Toussaint-Guillaume Picquet de La MotteLa graphie des noms propres étant encore variable au , on trouve son nom parfois écrit Piquet et La Mothe, dit La Motte-Picquet, né le à Rennes (Ille-et-Vilaine) et mort le à Brest (Finistère), est un officier de marine français du . Au cours d'une carrière de plus de cinquante ans, sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, il prit part à 34 campagnes, notamment pendant la guerre de Sept Ans et la guerre d'indépendance des États-Unis. Respecté et craint par ses adversaires, il n'hésitait pas à engager le combat avec des forces bien inférieures. Commandeur (1780), puis grand-croix de l'ordre de Saint-Louis (1784), il meurt au début de la Révolution française.
Biographie Famille Jean Toussaint Guillaume Picquet de La Motte est né dans une famille de petite noblesse bretonne.
Son grand-père, Jean Picquet, sieur de La Motte, greffier civil en chef au Parlement de Bretagne à Rennes en 1684, secrétaire du roi en sa chancellerie de Bretagne en 1698, marié avec Marie Josèphe Le Clavier, meurt en 1710.
Son père, Guy Picquet, seigneur de La Motte, conseiller au Parlement de Bretagne à partir de 1701, épouse Hélène Julie Rose Robert de La Bellangeraye en 1716. Il possédait la terre de Launay-du-HanArchives d'Ille-et-Vilaine, fonds de Piré à Montreuil-le-Gast. Guy Picquet obtint du roi en 1726 l'érection de Launay en châtellenie et le changement du nom de Launay-du-Han en Launay-Picquet. Il meurt le , à l'âge de .
Son frère aîné, Louis-Jacques Picquet de Montreuil (1717-1786), sera avocat et conseiller au Parlement de Bretagne, épousera Marie Anne Souchay (fille de Louis Souchay, avocat du roi au bureau des finances à Tours et trésorier des ponts et chaussées)François Caillou (dir.), Une administration royale d'Ancien Régime : le bureau des finances de Tours: 2 volumes, Presses universitaires François-Rabelais, 2017, puis Marie Anne de La Moussaye (tante de Louis-Toussaint de La Moussaye).
Jeunesse et débuts dans la Marine royale Entré aux gardes-marines de Brest le , à l'âge de 15 ans, Toussaint-Guillaume Picquet de La Motte embarque en 1737 à bord de la Vénus envoyée se battre contre les Salétins, des corsaires barbaresques. Nommé sous-brigadier des gardes de la marine le , et aide d'artillerie le suivant, après deux croisières dans la Manche et sur les côtes d'Irlande à bord du Mercure, sous les ordres de Dubois de La Motte, dans l'escadre du comte de Roquefeuil.
Il avait déjà fait neuf campagnes au Maroc, en mer Baltique et aux Antilles, lorsqu'en , il embarque sur la frégate La Renommée, commandée par le capitaine de vaisseau Guy François de Kersaint. Le , La Renommée part de Brest pour aller livrer des dépêches à Louisbourg (Terre-Neuve), alors sous blocus anglais.
Profitant de la brume et des glaces qui empêchaient les Anglais d'effectuer leur descente, la frégate parvient à mouiller en baie des Castors non loin de Louisbourg, où elle doit combattre de plus petites unités anglaises.
L'année suivante, alors que la Renommée revenait, pour la troisième fois, du Canada en Europe, après avoir livré deux combats aux Anglais, elle tombe, pendant la nuit du , sur l'escadre de l'amiral Anson, qui venait d'échouer dans sa tentative sur Lorient. Dans le combat qui s'ensuit, Kersaint est grièvement blessé ; La Motte-Picquet prend le commandement et parvient à s'échapper vers Port-Louis Blessé lui-même au cours du combat, il a la joue arrachée par un coup de canon, qui coupa son chapeau au ras de la tête.
Il embarque ensuite comme second, sous les ordres du commandant Mézédern, sur le Cumberland, une frégate de Roche, Dictionnaire des baâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours, tome 1, p.136 qui quitte Brest le , à destination des iles de France et de Bourbon. Après une escale à La Corogne, le bâtiment français croise une frégate anglaise de , qui le combat pendant tout un jour à portée de pistolet. Vingt-cinq hommes sont tués ou blessés côté français. Le feu ayant pris à bord de la frégate anglaise, elle est obligée d'abandonner son adversaire. Après 122 jours de traversée, le Cumberland arrive à Bourbon, puis à l'Ile-de-France, d'où il partit pour l'Inde, le .
