L’École nationale de la France d’outre-mer (ENFOM), fondée en 1889 sous le nom d'École coloniale, familièrement appelée « la Colo », était une grande école française chargée de former les cadres de l'administration coloniale (administrateurs, inspecteurs du travail et magistrats).

L'École coloniale reçoit en 1934 le nom d’École nationale de la France d’outre-mer (ENFOM), à laquelle succède en 1959 l’Institut des hautes études d’outre-mer (IHEOM), puis en 1966 l'Institut international d'administration publique (IIAP). Celui-ci est intégré à l'École nationale d'administration (ENA) en 2002.

École sélective et prestigieuseAdrien Blazy, « Les magistrats formés à l’école coloniale : un ordre à part de la magistrature » in Les désunions de la magistrature : (), Toulouse, Presses de l’Université Toulouse Capitole. En ligne., elle se situait au 2, avenue de l'Observatoire à Paris, dans l'hôtel de l'École coloniale, un bâtiment de style mauresque construit par l’architecte Maurice Yvon.

Histoire

Genèse et création (1888-1889) L'École coloniale est fondée en 1889, sous la République, pour succéder à un centre de stage en activité depuis 1885 sous le nom dÉcole cambodgienne. À cette date, Auguste Pavie, sous-chef du service télégraphique au protectorat du Cambodge, déplorant le manque de personnel qualifié pour assurer ces activités, envoie dans la capitale une dizaine de jeunes fonctionnaires d'origine khmère dont le stage professionnel sera de fait, sous ce terme, l’embryon de la future école coloniale.

Emmanuel Goldscheider, fonctionnaire au sous-secrétariat d'État aux colonies, organise ces formations qui débouchent en 1889 sur la création d'une école coloniale très soutenue par Eugène Étienne, député d'Oran. Sont associés aux Cambodgiens, à partir de 1892, des élèves africains, ce qui élève à environ une vingtaine le nombre de stagiaires, tous susceptibles d'entrer ensuite dans l'administration coloniale. C'est à cette date que le conseiller d’État Paul Dislère, ancien polytechnicien, prend la direction du conseil d’administration et , le premier directeur, par ailleurs spécialiste de la civilisation cambodgienne.

Paul Dislère est le moteur du développement initial, ayant tout au long d'une action acharnée, accru le rôle de l’École et développé son audience.

Montée en puissance (1890-1945) Les débuts de l'école sont difficiles. Son existence est presque confidentielle, puisque certains parlementaires en viennent à réclamer en 1909 la création d'une structure qui existe déjà. Le succès est toutefois patent, et cause une concurrence avec l'École libre des sciences politiques où Émile Boutmy a créé une section pour former les administrateurs pour l'Indochine. Après la fermeture de cette section en 1892, Dislère obtiendra le monopole de cette spécialité en 1912.

À la suite d'Outrey, en 1926, la direction est confiée à un jeune professeur, spécialiste des questions scolaires, Georges Hardy. En universitaire chevronné, ce dernier fonde des classes préparatoires à l'École coloniale aux lycées Louis-le-Grand, Chaptal et Henri IV, ouvertes en , imitées les années suivantes dans des établissements de province. Il fait aussi passer les études de deux à trois ans. En 1931, soutenu par Ernest Roume, le directeur obtient la gratuité de l’enseignement contre l’obligation de servir cinq ans dans l’administration coloniale. Cette mesure élargira le recrutement de l'École aux classes moyennes et renforcera encore le prestige de l'institution. Juste après le départ de Hardy, l'École coloniale devient en 1934 l’École nationale de la France d'outre-mer (ENFOM) mais elle conserve, notamment parmi les élèves, son appellation familière de « Colo ».

Les fonctionnaires-stagiaires sont répartis en deux sections : Français et étrangers. Leurs études durent 2 ou 3 ans au bénéfice de promotions variant de 11 à 50 élèves et comprennent des enseignements de langues des pays d'outre-mer, d'ethnologie, de droit coutumier, de droit colonial public et privé.

Transformation et suppression (1945-1959) Les anciens élèves sont intégrés au corps des administrateurs civils à la fin des années 1940 et durant les années 1950, de telle sorte qu'en 1965, ils constituent 9 % des administrateurs civils.

La loi-cadre du ayant posé le principe de l’africanisation des cadres de l’administration d’outre-mer, les trois dernières promotions (1956, 1957 et 1958) comptèrent autant d’Africains et de Malgaches que de métropolitains.

En 1959, l’ENFOM devient l'Institut des hautes études d'outre-mer (IHEOM) destiné à former les cadres des États d’Afrique et de Madagascar membres de la Communauté française. L’IHEOM cède la place à l'Institut international d'administration publique (IIAP) en 1966, qui est finalement intégré à l'École nationale d'administration en 2002.

Personnalités liées à l'établissement Directeurs

Professeurs

Pierre Moussa Louis Vignon Charles-André Julien Henri Brunschwig Léopold Sédar-Senghor Maurice Delafosse

Élèves

Notes et références

Bibliographie Dictionnaire biographique des anciens élèves de l'École nationale de la France d'outre-mer, promotions de 1889 à 1958, Association des anciens élèves de l'ENFOM, 2 vol., 2003 Delcroix, Une école coloniale en France, imprim. Bandieri, Le Caire, 1892, 45 p. Pierre Foncin, Rapport général sur le fonctionnement de l'École coloniale, présenté à M. le sous-secrétaire d'État des colonies, Impr. des journaux officiels, Paris, 1892, 52 p. Organisation et fonctionnement de l'École coloniale, ministère du Commerce, de l'Industrie et des Colonies, sous-secrétariat d'État aux Colonies, Trouillet, 1890-1891 (rééd. ult.), Paris, 2 vol.

Adrien Blazy, « Les magistrats formés à l’école coloniale : un ordre à part de la magistrature » in Les désunions de la magistrature : (), Toulouse, Presses de l’Université Toulouse Capitole. En ligne. Pierre Gentil, École nationale de la France d'outre-mer, Académie des sciences d'outre-mer, 1986.

Voir aussi Articles connexes Centre des hautes études sur l'Afrique et l'Asie modernes Académie des sciences d'outre-mer

Liens externes L’École coloniale de la rue de l’Observatoire par France Culture Le 2 avenue de l’Observatoire - historique du bâtiment par École nationale d'administration

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