alt=Drapeau de l'Espagne (1977-1982)|vignette|Drapeau de l'Espagne (1977-1981)
La transition démocratique espagnole est le processus ayant permis la sortie du franquisme et la mise en place d'un régime démocratique en Espagne. On peut considérer qu'elle s'étend de la mort du général Franco, en 1975, jusqu'à la première alternance politique, en 1982, avec l'arrivée au pouvoir du Parti socialiste ouvrier espagnol de Felipe González.
Le processus politique La transition constitutionnelle (1975-1978) Le premier gouvernement de Juan Carlos (novembre 1975-juillet 1976)
Le lendemain de la mort du général Francisco Franco, le , le prince Juan Carlos de Borbón est proclamé roi d'Espagne sous le nom de et devient ainsi le nouveau chef de l'État. Le , prête serment devant les Cortes franquistes et le Conseil du Royaume et proclame sa fidélité aux principes du Mouvement national comme il l'avait fait en 1969, quand Francisco Franco l'avait désigné comme successeur. Dans son discours, il insiste toutefois sur l'option européenne de l'Espagne.
hérite de tous les pouvoirs réservés par les lois du régime franquiste au chef de l'État, et notamment de la direction de trois corps franquistes, constitués de l'armée, du Mouvement national (parti unique) et des Cortes franquistes.
Le , Francisco Franco bénéficie de funérailles grandioses en présence du nouveau roi et de son épouse Sophie de Grèce.
Le , il promulgue une grâce permettant à près de de voir leur peine réduite.
Le , il confirme à son poste Carlos Arias Navarro, le dernier président du gouvernement de Franco. Le New York Times critique alors le monarque, qu'il accuse de miser sur une continuité du « franquisme sans Franco ».
De timides signaux d'ouverture sont envoyés de la part du nouveau gouvernement, mais « sans aucun risque que la gauche gouverne », dans les mots de l'ancien ministre du « Tourisme et de l'Information » (en pratique de la propagande et de la censure) Manuel Fraga. La société civile en attend bien davantage maintenant de ce dernier, d'autant plus qu'aux frontières, le Portugal s'est démocratisé à la suite de la révolution des Œillets en 1974.
Le roi, tout comme une partie des dirigeants du régime ressentent cette demande et se doivent de négocier le passage vers la démocratie, en formant ce qu'on désigne comme le groupe des « aperturistes », en opposition de ceux qui censurent toute évolution du régime (le « Bunker »).
Face au corps dirigeant du régime, au début de 1976 apparaissent les deux premières organisations politiques : la « Plateforme de coordination démocratique » représentant la démocratie-chrétienne et les socialistes d'une part, d'autre part la « Junta » démocratique dirigée par le Parti communiste d'Espagne (PCE).
Dans la rue, la contestation qui a lieu pour exiger la démocratie et la dissolution des structures administratives franquistes dégénère parfois en violence. La violence est même encouragée durant tout le processus par des mouvements d'extrême gauche, des groupes terroristes comme ETA ou Grapo mais aussi par des groupes de néofascistes comme Batallón Vasco Español ou les Guerrilleros de Cristo Rey qui refusent toute évolution ou encore des groupes nationalistes catalans comme Exèrcit Popular Català qui réclament l'indépendance.
Ils ne réussiront pas cependant à faire dégénérer les discussions en confrontation ouverte mais, au contraire, affirmeront le compromis de la majorité dans le processus démocratique. C'est pourquoi notamment, alors que certains observateurs envisageaient fin 1975 un retour à une forme de guerre civile qui n'a finalement pas eu lieu, l'on considère que la Transition a été un processus pacifique.
Le , cinq ouvriers sont tués et une centaine de personnes blessées lors de graves affrontements à Vitoria (Pays basque) entre la police (surnommée « los grises » par la couleur de leur uniforme) et les participants à une réunion ouvrière. De cet évènement va naître la Coordination démocratique ou « Platajunta », union de la Plataforma de Coordinación Democrática et de la Junta Democrática.
Le , deux militants carlistes (monarchistes d'une branche dissidente) sont tués à Montejurra (Navarre) par des radicaux issus de la même formation. Les carlistes soutenaient l'accession au trône de Charles-Hugues de Bourbon-Parme. Une implication du militant néofasciste Stefano Delle Chiaie et de l'Alliance anticommuniste argentine a pu être évoquée.
Tous ces incidents provoquent une prise de conscience au niveau du pouvoir et dès , deux lois reconnaissant le droit de réunion et d'association sont approuvées par les Cortès.
Arias Navarro, en désaccord avec la ligne politique réformiste que veut suivre le roi, est contraint à la démission le .
La désignation d'Adolfo Suárez et la dissolution du régime (juillet 1976-avril 1977)
Le roi va alors pouvoir nommer quelqu'un qui partage son intention de conduire le pays vers un nouveau régime. Adolfo Suárez, homme de confiance de et de la ligne « aperturiste » qui représentait le parti unique au sein du gouvernement d'Arias Navarro, est ainsi nommé au poste de président du gouvernement le .
Sous le gouvernement d'Adolfo Suárez, une série de réformes essentielles à la réussite de la Transition sont entreprises par les institutions du régime.
Pendant le mois de , les partis politiques sont légalisés à l'exception de ceux qui prônent un État totalitaire et, à la fin du mois, le l'amnistie générale est déclarée pour tous les prisonniers politiques ou de conscience (à l'exception de ceux condamnés pour actes de terrorisme). La demande d’amnistie avait été, avec le rétablissement des libertés et, dans certaines régions, la mise en place d’un statut d’autonomie, l’une des grandes revendications des manifestations populaires du début de la transition Isabel Obiols, 'Llibertat, amnistia, estatut d'autonomia', El País, 01/02/2001 Patricia Gascó Escudero, UCD-Valencia: Estrategias y grupos de poder político, Valence, Universitat de València, 2009, .
