La légion est l'unité de base de l'armée romaine de l'époque de la Rome antique jusqu'à la fin de l'Empire romain.

Durant douze siècles (de 753 à 476 ap. J.-C. ), les effectifs et la composition des légions romaines ont beaucoup varié. Ces modifications ne concernent pas que les légions composées de légionnaires mais également les auxiliaires, les cohortes prétoriennes, les cohortes urbaines et la marine romaine.

Grâce à ses très nombreux succès militaires, que ce soit sous la royauté, la république ou l'empire, la légion a longtemps été considérée comme un modèle à suivre en matière d'efficacité et de potentiel en termes de tactique militaire.

Historique

Époque royale

Prémices de l'époque royale vignette|upright=1.1|Casque typique de l'époque de la royauté romaine, provenant du musée Guarnacci à Volterra.

Selon la légende, Romulus aurait créé la légion romaine en se servant comme modèle de la phalange grecqueTite-Live, Histoire romaine: livre VIII, paragraphe 8, 3.. Il commença par diviser la population apte aux armes en contingents militaires. Chaque contingent militaire était formé de et choisis parmi la population. Il donna à ces contingents militaires le nom de légionPlutarque, Vie de Romulus, paragraphe 13, 1 ; Jean Zonaras, Histoire romaine, paragraphe 7, 5..

Les () et 300 cavaliers () étaient enrôlés parmi les trois tribus ( et dans chaque tribu) qui formaient la population primitive de RomeDictionnaire de Ch. Daremberg et E. Saglio (1877). : les Ramnes (qui tirent leurs noms de Romulus), les (de Titus Tatius) et les . À l'époque monarchique, les légions étaient composées de citoyens romains dont l'âge était compris entre , et qui pouvaient payer le coût de leur armementTite-Live, Histoire romaine: livre I, paragraphe 13..

La légion est disposée en trois lignes dans le style des phalanges traditionnellesTite-Live, Histoire romaine : livre IV, paragraphe 59-60; livre VIII, paragraphe 8, 3., avec la cavalerie sur les flancs. Chaque ligne de était commandée par un tribun militaire, tandis que les escadrons de cavalerie dépendaient du tribun celeres. Le roi assumait le commandement de toute l'armée. Il avait aussi le devoir de dissoudre l'armée à la fin d'une campagneSmith, William A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, John Murray, London, 1875 - voce Tribunus.

Sur la base des découvertes archéologiques récentes, on a constaté que la première armée romaine, celle de l'époque de Romulus, était constituée par des fantassins qui avaient adopté la manière de combattre et l'armement de la culture de Villanova des voisins étrusques. Les guerriers se battaient pour la plupart à pied, avec des lances, des javelots et des épées (les lames étaient généralement en bronze et, en de rares cas, en fer) d'une longueur variant de 33 à P. Connolly, Greece and Rome at war, 91.), des poignards (avec des lames de longueur comprise entre 25 et P. Connolly, Greece and Rome at war, 92.) et des haches. Seuls les plus riches pouvaient se permettre une armure composée d'un casque et d'une cuirasse ; les autres se contentaient d'une petite protection rectangulaire sur la poitrine, devant le cœur, de dimensions d'environ 15 à P. Connolly, Greece and Rome at war, 93.. Les boucliers étaient de dimensions variables, souvent comprises entre 50 et P. Connolly, Greece and Rome at war, 94.) et de forme généralement ronde. Ils étaient appelés mais cette appellation fut délaissée, selon Tite-Live, à la fin du avant notre ère. Plutarque raconte qu'une fois les Romains et les Sabins réunis, Romulus introduisit les boucliers de type sabin, en abandonnant le précédent bouclier de type argos et en modifiant les précédentes armuresPlutarque, Vie de Romulus, paragraphe 21, 1..

Lorsque Rome s'agrandit et que les Romains s'unirent aux Sabins, Romulus décida de doubler l'effectif des troupes romaines ( et )Plutarque, Vie de Romulus, paragraphe 20, 1–3..

