Le Belem (1896) est le dernier trois-mâts barque français à coque en acier, un des plus anciens trois-mâts en Europe en état de naviguer et le plus grand voilier françaisAu niveau mondial, les trois-mâts barques américains Star of India et Elissa datent respectivement de 1863 et de 1877, l'australien James Craig de 1874, sans compter la frégate américaine qui est leur aîné de près d'un siècle. Le plus grand voilier français est le trois-mâts carré Duchesse Anne mais il ne navigue pas.. Il a porté ce nom jusqu'en 1921, a changé de nom et s'appelle de nouveau Belem depuis 1979. Le Belem fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le ..

Construit à Nantes, utilisé notamment dans les Antilles, puis tour à tour anglais, italien, puis à nouveau français, cet ancien voilier de charge, plusieurs fois transformé, motorisé et rebaptisé pour divers usages (croisière de luxe et navire-école), est finalement retrouvé par hasard à Venise dans un piteux état à la fin des années 1970, par un amateur nostalgique. Racheté grâce à l'appui de la Caisse d'épargne, mécène de la Fondation Belem qui entreprend sa restauration, il est ouvert au grand public : il est aujourd'hui reconverti dans le cabotage, offre des stages d'initiation et de découverte aux passionnés, sert entre autres et accessoirement à la Marine nationale pour l'entraînement de ses moussesArticle de la Fondation Belem, apparaît dans les grands rassemblements de vieux gréements traditionnels et est ouvert en tant que musée lors des escales.

En 2024, ce voilier de prestige transporte la flamme olympique d’Athènes à Marseille à l'occasion des Jeux olympiques de Paris.

Historique

Les débuts et le transport du cacao Le navire est lancé le , seulement sept mois après sa commande aux chantiers Dubigeon à Nantes par Fernand Crouan, de la Compagnie nantaise Denis Crouan et Fils, spécialisée dans le transport du cacao pour le compte des chocolateries Menier.. Portant le nom du comptoir commercial portugais de la compagnie et arborant sur sa proue la devise du nouvel État brésilien : Ordem e Progresso, il est affecté à la flotte des « Antillais » et peut transporter jusqu'à de fret.

Son premier voyage, sous les ordres du capitaine Lemerle, surnommé « le merle noir », est un demi-succès, un incendie à l'approche des côtes d'Amérique du Sud ayant causé la mort des que le bateau transporte de Montevideo (Uruguay) à Belém (Brésil). Cela lui vaut un retour précipité au chantier pour de lourdes réparationsLe Belem jubile pour la Queen sur le site liberation.fr (consulté le 3 juin 2012). Bon marcheur, ce voilier de petit tonnage, comparé à la flotte des voiliers cap-horniers de l'époque, n'effectue pas moins de jusqu'à sa retraite commerciale le ..

Ces campagnes se feront principalement en direction de Belém, port situé sur la rive sud du bras méridional de l'embouchure du fleuve Amazone. Mais le Belem connaît bien d'autres destinations, telles que Montevideo en Uruguay, ou la Martinique aux Antilles, d'où il échappera de peu à l'éruption de la montagne Pelée le . En effet, l'entrée du port de Saint-Pierre lui est refusée par manque de place, et il doit aller mouiller au Robert à l'autre bout de l'île, ce qui le sauve. C'est d'ailleurs le Belem qui secourt, avec le Suchet, les rares rescapés de la catastrophe. Une assiette récupérée dans les vestiges de Saint-Pierre est depuis exposée dans le bureau du commandant du navire. En 1907 et 1908, sa destination est la Guyane. Armé par Demange Frères il ravitaille Cayenne et son bagne.. Ces voyages n'étant pas rentables, il est cédé à la Société des armateurs coloniaux.

L'équipage est alors composé de seulement , dont les conditions de vie à bord sont rudes. En effet, il faut manier plus de de voiles. Le gréement est alors celui d'un trois-mâts barque dont le mât d’artimon, au lieu d’une brigantine et d’un flèche, porte une seule voile triangulaire afin de faciliter les manœuvres en équipage réduit, une configuration très rare à l’époque.. Mâts et espars sont en bois, cordages en chanvre et voiles en coton.

