vignette|alt=Femme noire en bikini arc-en-ciel, lors d'une gay pride, sous le soleil.|La grossophobie peut être subie de manière indépendante ou en même temps que d'autres formes de discriminations : sexisme, homophobie, racisme…

La grossophobie est l'ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes perçues comme grosses. Elle repose sur un ensemble de préjugés et de stéréotypes négatifs à l'égard des personnes en surpoids ou obèses, notamment en relation avec de supposées caractéristiques comportementales qui leur seraient attribuables ou dont elles seraient coupables. Le terme en lui-même est un néologisme apparu en français en 1994.

La grossophobie se traduit par des discriminations dans plusieurs domaines de la vie, comme l'accès à l'emploi, aux soins médicaux et à l'éducation, et affecte également les relations interpersonnelles par le biais de critiques verbales et d'agressions humiliantes. Cette attitude a des répercussions physiques et psychologiques délétères sur les personnes qui en sont victimes : risque de dépression plus élevé, moindre estime de soi, augmentation de la probabilité de développer des troubles du comportement alimentaire, défaillance du suivi médical. La souffrance occasionnée par la discrimination subie par un individu souffrant de surcharge pondérale peut être aggravée du fait de l'intersectionnalité, cette discrimination s'ajoutant alors à d'autres formes de discriminations comme le sexisme, le mépris de classe, l'homophobie ou encore le racisme.

Étymologie Le concept est tiré de celui de « fat phobia » en anglais., les termes anglais et français étant eux-mêmes construits en associant l’élément gros (ou fat en anglais) et le suffixe -phobie/-phobe (du grec , « fuite, crainte, frayeur ») qui .. Un synonyme plus étymologiquement « correct » serait pachyphobie.

Le terme est relevé pour la première fois en français en 1994, dans l'ouvrage Coup de gueule contre la grossophobie de l'actrice Anne Zamberlan, fondatrice de l'association Allegro Fortissimo... Un temps tombé dans l'oubli, il est à nouveau popularisé en France en 2017, à la suite de la parution de l'ouvrage On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier... Les équivalents anglophones sont les termes « weightism » ou « weight stigma » concernant les discriminations et « fat shaming » pour les humiliations.. Le terme de grossophobie ne figure pas dans les dictionnaires usuels en 2017 mais fait son entrée dans les dictionnaires Le Robert en 2019. et dans Le Petit Larousse dans son édition 2023..

Description vignette|Les personnes grosses, en surpoids ou obèses, sont souvent perçues comme des personnes manquant de contrôle sur leur alimentation.Le Glouton, Georg Emanuel Opiz, 1804. La grossophobie désigne l'ensemble des comportements, discriminations et oppressions manifestés à l'encontre des personnes grosses (en surpoids ou obèses) dans différents aspects de la vie quotidienne. Ces aspects incluent notamment les relations interpersonnelles, l'emploi (entretiens d'embauche), les soins de santé, l'éducation ou la représentation dans les médias de masse.

Les personnes en situation d’obésité rencontrent des difficultés à se mouvoir dans l’espace public, qui n’est pas toujours adapté à leur corpulence. En termes d’accessibilité, l’espace public manque parfois d’aménagements spécifiques pour ces personnes.

Dans le cas des sièges d’avions, certaines compagnies aériennes contraignent les personnes en surpoids à prendre des dispositions particulieres comme la réservation de deux sieges, pouvant ammener à une double facturation.. Ces cas créent chez les personnes obèses un sentiment de stigmatisation connu sous le vocable grossophobie..

Origine La discrimination des personnes grosses se fonde sur des stéréotypes et des préjugés négatifs communément partagés. selon lesquels les personnes obèses seraient à la fois paresseuses, bêtes et moins brillantes, et feraient preuve d'un manque de volonté. et d'autodiscipline qui seraient à l'origine de leur poids. Pour Esther Rothblum, psychologue américaine et professeure experte en discrimination, les personnes en surpoids sont ainsi perçues comme manquant d’autocontrôle, alors que le poids dépend de l'interaction entre différents facteurs physiologiques, comportementaux, psychologiques, socioéconomiques et culturels. En partant de ces perceptions communes selon lesquelles les personnes obèses sont responsables de leur état, la stigmatisation et le blâme de ces personnes sont considérées comme justifiés ou acceptables par la collectivité, jugeant que cela serait de nature à les pousser à adopter un meilleur mode de vie. Ces stéréotypes négatifs qui affectent la perception des personnes obèses sont également partagés par plusieurs groupes sociaux : soignants (médecins et étudiants en médecine, infirmiers, psychologues), enseignants, employeurs…

Manifestations Les manifestations de grossophobie s'opèrent sur plusieurs plans. Elles peuvent s'exprimer à travers des remarques personnelles humiliantes concernant le poids d'une personne, de la part du cercle familial, amical, professionnel ou éducatif tout comme de la part d'inconnus. Elles se manifestent également à travers des discriminations dans l'accès aux études et dans leur déroulement, dans le domaine de l'emploi, que ce soit lors de l'embauche ou dans le cadre de son activité professionnelle, dans l'accès au logement, de même que l'accès aux prêts bancaires ou à une prise en charge médicale.

Il s'agit d'une discrimination qui peut être subie en même temps que d'autres. Ainsi, ces personnes doivent généralement faire face à la grossophobie conjointement au sexisme et à l'âgisme.

