La tenture Les Chasses de Maximilien, aussi connues sous le nom de Belles chasses de Guise, est un ensemble de douze tapisseries, une par mois représentant des scènes de chasses dans la forêt de Soignes, près de Bruxelles, commandée probablement par un membre de la famille de Habsbourg, Charles Quint, Marguerite d'Autriche ou Marie de Hongrie qui gouvernent les Pays-Bas en son nom, et réalisée par un atelier bruxellois.

Histoire de la tenture Les origines de cette tenture, pourtant remarquable et célèbre, restent incertaines. Plusieurs hypothèses ont été faites. Le texte qui suit en donne deux. La deuxième étant considérée comme la plus probable, reprenant une affirmation du début du de Carel van Mander attribuant les dessins à Bernard van Orley avec une réalisation entre 1528 et 1533. Dans un article publié en 1920, Paul Saintenoy émet l'hypothèse que les cartons ont pu être faits par Jan Cornelisz Vermeyen qui a fait sa carrière de peintre auprès de Charles Quint et a travaillé à Augsbourg et Innsbruck, ce qui expliquerait le style particulier qui avait attribué le dessin à Albert Durer dans l'inventaire du Garde-Meuble de la Couronne.

D'après Sophie Schneebalg-Perelman Une histoire a été établie par Sophie Schneebalg-Perelman dans son livre Les chasses de Maximilien. Les énigmes d'un chef-d'œuvre de la tapisserie paru en 1982.

Après la signature de la paix de Nice le , François et Charles Quint se rencontrèrent à nouveau pour confirmer ce premier traité et s'allier contre la réforme protestante au cours d'une entrevue à Aigues-Mortes, le . La ville de Gand se révolte en août 1539. Charles Quint demande à François de pouvoir traverser la France pour aller mater la révolte. Après l'accord du roi de France, Charles Quint quitte Madrid le escorté d'une centaine de gentilshommes. Il arrive à Loches le La Renaissance lochoise : 1539 : François et Charles Quint à Loches où il rencontre le roi de France qui l'escorte jusqu'à Paris en passant par Amboise, Chambord où ils passent la nuit du 18 au , Orléans, Fontainebleau, du 24 au Château de Fontainebleau - Fêtes, fastes et divertissements : Charles Quint chez François . Il arrive à Paris le puis se dirige vers Gand où il arrive avec une armée le .

Pour remercier le roi de France de son accueil chaleureux, Charles Quint a l'idée de faire réaliser une suite de tapisseries représentant des scènes de chasse qui est leur passion commune. De son côté, François a l'idée de faire réaliser six pièces de tapisserie en haute lice à Fontainebleau pour les offrir à Charles Quint. La suite de tapisseries française a été rapidement réalisée et a été apportée en cadeau à Bruxelles, peut-être en 1544, au moment de la visite d'Éléonore de Habsbourg et du duc Charles d'Orléans, ou en 1570, quand Charles IX a épousé Élisabeth d'Autriche. Cette suite de tapisseries se trouve actuellement à VienneGerlinde Gruber, Les tentures à sujets mythologiques de la grande galerie de Fontainebleau, dans Revue de l'Art, 1995, tome 108, , (lire en ligne).

Le cadeau que voulait faire Charles Quint à François a pris du retard dans son exécution du fait de la reprise des hostilités entre les deux souverains.

Contrairement à ce qui été écrit dans les études antérieures, les modèles des tapisseries n'ont pas été tous réalisés par Bernard van Orley qui est mort en 1541. En , un peintre bruxellois, François Borreman, est choisi pour dessiner des sites dans la forêt de Soignes. Le choix de cette forêt vient de ce qu'elle était la propriété des ducs de Brabant, donc un domaine de chasse réservé à l'empereur et à sa suite, ce qui est le thème principal de la tentureSabine van Sprang, D'une forêt ducale à une forêt idéale. Quelques réflexions sur les paysages de Soignes aux , (lire en ligne). Le , la Cour des comptes du Brabant mentionne un paiement fait à Franciscus Borreman pour une image très détaillée de Soignes rehaussée de couleursStefaan Hautekeete, De la ville à la campagne. L'image du Brabant dans les dessins topographiques du , dans Le peintre et l'arpenteur. Images de Bruxelles et de l'ancien duché de Brabant, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, (lire en ligne). Les cartons de la tenture n'ont été terminés qu'en 1548, date à laquelle les personnages auraient été ajoutés par Pierre Coek d'Alost. Le tissage aurait été confié à l'atelier de Jean Ghieteels.

