thumb|250px|Allégorie de la Justice (Tribunal régional Berlin) thumb|250px|Fresque de Luca Giordano représentant la justice (Palazzo Medici Riccardi, un des palais Renaissance de la ville de Florence)

La justice est un principe philosophique, juridique et moral fondamental : suivant ce principe, les actions humaines doivent être approuvées ou rejetées en fonction de leur mérite au regard de la morale (le bien), du droit, de la vertu ou de toute autre norme de jugement des comportements. La justice, principe à portée universelle, connaît des variations suivant les cultures. La justice est un idéal souvent jugé fondamental pour la vie sociale et la civilisation.

Pour des raisons de clarté, cet article traite séparément de la justice dans plusieurs acceptions : la justice au sens philosophique d'idéal individuel ou collectif ; la Justice comme norme émanant d'une société ou d'un corps d'autorité.

Définitions

Étymologie L'étymologie du mot « justice » est conforme à son histoire. Le droit romain, créateur de la première justice-institutionnelle de l'histoire est aussi à l'origine linguistique du mot. En latin, la justice se dit (écrit dans cette langue ), nom féminin provenant de qui signifie , ayant lui-même pour racine, au sens de permission, dans le domaine religieux. Son étymon est parent avec le verbe , qui désigne une parole sacrée, proclamée à haute voix. Proche, le mot renvoie au latin qui signifie Oscar Bloch et Walther von Wartburg (dir.), « Justice », Dictionnaire étymologique de la langue française, PUF, coll. « Quadrige. Dicos poche », Paris, 2008. ..

Néanmoins, d'autres pistes étymologiques sont avancées. Dans Jus et le Code civil : Jus ou la cuisine romaine de la norme, Robert JacobRobert Jacob, « Jus et le Code civil : Jus ou la cuisine romaine de la norme », revue Droit et cultures, , Nanterre, 2004. extrait en ligne. propose une étymologie formée à partir du mot (la sauce en latin), lié alors à la symbolique sacrificielle.

Le philosophe britannique, John Stuart MillL'origine étymologique du mot « justice » peut très bien être réalisée par un anglophone (ici, John Stuart Mill) car la traduction du mot justice en anglais est justice. estime que le terme est dérivé du verbe latin - - ce qui permet d'établir un lien entre lordre qui énonce le droit et le juste qui lui est conforme. La philologie moderne porte intérêt aux origines religieuses du terme, indiscutables ; il aurait ainsi pour racine le sanskrit , qui se retrouve dans des termes comme (le ) ou le verbe « jungere » (), notions où domine le sème du sacréMichel Blay, « Justice » ..

La justitia latine, cependant, ainsi que le jus, se sont de bonne heure séparés de la religion, même si les premiers textes, ceux des Douze tables, par exemple, vouent les contrevenants à la malédiction : , soit : Table VIII, 16 de la Loi des Douze Tables (texte intégral)... L'étymon latin est conservé dans la terminologie juridique, à travers les notions de jus cogens (droit impératif en droit international), de jus soli (droit du sol) ou de jus gentium (droit des gens, des peuples, devenu équivalent des Droits de l'homme aujourd'hui).

Notion polysémique Fondamentalement, la justice est polymorphe, dépendant des époques et des civilisations.

Pour la philosophie occidentale antique, la justice est avant tout une valeur morale. La « justice morale » serait un comportement alliant respect et équité à l'égard d'autrui. Cette attitude, supposée innée dans la conscience humaine serait elle-même à l'origine d'un « sens de la justice », valeur universelle qui rendrait l'être humain apte à évaluer et juger les décisions et les actions, pour lui-même et pour autrui. La justice en tant qu'institution est l'organe social constitué de la justice en tant que fonction qui doit « rendre la justice » et « dire le droit ».

La culture populaire a retenu des expressions consacrées comme la et celle d'Aristote, la opposant les « lois non écrites » de la conscience aux lois écrites de la Cité.

La notion de justice désigne à la fois la conformité de la rétribution avec le mérite et le respect de ce qui est conforme au droit d'autrui : elle est donc indissociablement morale et juridique. Mais le concept est aussi culturel et ses applications varient selon les coutumes, les traditions, les structures sociales, et les représentations collectives. En philosophie, la justice renvoie à d'autres concepts comme la liberté, l'égalité, l'équité, l'éthique, la paix sociale. De manière générale, on distingue la justice dans son sens moral, l'on parle alors de légitimité, et la justice dans son sens juridique, l'on parle alors de légalité.

L'histoire de la notion de justice est liée à l'histoire des peuples et des civilisations. Ses diverses conceptions et applications sont le résultat de la pensée et des conditions de vie de l'époque. Son étude exige donc une approche mêlant philosophie, théologie, économie, morale et Droit politique.

Au sein de la notion générale et polysémique de justice ; on distingue ainsi : Le principe moral qui exige le respect du droit et de l'équité ; on parle alors, dans des expressions figées, d', de ou encore d' ; La qualité morale qui demande le respect des droits d'autrui, et, ainsi, accomplir tous les devoirs de la société ; l'expression exprime ce sens ; Le droit de dire ce qui est légalement juste ou injuste ; le terme est alors juridique et participe au fondement du Droit comme norme () ; L'action d'une institution chargée de l'application de la justice () ; L'institution en elle-même, responsable de son application et de son maintien dans le corps social. On la distingue alors par une majuscule ( personnifiée) ; Le sentiment individuel face à une situation ou à un choix, soit en en montrant les défauts (), soit en réfutant un propos ou une idée, en réparant un tort, ou en se vengeant d'une action d'autrui ().

