Jules Vallès, né le au Puy-en-Velay et mort le à Paris., est un journaliste, écrivain et homme politique d'extrême gauche français.

Fondateur du journal Le Cri du peuple, il fait partie des élus lors de la Commune de Paris en 1871. Condamné à mort, il doit s'exiler à Londres de 1871 à 1880.

Biographie Enfance et formation vignette|gauche|Maison natale de Jules Vallès, place de la Platrière, au Puy-en-Velay. Né le .., Jules Vallès est le troisième enfant de Jean-Louis Vallez et de Julie Pascal, au sein d'une fratrie de sept, dont seuls lui et sa sœur Marie Louise, de trois ans sa cadette, survivront ; il apparaît comme « Louis Jules VallesErreur d'état-civil confirmée par Guiffan, 2008, , mais sous la forme « Vallès ». » à l'état-civil.

Son père, ayant obtenu son baccalauréat en 1826, travaille d'abord comme maître d'école à l'Institut des sourds-muets du Puy, puis, à partir de 1833, comme maître d'études au collège royal du Puy, mais il est congédié quelques années et ne reprend ce travail qu'en 1839. En 1840, il est nommé maître de au collège royal de Saint-Étienne.

En 1839, Jules entre en au collège du Puy, et en 1840, au collège de Saint-Étienne où il reste de la à la .

Son père prépare l'agrégation de grammaire et est admissible en 1845. Il est alors nommé professeur au Collège royal de Nantes. Il est reçu à l'agrégation en 1847. Jules Vallès entre au collège de Nantes, de nouveau en , en 1845-1846, il est en Seconde en 1846-1847 et se trouve en classe de rhétorique en 1847-1848. Il est très bon élève, récompensé à plusieurs reprises par des prix d'excellence et des 1ers prix.

Il semble, d'après ses ouvrages L'Enfant et Le Bachelier, que ses relations avec ses parents, surtout avec son père, ont été conflictuelles. Jules a des opinions socialistes, à tendance anarchiste, voire proudhonienne. Son père ne partage pas ses idées et, de plus, voudrait garder son emploi de fonctionnaire qu'il pourrait perdre si son fils se montrait trop hostile aux bonapartistes et à .

Jules Vallès a écrit une trilogie romanesque largement autobiographique centrée autour d'un personnage que Vallès nomme Jacques Vingtras. Le premier tome s'appelle L'Enfant ; l'auteur évoque sa jeunesse entre un père professeur veule et une mère, fille de paysans, peu aimante et parfois violente, période de sa vie qu'il présente comme martyrisée, pauvre (au moins pour la partie consacrée au Puy-en-Velay) et malheureuse.. Les tomes suivants sont Le Bachelier et L'Insurgé. L'adéquation n'est pas totale entre la vie, racontée, de Jacques Vingtras et celle, réelle, de Jules Vallès. On peut y remarquer l'absence de faits importants .

1848 : première expérience révolutionnaire À partir de , Jules Vallès participe activement aux événements révolutionnaires (qui font du « collège royal » un « lycée national »). Le , il participe à une manifestation républicaine dans le centre-ville et le 27 assiste à la plantation d'un arbre de la liberté sur la place Royale (rebaptisée « place de l'Égalité ») aux côtés de son ami Charles-Louis Chassin.

Début mars, celui-ci fonde le Club républicain de la Jeunesse de Bretagne et Vendée, qui organise une manifestation pour l'abolition de l'esclavage. Le club est cependant surtout consacré à la réflexion et ne se réunit que le jeudi et le dimanche. Fin mars, les dirigeants du club rencontrent le Commissaire de la République, Maunoury ; celui-ci leur explique que la meilleure chose à faire pour un jeune républicain, c'est d'étudier avec assiduité. Vallès estime que c'est une réponse de pionSouvenirs de Charles-Louis Chassin, 1887, cités dans Guiffan, 2008..

