Ornithonyssus sylviarum, la Liponysse des volailles, est une espèce d'acariens de la famille des Macronyssidae, ectoparasite obligé des oiseaux (volailles et oiseaux domestiques y compris).
Réputée nordique l'espèce peut néanmoins être transportée par les oiseaux migrateurs sur de grandes distances et être retrouvée en zone tropicale sur des volailles par exemple au BrésilTeixeira, C. M. (2016). « Dinâmica populacional e controle estratégico de Ornithonyssus sylviarum (Acari: Macronyssidae) em granjas comerciais de postura de Minas Gerais, Brasil »|résumé.. Découvert au début du dans certains élevages, il est maintenant présent (et résistant à certains pesticides, pyréthroïdes synthétiques, mais aussi carbamates et organophosphorés) dans une grande partie du monde. C'est le parasite le plus fréquent et le plus problématique des élevages industriels nord-américains.
En 2017 la méthode la plus utilisée en Amérique du Nord est une pulvérisation de pesticide sous les oiseaux et sous pression (car l'acarien se cache dans les plumes, principalement côté ventral et cloaque) ; cette méthode n'est pas satisfaisante car posant des problèmes environnementaux, et parce que de nombreux pesticides sont de moins en moins efficaces ou toxiques.
Il peut créer des dermatites d'irritation chez l'homme (gamasoïdose, ou pour les anglophones) Wambier, C. G., & Wambier, S. P. D. F. (2012). « Gamasoidosis illustrated: from the nest to dermoscopy ». Anais brasileiros de dermatologia, 87(6), 926-927. Neill, S. M., Monk, B. E., & Pembroke, A. C. (1985). « Gamasoidosis: avian mite dermatitis (Dermanyssus gallinae) » , 113(s29), 44-44. .
Le commerce et le transport des œufs, des poussins (ou de fumier frais de volaille) sont des sources de transferts de souches de ces acariens d'un élevage à l'autre ou d'élevages vers la faune sauvage Kells, S. A., and G. A. Surgeoner. 1996. « » J. Agric. Entomol. 13: 265–274.. Avec un autre acarien (Dermanyssus gallinae), il est devenu l'un des deux parasites majeurs des élevages industriels de l'hémisphère nordAxtell RC, Arends JJ. Ecology and management of arthropod pests of poultry. Annu Rev Entomol. 1990;35:101–6.Sparagano OAE, George DR, Harrington DWJ, Giangaspero A. Significance and control of the poultry red mite, Dermanyssus gallinae. Ann Rev Entomol. 2014;59:447–66..
Histoire Ce parasite a été décrit en 1923 par C.R ClevelandCleveland C.R. (1923) A new parasite threatens the poultry industry. Poult. ; Sci. 2: 129–135| résumé sur des poules domestiques, alors que les poulaillers industriels et les échanges de reproducteurs étaient en plein développement dans le monde occidental. Cleveland présente immédiatement ce parasite comme une menace émergente, . Selon lui il ne posait pas de problèmes particulier jusqu'à ce que des pullulations en soient signalées en des
Alors que les entomologistes n’avaient pas encore précisément classé cet acarien, Cleveland le dénomme « acarien des plumes » (feather mite) et le juge étroitement lié (pour sa forme et son apparence générale) à un autre acarien déjà connu sur le poulet (le pou rouge ou Dermanyssus gallinae DeGeer) mais en le considérant comme zoologiquement distinct car présentant un comportement différent qui nécessite des méthodes de contrôle selon lui . Cleveland alerte en 1923 quant à la nature dangereuse de ce parasite pour lequel dit-il alors il est urgent que tous les éleveurs se familiarisent avec son existence et les moyens de le contrôler, pour que .
Dès le début des années 1930 on promeut un traitement à base de soufre, relativement efficace pour en réguler les populations de poulaillers, si ce n'est pour provisoirement l'éradiquer. Des pesticides chimiques seront ensuite largement utilisés, mais avec une efficacité diminuant souvent avec le temps, les acariens finissant par s'adapter à ces molécules nouvelles (en particulier à la perméthrine et à la deltaméthrine qui en 2016 ont perdu tout effet même à la dose de 1000 ppm), ce qui est une pour le monde vétérinaire et les éleveurs.
