Le (abrégé WTC) est, de 1973 à 2001, un complexe composé d'immeubles d'affaires situé dans le quartier de Lower Manhattan, dans le sud de l'arrondissement de Manhattan à New York. Conçu par l'architecte Minoru Yamasaki et développé par la Port Authority of New York and New Jersey (PANYNJ), il est inauguré le . À son achèvement, la tour nord dépasse l'Empire State Building et devient le plus haut gratte-ciel du monde, record qu'elle ne conserve qu'un mois, jusqu'à la finalisation de la Willis Tower de Chicago.
Son nom est similaire à ceux d'autres , bien que celui de New York ait atteint une notoriété supérieure. Il signifie « centre de commerce mondial » ou « centre d'affaires international ».
Marquées par un incendie le puis par un attentat à la bombe le , les tours jumelles s'effondrent à la suite de l'impact de deux avions détournés le , ces attentats faisant plus de . L'emplacement où ils se sont produits est alors surnommé « » (bien que les New-Yorkais préfèrent l'appellation « »). Le site accueille aujourd'hui un mémorial sur l'emplacement des tours détruites et un nouveau complexe, dont le One World Trade Center est la plus haute tour. La reconstruction du site a relevé de nombreux défis, tant en matière de politique urbaine que de symboles. Le projet mis en œuvre vise à conserver à ce lieu un caractère sacré, une logique de mémoire et une dimension durable..
Identifié par ses deux bâtiments les plus célèbres, les (tours jumelles) de grande hauteur, le WTC est à son époque un symbole de la puissance américaine aux yeux du monde entier et une icône de New York, au même titre que l' et la statue de la Liberté.
Construction (1958-1973)
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la croissance économique rapide et le développement du commerce international se traduisirent à New York par une concentration de l'activité dans le quartier d'affaires (Central Business District) de Midtown Manhattan, tandis que diminuait l'importance de Lower Manhattan. Afin de rééquilibrer le développement de la ville, David Rockefeller, avec le soutien de son frère, le gouverneur de New York Nelson Rockefeller, proposa à la Port Authority de construire à Lower Manhattan un « World Trade Center », un centre de commerce géant, symbolisant la puissance américaine Angus K. Gillespie, Twin Towers: The Life of New York City's World Trade Center, Rutgers University Press, 1999, .. Par une loi votée en 1946, cette idée se concrétisa « Dewey Picks Board for Trade Center », The New York Times, 6 juillet 1946..
Plans initiaux vignette|gauche|redresse=1.3|Localisation du World Trade Center (zone rouge) ; et celle du site originellement proposé (zone orangée).
En 1958, David Rockefeller établit la Downtown-Lower Manhattan Association (DLMA) qui confia au cabinet d'architectes Skidmore, Owings and Merrill la réalisation de plans devant revitaliser Lower Manhattan. Les plans initiaux furent rendus publics en 1960. Ils localisaient le World Trade Center le long de l'East River, de Old Slip à Fulton Street et entre Water Street et South Street, sur une superficie de Leonard Louis Levinson, Wall Street, New York, Ziff Davis Publishing, 1961. Charles Grutzner, « A World Center of Trade Mapped Off Wall Street », The New York Times, 27 janvier 1960.. Ils prévoyaient un hall d'exposition de de long et un gratte-ciel de 50 à 70 étages, dont la partie supérieure aurait été un hôtel Karl Koch , Men of Steel: The Story of the Family That Built the World Trade Center, Three Rivers Press, 2002, .. Les autres édifices comprenaient un théâtre, des magasins et des restaurants « Text of Trade Center Report by the Downtown-Lower Manhattan Association », The New York Times, January 27, 1960., ainsi qu'un nouveau centre d'échange de valeurs mobilières, où la Downtown-Lower Manhattan Association désirait loger le New York Stock Exchange.
Selon David Rockefeller, la Port Authority était le meilleur choix pour prendre en main le projet, puisque le Trade Center faciliterait et ferait augmenter le volume de commerce international passant par le port de New York. Étant donné l'importance de la ville dans le commerce mondial, le directeur de la Port Authority, Austin J. Tobin, proposa de changer le nom du projet pour « the World Trade Center », et non pas seulement un « world trade center » « Tobin Says Proposed Center Should Be World's Best », The New York Times, 5 mai 1960.. Un an plus tard, le , la Port Authority accepta le projet proposé « 355 Million World Trade Center Backed by Port Authority Study », The New York Times, 12 mars 1961..
Controverses et accords thumb|Plan du site de l'ancien World Trade Center. Cependant, le projet devait obtenir le soutien des États de New York et du New Jersey pour être officiellement lancé, étant donné leur rôle dans la Port Authority. Le gouverneur du New Jersey Robert B. Meyner critiqua ce projet de 335 millions de dollars dans la mesure où il allait accroître la puissance de New York au détriment du New Jersey. À la fin de 1961, les négociations étaient dans une impasse. Un élément nouveau permit néanmoins de modifier la situation. En effet, la compagnie New Jersey's Hudson and Manhattan Railroad (H&M) était en faillite. Son nombre d'usagers était passé de en 1927 à en 1958, à la suite de l'ouverture de nouveaux tunnels et ponts au trafic automobile sur l'Hudson. En , Tobin rencontra le nouveau gouverneur du New Jersey, , et lui proposa de déplacer le projet du WTC au niveau de l' sur le West Side Charles Grutzner, "Port Unit Backs Linking of H&M and Other Lines", The New York Times, 29 décembre 1961.. En acquérant l’Hudson & Manhattan Railroad, la Port Authority obtiendrait également le Terminal et les édifices obsolètes situés alentour. Le les deux États conclurent un accord : ils autorisèrent la Port Authority à gérer la ligne de chemin de fer et à construire le World Trade Center à l'emplacement de l'Hudson Terminal, site plus favorable pour le New Jersey.