Navire de plaisance britannique thumb|Le Belem lors de son entrée dans le port de Bayonne (2006).|218x218px L'expansion des bateaux à vapeur, plus fiables et plus réguliers pour la navigation commerciale, rend le Belem obsolète. Le , il est racheté pour par Hugh Grosvenor, duc de Westminster à des fins de yachting. Le Belem entame une nouvelle vie en tant que luxueux navire de croisière. À cette époque, il est profondément transformé pour assurer le confort du propriétaire et de ses invités.

La cale est transformée en cabines confortables et l'on peut accéder, par un escalier à double révolution, à un salon vitré, décoré en acajou de Cuba et monté sur le pont. Ceci impose que les basses voiles, très puissantes auparavant, soient retaillées. Les bas-mâts sont changés pour des tubes d'acier. On le dote aussi de deux moteurs suédois Bolinder-Munktell de dont l'échappement se fait au travers du mât d'artimon, devenu creux. De ce fait, avec la réduction de moitié de la grand-voile et de la misaine, la traînée hydraulique provoquée par les deux grosses hélices quadripales de de diamètre et l'augmentation du fardage (salon de pont et dunette surélevés) obèrent lourdement ses très bonnes capacités nautiques à la voile. Il perd pratiquement deux nœuds de vitesse et ne remonte quasiment plus au vent. En contrepartie, il peut naviguer par tous les temps et manœuvrer seul dans tous les ports du monde, ce qui correspond bien aux attentes de son nouveau propriétaire.

Le beaupré, en acier depuis son origine, a été aussi raccourci, ramenant le centre de poussée vélique vers l'arrière et le rendant un peu plus ardent. Avec le gréement qu'il possède de nos jours, il ne peut pas porter toute sa brigantine aux allures de près sans le déséquilibrer, ce qui limite aussi la puissance de son gréement. Cependant, dépasser les de longueur hors tout pouvant avoir des conséquences financières importantes en termes de redevances portuaires, le rallongement de cet espar afin de porter un ou deux focs supplémentaires n'est pas envisageableConfidence d'un capitaine du Belem..

thumb|left|Le Belem au large de Belle-Île, en 2008. Le navire est racheté en 1921 et rebaptisé Fantôme II par Sir Arthur Ernest Guinness, un membre de la famille de l'industriel et brasseur irlandais du même nom. À dater de cette époque, le Belem navigue beaucoup. Cependant, même s'il fait le tour du monde par les canaux de Panama et de Suez en 1923, il n'a jamais passé le cap Horn. Ces voyages cessent en 1939, à l'orée de la Seconde Guerre mondiale. Le Belem trouve alors refuge à l'île de Wight, où il est épargné par les bombardements mais son gréement subit de grosses avaries. Il sert de base à une unité des Forces navales françaises libres. L'histoire entre le trois-mâts et Sir Ernest Guinness s'achève en 1949, à la mort de ce dernier.

Navire-école italien Le Belem appareille en 1952 pour Venise, où son nouvel acquéreur, le comte Vittorio Cini de la fondation Cini, en fait un navire-école. Il est rebaptisé une fois de plus : Giorgio Cini. Réarmé avec un dortoir dans l'entrepont, le gréement devient celui d'un trois-mâts goélette, plus facile à manœuvrer.

En 1972, l'Arme des Carabiniers italienne le rachète pour le chiffre symbolique d'une lire italienne, car elle souhaite se doter d'un navire-école. Il est remotorisé avec deux moteurs Fiat de mais sa nouvelle carrière fut courte. Le manque d'entretien pendant les années de guerre ne lui a pas laissé fière allure et, rapidement, il est jugé trop vétuste pour emmener des cadets en mer. Les chantiers navals de Venise le remettent plus ou moins en état de naviguer, le gréement est remonté comme à l'origine en trois-mâts barque (le grand mât reprend son phare carré).