Le terme étant très utilisé, on dénombre de multiples locutions et tournures idiomatiques utilisant le mot , mais comportant des sens et des situations d'usage différents : : châtier, juger ; : reconnaître les mérites de quelqu'un ; : acte par lequel on obtient son dû ; : renvoie au sens allégorique.

Le mot a pour antonyme celui d (du latin, injustitia : rigueur injuste) signifiant absence de justice. Il s'agit d'un antonyme parfait car ce sont avant tout des concepts philosophiques marquant des catégories précises de la pensée.

Le substantif possède enfin de nombreux dérivés tels : (celui qui fait justice, qui agit pour l'application de la justice, qualifiant le pouvoir justicier comme institution, et, , comme particulier se faisant justice soi-même, sans avoir recours au Droit) ; au sens de qui relève de telle juridiction, parmi les plus employés ; le justicialisme (et son adjectif : justicialiste) est ainsi « justicialisme », Le Grand Larousse Universel, tome 9, Paris, 1997, . dont le nom officiel du parti était Parti justicialiste.

Justice comme idéal thumb|alt=Héraclite, premier philosophe connu pour son étude du sens de la justice.|Héraclite, premier philosophe connu pour son étude du sens de la justice. Toile de Hendrick ter Brugghen exécutée en 1628. Rijksmuseum, Amsterdam. La justice est assise sur des bases philosophiques dont le développement témoigne de l'évolution de la pensée et des systèmes. Les penseurs ont très tôt soulevé la question d’une justice universelle indépendamment des sociétés humaines, c'est-à-dire une idée en soi, par opposition à une justice culturelle, c'est-à-dire contingente.

En occident, la première trace écrite d'une réflexion sur la justice se trouve chez le philosophe présocratique de la Nature, Héraclite qui affirma au : Héraclite – Fragments (trad. Marcel Conche), PUF, coll. « Épiméthée », Paris, 1986 ( éd. 1998), 2005 (), , fragment ., la définissant par son antonyme. Selon lui l'idéal de justice en soi se comprend par le refus d'un état d'injustice, assimilé au chaos social.

La justice comme idéal individuel ou collectif fut le sujet de nombreuses théories philosophiques et métaphysiques, souvent associées aux notions de Liberté, d'Égalité ou de Société, au souci d'égalité d'accès à la justice et à la réparation (par la fourniture gratuite de droits de défense par exemple) car dans les faits, les nantis et les personnes cultivées ont souvent plus de facilités pour accéder ou échapper à la justice et pour se défendreMarc Galanter (1974), Why the "haves" come out ahead : Speculations on the limits of legal change (Pourquoi les «nantis» s'en sortent mieux ; Spéculations sur les limites du changement juridique), 9 Law & society, Rev. 95, 98, 100.Marc Galanter (1986), Adjudication, litigation, and related phenomena, in Law and the Social sciences, 151, 228-29, Leon Lipson & Stanton Wheeler Eds..

Justice comme norme thumb|left|La justice, une norme : revues de jurisprudence La Justice devient une réalité pratique et non plus philosophique dans la Rome antique par l'apparition d'une norme application : le droit.

La justice obéit désormais à des règles. La responsabilité de l'auteur (étymologiquement l'auteur est celui qui amplifie, ici un acte mauvais et répréhensible) est évaluée par rapport à une norme préexistante. Tout comportement qui dévie de la norme voit son auteur sanctionné sur la base d'un règlement qui matérialise, par des textes, l'échelle des sanctions à appliquer proportionnellement à l'écart constaté avec la norme.

On distingue alors deux justices, fonctionnant selon deux normes différentes mais complémentaires : la justice privée et la justice publique. La justice privée est rendue en dehors de l'État, c'est la médiation mais aussi la loi du Talion. Cette justice, la plus ancienne (voir le paragraphe historique) est à l'origine du droit privé que l'on pourrait qualifier de « droit des individus ». La justice y est ici une « affaire privée », un conflit entre particuliers. C'est selon l'adage juridique latin : (soit ).

La justice publique est rendue par l'État. Son domaine par excellence est le droit pénal. Quand un crime a eu lieu, l'État considère qu'il ne peut laisser seul les individus régler le problème, il intervient. La justice publique est donc une « affaire publique » et donc un droit extérieur aux individus : le droit public.

Justice comme institution

thumb|La justice, une institution : institution judiciaire en Belgique.

Par extension, la justice a été assimilée au pouvoir judiciaire (l’ensemble des tribunaux et magistrats qui jugent les infractions). Il n’y a pas de lien nécessaire entre l’idéal de justice et l’institution judiciaire.

Si ce pouvoir a évolué au cours de l'histoire et des sociétés, depuis son invention, il est une institution fonctionnelle spécialisée dans le maintien (les Codes par exemple), le développement (la jurisprudence par exemple), et l'application de la justice (le jugement). Créée par la nécessité d'organiser la société, l'institution juridique est diverse selon l'époque ou la région du monde.

L'histoire de la justice s'intéresse à l'institutionnalisation du droit inspirée par les conceptions philosophiques de l'époque. Mais la justice n'est pas uniforme et il existe actuellement plusieurs systèmes juridiques qui correspondent à diverses organisations de la justice.

Typologie Le concept de justice est étudié en Europe dès l'Antiquité.

Des classifications diverses ont été proposées, selon l'origine, le but ou les moyens de mise en œuvre de la justice. La justice sert-elle à protéger les individus ? La société ? Qui crée la justice ? Faut-il punir ou soigner le criminel ? Autant de question que les philosophes ont tenté de résoudre.

Mais il n'existe aucune classification qui fasse le consensus car le concept même de justice dépend de la société qui l'applique.

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