L'École nationale de la magistrature (ENM) est l'unique école de formation des magistrats de l'ordre judiciaire en France. Située dans le centre-ville de Bordeaux (Gironde), elle est fondée en 1958 sous le nom de « Centre national d'études judiciaires ».

Sa mission est d'assurer le recrutement et la formation professionnelle des auditeurs de justice, ainsi que la formation continue des magistrats en poste.

Historique Créée le sous le nom de « Centre national d'études judiciaires », article 14 dans sa version initiale : « Il est institué un centre national d’études judiciaires »., l'École nationale de la magistrature a pris sa dénomination actuelle en 1970..

Le Centre national d’études judiciaires s’installe tout d’abord à Paris (place Vendôme au ministère de la Justice puis rue de la Faisanderie) et ensuite en 1960, par une décision significative de décentralisation à cette époque, à Bordeaux (17 cours Xavier Arnozan dans l’attente du nouveau bâtiment inauguré en 1972)..

Durant les années 1970, le Syndicat de la magistrature exerce une influence prépondérante au sein de l'ENM. Alors qu'il se radicalise dans une idéologie fortement marquée par le marxismeAnne Devillé, « L’entrée du syndicat de la magistrature dans le champ juridique en 1968 », dans Droit et société, vol. 28, 1994, ., sa démarche pédagogique s'exerce au sein de la nouvelle école de magistrature Pascale Feuillée-Kendall et Helen Trouille (éd.). Justice on Trial. The French 'Juge’ in Question. Justice en question. Le juge mis en examen, Berne, Peter Lang AG, 2004, p.48..

En , Hubert Dalle, ancien secrétaire général du Syndicat de la magistrature, exerce la fonction de directeur de l'ENMIl écrivait auparavant dans la revue Justice : « Il faut, en se basant sur une véritable analyse en termes de lutte des classes, trouver sur le terrain judiciaire les modes d’expression de celle-ci, participer à la création de contre-valeurs qui permettent aux juges de rendre des décisions dans un sens socialiste. », in Georges Fenech, Main basse sur la justice, Jean-Claude Lattès, 1997..

Michel Dobkine dirige l'ENM d' à , date à laquelle il est nommé directeur de cabinet du garde des Sceaux, Rachida Dati.

De à , Jean-François Thony est directeur de l'ENM. Il est chargé, en 2008, d'appliquer la réforme de l'école, conséquence notamment de l'affaire d'OutreauA l'Ecole nationale de la magistrature, la réforme inquiète les futurs juges, 9 avril 2008.. Parmi les modifications de cette réforme se trouve la possibilité d'intégrer l’établissement par la voie parallèle, ce qui représente en 2011 40 % des recrues de l'ENMSept ans après l’affaire d’Outreau, le profil des magistrats a évolué, la-croix.com, 10 mai 2011..

L'évolution à long terme depuis les années 1980 voit une très large féminisation des élèves de l'ENM : 81 % de femmes en 2012, 74 % en 2021... Cette proportion reflète la féminisation des études de droit dans la mesure où 70 % des étudiants licenciés en droit sont des femmes..

Par ailleurs, l'évolution de l'école passe aussi par une diversification des profils : environ 50 % des élèves magistrats sont désormais des professionnels en reconversion.. L'âge moyen des promotions a ainsi grandement évolué passant de 25 ans en 2003 à 29 ans en 2022, promotion dont l'élève le plus âgé a 45 ans..

En butte aux critiques de certains hommes politiques tels Henri GuainoHenri Guaino : "il faut supprimer l'école nationale de la magistrature", europe1.fr, 6 juillet 2014. ou François Fillon qui affirment que l'ENM ne serait pas assez ouverteFrançois Fillon. Il veut supprimer l'Ecole nationale de la magistrature, ouest-france.fr, 14 octobre 2015., son directeur de l'époque, Xavier Ronsin, souligne au contraire que l'ENM est une école « métiers » d'application du droit qui n'a pas d'approche politicienne des situationsXavier Ronsin : "L'École nationale de la magistrature n'est pas une fabrique à robots !", lepoint.fr, 26 mars 2014.. Il affirme que « l'école n'est pas une fabrique à robots et souligne que l'école « ne façonne pas des personnalités qui, de toute façon, sont déjà matures à leur arrivée, puisque l'âge moyen est de 28 ans »..

En , Christiane Taubira annonce la nomination d'Emmanuelle Perreux, ex-présidente du Syndicat de la magistrature, au poste de directrice adjointe de l’École nationale de la magistrature. Elle sera chargée du recrutement et de la formation des magistratsL'ex-présidente du syndicat de la magistrature bientôt nommée à la direction de l'ENM, valeursactuelles.com, 28 mai 2015..

En 2016, Olivier Leurent, juge reconnu pour son expérience de président d'assises., est nommé directeur de l'école après avoir été sélectionné par un comité consultatif composé de personnalités issues des mondes judiciaire et universitaire. L'objectif de ce mode de sélection inédit était de renforcer la transparence dans la gouvernance de l'école..

Le , Nathalie Roret, vice-bâtonnière de l'ordre du barreau de Paris, devient la première femme et le premier non-magistrat à prendre la direction de l'ENM..

En , suite à la présence, depuis deux ans, d’élèves portant des tenues à caractère religieux, notamment des voiles musulmans, Gérald Darmanin interdit les « tenues à connotation religieuse » à l’ENMAmaury Coutansais, Gérald Darmanin interdit les «tenues à connotation religieuse» à l’École nationale de la magistrature, lefigaro.fr, 5 septembre 2025.. Cependant, l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné affirme qu’aucun cas précis ne peut être cité et que le ministère a nuancé ses affirmations, évoquant des constatés au sein de la prépa talents, dans la phase de préparation du concours extérieure à l’école..

