La Haine est un film dramatique français en noir et blanc écrit et réalisé par Mathieu Kassovitz, sorti en 1995.
L'histoire commence juste après une nuit d'émeutes opposant des jeunes d'une cité à la police dans la banlieue parisienne. Ces émeutes sont consécutives à la bavure d'un inspecteur de police sur Abdel Ichaha, un habitant du quartier.
Le film suit les péripéties de 3 protagonistes, Vinz (Vincent Cassel), Saïd (Saïd Taghmaoui) et Hubert (Hubert Koundé), d'un matin au jour suivant d'abord depuis la cité puis partant à Paris pour la soirée.
Le réalisateur Mathieu Kassovitz commence l'écriture du scénario le , en s'inspirant de l'affaire Makomé M'Bowolé. Il est soutenu par les productions Lazennec et en particulier par Christophe Rossignon. Le tournage a lieu de septembre à , principalement dans la cité de la Noë de Chanteloup-les-Vignes.
Le film est projeté la première fois lors du festival de Cannes 1995, où il remporte le prix de la mise en scène, puis sort en salles le , réalisant deux millions d'entrées en France. Il sort ensuite dans plusieurs pays en version sous-titrée. Nommé onze fois aux César en 1996, La Haine y obtient trois récompenses, notamment le César du meilleur film.
Les critiques de la presse et du public sont très largement positives dès la sortie du film. Cependant, quelques controverses se dégagent chez les journalistes, le public et les universitaires : d'abord, l'appropriation de la culture des cités est reprochée à Mathieu Kassovitz. De plus, le point de vue du film sur les violences policières, sujet à plusieurs remarques contradictoires du réalisateur, ne permet pas le consensus, en particulier auprès des policiers eux-mêmes.
La Haine est un film culte du cinéma français et contribue à lancer les carrières de Mathieu Kassovitz et de Vincent Cassel.
Synopsis alt=Vue aérienne de la gare de Chanteloup-les-Vignes, surplombée par des barres de HLM|vignette|Gare de Chanteloup-les-Vignes, où se déroule la moitié du film. Le récit se déroule au lendemain d'une nuit d'émeutes opposant des jeunes à la police, dans la cité des Muguets à Chanteloup-les-Vignes, en région parisienne. Ces émeutes sont consécutives à la tentative d'assassinat commise par un inspecteur du commissariat qui a provoqué la mise en coma d'un jeune résident de la cité, Abdel Ichaha, lors d'une garde à vue. Pendant les émeutes, un policier perd son revolver.
On suit sur une journée les péripéties de trois jeunes amis d'Abdel : Vinz, jeune juif, au tempérament agressif, qui souhaite venger Abdel ; Hubert, jeune homme noir pacifiste qui ne pense qu'à quitter la cité pour une vie meilleure et se refuse à provoquer la police, et Saïd, jeune d'origine maghrébine, qui tient un rôle de médiateur entre Vinz et Hubert.
Vinz révèle à ses compagnons qu'il a trouvé le revolver perdu par le policier. Il s'agit d'un Smith & Wesson 44 Magnum dont il compte faire usage pour tuer un policier si Abdel ne sort pas du coma. Hubert exprime sa désapprobation. L'utilisation du revolver est un leitmotiv : Vinz le garde en permanence dans sa poche de pantalon, le dégainant à tout-va, s'attirant constamment les remontrances d'Hubert.
Les jeunes gens passent voir Abdel à l'hôpital, mais les policiers qui gardent la chambre refusent de les laisser voir leur ami : leurs protestations valent une courte arrestation à Saïd, qui est presque immédiatement relâché. alt=Vue aérienne des voies de la gare de Paris Saint-Lazare |gauche|vignette|Gare Saint-Lazare, où les protagonistes ratent le dernier train de banlieue et se retrouvent bloqués à Paris pour la nuit. Les pérégrinations du trio les mènent à Paris, d'abord dans des toilettes publiques où ils rencontrent un vieil homme, juif polonais, qui leur raconte un épisode de la vie dans un ghetto. Ils passent ensuite chez un certain Astérix, qui doit de l'argent à Saïd, mais la visite se termine par un affrontement violent. Dans la rue, des policiers interpellent les trois jeunes, et Hubert et Saïd sont emmenés en garde à vue et violemment malmenés, tandis que Vinz parvient à s'échapper avec son revolver. De retour à la gare Saint-Lazare, ils ratent de justesse le dernier train. Pour s'occuper, ils assistent à un vernissage dans une galerie d'art, d'où ils sont renvoyés pour avoir harcelé deux visiteuses. Plus tard, ils essaient de voler une voiture pour rentrer chez eux après avoir été refusés par un chauffeur de taxi.
