Pierre Semard, né le à Bragny-sur-Saône (Saône-et-Loire) et mort, fusillé par les Allemands, le à la prison d'Évreux (Eure), est un syndicaliste français, secrétaire général de la Fédération des cheminots (CGT) et dirigeant du Parti communiste français, dont il a été secrétaire général de 1924 à 1929.
Biographie Enfance et jeunesse Fils d'un cantonnier des chemins de fer et d'une garde-barrière du réseau PLM, Pierre Semard passe son enfanceSur l'acte de naissance de Pierre Sémard, la profession des parents indiquée est cultivateur et cultivatrice. Leur acte de mariage du à Bragny-sur-Saône précise que . Voir les registres de l'état civil de Bragny-sur-Saône, site des Archives départementales de Saône-et-Loire. Il n'y a pas de chemin de fer à Bragny-sur-Saône, dont la gare la plus proche est Verdun-sur-le-Doubs. dans la campagne bourguignonne à Villeneuve-sur-Yonne, où ses parents travaillent après avoir quitté l'agriculture et la BresseNotice Pierre Sémard, in Philippe Robrieux, cf. bibliographie. Ses parents travaillent à Saint-Usage (canton de Saint-Jean-de-Losne), où leur naît une fille (AD Côte-d'Or, EC Saint-Usage) en 1891, puis à Villeneuve-sur-Yonne, où cette enfant meurt en 1896 et où leur naît un fils en 1898 (AD Yonne, EC Villeneuve-sur-Yonne). François Semard et Anne Marie Colzel y résident rue du Faubourg Saint-Laurent.. En raison de la mort de son père, il commence à travailler en 1898 chez un notaire d'abord, puis chez de nombreux autres employeurs. En 1904, il se rend à Paris et exerce divers petits métiers : apprenti charcutier, vendeur de journaux, débardeur aux halles. En 1906, il retourne en Bourgogne, dans l'Yonne où il gagne sa vie comme charcutier et comme cuisinier. Il se rend ensuite à Lyon puis à Valence où il se fixe finalement en s'engageant pour trois ans dans l'armée. Il est promu au grade de brigadier. Bon danseur, il s'insère facilement dans la société locale. Il trouve également du temps pour lire et arrondit sa solde en gagnant des courses cyclistes. En , il épouse une jeune ValentinoiseMention sur l'acte de naissance de P. Sémard, cf référence des AD de S & L supra : mariage le 29 décembre 1909 à Valence avant de revenir à la vie civile.
Il passe alors un examen pour entrer aux chemins de fer comme employé aux écritures. En 1912, il entre au secrétariat du chef de gare de Valence. C'est là qu'il devient militant syndical.
Militant syndical À la déclaration de guerre, en 1914, étant père de trois enfants, il est mobilisé sur place. Son engagement syndical lui vaut d'être muté du secrétariat du chef de gare au service des trains. En 1917, il représente la section de Valence au premier congrès de l'union des syndicats du PLM qui se tient à Avignon. D'après Serge Wolikow, les fonctions qu'il avait exercées au secrétariat du chef de gare auraient freiné son accession aux responsabilités syndicales.. Toujours mobilisé fin 1918, il est envoyé en Belgique.
thumb|upright=0.8|Pierre Semard parmi les autres délégués syndicalistes révolutionnaires au congrès de Lyon, septembre 1919, autour de Pierre Monatte.
Sa femme atteinte par la grippe espagnole meurt le . Le , Pierre Semard devient secrétaire général d'une « Ligue de défense et d'action contre les mercantis et les spéculateurs » nouvellement créée et qui regroupe des commerçants et artisans avec des ouvriers. Il reste avant tout le dirigeant des cheminots de la Drôme et déploie une activité militante de plus en plus intense en faveur des idées du syndicalisme révolutionnaire s'inspirant de la Révolution française et de la jeune révolution russe.s
C'est à partir de 1920 que Pierre Semard commence à jouer un rôle national. Il est l'un des rares dirigeants du syndicat de l'union à exprimer des doutes sur les nationalisations comme mot d'ordre mobilisateur. Révoqué du pour fait de grève, il épouse en secondes nocesLe à Valence, Pierre Semard épouse Juliette Contier, cf mentions marginales portées sur son acte de naissance à Bragny-sur-Saône, EC de Bragny-sur-Saône, site des AD de Saône-et-Loire. une ancienne employée du également révoquée. Il devient alors gérant de la coopérative des cheminots pour subvenir aux besoins de sa famille.
