Jacques Duchesneau, né le à Montréal, est une personnalité publique québécoise. Ancien chef de police de la communauté urbaine de Montréal, il fait carrière en affaires, en politique municipale et dans la sûreté du transport aérien au Canada. En 2012, il est candidat de la Coalition avenir Québec aux élections provinciales et est élu membre de l'Assemblée nationale du Québec. Il est député de la circonscription de Saint-Jérôme jusqu'aux élections du .
Auteur de plusieurs articles, rapports et documents sur le travail policier, il a donné environ 200 conférences sur des sujets aussi diversifiés que le leadership, le terrorisme international, l'éthique policière, le trafic de stupéfiants et le crime organisé.http://www.jacquesduchesneau.com/biographie/.
Enfance et adolescence Jacques Duchesneau est né le , sur le Plateau-Mont-Royal, à Montréal. Il est le cinquième d'une famille de six enfants.
Dans sa biographie, on peut lire les circonstances entourant le choix de son prénom. En feuilletant le dictionnaire Larousse, sa mère, Henriette Duchesneau, était tombé par hasard sur un dénommé Jacques Duchesneau, troisième intendant de la Nouvelle-France (1675-1682). « En fait, on disait intendant à l'époque, mais si on traduit cela en mots d'aujourd’hui, c'était le chef de police de toute la colonie », a précisé Jacques DuchesneauJacqueline Cardinal et Laurent Lapierre, Jacques Duchesneau sur le qui-vive : l'audace dans l'action, Éditions logiques, 2006, ..
Son père, André Duchesneau, aurait voulu être policier mais son admission a été refusée parce qu'il n’était pas assez grand. « J'ai appris mon métier de policier avec mon père. Il n'a jamais été dans la police, mais il suivait tout ce qui se passait dans les moindres recoins du quartier », raconte DuchesneauIdem, ..
En 1953, son père, qui tenait un dépanneur au coin des rues Gauthier et Bordeaux, sur le Plateau Mont-Royal, a été victime d'un vol de son stock de cigarettes, dont la valeur était estimée à plus de , une fortune pour lui. Les voleurs ont été arrêtés, mais les policiers de Ville Saint-Laurent exigeaient du père qu'il verse une « commission », ce qu'il n'avait pas les moyens de faire. Il ne put jamais récupérer le stock de cigarettes. La famille Duchesneau, déjà peu fortunée, a alors connu une période d'indigenceIdem, ..
« J'ai déménagé 27 fois en 50 ans; souvent nous quittions la nuit pour ne pas payer le loyer, à cause de la pauvreté de mes parents », explique DuchesneauGary Lawrence, « Montréal vu par Jacques Duchesneau », Voir, no. Vol: 13 NO: 13, , .. Un jour, alors que la famille était incapable de payer les factures de gaz, Henriette Duchesneau a fait descendre un percepteur du gaz et l'a menacé de lui crever les yeux avec un tesson de bouteille s'il ne quittait pas les lieux immédiatementCardinal & Lapierre, Op. cit., ..
Dès l'adolescence, Duchesneau rêvait de devenir policier. « À l'école, quand le professeur demandait quel métier nous intéressait, je ne cachais pas mes intentions. Les autres étudiants me traitaient de "beu" et de "cochon" », se souvient DuchesneauPhilippe Cantin, « Le policier et la mairie », La Presse, 16 septembre 1998, p. A5..
Formation En 1963, Jacques Duchesneau se joint à la Ligue des cadets de l'air (aujourd'hui appelée Cadets de l'aviation royale du Canada). Il y reste jusqu'à l'âge de 18 ans.
En 1965, il obtient son diplôme d'études secondaires à l'école Le Plateau, à Montréal.
En 1967, il obtient le grade de cadet-commandant du camp d'été chez les cadets de l'air. Il dirige à ce titre la parade des 900 cadets qu'on a fait venir spécialement pour visiter l'Expo 67.
En 1981, il obtient un baccalauréat ès sciences de l'Université de Montréal.
