Les Nuits fauves est un film autobiographique franco-italien réalisé par Cyril Collard, sorti en 1992.
Le film, qui se déroule en 1986 à Paris, met en scène le trentenaire Jean, atteint du sida, à la sexualité débridée et consommant de la cocaïne. Bien qu'il suive un traitement contre la maladie, il a de nombreux partenaires sexuels, dont l'adolescente Laura. Lorsqu'il entame des relations avec ses partenaires, et notamment Laura, il ne les informe pas forcément de sa séropositivité.
Synopsis 1986 en France. Jean a 30 ans, il est chef opérateur, reconnu, doué, curieux de tout, mais séropositif à la sexualité débridée et consommant de la cocaïne. Il suit les traitements pour sa maladie, veut vivre et refuse la mort. Parmi ses futurs partenaires, il y a Samy, hétérosexuel, en couple, qui devient son amant, dont il n'accepte pas la dérive vers l'extrême droite fasciste. Par ailleurs, au cours d'un casting pour une publicité, il rencontre Laura, 17 ans, jeune, belle, vivante, mais exclusive. Une passion naît entre eux.
Avec le temps, Jean évolue dans sa sexualité. Tout d'abord dans l'égocentrisme, il n'avoue pas à ses partenaires qu'il est séropositif, notamment lors d'une tentative de préliminaires avec Samy, qui commence à faire l'amour avec une femme abordée dans la rue, mais celui-ci se montre d'abord désintéressé par les avances de Jean. Jean n'avoue pas non plus sa séropositivité lors de son premier rapport sexuel sans préservatif avec Laura, mais l'avouera à son collègue René, pensant qu'avec son amour pour Laura, il ne pourra rien lui arriver, mais René réfute cette explication et l'incite à lui avouer, ce que Jean fera plus tard. Néanmoins, Laura décide de refuser le préservatif lors d'un autre rapport sexuel, par amour pour Jean, se mettant ainsi en danger de contamination. Plus tard, c'est Samy qui refuse également le préservatif, mais cette fois Jean refuse d'avoir des rapports sexuels sans préservatif.
La bisexualité de Jean et le fait qu'il entretient d'autres liaisons bouleversent Laura, situation qu'elle supporte de moins en moins. Lors d'une dernière altercation, Laura doit être hospitalisée. Jean en profite pour demander au médecin de faire un test VIH à Laura, en lui demandant de ne rien lui dire, car lors de cette dispute, elle a dit qu'elle était séropositive par sa faute. Le test se révélera être négatif. Après sa sortie de l'hôpital, Laura décide de mettre un terme à la liaison avec Jean et rencontre un autre homme. Lors d'une visite de Jean au bord de la mer où se trouve Laura, bien qu'il lui dise qu'il a changé, Laura refuse de se remettre avec lui, qu'elle était prête à tout pour lui auparavant, mais plus maintenant, car elle entame une autre étape dans sa vie avec cet autre homme plus stable, et que sa maladie est de toute façon un obstacle pour avoir un enfant avec lui. Quand Jean demande à Laura pourquoi elle a menti quand elle a dit qu'elle était séropositive à cause de lui, elle répond qu'elle pensait qu'elle était vraiment contaminée, car elle voulait tout partager avec lui. Jean décide malgré tout d'aller de l'avant et de mieux profiter de la vie.
Fiche technique
Distribution
Production Préproduction À l'origine du film il y a l'autobiographie de Cyril Collard, romancier, musicien, cinéaste, bisexuel et atteint du sida, qui puise dans ses dernières forces pour cette adaptation à l'écranNathalie Giraudeau, Le sida à l'écran , Editions L'Harmattan, 1998. L'auteur s'est expliqué sur le titre Les Nuits fauves :
Le projet du film fait peur, si bien que le rôle de Jean est d'abord refusé par Patrick Bruel, Jean-Hugues Anglade et Hippolyte Girardot, et que Cyril Collard doit lui-même l'endosser. Les producteurs refusent de financer, c'est Claude Davy, prince des attachés de presse parisiens et mentor de Cyril Collard, qui l'aide à monter le film.