Cette histoire de la tenture est basée sur la découverte d'un contrat passé par François Borreman le pour aller, avec un géomètre-juré, peindre des sites dans la forêt de Soignes.

Histoire traditionnellement admise Cependant d'autres documents découverts depuis semblent confirmer l'attribution traditionnelle ancienne des modèles des tapisseries à Bernard van OrleyLe peintre et l'arpenteur. Images de Bruxelles et de l'ancien duché de Brabant, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 20000, (lire en ligne)Une réglementation de 1476 stipulait que seuls les peintres avaient l'autorisation de concevoir les modèles des tapisseries, à moins que ce soit des verdures., réalisés vers 1528. En effet, en 1533, Guillaume Dermoyen (Willem van der Moyen) de Bruxelles associé avec Pieter van der Walle d'Anvers a proposé une édition des Chasses de Maximilien avec la Bataille de Pavie au sultan Soliman le Magnifique par l'intermédiaire d'un marchand allemand, Jakob Rehlinger, et de marchands vénitiensGuy Delmarcel, La tapisserie flamande du , (lire en lien). Par ailleurs le monogramme composé des lettres I, G, V et W, figurant sur les tapisseries de la suite des Chasses a longtemps été attribué à l'atelier de Jean Ghieteels, actif à Bruxelles entre 1527 et 1558, mais les archives de permettent pas de lui conserver cet ensemble. Guy Delmacel l'a relié à Jan et Guillaume Dermoyen (pour les lettres I et G) et van der Walle (pour les lettres V et W)Une partie des tapisseries portent des marques de la ville de Bruxelles et de lissiers. Elles ont été rendues obligatoires par un arrêté du magistrat bruxellois pris le 16 mai 1528 pour chaque tapisserie de plus de 6 aunes. Cette obligation est répétée dans l'édit impérial du 16 mai 1544 concernant l'organisation de l'industrie de la tapisserie. La marque de Bruxelles est faite d'un petit écusson rouge flanqué de part et d'autre par des majuscules B pour Brabant Bruxelles. Le monogramme du lissier devait être déposé dans un registre de la corporation. Ce document a été détruit dans un incendie en 1690..

On ne possède pas de documents mentionnant le commanditaire de la tenture, mais sa richesse et les sujets choisis ne peuvent guère faire douter qu'elle a été commandée par un membre de la famille de Habsbourg. Charles Quint et Marie de Hongrie sont passionnés par la chasse. On peut voir sur le collier de quelques chiens de chasse le briquet de Bourgogne et deux colonnes d'Hercule, figure héraldique de Charles Quint. On peut aussi reconnaître les portraits de l'empereur et de son frère Ferdinand. La ressemblance de Ferdinand avec son grand-père Maximilien a conduit certains auteurs à le désigner comme le commanditaire de cette tenture, ce qui est impossible car il est mort en 1519.

Arnout Balis, Krista De Jonge, Guy Delmarcel dans le livre Les Chasses de Maximilien ont proposé de dater le début de la réalisation des différentes tapisseries des Chasses de Maximilien des années 1528-1533. Ce qui permet de conserver l'attribution des cartons de la tenture à Bernard van Orley.

La tenture est ensuite passée à Maximilien II de Habsbourg, neveu de Charles Quint, et devenu son gendre après son mariage avec Marie d'Autriche en 1548. Le nom de la tenture « Les Chasses de Maximilien » est attesté depuis 1644.