En 1988, il obtient un diplôme en administration publique de l'École nationale d'administration publique. Le titre de sa thèse : « Les réalités du stress en milieu policier »
En 1989, il est accepté au programme de doctorat en sciences humaines appliquées à l'Université de Montréal. Le sujet de son Ph D. : « La lutte aux stupéfiants : des policiers à coordonner »Cardinal & Lapierre, Op. cit., ..
Carrière policière À partir du , Jacques Duchesneau commence sa carrière au Service de police de la Communauté urbaine de Montréal (SPCUM), - aujourd'hui appelé Service de police de la Ville de Montréal.
En 1974, il devient détective.
En 1976, il est assigné aux Jeux olympiques de Montréal à titre de conseiller à l'officier responsable.
En 1978, il est affecté à la Section des homicides.
En 1980, il entre à la Section des stupéfiants.
En 1984, il est responsable de la sécurité du pape Jean-Paul II au parc Jarry.
À la même époque, il est promu responsable des enquêtes à la Direction des enquêtes criminelles.
En 1985, il est nommé directeur du district 41, qui comprend les quartiers Ahuntsic, Nouveau-Bordeaux, Cartierville et Saraguay.
Vers 1986, il est nommé directeur de la Division du crime organisé, sous la responsabilité de laquelle sont rattachées les sections Moralité, Stupéfiants et Antigangs.
En 1990, il est nommé directeur régional de la région Ouest, qui comprend alors 22 municipalités, résidents et sept postes de police.
Après 22 ans de carrière, Duchesneau avait alors été impliqué dans cinq fusilladesAaron Derfel, “New police director takes aim at drugs”, The Gazette, May 24 1990, p. I6..
En , il est muté à la Direction des enquêtes spécialisées, qui supervise les enquêtes en matière d'homicide, de vol d'automobile, de fraude, de moralité et de stupéfiantsAaron Derfel, “New police chief is a `cop's cop'”, The Gazette, November 24 1993, p. A1..
Le , Jacques Duchesneau devient le directeur du SPCUM.
De 1993 à 1997, il est président de l'Association des directeurs de police du Québec et vice-président de l'Association canadienne des chefs de police. De 1994 à 1998, il occupe le poste de trésorier au Centre international pour la prévention de la criminalité.
En , il quitte la police. Depuis ce temps, Duchesneau touche une pension annuelle de Kathleen Lévesque, « Bourque découvre le talon d'Achille de Duchesneau », Le Devoir, 25 mai 1998, p. A3..
Débuts dans la police Le , Duchesneau est admis à l'École de police de Montréal. « Après deux mois, notre professeur nous pose une question directe : "Où voulez-vous être dans vingt-cinq ans ?" ». Il arrive à Duchesneau : « Moi, je veux être directeur du service de police », que lui réponds. Tout le monde s'esclaffe. « Riez si vous voulez, mais moi je veux être le directeur. […] Eh bien, tout au long de ma carrière, les gens de mon contingent m'ont appelé "monsieur le directeur" », raconte-t-ilCardinal & Lapierre, Op. cit., ..
Il se voit attribuer le numéro de matricule 525. Il commence d'abord comme téléphoniste à la Section des communications et transport. Sa première affectation régulière est au poste 9 de Pointe-Saint-Charles.
Il porte son uniforme de police pour la première fois lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste du à Montréal, un événement d'une grande violence surnommé le « lundi de la matraque ». « J'ai vite compris que j'étais dans la vraie police et que je devais aller me battre. J'ai donc appris le sens du partenariat et de la solidarité dans l'action », dit DuchesneauIdem, ..
L'affaire Provençal Dans un rapport daté du , la Commission de police du Québec, - l'ancêtre du Commissaire à la déontologie policière -, critique une opération policière dirigée par Jacques Duchesneau, alors sergent-détective à l'unité des stupéfiants du SPCUM, visant la famille ProvençalCommission de police du Québec, Rapport d'enquête sur la conduite de certains membres du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, à l'égard de messieurs Claude Boyer, Jean-Claude Paquette et Pierre Provençal ainsi que madame Grâce Provençal, lors d'une intervention policière survenue le ou vers le , à Montréal, dossier numéro P-81-2127..
