, né à Vienne le et mort à Prague le , est empereur d'Autriche, roi de Hongrie, roi de Bohême et de Lombardie-Vénétie sous le nom de du au .
Fils aîné de l'empereur , il lui succède en 1835 tout en conservant au pouvoir le tout-puissant Klemens Wenzel von Metternich comme chancelier d'Empire. Il est le dernier roi de Bohême à être couronné en la cathédrale Saint-Guy de Prague. Réputé peu subtil, l'empereur Ferdinand est surnommé affectueusement par les Tchèques Ferdinand Dobrotivý (Ferdinand le Bon) et plus méchamment par les Autrichiens Ferdinand der Gütige (Ferdinand le Gentil) ou plus encore Gütinand der Fertige (Béni-oui-oui le Fini). Il semble qu’il soit à la limite du handicap mental et n’a pris qu’une part assez distante aux affaires de l’État, conduites en réalité assez librement par ses ministres.
Lors de la révolution autrichienne de 1848, alors que les Viennois marchent sur le palais, il demande une explication au chancelier Metternich, et se voit répondre qu’ils font une révolution. On lui attribue cette réponse : (« Mais… ont-ils le droit de faire cela ? »). Le prince Felix zu Schwarzenberg, qui vient d'être nommé ministre-président, le sixième depuis le déclenchement de la révolutionDit-on par l'entregent de son beau-frère, Alfred de Windisch-Graetz., faisant partie de l'entourage de la belle-sœur de l'empereur, Sophie de Bavière, le convainc, avec l'aide de celle-ci, de l'impératrice douairière Caroline-Augusta (demi-sœur de Sophie) et même de l'impératrice Marie-Anne — ce que l'on appellera le complot des dames —, d'abdiquer au profit de son neveu — alors âgé de dix-huit ans — qui le remplace à la tête de l'Empire le . De même, ce complot familial parvient à amener l'archiduc François-Charles à renoncer à ses droits au trône en faveur de son fils.
Famille et jeunesse alt=|gauche|vignette|La famille impériale peinte par Josef Kreutzinger en 1808. Second enfant et fils aîné de l'empereur du Saint-Empire et de Marie-Thérèse de Bourbon-Naples, Ferdinand était l'héritier du trône très attendu, mais il s'avéra bien vite qu'il était un enfant chétif qui souffre d'épilepsie, du rachitisme et de l'hydrocéphalie. Il apprit à écrire tardivement et ne brille guère dans ses études.
Six mois après sa naissance, sa grand-tante, la reine de France Marie-Antoinette d'Autriche, est guillotinée en public après son procès. L'Autriche est confrontée aux armées de la République française qui ont envahi les Pays-Bas autrichiens et le Saint-Empire romain germanique. Ferdinand et ses frères et sœurs sont élevés dans la haine de la Révolution française et du général qui en 1799 impose son pouvoir : Napoléon Bonaparte, qui se fait proclamer Premier consul, puis consul à vie et enfin empereur des Français.
En 1804, l'empereur se proclame empereur d'Autriche. Ferdinand devient prince impérial d'Autriche. En 1806, vaincu par les armées de l'empereur des Français, , il proclame la fin du Saint-Empire romain germanique fondé en 962. En 1807 meurt l'impératrice, mère de Ferdinand. L'empereur se remarie l'année suivante avec une cousine qui a l'âge de ses enfants, Marie-Louise de Modène, qui, tout en faisant preuve d'une francophobie militante, se lie rapidement d'amitié avec les enfants de son mari. En 1810, l'empereur François nomme Klemens Wenzel von Metternich chancelier d'Empire et marie sa fille Marie-Louise d'Autriche à son vainqueur, l'empereur des Français.
Handicap et succession au trône Le débonnaire Ferdinand, âgé de dix-sept ans, semble ne pas pouvoir assumer la charge impériale et les espoirs de l'empereur se portent sur son second fils l'archiduc François-Charles. L'empereur pense écarter Ferdinand de la succession.
