vignette|Récipients de Zyklon B exposés à Auschwitz. vignette|Boîte utilisée de Zyklon-B (Musée national Auschwitz-Birkenau).
Le Zyklon B (en allemand : Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API., ) est un insecticide à base d'acide cyanhydrique breveté par le chimiste Walter Heerdt (ancien collaborateur de Fritz Haber) et produit par la firme allemande Degesch.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis l'utilisent dans les chambres à gaz des centres d'extermination : les premiers essais homicides sont effectués dans le bloc 11 d'Auschwitz I sur des prisonniers de guerre soviétiquesChristopher Browning Les origines de la solution finale Points/Histoire Seuil 2009 , selon Danuta Czech et d'autres auteurs, fin août et début septembre 1941, selon Jean-Claude Pressac début décembre 1941, mais la plupart des victimes du Zyklon B ont été les Juifs et Tziganes d'Europe assassinés durant la Seconde Guerre mondiale.
Conçu comme pesticide, le Zyklon B n'a jamais été utilisé comme gaz de combat, en raison de sa trop faible densité, qui entraîne sa dispersion aléatoire au moindre souffle de vent. Son utilisation comme pesticide agricole n'est pas attestée en 1935Larousse de l'industrie, et des arts et des métiers..
Propriétés
Connu depuis l'Antiquité, au moins pour ses propriétés métallurgiques, le cyanure d'hydrogène (ou acide prussique, Blausäure en allemand, de formule chimique H-C≡N) est un gaz toxique, rapidement mortel à de faibles concentrations.
Le cyanure d'hydrogène est un gaz qui tue par anoxie.
Avec un point d'éclair de (coupelle fermée), il est extrêmement inflammable. Il peut former des mélanges explosifs avec l'air et ses limites d'explosivité sont de 5,6 et 41 % en volume.
Histoire Le Zyklon (en allemand : cyclone) est breveté et produit durant la Première Guerre mondiale par le Technischer Ausschuss für Schädlingsbekämpfung (TASCH), ou Comité technique de lutte contre les ravageurs, comme agent contre les cochenilles et autres ravageurs de récoltes.. À partir de TASCH est créée Degesch, qui joue un rôle important dans la fabrication du Zyklon B durant la Seconde Guerre mondiale.
De nombreuses firmes allemandes ont des intérêts dans Degesch mais, finalement, elles les vendent au géant Degussa au début des années 1920. Degussa développe à partir de 1922 le procédé de fabrication du Zyklon B en cristaux, celui qui est utilisé durant la Seconde Guerre mondiale. Pour trouver des capitaux, Degussa vend une partie de son contrôle sur Degesch à IG Farben (fondée par rapprochement concerté des sociétés chimiques BASF, Bayer et Agfa) en 1930, , le reste étant détenu par la Th. Goldschmidt AG d'Essen. Le rôle de Degesch se limite alors à l'acquisition de brevets et des propriétés intellectuelles, mais elle ne fabrique pas le Zyklon B.
Le Zyklon B est utilisé par les nazis dans les chambres à gaz des camps d'extermination d'Auschwitz et de Majdanek pour y tuer plus d'un million de personnes. Il est constitué d'un substrat, la terre d'infusoires (Kieselgur en allemand), terre naturelle riche en silice, à fine granulométrie, utilisée pour son haut pouvoir d'absorption (ou encore de cristaux de gypse sous la nomination Erco), d'acide cyanhydrique, d'un stabilisant et d'un parfum (pour rendre détectables les fuites). Il est conservé dans des conteneurs métalliques étanches. Au camp de Natzweiler-Struthof, Joseph Kramer utilise des sels hydrocyaniques comme le cyanure de calcium, qui, mélangé à de l'eau, dégage de l'acide cyanhydrique. Concernant le Zyklon B, le substrat dégage du cyanure d'hydrogène gazeux. La lettre B correspond à un taux de concentration dans une gamme du moins au plus concentré allant de A à F, cette gamme de Zyklon étant vendue par la société Testa qui avait pour seuls clients la SS et la WehrmachtRaul Hilberg, la destruction des Juifs d'Europe, Folio Gallimard, 1991, .. Le Zyklon A est la version originale du produit sous forme liquide mise au point par Ferdinand Flury et Albrecht Hase.
