vignette|Affiche de propagande datant de la révolution culturelle, réalisée après le tremblement de terre de Tangshan de 1976. Le maoïsme (en chinois : 毛泽东思想, pinyin : Máo Zédōng sīxiǎng, « pensée Mao-Zedong ») est un courant du communisme révolutionnaire marxiste-léniniste développé au par Mao Zedong, chef du Parti communiste chinois, qui arrive au pouvoir en Chine dès 1949, au terme d'une longue guerre civile contre le Kuomintang et d'une guerre contre l'empire du Japon. Comme Lénine dit avoir adapté les théories de Karl Marx à la Russie, Mao déclare adapter les théories de Marx et de Lénine à la situation politique et économique de la Chine du . Sa pensée se revendique prolétarienne et anti-impérialiste.
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Mao affirme vouloir émanciper la population chinoise à la fois de l'impérialisme occidental et du confucianisme. Au moment de la rupture sino-soviétique, Mao se réclame d'une lecture du marxisme-léninisme et refuse de suivre un processus parallèle à la déstalinisation, poussant la Chine encore plus loin sur la voie du quadrillage total de la société par le Parti et du culte de sa personnalité. Le maoïsme, même si la tendance pro-soviétique reste très largement majoritaire au sein du communisme mondial, commence alors à la concurrencer, et de multiples groupes à travers le monde se réclament de Mao et de sa vision tiers-mondiste et . L'Albanie d'Enver Hoxha devient même un pays satellite de la Chine.
Après la mort de Mao en 1976, le maoïsme est, en république populaire de Chine, progressivement vidé de sa substance idéologique même si le PCC continue de se réclamer officiellement de la « pensée Mao-Zedong ». En revanche, des groupes maoïstes, d'importance très inégale, continuent d'exister à travers le monde, notamment des groupes armés de l'Inde, du Népal et d'Amérique latine. En Occident, le maoïsme intellectuel a fait long feu, ses adeptes ayant dans leur immense majorité changé d'opinions après la mort de Mao, alors que les historiens d'aujourd'hui reconnaissent dans cette doctrine une idéologie totalitaire comparable au stalinisme.
Au sein de la pensée marxiste et communiste, certains penseurs et courants se sont montrés critiques et opposés vis-à-vis du maoïsme (et du marxisme-léninisme), par exemple les communistes de conseils (ou « conseillistes »).
Mao Zedong Se définissant comme marxistes-léninistes, Mao Zedong et le Parti communiste chinois ont lutté contre l'organisation traditionnelle de la société chinoise qui, selon l'analyse partagée par la plupart des intellectuels progressistes de la première moitié du , était responsable de la pauvreté du pays et de la détresse des plus démunis. L'histoire de la Chine sous Mao est une succession de campagnes, souvent violentes, visant à destituer les « droitistes », les « bourgeois » ou la « réaction », et la plupart d'entre elles ont été directement lancées par Mao ou son entourage proche.
Depuis la prise du pouvoir par Mao en 1949, la Chine est sous l'influence de sa pensée, dont on trouve un condensé dans le Petit Livre rouge d'abord destiné à l'Armée Rouge contre le Kuomintang (parti nationaliste chinois, réfugié depuis lors à Taïwan). Cependant, l'influence réelle du « Grand Timonier » sur son pays et sur les décisions du gouvernement a connu des variations. Héros incontesté de la victoire de l'Armée rouge puis président et chef du parti, il a été relativement tenu à l'écart du pouvoir et de la scène politique dans les années 1960 avant de reprendre les rênes du pays à la faveur du chaos engendré par la révolution culturelle. Utilisé par les observateurs étrangers, le néologisme maoïsme, qui se dit, en chinois mao tse-tounguisme, est adopté par les gardes rouges en 1966. Aujourd'hui, l'influence historique et morale du maoïsme sur la Chine est encore très profonde mais les réformes économiques majeures depuis la mort de Mao ont introduit beaucoup de changements dans des domaines comme l'agriculture ou la liberté d'entreprise. Si les libertés politiques n'existent pas et que le Parti communiste chinois reste l'appareil central du pouvoir, l'expansion de l'économie et sa croissance ont profondément changé la Chine.
En Europe et en France, l'influence intellectuelle du maoïsme a connu son apogée vers 1968, lorsque de nombreux jeunes insatisfaits du système soviétique furent attirés par une idéologie à la fois plus radicale et plus lointaine. Contrairement au trotskysme dont la plupart des courants soutenaient à ce moment la primauté de la classe ouvrière, le maoïsme conduisait à affirmer la force révolutionnaire des nations du tiers-monde. Dans le tiers-monde, au Pérou par exemple, de nombreux leaders communistes se réclamèrent du maoïsme et nouèrent des liens privilégiés avec la Chine.
Idéologie maoïste thumb|Propagande chinoise dépeignant Mao Zedong, 1968 Il faut distinguer trois maoïsmes : le maoïsme tel qu'il a été formulé, tel qu'il a été appliqué concrètement, et tel qu'il a été perçu depuis l'Occident.
L’idéologie maoïste (ou « pensée de Mao Zedong ») est généralement analysée par les chercheurs comme une relecture contextualisée du marxisme-léninisme, adaptée aux conditions sociales et historiques de la Chine du XXᵉ siècle B. Womack, Maoism, International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences, 2001, pages 9191-9193.
