes de DJ commencent à se rassembler et à proposer leur talent de mixeur et leur (sous des noms comme Direct Drive et Audio Mix) de manière à amener un auditoire toujours grandissant à écouter leur musique. Des endroits aussi variés que des salles paroissiales, des entrepôts désaffectés, des bureaux et des auditoriums de YMCA sont les lieux de rassemblement d'une foule de jeunes qui voit naître ce genre musical. May décrit la techno de Détroit comme
Scène techno allemande L'engagement de l'Allemagne avec la musique underground américaine s'est faite en même temps qu'au Royaume-Uni durant les années 1980. En 1987, une fête allemande inspiré par le son de Chicago s'établit. L'année suivante (1988), l'acid house se popularise massivement auprès des Allemands. En 1989, les disc-jockeys (DJs) allemands Westbam et Dr. Motte fondent Ufo Club, une fête illégale, cofondée avec Love Parade Robb, D. (2002), Techno in Germany: Its Musical Origins and Cultural Relevance, German as a Foreign Language Journal, no. 2, 2002, (p. 132–135).. Après la chute du mur de Berlin le , des soirées techno underground poussent comme des champignons à l'Est de Berlin, ainsi qu'une scène rave comparable à celle du Royaume-Uni. Paul van Dyk remarque l'impact important de la techno qui établit les connexions sociales entre l'Allemagne de l'Ouest de l'Est Messmer, S. (1998), Eierkuchensozialismus, TAZ, 10.7.1998, (p. 26)..
En 1991, de nombreuses soirées se popularisent, dont Ufo Club, et la scène techno berlinoise se centre elle-même à trois endroits différents : Planet (plus tard renommé E-Werk par Paul van Dyk) Brewster 2006:361, Der Bunker (haut lieu de la scène gabber berlinoise.), et Tresor Henkel, O.; Wolff, K. (1996) Berlin Underground: Techno und Hiphop; Zwischen Mythos und Ausverkauf, Berlin: FAB Verlag. ().. À cette époque des DJs augmentent l'intensité et la vélocité du son techno, pour devenir plus tard du hardcore Schuler, M. (1995), Gabber + Hardcore,(), in Anz, P.; Walder, P. (Eds) (1999 rev. edn, 1st publ. 1995, Zurich: Verlag Ricco Bilger), Techno. Reinbek: Rowohlt Taschenbuch Verlag.. DJ Tanith commente en ce temps que , hippie hardcore, punk hardcore, et maintenant un son house hardcore. Ce son émergeant serait influencé par le gabber néerlandais et le hardcore belge. D'autres influences sur le développement de ce style impliquent des groupes d'electronic body music (EBM) au début des années 1980 comme DAF, Front 242 et Nitzer Ebb Reynolds 1999:110..
Évolution du phénomène musical vignette|gauche|Love Parade à Berlin, en Allemagne (1998).
La diffusion de la techno hors de sa ville natale s'est principalement faite par l'intermédiaire du Tresor de Berlin, né comme l'ambassade européenne de la techno de Détroit, aussi bien en tant que label que comme club.