Il reprend rapidement son activité syndicale. Il se situe dans le camp des minoritaires, révolutionnaires, contre les réformistes. Au printemps 1921, les minoritaires dominent le syndicat du réseau et Pierre Semard, secrétaire à la propagande du syndicat, dénonçant les menaces d'exclusion brandies par la direction de la Confédération générale du travail (CGT), déclare : . En , Pierre Semard est élu secrétaire général de la Fédération des cheminots, qui est dans une période particulièrement mouvementée puisque les syndicats qui avaient refusé de reconnaître le nouveau changement de majorité en faveur des révolutionnaires ont quitté la Fédération. C'est à la suite de cette nouvelle responsabilité syndicale que Semard quitte Valence pour Paris.
Pierre Semard joue alors un rôle de première importance dans la fondation de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU). Dans La Vie Ouvrière, il se prononce pour des conceptions syndicalistes révolutionnaires anti-bureaucratiques et dénonce la centralisation bureaucratique. Il réclame la restauration de l'ancien rôle des bourses. En , il signe la motion Mayoux hostile au contrôle du parti sur l'activité syndicale.
Lors du congrès de la , à Saint-Étienne, en , il prend la parole comme membre de la tendance Monmousseau, favorable à une position centriste : il refuse la liaison avec le Parti communiste et propose que la entre dans l'Internationale syndicale rouge (ISR) pour y défendre son point de vue.
Dirigeant communiste vignette|upright=0.8|Pierre Semard en 1924, secrétaire général du Parti communiste (SFIC). À Moscou en en compagnie de Gaston Monmousseau, il rencontre Lénine qui fait des concessions à ses interlocuteurs, si bien que de retour en France, Semard justifie l'adhésion de la à l'ISR. Il s'engage ensuite aux côtés du parti communiste dans l'action commune engagée contre l'occupation de la Ruhr. C'est pour cette raison qu'il est arrêté en 1923 et incarcéré quelques mois à la prison de la Santé. Pendant son emprisonnement, il écrit de nombreux articles dans La Vie ouvrière où il plaide notamment pour un syndicalisme de masse ouvert n'affirmant aucune doctrine.
Bien qu'ayant des divergences de vues avec l'Internationale communiste (IC), il devient en le secrétaire général du PC français (SFIC) après être entré au Comité central de celui-ci quelques mois auparavant, lors du congrès tenu à Lyon en Pierre Semard, élu ou réélu 5 fois au comité central du PCF entre 1920 et 1939, est parmi les 10 % des "éléments de permanence" de cette instance, discernés par l'historienne Annie Kriegel pour cette période. Cf. Annie Kriegel, Les communistes français, le Seuil, 1968, p. 169.
Pierre Semard avait adhéré à la section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) dès 1916 mais n'avait pas joué de rôle politique dans la Fédération de la Drôme. En 1921, il était dans la majorité du congrès de Tours et avait donc adhéré au jeune parti communiste. À la fin de l'année 1923, membre de la commission syndicale du parti alors dirigée par Pierre Monatte, il se distingue des dirigeants autoritaristes comme Suzanne Girault ou Albert Treint. Il ne se solidarise pas non plus avec les dirigeants historiques, Boris Souvarine, Alfred Rosmer, Pierre Monatte, exclus en 1924.
En fait et en accord avec l', Suzanne Girault et Albert Treint continuent à diriger le parti jusqu'à la fin de 1925 tandis que Pierre Semard s'occupe des questions syndicales. Il organise des réunions régulières entre les directions du parti communiste et de la . Tout au long des années vingt et trente, il œuvre en faveur d'un syndicalisme révolutionnaire inspiré des révolutions française et russe.
