Cet article concerne uniquement l'histoire du Cameroun indépendant, donc depuis le . 1960-1982 : présidence d'Ahmadou Ahidjo

1960-1961 : République du Cameroun vignette|Drapeau de la république du Cameroun. Le , le pays accède à l'indépendance. Le , un projet de constitution est soumis à un référendum. Inspirée de la Constitution française du 4 octobre 1958, elle est adoptée à près de 60 % et promulguée le . Durant le même mois, la république est proclamée. Le , Ahmadou Ahidjo est élu président de la République et Charles Assalé Premier ministre. Le , le pays devient un État membre de l'Organisation des Nations unies (ONU).

1961-1972 : République fédérale du Cameroun vignette|Drapeau de la Fédération. |225x225px Ahmadou Ahidjo est élu président fédéral du Cameroun, et John Ngu Foncha devient vice-président.

En 1961, lors de la réunification de l'ancien Cameroun français et d'une partie de l'ancien Cameroun britannique, le pays prend le nom de « République fédérale du Cameroun ». On ajoute deux étoiles sur le drapeau afin de symboliser la fédération. En 1962, le Franc CFA devient la monnaie officielle du pays (dans les deux États). Le multipartisme est interdit, et le parti unique est appelé Union nationale camerounaise (UNC). En 1970, Salomon Tandeng Muna (1912-2002) remplace Augustine Ngom Jua (1924-1977) comme du Cameroun occidental puis est élu vice-président de la république fédérale.

Pendant les premières années du régime, l'ambassadeur français Jean-Pierre Bénard est parfois considéré comme le véritable « président » du Cameroun. L'indépendance est en effet largement théorique puisque des « conseillers » français sont chargés d'assister chaque ministre et disposent de la réalité du pouvoir. Le gouvernement gaulliste préserve son ascendant sur le pays à travers la signature « d'accords de coopération » touchant à tous les secteurs de la souveraineté du Cameroun. Ainsi, dans le domaine monétaire, le Cameroun conserve le franc CFA et confie sa politique monétaire à son ancienne puissance tutrice. Toutes les ressources stratégiques sont exploitées par la France, des troupes françaises sont maintenues dans le pays, et une grande partie des officiers de l'armée camerounaise sont Français, y compris le chef d'état-major.

Lors de son accession à l'indépendance, en 1960, le Cameroun se dote d'une Constitution à vocation pluraliste qui prévoyait le multipartisme. Cette constitution est, à peu de chose près, similaire à la constitution française. La France, « gendarme » des États-Unis, se fait l'apôtre des idées libérales face à la menace communiste. Toutefois, Dès le début des années 1960, les autorités multiplient les dispositions légales leur permettant de s’affranchir de l’État de droit : prolongation arbitraire des gardes à vue, interdiction des réunions et rassemblements, soumission des publications à la censure préalable, restriction de la liberté de circulation à travers l'établissement de laissez-passer ou du couvre-feu, interdiction pour les syndicats de lancer des souscriptions, etc. Toute personne accusée de « compromettre la sécurité publique » se voit privée d'avocat et ne peut faire appel du jugement prononcé. Les condamnations aux travaux forcés à perpétuité ou à la peine capitale — les exécutions peuvent être publiques — se font ainsi nombreuses. Un régime à parti unique est instauré en 1966.

Guerre civile L'indépendance est suivie d'une période de violente répression contre le mouvement de l'Union des populations du Cameroun (déjà persécuté sous l'administration française), et son « Armée de libération nationale du Kamerun » (ALNK), par le nouveau gouvernement avec l'assistance de la France, qui dure jusqu'à la fin des années 1960. Ce sont des officiers français qui, au cours des années 1960, dirigent clandestinement les opérations de répression menée par l'armée camerounaise contre les derniers bastions de l'insurrection « upéciste », essentiellement dans l'ouest du pays. Tortures, regroupement et déplacement de force des populations, exécutions extrajudiciaires, guerre psychologique, villages rasés ou bombardés au napalm, les méthodes employées sont peu à peu transmises par les militaires français à leurs homologues camerounais, notamment au sein de l'École militaire interarmes du Cameroun (EMIA), dirigée au cours de cette période par des officiers français formés à la doctrine de la guerre révolutionnaire (DGR).

1972 : République unie du Cameroun Le , le président Ahmadou Ahidjo organise un référendum pour mettre fin au système fédéral en vigueur jusqu'à cette époque. Le référendum est largement gagné et le devient la fête nationale d'un Cameroun qui s'appelle désormais « République Unie du Cameroun ».

À la même époque, le président Ahmadou Ahidjo adopte la nouvelle doctrine économique du Cameroun, le libéralisme planifié, qui mène progressivement le pays dans la voie du surendettement.

Création du poste de Premier ministre Le président Ahmadou Ahidjo organise un nouveau référendum pour réviser la constitution en 1975. Ce référendum est gagné par le président. La révision permet la création d'un poste de Premier ministre et Paul Biya, né en 1933, un chrétien de la région du Sud, y est nommé.

