Johnny Guitare () est un film américain réalisé par Nicholas Ray, sorti en 1954.

Ce film, parfois considéré comme un des plus beaux du cinéma américainLe film est classé premier des westerns en 1974 par la revue américaine The Velvet Trap., est entré en 2008 dans le National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis. Avec sa mise en scène d'un affrontement entre deux femmes, il est considéré comme l'un des plus notables westerns féministes du , des films comme Quarante tueurs (1957) suivront le sillage de personnages de femmes fortes et meneuses.

Synopsis Vienna, tenancière d'un casino-saloon qu'elle a habilement fait construire dans une zone désertique prochainement desservie par une ligne de chemin de fer, sait sa fortune faite si elle résiste à la convoitise immobilière des riches éleveurs de la ville proche, et à leur angoisse des trains par lesquels arriveront les agriculteurs qui clôtureront leurs prairies. L'attaque d'une diligence cristallise la haine des notables sur Vienna, emportés par Emma, une riche propriétaire puritaine du village jalouse de l'indépendance et de la réussite de Vienna. Elle accuse Dancing Kid d'avoir tué son frère lors de l'attaque et Vienna d'en être la complice en le protégeant. Johnny Guitar, musicien qui vient d'être embauché par Vienna pour jouer dans son établissement, tente de s'interposer...

Fiche technique

Titre : Johnny Guitare Titre original : Réalisation : Nicholas Ray Scénario : Philip Yordan, d'après le roman éponyme publié en 1953 par Musique : Victor Young Photographie : Harry Stradling Sr. Montage : Richard L. Van Enger Direction artistique : James W. Sullivan Costumes : Sheila O'Brien Production : Nicholas Ray Société de production et de distribution : Republic Pictures Pays d'origine : Langue originale : anglais Format : couleurs (Trucolor) - mono Genre : drame, western Durée : 110 minutes Date de sortie : Affiche : Constantin Belinsky (France)

Distribution Joan Crawford (VF : Lita Recio) : Vienna Sterling Hayden (VF : Raymond Loyer) : Johnny "Guitare" Logan Mercedes McCambridge (VF : Claire Guibert) : Emma Scott Brady (VF : Jacques Thébault) : "Dancing Kid" Ward Bond (VF : Pierre Morin) : John McIvers Ben Cooper (VF : Philippe Mareuil) : Turkey Ralston Ernest Borgnine (VF : Jean Violette) : Bart Lonergan John Carradine : Vieux Tom (Vo : Old Tom) Royal Dano (VF : Robert Bazil) : Corey Frank Ferguson (VF : Claude Péran) : le marshal Williams Paul Fix (VF : Robert Bazil) : Eddie Rhys Williams (VF : Pierre Leproux) : M. Andrews Ian MacDonald : Pete Acteurs non crédités (par ordre alphabétique) Trevor Bardette (VF: Paul Faivre) : Jenks Will Wright (VF : Henry Darbray) : Ned, le caissier de la banque

Production Contexte du film Tourné durant l'activité de la commission McCarthy, Johnny Guitare est une parabole sur la situation politique de l’Amérique de l’époqueRegards sur le cinéma américain (1932-1963) - Patrick Brion – Éditions de La Martinière - –. Nicholas Ray était soupçonné de sympathie pour les communistes mais Howard Hughes son producteur le protégeait efficacement des enquêtes en cours. Ben Maddow était le scénariste de la première version. Le scénario du film est finalement attribué à Philip Yordan par Nicholas Ray pour retravailler entièrement le scénario sur le tournage. En effet, Joan Crawford fait grève, exigeant que son personnage soit le rôle principal, trouvant le scénario mauvais et jalousant sa partenaire Mercedes McCambridge. La présence de deux scénaristes et l'hypothèse que Ben Maddow aurait été non crédité car "blacklisté" à cause de maccarthysme est clarifiée par Ben Maddow qui a indiqué, ayant vu le film terminé, ne pas être l'auteur du scénario de la version finale.