Relations interpersonnelles Des remarques peuvent être émises par des proches, tout comme par des personnes inconnues ou anonymes dans la rue ou sur internet. Aux États-Unis, des études ont montré que 90 % des personnes grosses avaient subi des commentaires humiliants sur leur poids de la part de membres de leur famille, d'amis ou de collègues.

Une étude portant sur des femmes obèses a montré que ces dernières font fréquemment l'objet d'une stigmatisation de la part des membres de leur famille, de leurs amis et de leurs conjoint(e)s, par l'intermédiaire de plaisanteries basées sur leur poids, de l'emploi de surnoms y faisant référence ou de commentaires négatifs. Les femmes obèses sont également moins satisfaites par leurs relations familiales et amoureuses et ont moins d'amis que les femmes fines.

L'influence de l'obésité ou de la stigmatisation de celle-ci sur la vie sexuelle est peu étudiée. Cependant, une étude montre que les personnes obèses sont considérées comme moins désirables que des personnes présentant d'autres particularités (trouble mental, historique d'infections sexuellement transmissibles…), et les femmes obèses sont considérées comme moins attirantes sexuellement.

Éducation et études supérieures vignette|Drag show de Mafalda Vonderstu dans lequel elle représente le harcèlement grossophobe subi dans son enfance. Paris, 2023 Le domaine de l'éducation est moins étudié que d'autres, mais l'on sait que les personnes obèses font face à des discriminations à la fois de la part de leurs enseignants, de leurs pairs et de leurs parents dans le cadre de leur instruction.

En éducation physique et sportive, 32 % des femmes obèses ou en surpoids rapportent avoir été stigmatisées par un enseignant ou un professeur, dont 21 % plus d'une fois. Une autre étude montre que le fait de subir des remarques négatives de la part de professeurs peut mener des collégiens obèses à se sentir mal au point d'éviter ces cours. Le fait que des étudiants professeurs d'éducation physique aient davantage d'attitudes biaisées envers les personnes obèses que les autres étudiants professeurs de première année suggère que la formation des professeurs d'éducation physique peut contribuer à la formation d'attitudes négatives envers les personnes grosses.

Aux États-Unis, le taux d'accès à l'enseignement supérieur des personnes obèses est plus faible que la moyenne.. Les personnes obèses ont à compétences et motivation égales moins de chance d'être acceptées par des universités sélectives aux États-Unis. Leur possibilité d'obtenir des lettres de recommandation de la part de professeurs est également négativement influencée par ce facteur.

Vie professionnelle Les personnes obèses sont victimes de discrimination à l'embauche. Lors d'une recherche d'emploi, elles présentent deux fois moins de chance d'être recrutées, et ont 20 % de chance en moins d'être rappelées pour un entretien par rapport à une personne mince à compétences égales. Cette discrimination est accentuée chez les femmes : en France, les hommes obèses sont trois fois plus discriminés à l'embauche que des hommes à l'indice de masse corporelle (IMC) « normal », alors que les femmes obèses sont huit fois plus discriminées que les femmes à l'IMC « normal ».. Concernant le surpoids, les hommes n'en sont pas spécifiquement affectés à l'embauche, alors que les femmes en surpoids sont trois fois plus discriminées que les femmes à l'IMC « normal ». En France et dans le cadre d'un travail commercial, il a également été montré que les personnes obèses avaient trois fois moins de chance d'obtenir un entretien et obtenaient 24 % de réponses positives en moins pour un travail de télévendeur.

Dans le milieu professionnel, les personnes obèses ont davantage de difficulté à obtenir des promotions, sont souvent chargées de tâches moins importantes ou qui ne sont pas en contact avec la clientèle, et elles sont souvent traitées plus sévèrement. 17 % des personnes concernées ont été menacées d'être licenciées ou ont subi des pressions pour perdre du poids.

Ces discriminations à l'embauche sont confirmées par des études expérimentales, et la discrimination basée sur le poids pourrait être à l'origine du taux de chômage plus important chez les personnes obèses. Aux États-Unis, le niveau de revenu des personnes obèses est plus bas et leur accès à l'emploi est plus difficile.

Prise en charge médicale L'accès aux soins est plus difficile pour les personnes en surpoids ou obèses.

Le matériel médical, comme les brassards des tensiomètres, les tables d'examen ou les lits d'hôpitaux, n'est pas toujours adapté à la corpulence des patients. Cela peut présenter des dangers immédiats, par exemple la compression du bras due à un brassard de tensiomètre trop étroit augmente la tension.

Les personnes grosses font face à des attitudes et des stéréotypes négatifs de la part du personnel soignant. Les professionnels de santé passent ainsi moins de temps avec les personnes obèses, et manifestent des attitudes considérées comme négatives ou désapprobatrices.. Le poids est souvent blâmé quel que soit le motif de consultation et alors que les médecins ont tendance à prescrire des examens précis aux patients de corpulence normale, ils recommandent avant tout aux personnes ayant une surcharge pondérale de perdre du poids.. La grossophobie médicale peut ainsi être source d'erreur de diagnostic. et peut entraîner un renoncement aux soins de la part des personnes obèses ou en surpoids..

Représentations médiatiques La représentation des personnes grosses est souvent biaisée dans les différents médias, comme la publicité ou le divertissement. Les personnes grosses, en surpoids ou obèses sont souvent représentées de manière moins positive que les personnes minces et font plus souvent l'objet de moqueries sur la base de leur poids, dont elles sont rendues responsables.

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