Description Ornithonyssus sylviarum est très semblable à l'acarien des oiseaux tropicaux (Ornithonyssus bursa dont il se distingue par sa plaque dorsale[ http://eol.org/pages/4318169/details Ornithonyssus sylviarum Northern Fowl Mite ]Fiche EOL.
L'extrémité postérieure de cette plaque se rétrécit fortement chez l'espèce nordique et plus uniformément chez son cousin tropical. En outre, trois paires de soies (soies) sont présentes sur la plaque sternale des acariens tropicaux, mais seulement deux chez l'espèce nordique (voir les illustrations mises en ligne par Danemark et Cromroy en 2012).
Pathogénicité Sa présence en quantité anormalement élevée favorisée par la promiscuité et les conditions d'hygiène de certains élevages peut être source d'anémie grave (voire mortelle), d'une chute de poids et d'une diminution de la production d'œufs (jusqu'à 10 % chez les poules pondeuses par ailleurs saines), pouvant parfois entraîner la mort de l'animal. Il est donc source de pertes économiques chez les éleveursVezzoli, G., King, A. J., & Mench, J. A. (2016). The effect of northern fowl mite (Ornithonyssus sylviarum) infestation on hen physiology, physical condition, and egg quality. Poultry science, 95(5), 1042-1049. Kilpinen O, Roepstorff A, Permin A, Norgaard-Nielsen G, Lawson LG, Simonsen HB. Influence of Dermanyssus gallinae and Ascaridia galli infections on behavior and health of laying hens (Gallus gallus domesticus). Br Poult Sci. 2005;46:26–34.. L'oiseau parasité est plus ou moins affecté selon la charge parasitaire, mais aussi selon ses capacités immunitairesOwen, J. P., M. E. Delany, C. C. Cardona, A. A. Bickford, and B. A. Mullens. 2009. Host inflammatory response governs fitness in an avian ectoparasite, the northern fowl mite (Ornithonyssus sylviarum). Int. J. Parasitol. 39: 789–799..
Cet acarien peut aussi mordre les humains, suscitant irritations et démangeaisons de la peau.
Reproduction La femelle pond directement sur son hôte (oiseaux) . Les œufs éclosent en 1 à 2 jours (selon la température et l'humidité) . Les larves issues de l'œuf vont — sans se nourrir — évoluer vers un stade nymphal en environ huit heures. La nymphe mord ensuite la peau de l'oiseau hôte pour un repas de chair lysée et de sang, pour arriver à maturité (adultes) en 4 à 7 jours.
Les acariens adultes prennent un repas sanguin et pondent dans les deux jours. Le nombre d'œufs n'est que de 2 à 5 par acariens, mais ils sont pondus in situ. Le cycle de vie complet adulte-œuf ne nécessite donc que 5 à 7 jours (ou plus selon la température et l'humidité), ce qui permet une infestation assez rapide des oiseaux. L'adulte passe généralement toute sa vie ou presque sur l'hôte, mais il peut circuler dans les nids et poulaillers notamment. Il semble préférer sur l'hôte la proximité de l'ouverture cloacale et l'arrière du corps.
Dans les élevages avicoles on peut trouver des volailles nouvellement infestées supportant des populations de plus de acariens par oiseau au bout de neuf à dix semaines. Une infestation d'environ acariens par oiseau peut tuer l'hôte par anémie. Les infestations varient dans l'espace et dans le temps selon les conditions offertes aux acariens (température, humidité…)Mullens, B. A., J. P. Owen, D. R. Kuney, C. E. Szijj, and K. A. Klingler. 2009. Temporal changes in distribution, prevalence and intensity of northern fowl mite (Ornithonyssus sylviarum) parasitism in commercial caged laying hens, with a comprehensive economic analysis of parasite impact. Vet. Parasitol. 160: 116–133.