En novembre 1982, il démissionne pour « raisons de santé ». Il est remplacé par son ancien Premier ministre, Paul Biya. Ahmadou Ahidjo regrette son choix ultérieurement, et, à la suite d'un coup d'État manqué de la part de ses partisans, il est contraint à l'exil en 1983.

1982- : présidence de Paul Biya

Reprise en main et rupture

Paul Biya, nouveau président du Cameroun, nomme Bello Bouba Maigari (1947-) Premier ministre le . Il le renvoie cependant le en annonçant à la radio, la découverte d'une tentative de coup d’État, ourdi par le président Ahidjo. Bello Bouba est remplacé par Luc Ayang (1947-). Ce dernier ne reste en fonction que 5 mois car le président Biya supprime le poste de Premier ministre par un amendement constitutionnel en .

1984: République du Cameroun Le , le pays prend le nom de République du Cameroun à la faveur d'une révision de la Constitution adoptée par l'Assemblée Nationale. Exilé avec sa famille depuis plusieurs mois, l'ancien président Ahidjo est jugé par contumace pour le coup d'État de 1983 et condamné à mort par un tribunal le . Cette révolution de palais met ainsi fin à un régime auquel on reprochait la toute-puissance de l'exécutif soutenu par un parti unique encadrant sévèrement la population.

Libéralisation du régime

Le président Paul Biya tente alors de remédier progressivement aux maux légués par son prédécesseur, en renouvelant totalement les cadres et les structures du parti unique, rebaptisé en 1985 Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Il réussit même à y rallier quelques opposants "de l'intérieur". L'ouverture se marque également lors des élections municipales d'octobre 1987, pluralistes dans le cadre du parti unique. Quelques mois plus tard, Biya est réélu président, tandis que la quasi-totalité des députés sont battus par des nouveaux venus lors des législatives.

Seul candidat, Paul Biya est élu président en 1984 et 1988. Il adopte un plan d’ajustement structurel qui lui est présenté par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale : privatisation, ouverture à la concurrence, réduction des dépenses sociales, etc. Les salaires des fonctionnaires sont réduits de 60 %, le secteur informel augmente très significativement, mais les classes dirigeantes ne sont pas affectées par ce programme. Au début des années 1990, à la suite d'opérations de désobéissance civile, baptisées « Villes mortes », et d'émeutes, il accélère la mise en œuvre du multipartisme. Il supprime la législation « contre-subversive » instaurée par son prédécesseur, restaurant ainsi la liberté d’association, et permet à une presse indépendante de commencer à paraître. Cette démocratisation a ses limites : le gouvernement continue d'avoir recours aux fraudes électorales et instrumentalise les appareils judiciaire et policier contre l'opposition. Un état d'urgence de fait est instauré avec la création en mai 1991, de « commandements militaires opérationnels » pour pacifier le pays. Le président Paul Biya ayant annoncé les élections législatives pour le , le Premier ministre Sadou Hayatou ouvre le , la conférence tripartite gouvernement-opposition-société civile destinée à définir le cadre électoral et l'accès aux médias publics. L'opposition se divise entre les partisans du préalable d'une conférence nationale et ceux qui sont favorables à une participation immédiate à la compétition électorale.

Le régime de Paul Biya est proche du gouvernement français, qui lui livre des armes et forme ses forces de répression. La France est le premier investisseur étranger, devant les États-Unis. Cent cinq filiales françaises sont implantées dans tous les secteurs-clés (pétrole, bois, bâtiment, téléphonie mobile, transport, banque, assurance, etc.). En , des émeutes éclatent, réclamant la baisse des prix et le départ de Paul Biya. Les manifestants sont sévèrement réprimés : une centaine de morts, des milliers d’arrestations.

En 1992, des élections présidentielles multipartites ont lieu. Paul Biya est réélu président (39,9 %) devant John Fru Ndi (35,9 %), candidat du Social Democratic Front (SDF). Les résultats sont très contestés. À la suite de manifestations et d'incidents à Bamenda, l'état d'urgence y est décrété. Le ont lieu les premières élections municipales pluralistes, le RDPC emporte 65 % des communes mais de grandes villes dont Douala passent au SDF. Le , les Sawa de Douala protestent contre la désignation de maires non-sawa dans les mairies d'arrondissement remportées par SDF.

Le , un décret présidentiel érige une dizaine des plus grandes villes en "communes à régime spécial", dont la plupart ont été gagnées par l'opposition, afin de confisquer le pouvoir aux mairies. L'opposition dénonce vivement cette mesure et lance en , les opérations « ville morte » relativement peu suivies.

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Crise socio-politique et conflit armé dans les régions anglophones (depuis 2016)

En , des enseignants déplorent la nomination de francophones dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et des juristes rejettent la suprématie du droit romain sur la common law anglo-saxonne. La majorité des leaders de la contestation appellent à un retour au fédéralisme, tandis qu'une minorité réclame l'indépendance et la proclamation d'un nouvel État, . Le pouvoir éxecutif, dirigé par Paul Biya et son Premier ministre anglophone, Philémon Yang refusent d'accepter ces deux exigences. Dès , les manifestations en zone anglophone, réprimées par les forces de l'ordre, font les premiers morts parmi les civils. D'autres suivront lors de manifestations, durement réprimées par les forces de l'ordre.