Tournage Nicholas Ray avait eu une aventure avec Joan Crawford et tenait à la mettre en avant dans un de ses films. Mais, lors du tournage, Ray était tous les soirs complètement démoli par Crawford qui cherchait à le dominer au point que Philip Yordan, pour rassurer et remonter le moral de Ray, lui dit que lorsqu'il aurait terminé le tournage jamais plus il n'aurait à retravailler avec Joan CrawfordJohnny Guitare vu par Bertrand Tavernier, Arte 2018. Joan Crawford éprouvait une haine au-delà de toutes proportions pour Mercedes McCambridge : Nicholas Ray a retrouvé un soir Crawford ivre sur le bord d'une route en train de détruire tous les costumes de Mercedes McCambridge qu'elle lacérait au couteau et jetait dans les fourrés. Sterling Hayden était passé devant la commission McCarthy, où il avait été contraint de reconnaître des activités que l'on qualifierait aujourd'hui de dérisoires. Sterling Hayden n'appréciait pas son interprétation dans le film, ajoutant ironiquement qu'on lui avait donné le rôle car il ne savait ni monter à cheval (il était généralement doublé), ni jouer de la guitare, et qu'il détestait tirer au revolver. Il n'appréciait pas Joan Crawford au point de déclarer que jamais il n'avait vu quelqu'un se comporter de manière aussi vile avec Mercedes McCambridge et qu'il n'y avait pas assez d'argent dans tout Hollywood pour le forcer à tourner de nouveau avec Crawford. Ward Bond était membre de la Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals et . Philip Yordan, le scénariste du film, déclara : Cela avait surpris beaucoup de gens que Nicholas Ray le fasse tourner compte tenu du peu de valeurs qu'ils partageaient.

Musique

Johnny Guitar, chanson du générique

Accueil critique François Truffaut a écrit : François Truffaut, Arts, 23 février 1955. Il a également affirmé : Johnny Guitare vu par Bertrand Tavernier, Arte, 2018

Reconnaissance D’après certains de ses biographes, James Dean n’oubliait jamais de citer Johnny Guitare parmi ses films favoris et fut particulièrement heureux de pouvoir tourner La Fureur de vivre sous la direction de Nicholas Ray. Passant par la région de Salinas en se rendant à sa dernière course, il avait alors souligné : Yves Salgues, James Dean, ou le Mal de vivre, éd. Stock.

Le film est inscrit au National Film Registry en 2008.

Références culturelles au film Jean-Luc Godard rend hommage au film de Ray au début de Pierrot le fou. Répondant à sa femme qui lui dit que si les enfants ne sont pas couchés, c'est parce qu'il les a autorisés une troisième fois à aller au cinéma, Ferdinand, le personnage joué par Jean-Paul Belmondo réplique : Le réalisateur cite également le film dans La Chinoise. Dans Barocco d'André Téchiné, les personnages de Gérard Depardieu et d'Isabelle Adjani reprennent mot à mot le dialogue entre Sterling Hayden et Joan Crawford : "Dis-moi un mensonge. Dis-moi que toutes ces années, tu m'as attendu. Dis-le moi. - Toutes ces années, je t'ai attendu - Que si je n'étais pas revenu, tu serais morte - Si tu n'étais pas revenu, je serais morte. - Pas une seconde, tu n'as cessé de m'aimer. - Pas une seconde, je n'ai jamais cessé de t'aimer". Dans La Sirène du Mississipi de François Truffaut, les personnages de Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo vont voir Johnny Guitare au cinéma. Au début de Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar, deux personnages, Iván puis Pepa, s'occupent du doublage en espagnol d'une séquence de Johnny Guitare. Dans le film Des Rats et des Lapins (1999) de Lewis Furey, mari de l'actrice Carole Laure, on peut la voir interpréter la chanson thème du film Johnny Guitar.

Bibliographie Michel Serceau, Johnny Guitare : Nicholas Ray, Liège : éd. du CEFAL, 2004, 87 p., coll. Analyse de film

Notes et références

Liens externes

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