Saïd et Hubert sont ensuite pris à partie par un groupe de skinheads, qui les menacent puis les frappent. Vinz intervient alors et sort son arme, qu'il pointe sur le leader des skinheads. Terrorisés, les autres s'échappent, tandis que Vinz tient en respect avec son revolver le seul skinhead restant. Hubert provoque Vinz, l'encourageant à tirer. Sous la pression, Vinz craque puis renonce à le tuer. En son absence, Saïd enjoint au skinhead à s'enfuir. De retour dans leur cité, Vinz cède son arme à Hubert. Désarmé, il est pris à partie par deux officiers de police en civil, agressifs sans motif clair. L'un d'entre eux, essayant d'intimider Vinz avec son arme, l'exécute involontairement d'un tir en plein visage. Le film s'achève sur un plan d'Hubert et du policier se tenant mutuellement en joue puis sur un gros plan de Saïd qui ferme les yeux et un coup de feu hors-champ. La fin du film est ouverte : on ne sait pas lequel des deux hommes, Hubert ou le policier, a tiré.
Fiche technique
Titre original et québécois : La Haine . Réalisation et scénario : Mathieu Kassovitz Musique : Assassin Décors : Giuseppe Ponturo Costumes : Virginie Montel Photographie : Pierre Aïm Son : Vincent Tulli, Dominique Dalmasso Montage : Mathieu Kassovitz et Scott Stevenson Production : Christophe Rossignon Production exécutive : Gilles Sacuto Production associée : Alain Rocca et Adeline Lecallier Sociétés de production . : France : Les Productions Lazennec, Le Studio Canal+, La Sept Cinéma, Kasso Inc. Productions et Studio Cofinergie 6, avec la participation de Canal+, avec le soutien de Cofimage 6 et Studio Image États-Unis : PolyGram Filmed Entertainment et Egg Pictures Sociétés de distribution : MKL Distribution (France) ; Gramercy Pictures (États-Unis) Budget : . Pays de production : Langue originale : français Format . : Noir et blanc - 35 mm - 1,85:1 (Panavision) - son Dolby Digital Genre : drame, policier Durée : Dates de sortie : France : (Festival de Cannes) ; (sortie nationale) ; (réédition) Belgique : (sortie nationale) ; (Festival International du Film de Bruxelles) Québec : . États-Unis : Classification . : France: tous publics avec avertissement. États-Unis : non classé () Belgique : potentiellement préjudiciable jusqu'à (12 - )Classification Belge : . Québec : et plus - violence ()
Distribution
Vincent Cassel : Vinz Hubert Koundé : Hubert Saïd Taghmaoui : Saïd Karim Belkhadra : Samir Marc Duret : l'inspecteur « Notre Dame » Choukri Gabteni : Nordine, le frère de Saïd Solo : Santo Benoît Magimel : Benoît Édouard Montoute : Darty François Levantal : Astérix Héloïse Rauth : Sarah Félicité Wouassi : la mère d'Hubert Nabil Ben Mhamed : le garçon qui raconte l'histoire de la caméra cachée Cut Killer : le disc-jockey Virginie Montel : la mendiante dans le métro Julie Mauduech : une fille dans la galerie d'art Karin Viard : une fille dans la galerie d'art Vincent Lindon : l'homme saoul Christophe Rossignon : le chauffeur de taxi Mathieu Kassovitz : le skinhead néonazi qui se fait tabasser Andrée Damant : la concierge Philippe Nahon : le chef de la police François Toumarkine : l'agent de police à l'hôpital Zinedine Soualem : l'agent de police maltraitant Saïd et Hubert Bernie Bonvoisin : l'assistant du policier maltraitant Saïd et Hubert Peter Kassovitz : le patron de la galerie d'art Tadek Lokcinski : Le vieux juif polonais dans les toilettes.