La fabrication est à la charge de la Dessauer Werke für Zucker und Chemische Industrie à Dessau qui achète le stabilisant à IG Farben, le parfum de sécurité à Schering AG et l'acide prussique à Dessauer Schlempe et assemble le tout pour réaliser le produit final. L'acide prussique est extrait du sous-produit de purification du sucre de betterave. De 1943 à 1945, les Kaliwerke de la ville de Kolin an der Elbe (Bohême-Moravie) fournissent l'acide prussique à Dessauer Werke. Quand le Zyklon B commence à être utilisé dans les chambres à gaz, les nazis donnent l'ordre de retirer le parfum, en violation de la loi allemande. Pour diminuer les frais, Degussa vend les droits de marché à deux intermédiaires : la Heerdt et Linger GmbH (Heli cofondée par le chimiste Walter Heerdt et le commercial Johann Lingler) et (Tesch und Stabenow, Internationale Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung m.b.H. cofondée par le chimiste Bruno Tesch et l'homme d'affaires Paul Stabenow) ou Testa de Hambourg. Ces deux firmes étendent leurs ventes le long de l'Elbe avec Heli ayant ses clients vers l'ouest et Testa vers l'est Zyklon B cite Emil Proester, Vraždeni čs. cikanu v Buchenwaldu (The Murder of Czech Gypsies in Buchenwald). Document No. UV CSPB K-135 on deposit in the Archives of the Museum of the Fighters Against Nazism, Prague. 1940. (Quoted in: Miriam Novitch, Le Génocide des Tziganes sous le régime nazi (Genocide of Gypsies by the Nazi Regime), Paris, AMIF, 1968)..
Selon l'historienne Annie Lacroix-Riz, une usine établie en France (la filiale franco-allemande du groupe Ugine, à Villers-Saint-Sépulcre dans l'Oise) aurait fortement augmenté les quantités de Zyklon B fabriquées entre 1940 et 1944 passant d'une tonne annuelle en 1940, à un pic de pour le seul mois de Amnistia.net, Didier Daeninckx, « Si j'avais la preuve, je la détruirais !», 23 décembre 1999., ce qui pour l'historienne laisserait penser que la production n'était alors plus uniquement destinée à la désinfection des locaux, mais également aux chambres à gaz naziesInterview d'Annie Lacroix-Riz dans L'Humanité du 11 mars 1997.. L'utilisation pour la Shoah de Zyklon B produit en France est cependant contestée par d'autres historiens comme Robert Paxton ou Hervé Joly., lequel s'élève contre l'interprétation abusive des documents que fait Annie Lacroix-Riz ; il n'y a pas de raisons valables pour croire qu'une partie de la production de l'usine de Durferrit-Sofumi (société en partenariat Ugine-Degussa) soit allée vers les camps de la mort nazis.. Cette opinion est renforcée par un autre historien, Denis Peschanski, qui précise que, vu les quantités utilisées à Auschwitz, il n'y avait aucun besoin d'approvisionnement supplémentaire venant de France..
Le produit a continué d'être vendu après la guerre sous les noms commerciaux de Cyanol et Cyanosil, respectivement en Allemagne de l'Est et de l'Ouest.
En France encore, le Zyklon B a été homologué en 1958 sous le numéro 5800139 pour la protection des semences de céréales et la protection des céréales stockées. Ce produit commercial de la compagnie « L'Éden Vert » a été interdit en 1988E-phy, Ministère français de l'agriculture et de la pêche. Consulté le 15 mai 2008.. Le Zyklon B est encore produit en République tchèque à Kolín sous le nom de « Uragan D2 », et vendu pour la lutte contre les insectes et les rongeurs Fiche de l'Uragan D2 sur le site de l'usine tchèque Draslovka Kolín.. Ce dernier produit a été autorisé en France de 2010 à 2019 Journal officiel. Consulté le 21 juin 2023..