Le long métrage est dédié au réalisateur Lino Brocka et à l'acteur Thierry RavelRavel est un comédien qui faisait partie de la troupe des Amandiers de Patrice Chéreau et qui joua dans quelques films, il meurt d'une overdose (Marisa Bruni-Tedeschi, Mes chères filles, je vais vous raconter…, 2016)., morts accidentellement en 1991.
Tournage Le tournage s'est déroulé à Paris et à Houlgate (scène de plage vers la fin du film), ainsi qu'au Maroc et au Portugal (Lisbonne et Sesimbra).
Accueil Accueil critique
Témoignages Romane Bohringer pendant la période de la sortie du filmCyril Collard est mort d'avoir vu la vie en séropositif, 24 heures, (page 33), 6 mars 1993. Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne) :
Nella Banfi, productrice de films, qui a collaboré notamment avec Nanni MorettiNella Banfi, IMDb, a d'abord refusé trois fois de s' intéresser à produire ce film. La première fois, une productrice parisienne lui a demandé de coproduire le film en lui montrant le roman, et Nella Banfi lui a répondu après avoir lu quelques pages, qu'elle le trouvait sinistre. La deuxième fois, alors que le film a obtenu une avance sur recette, Simone Michael, l'agente de Patrick Bruel, pressenti pour le rôle avant qu'il ne le refuse, lui a dit que c'est un film pour elle, ce qu'elle a contesté en disant que ce n'est pas son milieu, qu'elle n'est pas homophobe, mais qu'elle est italienne, qu'elle aime les hommes en Jaguar habillé en costume Armani, que cela n'a rien à voir avec cela et qu'elle ne comprend rien à ce truc. La troisième fois, Claude Davy, l'attaché de presse du film Le Porteur de serviette, qu'elle a produit, lui demande de rencontrer Cyril Collard, ce qu'elle finit par accepter car elle ne peut rien refuser à Claude, mais aborde cet entretien avec un a priori négatif. Nella Banfi confie également que pendant le tournage Cyril Collard a été hospitalisé trois fois, et qu'elle n'a pas fait fonctionner les assurances car elle ne voulait pas qu'à l'extérieur on puisse penser qu'il n'allait pas bien, que cela devait rester secretLes nuits fauves. À propos des nuits fauves, les interviews, David Dessites, 2004, Youtube.
Box-office Le film réalise lors de son exploitation en 1992 et 1993.
Lors de sa sortie en salle le en France« Les Nuits fauves », l’hymne à l’amour de l’écrivain et cinéaste Cyril Collard, Le Monde, 12 août 2023, ce film remporte un succès populaire, notamment auprès des jeunes. Il montre aux spectateurs la réalité de la maladie et invite à la discussion sur le sida et les difficultés de l'utilisation des moyens de préventionMarie-Elisabeth Rouchy Télérama n°2244 13 janvier 1993 repris dans Nos années culture 60 ans Tome 2. Le , Cyril Collard et Romane Bohringer participent à l'émission Le Cercle de minuit et le , La Marche du siècle.
En Suisse, le film sort la troisième semaine de , et il est interdit aux moins de 18 ans. Le , Les nuits fauves n'avait pas encore trouvé de distributeur. Des opinions sont recueillies auprès du public à la sortie des salles de cinéma par le journal 24 heures, sur cette interdiction aux mineurs, et les opinions sont majoritairement négatives, considérant que ce film s'adresse aussi aux mineurs. L'un ne comprenant pas, en évoquant la bande dessinée Jo de Derib, qui traitait aussi du Sida et qui avait été distribué auprès des écoliers une année auparavant. Le film C'est arrivé près de chez vous, sorti à la même période, subit aussi le même traitement auprès des mineursPrénom Romane, Le Matin, (page 36), 26 octobre 1992. Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne)Les nuits fauves, les jeunes aussi, 24 heures, (page 60), 27 novembre 1992, Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne).
Distinctions
César 1993 : Meilleur film Meilleure première œuvre Meilleur espoir féminin pour Romane Bohringer Meilleur montage pour Lise Beaulieu
Cyril Collard est également proposé pour les César du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. René-Marc Bini est nommé pour celui de la meilleure musique.