Moyens de lutte Un problème est, qu'à la différence de son cousin D. gallinae qui vit principalement hors de son hôte (caché dans des anfractuosités ou fissures que l'on peut assez facilement traiter avec des pesticides), O. sylvarium quant à lui vit toute sa vie ou presque sur l'hôte (qu'il est alors difficile de traiter avec des produits toxiques, d'autant que l'animal se cache dans l'épaisseur des plumes ce qui rend encore plus difficile la pulvérisation, en cage notamment) ; en outre ces deux espèces d'acariens survivent sans hôtes durant des semaines et peut-être des mois dans l'environnementNordenfors H, Hoglund J, Uggla A. Effects of temperature and humidity on oviposition, molting, and longevity of Dermanyssus gallinae (Acari: Dermanyssidae). J Med Entomol. 1999;36:68–72.Chen BL, Mullens BA. Temperature and humidity effects on off-host survival of the northern fowl mite (Acari: Macronyssidae) and the chicken body louse (Phthiraptera: Menoponidae). J Econ Entomol. 2008;101:637–46.. Étant presque invisible, un traitement ciblé est impossible. Une réinfestation de poulailler est donc très facile.
On cherche depuis longtemps à mieux contrôler ces parasitesAxtell, R. C., and J. J. Arends. 1990. Ecology and management of arthropod pests of poultry. Ann. Rev. Entomol. 35: 101–126.
Pour les élevages des alternatives aux pesticides acaricides classiques sont recherchées, d'autant que les acariens y développent des résistances ou une toléranceMullens, B. A., R. K. Velten, N. C.Hinkle, D. R. Kuney, and C. E. Szijj. 2004. Acaricide resistance in northern fowl mite (Ornithonyssus sylviarum) populations on caged layer operations in southern California. Poult. Sci. 83: 365–374. Certains produits ont ainsi été interdits sur les volailles dans de nombreux pays (par exemple fipronil en Europe).
Dans la nature les oiseaux se protègent notamment par des bains de poussièreMartin, C. D., and B. A. Mullens. 2012. Housing and dustbathing effects on northern fowl mites (Ornithonyssus sylviarum) and chicken body lice (Menacanthus stramineus) on hens. Med. Vet. Entomol. 26: 323–333., et il a été récemment proposé de leur donner dans les élevages avicoles des sacs de poussièreMullens, B. A., D. Soto, C. D. Martin, B. L. Callaham, and A. C. Gerry. 2012. Northern fowl mite (Ornithonyssus sylviarum) control evaluations using liquid formulations of diatomaceous earth, kaolin, sulfur, azadirachtin, and Beauveria bassiana on caged laying hens. Appl. Poult. Res. 21: 111–116. et en particulier de poussière enrichie en soufre accessibles via des (le soufre stresse l'acarien qui produit alors moins d’œufs et éprouve des difficultés à se nourrirMurillo, A. C., & Mullens, B. A. (2016).Sulfur Dust Bag: A Novel Technique for Ectoparasite Control in Poultry Systems. Journal of economic entomology, 109(5), 2229-2233. Plutôt que de pulvériser les animaux et les cages on a aussi mis sur le marché (depuis les années 1980) des bandes de plastique imprégné de perméthrineHall, R. D., J. M. Vandepopuliere, F. J. Fischer, J. J. Lyons, and K. E. Doisy. 1983. Comparative efficacy of plastic strips impregnated with permethrin and permethrin dust for northern fowl mite control on caged laying hens. Poult. Sci. 62: 612–615Jones, E. M., and J. B. Kissam. 1983. The effectiveness of polyvinyl chloride plastic bands impregnated with permethrin as a control for the northern fowl mite, Ornithonyssus sylviarum (Canestrini and Fanzago), infesting caged laying chickens. Poult. Sci. 62: 1113–1116.
Une offre en poussières inertes (kaolin, silice) a été testée pour le contrôle de O. sylviarum et D. gallinae, mais est difficile à intégrer dans le contexte industriel des élevages contemporains. Registered Pesticides Database. UCR, Riverside, CA. 2015. http://veterinaryentomology.ucr.edu/vet_pesticides.html. Accessed 1 Mar 2017.Martin CD, Mullens BA. Housing and dustbathing effects on northern fowl mites (Ornithonyssus sylviarum) and chicken body lice (Menacanthus stramineus) on hens. Med Vet Entomol. 2012;26:323–33..