Statut et mission L’École nationale de la magistrature est un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle du garde des sceaux, ministre de la justice. Son siège est à BordeauxDécret , article 1.. L'ENM dispose également d’un établissement à Paris, sur l’Île de la Cité.

L’École est administrée par un conseil d’administration et dirigée par un directeurDécret , articles 2,7 et 8.. Le président et le vice-président du conseil d'administration sont respectivement le Premier président et le procureur général de la Cour de cassation. (respectivement Christophe Soulard et Rémy Heitz).

La loi organique portant statut de la magistrature (ordonnance 58-1270 du ) lui confie :

l’organisation des concours d’accès ; la formation professionnelle des auditeurs de justice - futurs magistrats français ; la formation continue des magistrats français en fonction ; la contribution à la formation de futurs magistrats d’États étrangers liés à la France par des accords de coopération.

Le règlement intérieur de l'École. organise son administration, son recrutement, la formation initiale des auditeurs de justice, la formation continue des magistrats, les formations professionnelles spécialisées, les activités internationales, ou encore la recherche et la documentation.

Directeurs L'École nationale de la magistrature est dirigée par un directeur nommé par décret :

Localisation, histoire du site et architecture vignette|Façade du bâtiment de l'école à Bordeaux.

Peu après sa création, l'école est installée au 10 rue des Frères-Bonie, près du palais de justice de Bordeaux. Aujourd'hui, le site est desservi par la ligne A du tramway de Bordeaux : station « Palais de Justice ».

Le site fut occupé naguère par le château du Hâ édifié en 1453 par Charles VII à l’issue de sa victoire contre les Anglais, afin d’asseoir l’autorité du roi de France sur la ville de Bordeaux. Il servit de prison lors de la Révolution française.

Du fort d’origine, rasé en 1835, il ne reste, outre une partie de l’enceinte, que deux tours : l’une située à l’extrémité ouest de la cour de l’ENM, l’autre au centre de cette cour. Une prison plus moderne, ainsi que le palais de justice sont construits à son emplacement. La prison du Hâ restera en fonction jusqu’en 1967, date de la création de la prison de Gradignan, près de Bordeaux. Néanmoins, la construction des locaux de l’ENM à son emplacement avait déjà été décidée dès 1960. Les travaux de construction de l'école ne commencent réellement qu'en 1969.

Le chantier est conduit d’après les plans de l’architecte Guillaume Gillet (1912-1987)..

L’architecte a pris en compte l’environnement historique des deux tours restantes du fort du Hâ pour composer une œuvre architecturale moderne et audacieuse. La tour ronde des Minimes sert de centre au développement de deux ailes orthogonales desservant par un hall arrondi en arc de cercle, tel un cloître ou une salle des pas perdus, propice à la réflexion et aux rencontres., les différentes salles du bâtiment : un vaste amphithéâtre, une bibliothèque, des salles de cours pour de petits groupes, une cafétéria… Une salle de conférences est même aménagée à l’intérieur de la très ancienne tour des Minimes. Une saillie en béton laisse deviner la cabine technique de l'amphithéâtre et son escalier. Le long déambulatoire du hall, dont la charpente apparente en lamellé-collé se décompose en voûtains revêtus de lambris de couleur acajou., donne sur la pelouse et la pièce d’eau d’un jardin intérieur. Vu de ce jardin à l'abri de l'agitation de la ville, la façade du hall apparaît rythmée en continu par des brise-soleil verticaux en aluminium, et une crête marque la jonction des toitures en cuivre des ailes.

L’école est inaugurée le par le garde des Sceaux René PlevenLe discours qu'il prononce à cette occasion est reproduit dans la plaquette commémorative remise aux participants. Voir la plaquette..

Initialement conçue pour accueillir des promotions de 100 auditeurs de justice, l’école se révéla bientôt trop exiguë. Aussi, de 1996 à 1998, des travaux d’extension (pour accueillir des promotions de 300 auditeurs) et de modernisation des bâtiments sont réalisés par l’architecte Richard Rogers, parallèlement à la construction du nouveau tribunal de grande instance. Ce n’est toutefois qu’en 2005 que s’est achevé l’aménagement de l’espace de promenade plantée de tilleuls longeant la rue des frères-Bonie entre le nouveau palais et l’école, qui porte maintenant le nom de Parvis des droits-de-l’Homme. À l'occasion du cinquantenaire de cette institution, les architectes designers Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois ont incrusté dans le sol un long ruban de métal. sur lequel sont gravés le préambule et les 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée en 1948 par les Nations unies.

Le bâtiment a reçu le label « Patrimoine du » en 2007, consultée le 25 mars 2016..

L’ENM possède une antenne parisienne sur l’île de la Cité au n°8 rue Chanoinesse. vignette|Antenne parisienne de l'ENM, n°8 rue Chanoinesse.

Recrutement et formation initiale

Des candidats au profil diversifié L'école est chargée du recrutement de ses élèves, majoritairement par voie de concours. Ainsi, sur 335 nouveaux élèves recrutés en 2021 : 196 proviennent du concours externe ouvert aux candidats de moins de 31 ans et de niveau ≥ bac+4 ; 48 du concours interne à la fonction publique de moins de 48 ans 8 du concours ouvert aux professionnels du privé de moins de 40 ans avec 8 ans d'expérience professionnelle ; 83 en admission sur titres de juristes confirmés de 40 ans maximum..

Afin de renforcer la diversité sociale du corps des magistrats, l’ENM a créé trois classes préparatoires prenant en compte les critères sociaux. Elle réserve un tiers des places par promotion aux candidats ayant une expérience professionnelle d’au moins quatre années.