La noblesse franque sous la dynastie mérovingienne et les premiers Carolingiens a la particularité de ne pas posséder de fiefs héréditaires mais d'être extrêmement mobile. C'est ainsi que l'on voit les Robertiens passer de Belgique aux pays de Loire et de Seine (comté de Paris, comté d'Anjou, etc.) ou les Widonides passer de la marche de Bretagne au duché de Spolète. Ces nobles se partagent les quelque 250 comtés de l'empire franc, les duchés et marquisats, ainsi que les abbayes laïques.

Avec le capitulaire de Quierzy, promulgué par Charles le Chauve en 877, les honores tendront à devenir héréditaires pour devenir les fiefs de la féodalité.

Sous les derniers Carolingiens, plusieurs lignages francs auraient accédé à la royauté (Robertiens, Widonides) et même à l'empire.

Cette noblesse franque se singularise également par le grand nombre de saints de l'Église catholique issus de ses lignages, notamment princiers.

Lignages francs

MérovingiensAgilolfing Arnulfiens Carolingiens Pépinides Étichonides Robertiensancêtres agnatiques des Capétiens Girardides Hugobertides Nibelungides Widonides aussi appelés Guy-Garnier-Lambert Guilhemides Welfs Arduinidescomtes de Turin Baudouinidescomtes de Flandre Bosonidesrois et ducs de Bourgogne Herbertienscomtes de Vermandois Ramnulfidescomtes de Poitiers Régniercomtes de Hainaut Robaldinivicomtes d'Auriate Rodolphiensrois des Deux-Bourgognes Rorgonidescomtes du Maine Unrochidesrois d'Italie Bouchardidescomtes de Vendôme Ingelgerienscomtes d'Anjou Thibaldienscomtes de Blois Wigéridesmaison d'Ardennes

Les origines de la noblesse franque Karl Ferdinand Werner, qui a travaillé sur la noblesse franque, y voit la continuation institutionnelle de la noblesse romaine telle que la république puis les empereurs romains l'ont façonnée. C'est une classe de détenteurs de la puissance publique selon les règles romaines, composée de Francs et de Gallo-romains et devenue héréditaire sous les derniers Carolingiens. La noblesse détenait donc le pouvoir civil (propriétés & fonctions civiles) et le pouvoir militaire (armée & police).

La genèse romaine de la noblesse franque Les empereurs romains se sont rendus maîtres de la chose publique par la distribution des fonctions publiques (honores) tant dans l’armée que dans l’administration ; les hauts dignitaires exercent la potestas, c’est-à-dire le pouvoir politique et judiciaire, après leur nomination par le princepsKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 324.. Mais c'est à la suite des réformes militaires puis administratives entreprises sous Gallien (253-268) et Aurélien (270-275) puis des réformes de Dioclétien et Constantin Ier (284-305 et 306-337) que, pour défendre l’Empire des périls qui le menaçaient, l’administration civile fut soumise à la discipline militaire. L'empereur constitua les titulaires des honores et de la publica potestas en une militia principis (milice du prince) dont les membres portaient en signe d’une discipline stricte le cingulum militiae ou ceinturon de la miliceKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 313.À l’origine, le cingulum était une ceinture destinée au port d'arme distinguant le soldat même non armé du civil.. L’administration civile s’appelait désormais militia civilis ou inermis (sans arme) pour la distinguer de la militia armataCode Théodosien, VIII, 4, 28. et servait le princeps à la Cour, in palatio militansCode Justinien, III, 25, 1 ; X, 69, 1 ; XII, 19, 2.. La militia de l’Empire était liée par serment à la personne de l'empereurKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 264.Le sacaramentum du soldat était renouvelé chaque année, le janvier sous la forme d’un serment d’allégeance. Inconnu sous la république, le modèle s’inspire d’Alexandre le Grand car c’est dans la monarchie macédonienne de type militaire et personnel que l’on peut reconnaître le premier serment de fidélité à la personne du monarque. Pompée, César, Octave exigèrent de tels serments.. L’entrée dans la militia avec la réception du cingulum était l’occasion de promettre l’obsequium strict qui était requis de chacun. Au , après la proclamation d’un nouvel empereur, celui-ci exigeait un serment de fidélité de la part des hauts fonctionnaires de la Cour et des dignitaires de l’Empire. La noblesse romaine est donc selon lui une institution fondée non sur le seul sang mais aussi sur la dignité qui supposait l'exercice de charges publiques non héréditaires. La nobilitas romaine supposait la splendor natalium, c’est-à-dire le prestige du sang, mais on n’était pas noble par sa seule naissance ; la dignitas était liée à l’exercice d’une haute fonction publique, l’honor qui ne pouvait se transmettre par le sang. La noblesse existait donc en dehors de l’hérédité des rangs et des chargesKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 698.. Les membres des grandes gens romaines étaient fiers d’appartenir à des familles anciennes et reconnues comme nobles mais elles ne connaissaient pas la transmission héréditaire du pouvoir public. Il leur fallait accomplir une carrière individuelle, le cursus honorum au service de la res publica ou du princeps pour obtenir un honor ou charge publique, soit par élection républicaine, soit par nomination sénatoriale ou impérialeKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 685-696.. Des homines novi, sans être « bien » nés, pouvaient être élus ou nommés à un honor élevé et ainsi devenir chef et souche d’une nouvelle familleKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 696..