En recrutant des élèves d'autres établissements de la ville, Jules Vallès réussit à devenir président du club, dans une perspective plus révolutionnaire que celle de Chassin. Il propose un programme radical : suppression du baccalauréat, des examens, « liberté absolue de l'enfanceChassin, cité par Barreau, 1991, . », etc. Le proviseur du lycée réagit à ce moment en informant les parents et en leur demandant d'intervenir auprès de leur enfant. Le journal nantais de droite L'Alliance fait état de cette affaire. Le club perd alors l'accès qu'il avait à un local prêté par les autorités et périclite.

Quelques-uns de ses membres, dont Jules Vallès, se manifestent cependant en juin, au moment de l'insurrection des ouvriers parisiens ; ils envisagent de partir à Paris pour aider les insurgés, mais la mairie n'organise que le départ de gardes nationaux pour les combattre. Le , au moment du départ des volontaires (au Port Maillard), Vallès et ses amis viennent manifester leur opposition, ce qui est rapporté dans L'Alliance du lendemainVoir Guiffan, 2008, et Barreau, 1991, pour tout ce paragraphe. Il ne s'agit pas d'éléments repris de Jacques Vingtras, où Vallès ne parle pas du tout de son action en 1848 ; en revanche, il en parle dans Souvenirs d'un étudiant pauvre.. Tout cela n’empêche pas Jules Vallès d’obtenir le d’excellence en 1848, alors qu’il n’avait obtenu que le en 1847Voir Guiffan, 2008, : palmarès de Jules Vallès au lycée de Nantes..

En , surpris dans une auberge des environs de Nantes en compagnie d'une femme mariée, il doit quitter Nantes pour Paris. Il habite au pensionnat Lemeignan (faubourg Saint-Honoré) ; il est élève au lycée Bonaparte, pour redoubler sa classe de rhétorique et préparer le concours général.

Le Bachelier vignette|gauche|Caricature de Jules Vallès par André Gill, couverture de La Lune 11 juillet 1867.|alt=Dessin. La tête de Vallès est représentée sur un corps de chien à la queue duquel est attaché une casserole. Derrière, une affiche mentionnant La Rue.

En 1849, Jules Vallès est de retour au lycée de Nantes pour suivre un cours de philosophie. Il échoue au baccalauréat à Rennes en 1850. En octobre de la même année, il retourne à Paris pour préparer l'École normale. Jules Vallès et Charles-Louis Chassin fondent un Comité des Jeunes en 1851 pour lutter contre Louis-Napoléon Bonaparte, dont ils suspectent les intentions ; après le coup d'État du 2 décembre, ils essaient de mobiliser les étudiants parisiens.

Le , il est rappelé à Nantes par son père et interné pour « aliénation mentale » à l'asile de la ville. Fin , au bout de huit semaines, deux certificats médicaux du même médecin certifient sa guérison : les amis nantais de Jules Vallès avaient menacé de crier au scandale. , dira Vallès..

En , il prépare à nouveau le baccalauréat dans sa famille à Nantes, et l’obtient à Poitiers. Le , il s'inscrit à un cours de droit à Nantes. À la suite du complot de l'Opéra Comique visant à assassiner l'empereur Napoléon IIICe complot, qui projetait un attentat pendant un concert à l'Opéra Comique, a été découvert avant sa réalisation. Le nom de Jules Vallès figurait sur la liste des conjurés ; voir notice historique de la préface de L'Enfant de Béatrice Didier; Éd. Folio; 1973., le , il est emprisonné, avec Arthur Ranc, à la Mazas.

En 1855, il devient le secrétaire de Gustave Planche. L’année suivante, il se bat, en duel avec Poupart-Davyl, qui fut un de ses amis, et avec lequel il a cohabité. Poupart-Davyl (Legrand dans Le Bachelier) et lui étaient entrés en conflit, du fait notamment de leurs opinions radicalement différentes, Vallès se montrant anticlérical, alors que Poupart-Davyl était assez catholique.

Son père meurt le à Rouen. Il publie son premier livre, non signé, L'Argent, une commande du financier Jules Mirès..

Il occupe à la mairie de Vaugirard les fonctions d'expéditionnaire au bureau des naissances de 1860 à 1862. Il rencontre par la suite Hector Malot.