Romulus semble avoir constitué une garde personnelle de trois cents cavaliers appelée Tite-Live, Histoire romaine : livre I, paragraphe 15.. Elle fut supprimée par Numa PompiliusPlutarque, Vie de Numa, paragraphe 7, 8; Jean Zonaras, Histoire romaine, paragraphe 7, 5.. C'est en , sous Auguste, que ces soldats seront réorganisés en "cohorte prétorienne" .

La réforme de Tarquin l'Ancien

La réforme de Tarquin l'Ancien, cinquième roi de Rome, concerna seulement la classe des cavaliers. Le roi décida de doubler le nombre de cavaliers en ajoutant, au-delà des , des et des , d'autres centuries auxquelles il donna un nom différentTite-Live, Histoire romaine : livre I, paragraphe 36, 2.. Les trois nouvelles centuries furent qualifiées de Tite-Live, Histoire romaine : livre I, paragraphe 36, 6-8. ou Festus Grammaticus, .. À l'époque de Tarquin l'Ancien, les étaient constitués de . La réforme institua aussi l'habillement que devaient avoir les fils des cavaliers afin de les démarquer des citoyens ordinaires : il leur fut accordé le droit de mettre la toge prétexteMacrobe, Saturnales : livre I, paragraphe 6, 11-12.. Avec cette réforme, Tarquin l'Ancien voulait récréer les , projet auquel Attus Navius s'opposa. Le roi décida de contourner l'opposition d'Attus Navius en augmentant le nombre d' au lieu de créer un corps spécial de cavaliers comme au temps de Romulus.

La réforme de Servius Tullius

À l'époque monarchique fut effectuée, selon la tradition par Servius Tullius, sixième roi de Rome, une réforme monétaire qui divisa l'ensemble de la population romaine en cinq classes de revenus (six classes selon certaines sourcesDenys d'Halicarnasse, Antiquité romaine : livre IV, paragraphe 18, 1-3.). Ces classes furent à leur tour divisées en trois catégoriesAulu-Gelle, Nuits attiques : livre X, paragraphe 28, 1. : (plus de ), (entre : les plus susceptibles de se battre) et (âgés de moins de 17 ans) ; les individus qui se situaient dans la première classe, et qui étaient donc les plus riches pouvaient se permettre l'achat d'équipement (le coût de la taxe sur les armes étant établi sur la base du censDenys d'Halicarnasse, Antiquité romaine : livre IV, paragraphe 19, 1-2.) d'un légionnaire, pendant que les classes inférieures avaient un armement de plus en plus léger. L'armée servienne avait besoin d'être formée par deux légions (une pour la défense de la ville et l'autre utilisée pour des campagnes militaires à l'extérieurP. Connolly, Greece and Rome at war, .), soit un total de 193 centuries : La première classe était composée de quatre-vingts centuries d'infanterie, les membres de cette classe devaient avoir un revenu de plus de Elle était composée de quarante centuries de et de quarante centuries de . Les avaient la tâche de vérifier que personne ne s'attaque à la ville et de la défendre si cela s'avérait nécessaire (quand les étaient en explorationDenys d'Halicarnasse, Antiquité romaine : livre IV, paragraphe 16, 2-5.). Les quant à eux devaient faire l'exploration et le combat à l'extérieur des villesTite-Live, Histoire romaine : livre I, paragraphe 43, 1-7.. Dans le cas d'une guerre, la première classe bénéficiait d'un respect plus important que les autres classesDenys d'Halicarnasse, Antiquité romaine : livre IV, paragraphe 17, 1-4.. Cette classe était équipée d'un armement lourd constitué d'un casque, d'un bouclier rond (), d'une paire de cnémides et d'une armure en bronze. Leurs armes étaient le javelot, le et l'épée. À la première classe, Servius Tullius décida d'ajouter dix-huit centuries d' constituées dans la même classe que celle des centurions illustres et créée à partir des douze centuries auxquelles il faut ajouter six autres centuries (sur ce point les avis sur la création de cette unité divergent, certains pensent que c'est Servius Tullius qui la créaTite-Live, Histoire romaine : livre I, paragraphe 43, 8-10., d'autres pensent que la création date d'un de Tarquin l'AncienFestus Grammaticus, De verborum significatu, sex suffragia(452) ; Cicéron, De re pubblica : livre II, paragraphe 22, 39-40.). Les centuries de cette classe bénéficiaient d'un cheval pour un coût de pour l'État romain et les veuves devaient payer l'entretien des equites pour un coût de pour chaque centurie et chaque année. Le coût a ensuite été transmis aux classes les plus riches. La première classe avait deux centuries de « réserve » (une de et une de car ils occupaient des catégories précises dans la classe). Elles n'étaient d'ailleurs pas armées. C'étaient des forgerons, des armuriers ou encore des ouvriers préposés à la guerre qui avaient par exemple le devoir de transporter les machines de guerre. D'autres sources mentionnent ces catégories comme faisant partie de la seconde classe.