Le maoïsme désigne principalement l'idéologie, la politique et les écrits de Mao Zedong (1893-1976). Dans le discours officiel chinois, on utilise l'expression « pensée de Mao Zedong » (sixiang) plutôt que « maoïsme » (zhuyi), par respect pour le marxisme-léninisme. Ce terme peut également désigner l'idéologie de groupes qui prennent Mao Zedong pour modèle politique. Alain Peyrefitte dans son livre Quand la Chine s'éveillera cite une déclaration à l'armée du maréchal Lin Biao : , ce qui traduit l'ambition première du communisme de Mao Zedong, la conquête des esprits.
Le maoïsme déclare adapter le marxisme au cas des pays en voie de développement. Contrairement au marxisme classique centré sur le prolétariat urbain, le maoïsme fait des paysans la force principale de la révolution. Mao considère que les classes rurales possèdent un potentiel révolutionnaire « latent » mobilisable politiquement. C’est l’innovation théorique majeure par rapport au marxisme classique Nick Knight, Mao Zedong and the Peasants: Class and Power in the Formation of a Revolutionary Strategy, The China Quarterly, 2004, p. 49-76.
Second point, le maoïsme insiste sur la nécessité de la lutte révolutionnaire violente pour transformer la société, mais également sur l’idée de révolution continue, même après la prise du pouvoir à l'instar de la révolution culturelle Chris Berry, Patricia M. Thornton et Peidong Sun. The Cultural Revolution: Memories and Legacies 50 Years On, The China Quarterly , Volume 227: Red Shadows: Memories and Legacies of the Chinese Cultural Revolution , Septembre 2016, pp. 604 - 612, doi.org/10.1017/S0305741016000758.
Le maoïsme développe par ailleurs une forte dimension anti-impérialiste contre les puissances occidentales et japonaises, orientée en particulier vers les sociétés colonisées ou semi-coloniales. Mao est analysé comme ayant fourni un langage politique aux mouvements anti-coloniaux d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine Arif Dirlik, Mao Zedong Thought and the Third World/Global South, International Journal of Postcolonial Studies, Volume 16, numéro 2, 2014, pages 233-256. L’anti-impérialisme maoïste est, dans la réalité, profondément imbriqué dans la rivalité géopolitique avec l’URSS et dans la compétition entre ces deux États pour le leadership du monde communiste Lorenz M. Lüthi, The Sino-Soviet Split: Cold War in the Communist World, Princeton Studies in International History and Politics, 2008. Cet aspect de son idéologie explique son influence durable dans des mouvements révolutionnaires en Asie, en Afrique et en Amérique latine Tim Harper, Underground Asia. Global Revolutionaries and the Assault on Empire, Harvard University Press, 2021, 864 pages.
Le maoïsme insiste sur la direction absolue du Parti communiste et sur la nécessité de campagnes idéologiques permanentes. En ce sens, le Parti n’est pas seulement une organisation politique, mais un instrument de contrôle total de la société. Les décisions politiques se prennent avec un verticalité extrême ce qui explique la dépendance à la hiérarchie personnelle de Mao. La direction du Parti devient de ce fait un système de commandement politique absolu, où la loyauté prime sur les institutions Andrew G. Walder, China Under Mao: A Revolution Derailed, Harvard University Press, 2015. Les campagnes idéologiques permanentes incluant critiques et autocritiques deviennent sous Mao un outil institutionnel du Parti et un instrument de mobilisation de masse servant à maintenir une discipline idéologique continue Lowell Dittmer, The Structural Evolution of ‘Criticism and Self-Criticism’, The China Quarterly (Cambridge University Press), Vol. 53, pp. 708-729, 1973.
Il met l'accent sur l'indépendance nationale (« compter sur ses propres forces ») et sur le développement équilibré de la paysannerie et de l'industrie légère (« marcher sur ses deux jambes »)Dictionnaire d'économie et de sciences sociales, éditions Nathan, 1998, .. Un aspect du maoïsme est très bien incarné par le Grand Bond en avant, où il s'agissait de s'aligner sur des objectifs de production irréalistes. L'ambition était de faire de la Chine l'une des plus grandes puissances du monde. Il y a dans cette idéologie beaucoup de patriotisme. Mais aussi de volonté de mettre en œuvre le communisme dans les campagnes notamment par le développement de la forme politique et économique que fut la « commune populaire » rurale.
Enfin, le maoïsme est analysé comme un projet utopique de refonte complète de la société et de l’individu. Le maoïsme vise dans son aboutissement à reconfigurer les comportements sociaux et remodeler les identités individuelles Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals, Mao’s Last Revolution, Harvard University Press, Belknap Press, 2006, 743 p.. Il fonctionne comme un système où la politique ne vise pas seulement à gouverner mais à « refaire les citoyens », afin d’obtenir une transformation totale de la société Frank Dikötter, The Cultural Revolution: A People's History, 1962―1976, Bloomsbury Press, 2017, 432 pages.
Principaux concepts vignette|Le petit Livre rouge, livre de propagande maoïste publié en 1964 et recueillant des citations de Mao Zedong. Ligne de Masse
La ligne de masse est le principe maoïste définissant le rôle que doit avoir le parti communiste, ainsi que l'attitude et le positionnement que celui-ci doit adopter par rapport aux masses. Le parti doit selon cette théorie trouver le juste milieu entre deux attitudes, le suivisme et l'aventurisme. Il doit veiller à apporter des idées aux masses sans pour autant s'en couper et s'enfermer dans une logique sectaire, il ne doit pas non plus attendre tout des masses mais doit susciter chez elles une réflexion, suggérer.
Critique de l'impérialisme et la théorie des trois mondes