En 1814 se tient à Vienne le Congrès qui doit gérer les conséquences de la chute de l'Empire français. Il y est entre autres question du mariage de l'archiduc François-Charles (qui avait douze ans) avec la princesse Sophie de Bavière qui en avait dix. Le mariage aura lieu en 1824.
La nouvelle archiduchesse montre de réelles qualités politiques et, forte de son emprise sur son mari, une grande ambition qui inquiète le chancelier Metternich. Ce dernier voit en la jeune archiduchesse une future rivale qui pourrait le jour venu le faire écarter du pouvoir, surtout après la naissance de son premier fils en 1830, l'archiduc François-Joseph.
Mariage gauche|vignette|L'empereur Ferdinand et l'impératrice Marie-Anne.
Metternich convainc l'empereur vieillissant de laisser le trône à Ferdinand et même de le marier. Ferdinand épouse donc à trente-huit ans en 1831 Marie-Anne de Sardaigne. Le mariage a lieu par procuration le à Turin et en personne le de la même année à Vienne.
La future impératrice s'occupe avec dévouement de son époux imposé par la politique, mais elle n'apprend jamais l'allemand. Le couple n'aura pas d'enfant et l'on suppose même que le mariage ne fut jamais consomméErika Bestenreiner, Sissi, ses frères et sœurs, Pygmalion 2004, p. 19.. Marie-Anne sera respectée pour sa piété et sa dignité. Peut-être faut-il voir dans les égards qu'elle reçoit un peu de compassion car chacun sait qu'elle tient plus un rôle d'infirmière que d'épouse auprès de son mari.
Quatre ans plus tard, l'empereur meurt le . Ferdinand devient alors empereur.
Règne
Apogée de l'ère Metternich alt=|gauche|vignette|L'empereur Ferdinand.
En politique intérieure, Metternich n'est pas le seul maître et doit composer avec l'empereur François jusqu'au décès de ce dernier en 1835. Son successeur Ferdinand, simple d'esprit, laisse la réalité du pouvoir au duo Metternich-KollowrathJean Bérenger, Histoire de l'empire des Habsbourg Fayard 1990, rééd. Tallandier 2012 .. Soucieux de lutter contre les idées révolutionnaires, le gouvernement autrichien est un peu plus favorable à l'Église. Le clergé retrouve son droit d'inspection sur les écoles primaires et les collèges. Le clergé est assimilé à un corps de fonctionnaires, dispensateurs de sacrementsJean Bérenger, L'Autriche-Hongrie, 1815-1918, A. Colin, 1994.. Si la plupart des membres du clergé sont satisfaits de leur situation, certains, les catholiques romantiques, tentent de redonner une dimension mystique dans la vie de l'Église. En 1840, le service militaire est ramené de dix ans à huit ans, sauf en Hongrie, et de nombreuses exemptions continuent d'être accordées aux nobles, fonctionnaires, médecins, étudiants, gros cultivateurs et soutiens de famille.
vignette|279x279px|Portrait de , empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême.
La révolution de 1830 met à mal le système imposé par les puissances conservatrices. Partie de France, elle se propage dans le reste de l'Europe sans que l'Autriche puisse toujours faire quelque chose. Metternich n'intervient pas dans la crise belge dans la mesure où il estime que la Belgique est trop loin et qu'il s'inquiète de l'Italie. Il aurait voulu une intervention des autres puissances, mais ces dernières ne veulent pas intervenir sans l'Autriche. Par contre, Metternich envoie l'armée autrichienne lorsque la Romagne se soulève contre le Saint-Siège. L'occupation de la Romagne provoque l'intervention de la France qui menace d'une intervention armée si l'Autriche ne retire pas ses troupes une fois l'ordre rétabli. Metternich respecte sa promesse, mais les Romagnols se soulèvent six mois plus tard, si bien qu'il fait occuper Bologne. Casimir Perier fait alors occuper Ancône tant que les troupes autrichiennes n'auront pas évacué Bologne. La présence française en Italie est propice aux insurrections libérales, mais ces dernières sont matées par les souverains soucieux de leurs prérogatives. Paris refuse de soutenir les insurgés.