Une variante commerciale, du nom de Zyklon, était encore homologuée en France jusqu'en 1997 pour la désinsectisation de locaux de stockagee-phy, Le catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages des matières fertilisantes et des supports de culture homologués en France, ZYKLON..
vignette|centré|500px|Étiquette de boîte allemande de Zyklon B, en 1946. On peut lire : « Gaz toxique, ne doit être ouvert que par des personnes expérimentées. »
Utilisation par les nazis vignette|gauche|Auschwitz. Crémation de cadavres dans une fosse, vue à travers la porte de la chambre à gaz du Krematorium V, ; voir Photographies du Sonderkommando. vignette|Auschwitz, block 11. vignette|Majdanek, bains et chambre à gaz, en 2013. vignette|Majdanek, bains et chambre à gaz, en 2013.
Dans leur recherche d'une méthode d'extermination de masse, les nazis testent le Zyklon B le dans les locaux disciplinaires de la cave du Block 11 sur des prisonniers soviétiques dans le camp souche appelé Auschwitz I à AuschwitzEugen Kogon, Hermann Langbein, les chambres à gaz, secret d'État, Seuil 1987, .. Rudolf Höß, le commandant d'Auschwitz, juge le procédé plus efficace que le monoxyde de carbone produit par les gaz d'échappement d'un moteur de char russetémoignage du professeur Wilhelm Pfannenstiel, sturmbannführer SS, qui en août 42 a visité le camp de Belzec avec Kurt Gerstein in les chambres à gaz, secret d'État, Eugen Kogon, Hermann Langbein, Seuil 1987, à 159. en usage dans les camps d'extermination de l'opération Reinhard et l'adopte pour le génocide des Juifs et des Tziganes à Auschwitz. Il est plausible que Rudolf Höß ait fait une confusion involontaire mais constante de date, comme on retrouve constamment 1941 au lieu de 1942 tant dans ses témoignages que dans ses mémoires librement écrits, et que les camps de l'action Reinhard n'ont commencé leurs actions que début 1942.
Les nazis construisent des chambres à gaz dans des centres d'extermination qui permettent de gazer en même temps plusieurs centaines, voire plusieurs milliersJusqu'à dans les crématoires II et III d'Auschwitz ensemble : Témoignage de Filip Müller, in Shoah de Claude Lanzmann et environ dans les crématoires IV et V ensemble, dans Eugen Kogon, Hermann Langbein, Les chambres à gaz, secret d'État,Seuil 1987, ., de personnes à l'aide du Zyklon B. Ils utilisent les chambres à gaz à Auschwitz jusqu'en Himmler donne le 26 novembre 1944 l'ordre de détruire les crématoriums d'Auschwitz, dans Eugen Kogon, Hermann Langbein, Les chambres à gaz, secret d'État, Seuil 1987, ., et jusqu'au à MauthausenEugen Kogon, Hermann Langbein, Les chambres à gaz, secret d'État, Seuil 1987, et 229.
Les victimes, après avoir été enfermées dans des salles hermétiquement closes, sont mises en contact avec le Zyklon B par insertion de ce dernier soit par des cheminées à couvercle (pour les chambres à gaz souterraines), soit par des fenêtres aux volets hermétiques fermant de l'extérieur. Dans une chambre à gaz, la mort survient entre 3 et 10 minutes après l'introduction du produitLéon Poliakov, Bréviaire de la haine, Calmann-Lévy (Poche), 1974, .. Après vingt minutes maximum, plus personne ne bougeRudolf Höss, Kommandant in Auschwitz, Deutsche Verlagstansalt, Stuttgart, 1958. Manuscrit original au musée d’État à Auschwitz.(trad.française, le commandant d'Auschwitz parle, Juillard 1959.. Selon que la pièce est équipée d'une ventilation ou pas, celle-ci est activée afin de faire disparaître les résidus d'acide cyanhydrique, puis les Sonderkommandos, eux-mêmes des esclaves concentrationnaires, entrent. Dans le cas de chambres à gaz non équipées de systèmes de ventilation, ils sont munis de masques à gaz. Ils ont pour mission de sortir les cadavres, d'en arracher les dents en or, de les incinérer (dans des fours ou dans des fosses d'incinération). Ils nettoient également les chambres à gaz, le plus souvent au moyen de jets d'eau.
Les personnes gazées, à la recherche de l'air restant, sont souvent retrouvées en piles s'élevant jusqu'au plafond : les plus faibles (enfants, personnes âgées) généralement en basTémoignage de Filip Müller, in Shoah de Claude Lanzmann..