Personnages Le trio principal du film est composé de jeunes originaires de la même banlieue : Vinz, Hubert et Saïd. Leur amitié peut être considérée comme un symbole de l'ensemble des situations possibles pour des jeunes de banlieue mal famée : un Noir de confession chrétienne, un Juif, et un maghrébin de confession musulmane. Pourtant, leur quartier d'origine a plus d'incidence sur leur vie que leur appartenance communautaire : Kassovitz affirme avoir voulu montrer qu'il ne s'agissait pas d'un conflit ethnique mais d'un rapport de forces entre la jeunesse et la police.. Vinz, juif, qui vit avec sa mère, sa sœur et sa grand-mère dans un appartement minuscule. Il est plus agressif que ses deux camarades, verbalement et physiquement, et ne réfléchit pas avant d'agir. C'est lui qui trouve le revolver perdu par un policier dans son quartier, et il le garde en sa possession pendant l'essentiel du film. Il veut se donner une image de gangster et affirme pendant tout le film qu'il tuera un policier pour venger son ami blessé à mort dans un commissariat, sans finalement passer à l'acte. Hubert, noir chrétien d'origine béninoise. qui vit avec sa mère et sa sœur. Il se passionne pour la boxe et a tenté d'ouvrir une salle de sport pour les jeunes de son quartier. Pacifiste, il gère un petit trafic de drogue pour soutenir les dépenses de sa mère et il a décoré sa chambre de posters de sportifs noirs célèbres. Il souhaite quitter la banlieue et a un frère en prison. Saïd, musulman d'origine maghrébine, et ami de Vinz et Hubert. Il est boute-en-train, toujours prêt à raconter une blague à ses amis, et doit adopter une attitude de médiateur entre Vinz et Hubert à de nombreuses reprises pendant le film. Peu respectueux envers les femmes, il ne supporte cependant pas qu'on fasse mention de sa sœur. Il est victime plusieurs fois de remarques ou d'actes racistes dans le film, et résume plus tard la situation par la phrase : .
D'autres personnages récurrents sont : Nordine, le frère aîné de Saïd. Quand les policiers ordonnent aux jeunes de quitter le toit, ils n'obéissent pas, mais ils obtempèrent quand Nordine leur en donne l'ordre pour éviter le conflit avec les forces de l'ordre. Samir, un policier originaire du quartier qui essaie de faire comprendre au trio que la police est aussi là pour protéger les jeunes et leur montrer le droit chemin. Il représente une image plus positive de la police que le reste des personnages policiers, voire un modèle pour les jeunes générations. Notre-Dame, un agent de police qui intervient rapidement en début de film et tue accidentellement Vinz à la fin du film. Les journalistes sont présents en début de film et montrés comme rejetés par les habitants du quartier : Hubert lance quand la presse vient faire un reportage sur les émeutes. Les personnages féminins, quant à eux, sont stéréotypés : soit les femmes sont des objets de séduction, comme à la galerie d'art, soit elles sont reléguées aux tâches ménagères, comme les mères des protagonistes. Quant à leurs sœurs, elles sont protégées presque contre leur gré par Saïd, Hubert et Vinz.
Production Développement alt=Mathieu Kassovitz souriant|vignette|Mathieu Kassovitz au festival de Cannes en 2008. Kassovitz décide de réaliser le film La Haine le , en s'inspirant de l'affaire Makomé M'Bowolé, Zaïrois de tué d'une balle dans la tête par un policier lors de sa garde à vue dans le de Paris en 1993Mathieu Kassovitz : , Univers Ciné.. Il se rend à une manifestation d'hommage le jour même, et est malmené par des CRS qui tentent de disperser les manifestants. De retour chez lui, il contacte immédiatement son producteur, Christophe Rossignon, et lui dit qu'il veut tourner un film inspiré de l'événement avant de réfléchir au prochain film sur lequel il est censé travailler, Assassin(s)Commentaire audio du film La Haine par Mathieu Kassovitz, sur la Criterion Collection (États-Unis) de 2007.. Si le moteur de la création du film est ce fait divers, l'histoire s'en inspire peu... Le film Z de Costa-Gavras est un des fondements de La Haine pour l'écriture du film.