Cependant, ce site était occupé par Radio Row, un quartier comprenant de nombreux commerces et approximativement 100 habitants. Le projet du WTC impliquait la destruction de ces bâtiments et la relocalisation de leurs occupants, ce qui engendra des protestations. En , un groupe représentant approximativement 325 magasins et autres commerces fit une injonction, et l'affaire fut portée à la New York Court of Appeals en , qui considéra que le projet était d'utilité publique et devait être poursuivi Paul Crowell, « World Trade Center Here Upheld by Appeals Court », The New York Times, 5 avril 1963. « Merchants Ask Supreme Court to Bar Big Trade Center Here », The New York Times/AP, 26 août 1963.. Le , la Cour suprême des États-Unis refusa de se lancer dans ce procèsArnold, Martin. High Court Plea is Lost by Foes of Trade Center, The New York Times, 13 novembre 1963.. La Port Authority fut obligée par la loi de l'État d'assister les propriétaires à trouver de nouveaux locaux, mais ces derniers considérèrent pour la plupart que les endroits proposés par la Port Authority étaient inadéquats R.W. Apple Jr., « Port Body Raises Relocation Aid », The New York Times, 16 novembre 1963..
D'autres voix s'élevèrent pour critiquer le projet, notamment dans le secteur de l'immobilier ; dont celle de Lawrence A. Wien, le propriétaire de l'Empire State Building, bâtiment qui perdrait son titre de plus haut gratte-ciel du monde une fois le WTC achevéEnnis, Thomas W.. « Critics Impugned on Trade Center », The New York Times, 15 février 1964. Il organisa un groupe nommé « Committee for a Reasonable World Trade Center » dont la principale demande, consistant à diminuer la taille du projetKnowles, Clayton. All Major Builders are Said to Oppose Trade Center Plan, The New York Times, 9 mars 1964, fut sans suite. En , l'État de New York signa un accord et réserva un espace pour des bureaux administratifs dans le World Trade CenterSibley, John. State Will Rent at Trade Center, The New York Times, 14 janvier 1964. Il fut suivi par plusieurs banques Bank Signed by Trade Center, The New York Times, 14 juillet 1964 et sociétés durant le printemps et l'automne de cette même année, puis par le United States Customs Service en 1965Fowler, Glenn. « Customs to Move to Trade Center », The New York Times, 7 juillet 1965.
Le dernier soutien à obtenir était celui du maire de New York, John Lindsay, et du New York City Council. Ils critiquèrent le fait que la ville avait été peu entendue lors des négociations et des délibérations. Les négociations entre la Port Authority et New York furent centrées sur la question des impôts, puis un accord final eut lieu le .
Plans finaux thumb|left|upright=1.3|Schéma d'un étage (partie gauche) ; et système d'ascenseurs d'une tour (partie droite).
Le , la Port Authority annonça les sélections de Minoru Yamasaki comme architecte principal et Antonio Brittiochi and Emery Roth & Sons comme architectes associés Milton Esterow, « Architect Named for Trade Center », The New York Times, 21 septembre 1962.. Yamasaki proposa dès le début le concept de tours jumelles, néanmoins il envisagea tout d'abord deux bâtiments comprenant seulement 80 étages. Il remarqua que l' cité par Ada Louise Huxtable, dans A New Era Heralded, The New York Times, 19 janvier 1964.. Yamasaki dut changer le nombre d'étages pour faire correspondre le projet à la demande de la Port Authority : celle-ci désirant d'espace de bureaux, il fallait que chaque tour comprenne .
Cependant, le facteur limitant majeur de la taille d'un gratte-ciel était le problème des ascenseurs. En effet, plus un immeuble est haut, plus il a besoin d'ascenseurs, et plus il perd d'espace à tous les étages, même ceux non desservis, à cause des cages nécessaires à ces derniers Ada Louise Huxtable, « Biggest Buildings Herald New Era », The New York Times, 26 janvier 1964.. Yamasaki et son équipe d'ingénieurs décidèrent d'utiliser un nouveau système, celui des sky lobbies. Il s'agit d'étages où les utilisateurs peuvent passer d'un ascenseur express à grande capacité, qui dessert uniquement les sky lobbies, à un ascenseur local qui dessert chaque étage d'une section. Les ascenseurs locaux utilisant tous la même cage d'ascenseur, le taux d'espace utilisable à chaque étage passa de 62 à 75 %, du fait du moindre nombre de cages d'ascenseur. Les sky lobbies, qui étaient situés au et étages de chaque tour, rendirent la gestion des ascenseurs plus efficace H.S. Lew, Richard W. Bukowski, Nicholas J. Carino, Design, Construction and Maintenance of Structural and Life Safety Systems. Federal Building and Fire Safety Investigation of the World Trade Center, NIST-National Construction Safety Team Act Reports, septembre 2005 .. Les tours jumelles furent les seconds gratte-ciel à utiliser ce système, après le 875 North Michigan Avenue (ex John Hancock Center) de Chicago.. Le système fut inspiré par le réseau du métro de New York, dont les lignes incluent des stations locales où s'arrêtent les rames locales, et des stations express où tous les trains s'arrêtent Angus K. Gillespie, Twin Towers: The Life of New York City's World Trade Center, Rutgers University Press, 1999, ..
thumb|upright|La maquette originale du World Trade Center, actuellement exposée au Skyscraper Museum à New York.