Le mouvement libéral et national s'étend dans la Confédération germanique, ce qui inquiète Metternich qui obtient aisément le soutien du roi de Prusse . Metternich parvient à restaurer une politique autoritaire dans les États de la Confédération. Ayant eu besoin de l'appui de la Prusse pour mater les libéraux, Metternich ne peut plus réagir contre l'union douanière - le - que la Prusse organise en Allemagne du Nord. Metternich comprend que les États allemands vont désormais former un bloc compact dirigé par la Prusse.
Dans les années 1840, le système international mis en place par Metternich s'effrite du fait de la concurrence des grandes puissances. Autriche et Prusse s'affrontent au sujet de l'unité allemande. Autriche et Russie s'affrontent au sujet des Balkans, Metternich souhaitant un statu quo et le tsar souhaitant le démembrement de l'Empire ottoman. À la suite du retour des libéraux en Grande-Bretagne, les rapports entre les deux puissances se dégradent. C'est pourquoi Metternich entame un rapprochement avec la France de Guizot, lequel applique une politique très conservatrice.
Politique réactionnaire gauche|vignette|232x232px|Le chancelier Klemens Wenzel von Metternich.
Sous l'impulsion de Metternich, les décrets de Carlsbad sont pris le pour application par chaque État de la Confédération Germanique afin de censurer la presse et l'enseignement dans les universités. Il s'agit d'une série de dispositions visant à réprimer et endiguer les idées libérales propagées dans toute l'Europe lors de la Révolution française, notamment celles des Lumières. Ainsi, la classe ouvrière est tenue sous contrôle constant, considérée comme un problème d'ordre politique plutôt que social. Tous les soulèvements populaires seraient réprimés par le régime réactionnaire de Metternich, qui profite des errements de pour se positionner idéalement dans l'échiquier politique allemand.
Dans l'Empire des Habsbourg et l'État-multination de l'empire d'Autriche, la monarchie n'est pas menacée uniquement par de violents soulèvements en Autriche, c'est-à-dire l'État central de l'Empire, mais aussi par d'autres troubles révolutionnaires, comme en Bohême, en Hongrie ou en Italie du Nord.. Le royaume de Sardaigne soutient militairement les révolutionnaires. Alors que les soulèvements hongrois, bohémiens et italiens visent, entre autres, l'indépendance par rapport à la domination autrichienne, la révolution autrichienne a pour objectif un changement libéral et démocratique de la politique du gouvernement et la fin de la Restauration....
Révolution de 1848
Chute de Metternich L'hiver 1847-1848 est synonyme de famine pour les plus défavorisés.. Dans les milieux ouvriers également, la colère contre le système politique augmente. Des œuvres comme Nouveaux esclaves . d'Alfred Meissner ou Pourquoi nous sommes pauvres ., ainsi qu'un poème de Karl Beck donnent une image parlante de la colère et du désespoir qui règnent dans la population.alt=Une foule se tient devant une place forte.|vignette|Le 25 mai, les étudiants de la Légion académique, des gardes nationaux et des ouvriers élevèrent plus de 160 barricades dans le centre de Vienne. Barricade sur la Michaelerplatz dans la nuit du 26 au , toile d'Anton Ziegler, 1848.Finalement, la révolution éclate en Autriche le , débutant avec l'attaque de la à Vienne et des attentats de révolutionnaires socialistes contre des magasins et des usines dans les faubourgs.. La chanson Ce qui nous vient d'en haut ., où désigne la police et les casernes, devient la chanson de la révolution. Elle est chantée aujourd'hui encore par diverses fraternités d'étudiants pour commémorer la participation de la légion académique. Avant l'attaque de la , la colère contre le système policier et les revendications des révolutionnaires pour une transformation constitutionnelle de la monarchie et la mise en place d'une constitution dans les pays autrichiens avaient déjà été exprimées le dans un discours rédigé par le chef nationaliste hongrois Lajos Kossuth..
Alors que les Viennois marchent sur le palais, l'empereur demande une explication au chancelier Metternich, et se voit répondre qu’ils font une révolution. On lui attribue cette réponse : (« Mais… ont-ils le droit de faire cela ? »).