Le , le nouveau président du gouvernement fait approuver par le Congrès des députés franquistes sa propre dissolution (exigence formulée par Franco lui-même) avec la loi pour la réforme politique (le « Hara-kiri » des Cortes franquistes), validé le par référendum.
Peu avant, le , le PSOE organise la première assemblée libre d'un parti de gauche en Espagne depuis la fin de la , auparavant.
Le , Santiago Carrillo, secrétaire général du PCE, rentré clandestinement en Espagne, est arrêté. Il est rapidement libéré, ce qui entraîne, une semaine plus tard, la dissolution du Tribunal de l'Ordre public, organe de répression du système franquiste.
Le début de l'année 1977 est marqué par de graves attentats terroristes, qui mettent en péril les réformes acquises.
Le , un commando néofasciste assassine cinq avocats et en blesse grièvement quatre (massacre d'Atocha de 1977).
Le est approuvée une nouvelle amnistie applicable aux actes de terrorisme n’ayant pas provoqué de victimes mortelles permet la libération de près de incarcérés.
Le , la liberté syndicale est légalisée. Comme les Cortes franquistes, le Movimiento Nacional (l'ancien parti unique) dirigé par Suárez accepte sa dissolution, confirmée par décret le . Par le même décret, la censure est abrogée.
De la légalisation du PCE à l'assemblée constitutionnelle (avril 1977-juin 1977)
Le , durant la Semaine sainte, le Parti communiste d'Espagne (PCE) est légalisé, ce qui permettra le retour au pays de nombreux anciens exilés républicains, parmi lesquels des dirigeants historiques du communisme espagnol, tels que Dolores Ibárruri (dite « La Pasionaria »). La monarchie parlementaire et ses symboles seront acceptés par le PCE.
Le , les centrales syndicales sont légalisées : l'Union générale des travailleurs (UGT, socialiste) et les CCOO (Commissions ouvrières, communistes) deviendront les plus importantes au niveau national.
En , le président du gouvernement Adolfo Suárez crée sa propre formation politique, l'Union du centre démocratique (UCD).
upright=1.4|thumb|Électeurs à Tolède le .
Le , les électeurs espagnols élisent l'assemblée constituante. C'est la première élection démocratique depuis 1936.
L'UCD de Suárez sort vainqueur. En deuxième position arrive le PSOE puis plus loin derrière, le PCE et Alliance populaire, dirigée par l'ancien ministre franquiste Manuel Fraga.
La rédaction de la Constitution espagnole de 1978 (juin 1977-octobre 1978)
L'Assemblée travaille à la rédaction du texte de la nouvelle constitution. Les rédacteurs sont issus de tous les partis politiques : Gabriel Cisneros, Miguel Herrero et José Pedro Pérez Llorca (UCD), Gregorio Peces-Barba (PSOE), Manuel Fraga (Alliance populaire), Miquel Roca Junyent (Parti nationaliste catalan) et Jordi Solé Tura (PSUC).
La crise économique, les actes terroristes et les questions du Pays basque et de la Catalogne sont les principaux fronts de bataille du premier gouvernement démocratique.
En , la Généralité de Catalogne est rétablie, sous la présidence de Josep Tarradellas, revenu d'exil.
Le , une dernière loi d’amnistie est promulguée. Elle s’applique à tous les prisonniers politiques, y compris ceux ayant participé à des attentats mortels survenus avant le de la même année. Cette loi s’applique également aux actes délictueux ou criminels commis par les autorités franquistes, ses fonctionnaires ou autres ayant agi dans le cadre de la légalité du régime.
Le , l'autonomie du Pays basque est reconnue.
Le , un incendie se produit dans une salle de spectacle de Barcelone : les autorités accusent les milieux anarchistes. C'est l'affaire Scala.
Le , le texte de la nouvelle constitution est approuvé par l'Assemblée. Elle met en place un État à gestion décentralisée basé sur une division du territoire espagnol en 17 communautés autonomes dotées d’un parlement propre et disposant de moyens et de compétences variables (éducation, santé, promotion de la culture régionale...), les autres compétences étant détenues par le gouvernement central basé à Madrid.
Le suivant, le projet constitutionnel est approuvé par référendum, et ce jour devient celui de la fête nationale de la Constitution. Elle entre en vigueur le .
Le , le membre d'Euskadi ta Askatasuna José Miguel Beñarán Ordeñana est assassiné à Anglet.
L'UCD, au premier gouvernement constitutionnel (1978-1981) Après l'acceptation du texte constitutionnel, Adolfo Suárez fait un nouvel appel aux urnes pour le Parlement et pour les élections municipales de mars de 1979, avec un résultat semblable à celles de 1977 : victoire du parti de l'UCD aux législatives, mais une majorité de suffrages exprimés pour les partis de gauche aux élections municipales.
En 1980, les communautés de Catalogne et du Pays basque organisent les premières élections de leurs parlements autonomes avec les victoires du Parti nationaliste basque (PNV-EAJ) et de Convergència i Unió (CiU), deux partis nationalistes modérés.
Adolfo Suárez, affaibli sur le plan politique au sein de son propre gouvernement présente sa démission le .
La tentative de coup d'État du 23 février 1981
Une tentative de putsch surprend le Congrès des députés le , au moment du débat de l'investiture du nouveau président du gouvernement, Leopoldo Calvo-Sotelo.
Quelque 201 gardes civils du lieutenant-colonel Antonio Tejero envahissent le parlement aux cris de et tirent des coups de feu. On craint la déroute du processus démocratique.