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« La Commission voudrait ici faire un commentaire sur le fait que le sergent-détective Duchesneau, responsable de l'opération, n'ait pas prévu dans sa planification de personnel policier féminin pour procéder à la fouille des femmes, en tenant compte surtout que cette perquisition était effectuée en pleine nuit. Il faut toutefois dire que la preuve a révélé que les policiers ont procédé avec une très grande discrétion à la fouille des femmes qui ont été trouvées nues dans leur lit », dit le rapport.
Le rapport de 49 pages se termine par les conclusions suivantes : La Commission s'empresse d'ajouter que le sergent-détective Duchesneau n'avait pas les motifs suffisants pour procéder à l'arrestation et à la détention de tous les occupants, les hommes ayant été placés dans des salles d'interrogatoire fermées et les dames en cellules pendant plusieurs heures. La Commission ne peut accepter le motif invoqué par le sergent-détective Duchesneau pour justifier une telle arrestation et une telle détention, soit la fouille par les chiens; ce motif ne lui paraît pas être juridiquement valable. Sous ce dernier aspect de l'enquête, la Commission est d'opinion que les plaintes étaient bien fondées à cet égard. Et le sergent-détective Duchesneau, responsable de toute l'opération, doit être blâmé pour abus de pouvoir.
En 1986, juge Pierre Michaud de la Cour supérieure du Québec a donné partiellement raison à sept membres de la famille Provençal, qui avaient intentées une poursuite civile contre la Communauté urbaine de Montréal (CUM), Henri Marchessault et Claude Lambert, les supérieurs de Duchesneau à l'époque..
Estimant que les plaignants avaient été victimes d'une arrestation et d'une détention « abusives et illégales », la CUM a été condamnée à leur verser , sans compter les intérêts. Si le tribunal a blanchi Marchessault et Lambert, il n'a cependant pas épargné Duchesneau. , a écrit le juge Michaud.
Lors de son témoignage, Duchesneau avait alors justifié sa décision d'emprisonner les plaignants pendant plusieurs heures par un manque d'effectifs. Or le tribunal a rejeté cette prétention, affirmant que « les demandeurs, citoyens honnêtes, sans aucun antécédent judiciaire, n'ont pas à faire les frais des problèmes de personnel de la force policière ».
L'affaire Provençal a refait surface durant la campagne de Jacques Duchesneau à la mairie de Montréal, en 1998.
L'affaire Marchessault Le , le directeur du SPCUM, André De Luca, convoque Duchesneau à son bureau. « André De Luca me dit : "On a de l'information à l'effet qu'Henri Marchessault vend des stupéfiants". Alors j'éclate de rire. Comme il me dit que c'est très sérieux, je lui réponds que je suis prêt à faire l'enquête et à lui prouver que c'est faux. Ça me paraissait impossible qu'Henri Marchessault, qui était un des personnages les plus en vue de la police, qui était le capitaine-détective aimé et admiré de tous, qui réalisait les plus grosses enquêtes, qui attaquait le crime organisé, qui passait régulièrement à la télé avec des saisies spectaculaires, commette une telle chose », raconte DuchesneauCardinal & Lapierre, Op. cit., ..
Duchesneau obtient un mandat d'écoute électronique, fait placer une caméra vidéo dans la voûte des stupéfiants et fait appel à deux équipes de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) spécialisées dans la filature à partir d'autos et d'avions de surveillance. Peu après, Marchessault est filmé en train de voler de la cocaïne.
Le , Duchesneau procède à l'arrestation de Marchessault peu après que celui-ci se soit livré à une transaction de drogue avec un ancien policier. L'affaire a eu l'effet d'une véritable bombe dans les milieux policiers. « En l'espace de quelques minutes, la nouvelle se répand au quartier général de Montréal, et dans tous les postes de police du Canada et de l'Amérique du Nord », dit DuchesneauIdem, ..
Marchessault est condamné à 12 ans de pénitencier au terme d'un procès lors duquel Duchesneau fait figure de témoin vedette.