La légion de la République

Lors des guerres puniques l'armée est réorganisée en manipules : la légion est alors composée de 30 manipules, chaque manipule comprend deux centuries, mais les centuries comprennent désormais , soit au total . Ces forces sont divisées en trois rangs légionnaires et les troupes légères : au en ordre de bataille, on trouve les — les plus jeunes, qui encaissent le choc, — au deuxième rang les — d'âge mûr, — et au les — les plus âgés, — et entre ces rangs ou au-devant pour les escarmouches s'intercalent les vélites — infanterie légère, plus pauvres, . À chaque légion est adjointe une unité de cavalerie de 10 turmes de 3 décuries, soit (, soit , pour les légions de , les « alliés »). De plus, un cinquième de l'infanterie et un tiers de la cavalerie alliée formaient une réserve spéciale, les , sous le commandement direct des Consuls.

La légion à la fin de la République

À la fin du , Marius transforme l'armée romaine en armée de métier. La légion comporte alors 10 cohortes de 3 manipules (un manipule de chaque rang : , , ) et 2 centuries par manipule (centurie de 100 h), soit un effectif théorique d'environ (chiffre vraisemblablement rarement atteint). Des troupes légères renforcent la légion, comme les qui remplacent les disparus, ou encore des éclaireurs ( ou ). Cependant, l'équipement n'étant plus payé par le légionnaire, mais fourni par le consul qui levait la légion, il se standardise et devient le même pour les trois rangs ; de plus, les légionnaires étant à cette époque des engagés volontaires, il n'y a plus non plus de différence d'âge entre les centuries, qui sont homogènes et de même valeur. Sous ce siècle, on comptait .

La légion sous le Haut-Empire Durant le Haut-Empire l'effectif global de l'armée romaine est de 33 légions à partir de Septime Sévère (qui crée les I, II et III Parthica), soit entre . L'immense majorité des légions est cantonnée aux frontières, suivant ainsi le système de défense augustéen. Seule la , isolée en Tarraconaise, et la II Parthica à Albe, en Italie, qui constituent ensemble les seules réserves stratégiques de l'Empire, échappent à cette règle. La légion se compose toujours de 10 cohortes de 3 manipules (, , ) de (de . La première cohorte voit ses effectifs doubler à partir de l'empereur Vespasien. La légion comprend également divers corps comme les , ainsi qu'une cavalerie légionnaire.

Sous le Principat d'Auguste, chaque citoyen était censé accomplir un certain nombre de campagnes, Auguste fixa le nombre d'années de service à douze dans les cohortes prétoriennes et à seize dans les légions. Surtout, il réglementa les procédures de démobilisation en prévoyant une prime de retraite pour les soldats qui avaient achevé leur temps de service. Désormais, le terme de vétéran correspondait à un statut bien défini : il s'agissait du soldat démobilisé détenteur d'un certain nombre de droits et de privilègesPierre Cosme, Auguste, ..

La légion sous le Bas-Empire Sous le Bas-Empire, les effectifs évoluent.