À la fin de l'année 1925, le parti communiste, en accord avec Manouïlski, remet en cause la ligne sectaire incarnée par Suzanne Girault et Albert Treint et Semard arrive au premier plan pour appliquer la nouvelle politique de front unique avec les socialistes. C'est la première alliance antifasciste. Ce fut l'orientation du congrès (Lille), en 1926. C'est à cette époque que Semard, en opposition avec Jacques Doriot, Monmousseau et Treint, parvient à imposer Maurice Thorez comme secrétaire à l'organisation. Malgré les critiques de Nikolaï Boukharine qui reprochait au parti français de ne pas avoir su éviter le retour de Raymond Poincaré, Semard reçoit le soutien de la plupart des dirigeants de l'Internationale communiste. Dans son discours de clôture lors du plénum de l', Semard tente d'expliquer les réalités de la vie politique française et exprime publiquement son irritation devant ce qu'il appelait les « censeurs » du qui lui faisaient la leçon.
Durant le premier semestre 1927, Semard continue de défendre le principe d'un équilibre dans les relations entre l' et sa section française. Il s'oppose également aux critiques de l'ISR qui préconisait une fusion partielle entre la et la , alors que les dirigeants de la préféraient se limiter à des contacts et des négociations entre les deux confédérations. Les relations avec l'Internationale communiste restent par conséquent tendues, et lorsqu'une commission française est mise en place par le secrétariat de l', Semard mandate Maurice Thorez pour qu'il expose les positions du parti français. Il recherche également l'appui de Staline et conduit la délégation du au plénum de l', fin .
De retour à Paris, Semard est de nouveau arrêté, pour la cinquième fois, pour des actions contre la guerre du Rif que la France mène au Maroc. Il est emprisonné à la Santé où, après en être sorti en profitant, sans le savoir, de l'évasion de Léon Daudet, il retourne et séjourne jusqu'en . Thorez lui confirme que l' est en désaccord avec les positions du parti français et réclame une rupture électorale avec les socialistes. Semard n'accepte pas de pratiquer une tactique électorale, selon lui gauchiste, qui risque d'isoler le et de lui faire perdre les bénéfices résultant depuis un an, de sa politique de front unique. C'est en ce sens que début , il adresse au Comité central, une lettre, cosignée avec ses camarades détenus à la Santé.
Il reprend ses fonctions de secrétaire général en et se retrouve attaqué au sein de l', notamment par Palmiro Togliatti qui l'accuse d'avoir dissimulé au bureau politique les divergences à l'égard des prescriptions de l'. Lors du congrès de l', en , Semard intervient en séance plénière pour demander qu'on n'assimile pas social-démocratie et fascisme. Il accepte cependant d'être au sein du parti français le porte-parole de la ligne de l' à laquelle il s'est opposé.
L'affaiblissement du rôle de Semard est alors concrétisé par la décision de supprimer le poste de secrétaire général, en . Il est alors chargé de la région parisienne. Sa rétrogradation ne fut jamais justifiée officiellement par des raisons politiques. C'est alors que la presse socialiste et celle du Parti d'unité prolétarienne font état de policiers au sein du parti communiste et mettent en cause Pierre Semard qui vit une période difficile, obligé de se défendre de ces rumeurs ; découragé et fatigué il réclame d'être, au moins temporairement, relevé de toutes ses fonctions.
Retour au syndicalisme : le dirigeant national des cheminots De 1932 à 1933, on s'interroge sur la nature des responsabilités de Semard au sein du parti français mais surtout au sein de l'Internationale. Il réside quelque temps à Moscou en tant que membre du secrétariat international du et il s'y occupe des questions paysannes. Il demeure jusqu'à la guerre membre du Bureau politique du , réélu lors des (1932), (1936) et (1937) congrès de celui-ciPierre Semard est le plus haut responsable (membre du Bureau politique) du Parti communiste français à avoir été fusillé par les nazis. thumb|upright=0.8|Dans la gare de Tergnier, plaque mémorielle « cheminote ».