Après la paix d'Aix-la-Chapelle, conclue en , La Motte-Picquet navigue en mer des Antilles, dans l'Atlantique et dans la mer des Indes. Il est promu lieutenant de vaisseau en 1754.
Guerre de Sept Ans (1756-1763)
Quelques mois avant le début de la guerre de Sept Ans, en 1755, La Motte-Picquet est nommé au commandement de la corvette La Sensible, avec laquelle il combat pendant une heure contre une frégate anglaise de trente-six canons. Au mois d'octobre de l'année suivante, il est fait chevalier de Saint-Louis.
En 1757, il est sur Le Diadème, vaisseau de 74 canons commandé par Rosily-Méros, qui faisait partie de l'escadre de Dubois de La Motte envoyée combattre les Britanniques au large du Québec. En 1758, les côtes françaises sont soumises au blocus de la flotte anglaise, qui tente même plusieurs débarquements et prend brièvement Cherbourg. La Motte-Picquet se bat la même année devant le fort de Portzic, et doit se justifier de sa conduite auprès du comte d'Arnouville, Secrétaire d’État de la MarineLettre du , au Ministre de la marine : .
En 1760, commandant la prame , destinée à défendre les côtes et à escorter les convois de Brest à Rochefort, il propose au commandant d'une autre prame d'attaquer de compagnie un vaisseau anglais : ce que l'autre officier, plus ancien que lui, refuse. Promu capitaine de vaisseau en 1762, il se retrouve à bord du .
À la paix de Paris en 1763 La Motte-Picquet participe à des campagnes menées par les escadres des amiraux d'Orvilliers et Duchaffaut. En , il commande La Malicieuse, une frégate de avec laquelle il fait une campagne de six mois au Canada. Il prend part ensuite à plusieurs expéditions contre les corsaires de Salé et se fait remarquer en escadre d'évolution commandée par le comte d'Orvilliers, en 1772, pour ses qualités manœuvrières au commandement du Cerf Volant.. En 1776, il reçoit le commandement du vaisseau de 64 canonsRoche, vol. 1, p. 419 Le Solitaire, dans l'escadre de ce dernier, ayant à son bord le duc de Chartres, Louis Philippe d'Orléans (1747-1793).
Guerre d'indépendance des États-Unis
En 1775, il est appelé par le secrétaire d'État à la Marine, de Sartine pour aider à réorganiser la marine française. La même année, le roi lui accorde une pension de .
Lors de la guerre d'indépendance américaine, il sert sous les ordres du vice-amiral d'Estaing. thumb|Bataille d'Ouessant, par Théodore Gudin Il passe, en 1777 au commandement du Robuste, vaisseau de 74 canons, sur lequel il reçoit à Brest l'empereur Joseph du Saint-EmpirePour des raisons de sécurité, ce dernier voyage sous le nom de Comte de Falkenstein )., qui se souvenant de lui avec intérêt, lui écrira, pendant la guerre d'indépendance des États-Unis, pour le féliciter de ses succès.
Le , la France reconnaît l'indépendance des États-Unis, et le La Motte-Picquet rend son salut à John Paul Jones en faisant tirer une salve de 9 coups de canon. C’est là le premier salut au drapeau américain donné par un navire étranger. La Motte-Picquet était au large de Quiberon pour accompagner un convoi vers les États-Unis, ce qu'il fera sur 900 km. Était également là le Lion, un corsaire armé par Jean Peltier Dudoyer pour le compte des Américains, bateau qui est rebaptisé le Dean et dont le commandement est aussitôt confié à Nicholson. Promu chef d'escadre le , il prend rang le . Il est chargé, avec sept vaisseaux et trois frégates, de conduire au-delà du Cap Finisterre un convoi américain, il remplit avec succès sa mission, sans avoir été attaqué par les Anglais. La même année, il participe à la bataille d'Ouessant, le , comme commandant du , dans l'arrière garde de la flotte placée sous les ordres du comte d'Orvilliers. Rentré à Brest, il mène — en compagnie de deux vaisseaux de lignes et de plusieurs bâtiments légers — une croisière d'un mois dans les eaux anglaises, capturant treize navires ennemis. Au mois d', il prend la mer avec , un vaisseau de 74 canons, quatre autres vaisseaux et quelques frégates, et escorte jusqu'à la Martinique un convoi de quatre-vingts navires; aussitôt après il rejoint le vice-amiral d'Estaing, et prend part à la prise de la Grenade, le . L'Annibal, est très endommagé. .