En 1976 et toujours pour une lire symbolique, les militaires cèdent le trois-mâts à un chantier vénitien qui, après une toilette sommaire, le propose à la vente.

Retour sous pavillon français C'est par hasard qu'un passionné de gréements traditionnels, le docteur Luc-Olivier Gosse, le retrouve. Grâce à l'Association pour la sauvegarde et la conservation des anciens navires français (ASCANF), la Caisse d'épargne rachète le dernier grand voilier en acier françaisSi l'on excepte le trois-mâts Duchesse Anne qui devint français postérieurement à son lancement., afin de le ramener dans son pays d'origine. Le , le Belem arrive à Brest remorqué par un bâtiment de la Marine nationale, l'Éléphant. vignette|197x197px|Le commandant Jean Randier, responsable de la restauration du Belem. En 1980, le Belem est donné à la fondation Belem créée l'année précédente (et reconnue depuis d'utilité publique). Afin de sensibiliser l'opinion et de récolter des fonds pour sa réhabilitation, il est amarré à Paris, près de la tour Eiffel où il est en grande partie restauré. Pour financer les travaux, un musée payant est aménagé sur le bateau. Son gréement a été remis en état dans le souci de respecter l'aspect d'origine. On lui reproche cependant son beaupré trop courtOlivier Puget, Les Plus Beaux Voiliers du monde, Solar, 2006, ..

En 1984, le Belem est classé monument historique, moins de deux ans après l'autre grand voilier français, le Duchesse Anne qui, lui, ne navigue plus ; il est amarré au port de Dunkerque.

En 1986, il effectue son voyage inaugural à New York à l'occasion du centenaire de la statue de la Liberté.

Depuis le , le Belem a entamé une nouvelle vie de représentant de la marine à voile. Il prend à son bord des stagiaires de tous âges pour leur faire découvrir la navigation traditionnelle au moyen de stages de deux à dix jours. Outre l'équipage de (capitaine et cook compris), il peut emmener jusqu'à répartis en quatre groupes. Dans le cadre de la mission assignée à la Fondation BelemLa mission de la Fondation Belem, il fait ainsi du cabotage le long des côtes françaises et européennes et quelques voyages en Atlantique grâce au mécénat du Groupe Caisse d'épargne, qui soutient la fondation. Il participe aussi aux rassemblements internationaux de grands voiliers. Il est aussi ouvert aux visites à l'occasion de certaines escales entre mars et octobre. Les séjours participatifs et les visites comptent pour la moitié du budget annuel de la fondation Belem, de trois millions d'euros.

thumb|left|Le Belem vu de nuit à Rabat durant le festival « Mawazine » en 2009.

En 1996, il fait l'objet d'une exposition au musée national de la Marine à Paris, intitulée « Le temps des clippers, centenaire du Belem ».

En 2002, le voilier effectue un voyage transatlantique de Dakar à Belém, la ville qui lui a donné son nom. Il visite par la suite la Guyane, différentes îles des Antilles, puis fait son voyage retour via les Bermudes et les Açores. Le Belem fut ainsi présent aux cérémonies commémorant le centenaire de l’éruption de la montagne Pelée qui détruisit la ville de Saint-Pierre le , cette présence rappelant les circonstances qui avaient permis au Belem d'échapper à la catastrophe un siècle plus tôt.

En 2003, il fait l'objet d'une nouvelle exposition au musée national de la Marine, intitulée tout simplement « Le Belem ».

À partir de 2008, il a été affrété, comme l’Étoile de France et le Kathleen & May, par la Compagnie de transport maritime à la voile (CTMV)CTMV FairWindWay, ancienne compagnie maritime française spécialisée dans le transport maritime du vin et spiritueux en bouteille.

En 2008, le Belem quitte La Rochelle le pour faire son arrivée à Québec le , voyage commémorant le voyage de Samuel de Champlain en 1608 et faisant partie intégrante des festivités entourant le de la ville de QuébecJulie Lemieux, « Fêtes privées sur le Belem », Le Soleil (Québec), 18 mars 2008, ..