En 1861, il publie des articles courts et des chroniques dans différents journaux, notamment dans le Temps et dans le Figaro. Il est alors l'un des premiers journalistes à s’intéresser aux conditions de vie des classes populaires, réalisant par exemple un reportage avec des travailleurs d'une mine de charbon à Saint-Étienne..

Après avoir quitté Paris pour Caen, il est employé, à partir de 1862, comme « pion » et maitre répétiteur au collège de Caen, avant d’être destitué après quatre mois. Il y suit les cours de la faculté, mais échoue à la licence de Lettres.

Il rencontre, en 1863, Trébutien, le confident de Barbey d'Aurevilly. En 1864, il publie son grand article : « Les Réfractaires » dans le Figaro. Il travaille depuis comme journaliste pour la rubrique littéraire au Progrès lyonnais. Il envoie certains de ses articles à Paris.

Ayant repris son emploi d’expéditionnaire à la mairie de Vaugirard, en , il tient une conférence sur Honoré de Balzac en 1865 dans la salle du Grand Orient, rue Cadet. À la suite d'un rapport de police à la mairie de Vaugirard, dont le maire voulait lui interdire de prendre la parole en public, Vallès démissionne. Victor Duruy lui fait désormais interdire la salle, mais il continue d'être journaliste et travaille pour L'Époque en avril, puis collabore régulièrement depuis novembre avec le quotidien L'Événement. Il publie cette année son premier livre signé « Vallès » : Les Réfractaires.

Il se rend à Lyon et à Saint-Étienne en 1866 pour visiter sa mère. Il publie son deuxième livre signé « La Rue ». Il écrit des articles pour Le Courrier français et participe très brièvement au journal La Liberté d'Émile de Girardin.

L'année suivante, Vallès fonde son premier journal hebdomadaire, La Rue. Il entame, par la suite, un voyage au Périgord.

L'Insurgé vignette|Jules Vallès (photographie atelier Nadar).

En 1868, la Rue cesse de paraître. Condamné à un mois de prison et 500 francs d’amende pour un article sur la police paru dans le quotidien le Globe du , Jules Vallès est emprisonné à Sainte-Pélagie.. Il y fonde le Journal de Sainte-Pélagie. Il publie dans le Figaro, le Courrier du dimanche, l'Art et est de nouveau condamné à deux mois de prison, de décembre à pour un article sur le coup d’État dans le Courrier de l'Intérieur. L'année suivante, Jules Vallès invente le journal Le Peuple (15 numéros), puis le journal Le Réfractaire (3 numéros).

vignette|gauche|Le Réfractaire , .

En mai de la même année, il est candidat aux élections législatives contre un « républicain », Jules Simon, et un « impérial », Lachaud. Son programme : . Jules Vallès, accusé de diviser le camp républicain par sa candidature, est battu.

En , il voyage sur le champ de bataille de Waterloo pour le dictionnaire Larousse, mais son article ne sera pas publié. Il écrit des articles dans la Parodie d'André Gill, dans l'hebdomadaire le Corsaire ainsi que deux romans en feuilletons dans le Paris et Le National.

En 1870, Jules Vallès relance son journal La Rue et écrit à La Marseillaise. À la suite de la déclaration de la guerre contre la Prusse, Jules Vallès, « pacifiste », est arrêté. En septembre, la guerre est perdue, avec la prise de Sedan, c'est la chute de l'Empire et la République est proclamée le . Vallès est opposé au « Gouvernement de la Défense nationale ». Il aide à la préparation de la journée révolutionnaire du .

1871 : la Commune de Paris vignette|Jules Vallès vers 1871 par Ernest Appert. Le , Vallès est l'un des quatre rédacteurs de L'Affiche Rouge, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison du gouvernement du » et pour réclamer « la réquisition générale, le rationnement gratuit, l'attaque en masse ». Elle se termine par : « Place au peuple ! Place à la Commune ! ».

En février, Jules Vallès et son collaborateur Pierre Denis fondent le Cri du Peuple. . dans le même mouvement que Proudhon, Michelet, plus tard exploités par Drumont..