Combat de la Martinique, 18 décembre 1779 thumb|Au combat de la Martinique, le 18 décembre 1779, La Motte-Picquet repousse une forte escadre anglaise avec trois vaisseauxExposée au jardin botanique de Brest en l'An X. Monsieur de Trégomain, lieutenant de vaisseau et petit-neveu de La Motte-Picquet, le demande, le 17 vendémiaire, au premier consul, qui lui fait répondre, le 5 brumaire, par le ministre Forfait, qu'il regrettait de ne pouvoir accéder à cette demande. « Le tableau que vous réclamez, dit le ministre, en restant exposé, dans un établissement public, aux regards de tous les marins, servira à exciter leur émulation et à enflammer leur courage; il ne saurait recevoir une destination plus utile. ».
Après s'être concerté avec le général Lincoln, le comte d'Estaing charge La Motte-Picquet d'effectuer, à la fin du mois d', avec une escadre de sept vaisseaux, le débarquement des troupesUn contingent fort de destinées faire le siège de Savannah (Géorgie). Le siège ayant échoué, il fait voile avec trois vaisseaux pour la Martinique. Il y était occupé à réparer ses bâtiments qui avaient beaucoup souffert dans l'expédition de Savannah, lorsque, le , des signaux de la côte lui annoncent qu'un convoi de vingt-six navires français, escorté par une frégate, était poursuivi par une flotte anglaise de treize vaisseaux et une frégate, commandée par l'amiral Hyde Parker, dans le canal de Sainte-Lucie. L'officier que La Motte avait envoyé pour en informer le marquis de Bouillé, gouverneur de la Martinique, n'a pas le temps de revenir que La Motte-Picquet avait déjà fait hisser les voiles de L'Annibal. Il se porte seul à la rencontre des Anglais, et attaque la tête de l'escadre ennemie. Après avoir fait le plein de munitions, les Vengeur et Réfléchi viennent rejoindre , qui combattait depuis près de deux heures, contre le et le . Pendant quatre heures, les trois vaisseaux français soutiennent le feu de dix vaisseaux anglais, dont sept tiraient quelquefois ensemble sur lAnnibal. La nuit venue met un terme aux combats, et l'amiral anglais envoie un signe de ralliement à ses vaisseaux ; La Motte-Picquet rentre au Fort-Royal, avec la frégate et la plus grande partie du convoi.
Sur les 26 navires marchands, quatre sont brûlés et neuf seront pris par les Anglais. Néanmoins, une grande partie de la cargaison est conservée et Lamotte rentre avec tous ses vaisseaux dans Fort-Royal. Les Anglais doivent déplorer la perte du capitaine du HMS Conqueror, de cinq officiers et environ deux cents hommes. ImpressionnéHyde Parker dit : « Une seule manœuvre pouvait sauver La Motte-Picquet, et La Motte-Picquet était le seul qui pût la trouver. » , l'amiral Hyde Parker envoie un message de félicitations à La Motte-Picquet pour cette action.
Dans le récit qu'il fait du combat, La Motte-Picquet rend hommage à ses équipages« ce sont des héros sans chemises, bas ni souliers, nus enfin et parés de leur seul courage. » , et insiste pour qu'ils aient une part des prises effectuées.
Campagnes aux Antilles (1780) Au mois de , La Motte-Picquet reprend la mer avec six vaisseaux et six frégates, pour croiser dans les îles anglaises des Antilles. Il rentre au bout d'un mois, ramenant plusieurs prises, et après avoir été chassé plusieurs fois par quinze vaisseaux de ligne anglais..