Récupération par les Francs de l'institution nobiliaire Les rois Francs répliquèrent ce système de délégation de la potestas aux grands francs et gallo-romains, l'exercice de ce pouvoir public n'était pas héréditaire. Clovis a obligé les grands de l'aristocratie franque à entrer dans sa militia principis s’ils voulaient exercer la potestas publica et à se couler dans le modèle de l'institution nobiliaire romaineKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 688-689.. Les grands francs rentrèrent dans la noblesse en assumant des fonctions publiques ou honores mais celles-ci n'étaient pas héréditaires et la noblesse ne l'était donc pas non plus. Clovis a ainsi créé une nobilitas formée par la noblesse sénatoriale gallo-romaine et par les maiores natu des peuples barbares, qui purent entrer dans sa militia principis en jurant obéissance « à la romaine » (obsequium) au nouveau maître. Clovis est le continuateur de la Gaule romaine car il a conservé le droit romain pour les Romains et pour l’Église catholiqueKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 685.En recevant, grâce à la nomination impériale, la potestas principis, Clovis change la nature de la royauté franque ; parallèlement ses moyens changent également grâce à la récupération de moyens administratifs impériaux. Sa royauté est héréditaire et dispose de la potestas principalis d’origine romaine, qui seule permet de nommer à tous les honores comportant la potestas publica. Cet État sui generis n’a pas d’antécédent germanique pour Karl Ferdinand Werner.. La noblesse héréditaire naît ultérieurement. Le apporta en effet au modèle de la distribution de la potestas publica par le souverain des changements qui sont à l’origine d’une augmentation du nombre des détenteurs de la principalis potestasKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 426.. Louis le Pieux entreprit des réformes importantes dans l’Église en l’Empire allant en effet dans le sens de davantage de partage de responsabilité ; cette nouvelle consigne sera prise à la lettre par le haut clergé et les grands qui prirent des initiatives allant dans le sens de leurs intérêts. La noblesse ne devient pas institution privée, mais demeure une classe d'agents investis de l’autorité publique ou publica potestas, bien que cette classe soit devenue héréditaire sous Louis le Pieux et ses filsDans le royaume occidental, les événements ont permis aux vassaux royaux d’obtenir l’amélioration la plus sensible de leur statut ; ceux qui étaient restés fidèles entre 840 et 843 à Charles II le Chauve, sauvant le royaume au péril de leur vie et de leurs biens confisqués par l’ennemi envahisseur face à l’empereur Lothaire I qui disposait de forces supérieures, avaient le droit d’exiger la récompense de leur loyauté ; elle leur fut accordée en novembre 843 lors de la réunion de Coulaines ; dans le troisième alinéa d’un capitulaire, il était admis que le roi devait son honor à ses fidèles ; en conséquence, il leur promettait que chacun d’eux pouvait être assuré de conserver son honor, sauf si un jugement contraire intervenait. Cette pratique fut confirmée officiellement en 877, à l’assemblée de Quierzy-sur-Oise ; un capitulaire stipula que le fils d’un vassal prêt à servir le roi aussi loyalement que l’avait fait son père devait conserver l’honor paternel.Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 601.. Avec l'expansion franque, ce modèle se généralisa aux royaumes chrétiens proches du royaume des Francs. La vassalité et l’hérédité au , puis l'appropriation au du « par la grâce de Dieu » vont créer une nouvelle couche de dynastes, les princes territoriaux, qui comme le roi, portent le titre de princeps et s'approprient la puissance publiqueKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, p. 685-687.. Le pouvoir public, le fisc, l’administration, la gestion des domaines forestiers, la voirie, la sécurité, le réseau fluvial passèrent ainsi en quelques siècles du pouvoir impérial au pouvoir royal puis aux princes territoriaux.

Composition mixte de la noblesse franque Les historiens s'accordent sur le fait que les grandes familles franques ont coexisté avec l'ancienne noblesse (nobilitas) gallo-romaine dans des proportions variant selon les régions (la présence franque étant nettement moindre dans le Sud de la Gaule). Pour les élites, seul groupe social sur lequel les généalogistes et historiens peuvent travailler, les Gallo-romains ne furent pas du tout écartées, comme la famille de Saint Rémi de Reims, famille romaine, dont beaucoup de membres exerceront d’éminentes fonctions civiles et militaires sur plusieurs générations. Les élites carolingiennes résultent de la fusion des aristocraties de diverses originesEntretien avec Christian Settipani, questions d'Antoine Barbry, Nord-Généalogie, n°246, janvier-février 2011.. Ses membres se reconnaissaient comme appartenant à une classe sociale supérieure et, hormis pour des raisons légales de transmission de biens (quel droit devait s’appliquer ?), l’origine importait peu. Les principaux chefs militaires de Clovis étaient majoritairement germaniques, mais les Gallo-romains occupaient des postes importants dans la hiérarchie civile et ecclésiastique, dirigeant de fait les cités. Des mariages mixtes entre les deux noblesses ont eu lieu (exemple des Ferreoli) et l'on a longtemps prêté aux Arnulfiens une origine gallo-romaine. Cependant, la noblesse gallo-romaine a adopté les coutumes anthroponymiques de la famille royale franque, ce qui rend difficile de déterminer l'origine de certaines familles.

Éléments de continuité des noblesses franque et romaine Parmi les signes de la continuité entre noblesses romaine et franque, on peut citer différents faits historiques, notamment le maintien par les rois francs de :