Cette tenture est ensuite venue en France, probablement au moment de la conclusion du mariage de Charles IX avec la fille de Maximilien II, Élisabeth d'Autriche, en 1570. La première explication donnée pour la présence de cette tenture dans la famille de Guise a été de supposer qu'elle a été donnée à cette occasion à Charles de Guise, cardinal de Lorraine, qui avait négocié le mariage. Une autre explication est qu'elle a été donnée au cardinal de Lorraine par Catherine de Médicis après la mort de Charles IX. La tenture est alors connue sous le nom de Les Belles chasses de Guise et décore l'hôtel de Guise qui se trouvait à l'emplacement de l'hôtel de Soubise. La tenture est décrite dans les inventaires de la duchesse douairière, en 1583, et d'Henri le Balafré, établi le au château de Joinville. C'est dans ce dernier inventaire qu'apparaît pour la première fois la mention de douze tapisseries des « Douze moys de l'an de belle chasse »Amaury Lefébure, ''Les Chasses de Maximilien, Département des Objets d'Art, Louvre feuillets, 6-26. En 1644, elles sont dans l'inventaire de Charles de Guise qui s'était réfugié en 1631 à Italie en emportant la tenture. La tenture est alors estimée à . La longueur totale de la tapisserie est de 72,88 mJules Guiffrey, Inventaire des meubles précieux de l'hôtel de Guise en 1644 et 1688 et de l'hôtel de Soubise en 1787, dans Nouvelles archives de l'art français, 1896, (lire en ligne).

Histoire de la tenture après son entrée dans le Garde-Meuble de la Couronne Une lettre de 1654, de Jean-Baptiste Colbert au cardinal Mazarin nous apprend qu'il a acheté deux tentures de tapisserie à M. de Guise, Histoire d'Actéon et Histoire sainte, pour . Mazarin lui demande si M. de GuiseEn 1654, Mazarin vient de rentrer d'exil en retrouvant sa position et veut reconstituer sa collection qui a été vendue sur ordre du parlement. Henri II de Guise veut aller faire la guerre à Naples et a besoin d'argent. accepterait de vendre « aucune des quatre belles », mais Colbert lui répond que le prix qu'il en demande lui paraît excessif. La tenture Les Chasses de Maximilien a finalement été achetée par Mazarin par l'intermédiaire du financier Girardin. Colbert en a assuré la garde à partir de 1656. À la mort de Mazarin, le , elles ne sont pas entièrement payées au duc de Guise qui meurt en 1664. Le roi Louis XIV en a assuré le paiement final qui s'est terminé au premier semestre 1665Paul Alfassa, L'achat par Louis XIV des tapisseries des Chasses de l'empereur Maximilien, dans Société de l'Histoire de l'Art Français, 1918-1919, (lire en ligne).

D'autres tentures du mobilier de la Couronne portent la désignation de Guise : les Cinq Âges de Guise, les Grotesques des douze Mois de Guise.

L'entrée de la tenture des Chasses de Maximilien dans l'inventaire du Garde-Meuble de la Couronne date de 1661, en même temps que la succession de Mazarin.

Dans l'inventaire du Garde-Meuble de la Couronne, les modèles des tapisseries sont d'abord attribués à Albrecht Dürer. Carel van Mander a été le premier à désigner Bernard van Orley comme l'auteur des cartons ayant servi à faire cette tenture. Cette désignation est reprise par André Félibien en 1666 dans ses Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes.

Le Musée du Louvre possède une série complète de douze dessins à la plume et au lavis reproduisant les tapisseries des Chasses de Maximilien attribuée à Bernard van Orley par Everhard Jabach au moment de la vente de sa collection de dessins à Louis XIV, en 1671. Elle est attribuée aujourd'hui dans l'inventaire du département des arts graphiques comme des copies d'après Barend (Bernard) van Orley..

Cette suite de tapisseries a fait l'objet de plusieurs copies dans la Manufacture des Gobelins par la suite. Maurice Fenaille a donné la liste des suites copiées à partir de l'édition originale.