C'est le premier long métrage à cumuler le César du meilleur film et du meilleur premier film. Le cinéaste est décédé des suites du sida trois jours avant la cérémonie mais après la clôture des votes, le . C'est le seul vainqueur posthume du meilleur film. C'est sa productrice Nella Banfi et son attaché de presse Claude Davy qui viendront chercher ses prix. La cérémonie lui fut dédiée et son décès avait ému l'assistance. Selon le critique Jean-Michel Frodon, la dramatisation propre à cette cérémonie télévisuelle et sa proximité avec le décès .
Les Nuits Fauves inspirent un autre film primordial pour la représentation de la séropositivité au cinéma au pic de l'épidémie, Philadelphia, sorti en 1993. En effet, les réalisateurs cherchent à acquérir les droits du film à la mort du réalisateur, ce que Nella Banfi refuse par respect et déclare : « j’ai bien fait parce que ça a donné Philadelphia ».
Contextualisation L'action du film se situe en 1986, en France.
Le , la maladie est évoquée pour la première fois en France à la télévision au téléjournal d'Antenne 2. À l'époque, on ne parle pas encore de sida, mais d'un virus inconnu. La journaliste Christine Ockrent, le nomme sarcome de Kaposi, qui sévit aux États-Unis et indique : . Dans le reportage, le journaliste qui commente parle notamment de la multiplicité des contacts dans la communauté gay qui favoriserait la transmission de virus1982 : la télévision française parle pour la première fois du sida, Antenne 2 Journal, 27 mars 1982, INA. Quelques mois plus tard, la maladie est renommée AIDS (Acquired Immunodeficiency Syndrome), en français SIDA (Syndrome d’immunodéficience acquise)40 ans de découverte de VIH, Institut Pasteur, et le virus est isolé par les virologues de l'Institut Pasteur le 40 ans de découverte de VIH, Institut Pasteur. En 1985, les femmes représentent 12 % environ des cas du Sida notifiés en France, dix ans plus tard, ce pourcentage atteint presque les 20 %Les femmes et le Sida, ONUSIDA, Octobre 1997.
Le , la France autorise la commercialisation du premier test de dépistage et en 1986 est mis au point le premier médicament, la zidovudine (AZT), un antirétroviral qui ralentit la progression du virus mais ne l'élimine pas. Le , le premier traitement antirétroviral AZT est autorisé aux Etats-Unis. Il est coûteux et ses effets secondaires importants. La même année, le virus est officiellement appelé virus de l'immuno-déficience humaine (VIH)Les grandes dates du Sida<, La Dépêche du Midi, 29.05.2011[https://www.ladepeche.fr/2021/11/29/lepidemie-de-sida-en-dix-dates-cles-9959498.php L'épidémie de sida en dix dates clés ], La Dépêche du Midi, 29.11.2021.
Le réseau de surveillance du sida mis en place depuis 1982 par la Direction générale de la Santé (DGS) recense 859 cas au 30 juin 86. Pour le 2ème trimestre 86,13 nouveaux cas par semaine ont été rapportés contre 6 à 7 pour la même période en 85. Ce sont les hommes qui sont le plus touchés (89% contre 11%) et la classe d'âge 20-29 ans et 30-39 ans. Toutefois on note 9 cas de nouveau-nés (0-11 mois) et 12 de jeunes enfants (1-9 ans). Les homosexuels (70,5% ) et toxicomanes (3,5%) sont considérés comme groupes à risquesSituation du sida en France au 30 juin 1986, Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 1986, n°. 34, p. 134-5, 1 septembre 1986, Direction générale de la Santé. Le , le gouvernement adopte un projet de loi autorisant la publicité sur les préservatifs. Une campagne publicitaire pour la prévention du SIDA est diffusée dans le journal d'Antenne 2 le soir même, mais elle met en scène principalement des femmes qui proposent aux hommes le préservatif, car considéré comme plus efficace pour l'acceptation selon une expérience menée en Suède.