Les camps de concentration britanniques en Afrique du Sud furent construits durant la seconde guerre des Boers (1899-1902) par l'armée impériale britannique afin d'y interner d'abord les populations civiles boers ainsi que les populations noires vivant principalement sur les territoires du Transvaal et de l'État libre d'Orange.

Sur près de et enfants boers internés dans , y moururent, victimes de conditions de vie effroyables, aggravées par des épidémies de rougeole et de typhus.

Dans des camps séparés furent également internés plus de , hommes et enfants noirs qui avaient travaillé sur les fermes des Boers en tant que domestiques, journaliers, ouvriers agricoles, ou bien avaient été faits prisonniers sur les champs de bataille. Entre et civils noirs y périrent.

Contexte Seconde guerre des Boers

vignette|gauche|La carte politique de la région au début de la seconde guerre des Boers : la République sud-africaine du Transvaal (vert), l'État libre d'Orange (orange), la colonie du Cap (bleu), et le Natal (rouge).

La seconde guerre des Boers désigne le second conflit intervenu en Afrique du Sud du au , entre les Britanniques et les habitants des deux républiques boers indépendantes (État libre d'Orange et la République sud-africaine du Transvaal). Il s'agit d'une guerre coloniale, visant à obliger ces deux républiques à réintégrer l'Empire britannique. Les républiques boers perdent la guerre, mais obtiennent de très importantes concessions de la part des Britanniques aux dépens des populations africaines noires et des personnes dites . Les populations africaines ayant pris part au conflit pour soutenir les Britanniques n'obtiennent ni droit de retour aux terres dont elles ont été expropriées ni droits individuels d'hommes libres égaux à ceux des Blancs, cf. p. 375-378. Du côté de l'Empire britannique, près d'un demi-million de soldats sont engagés dans le conflit, cf. p. 363. Les soldats sont d'origines diverses. Il y a d'une part les sujets britanniques des colonies du Cap et du Natal (les hommes de langue afrikaans n'ont pas été enrôlés), d'autre part les soldats britanniques envoyés en renfort depuis la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Par ailleurs, les troupes impériales ont engagé près de armés parmi les Noirs d'Afrique du Sud, engagés à des postes subalternes et particulièrement exposés (gardes, éclaireurs, espions, coursiers), cf. p. 376. Enfin, des populations africaines indigènes participent également de manière indépendante et prêtent main-forte au camp britannique, notamment lors du siège de Mafeking.

Les Boers constituent une armée de milice. Ils sont organisés en kommandos très mobiles. Bien que numériquement très inférieurs, jamais plus de engagés sur le terrain, ils infligent de lourdes défaites aux troupes impériales et assiègent les villes de Makefing, Kimberley et Ladysmith pendant de longs mois. Malgré cela, les kommandos boers peinent à convertir leur avantage tactique en gains territoriaux. Dès l'automne 1900, la situation militaire des Boers devient désespérée. Ils s'engagent alors dans une guerre de guérilla qui propage le conflit sur de très vastes zones. De nombreux combattants désertent leur commando, cf. p. 361-366.

Politique de la terre brûlée La dernière phase du conflit - celle de la guérilla - propage le conflit sur de très vastes zones. Lord Kitchener décide de reconquérir le territoire par une politique systématique de la terre brûlée, cf. p. 365. Près de boers sont détruites, les maisons rasées. L'armée britannique fait plus de prisonniers de guerre, qu'elle envoie dans des camps de détention qu'elle fait construire dans différentes parties de l'Empire (aux Bermudes, à Saint-Hélène, en Inde et au Sri Lanka), cf. p. 367-370.

vignette|droite|Ferme boer brûlée par les forces britanniques en application de la politique de la terre brûlée, seconde guerre des Boers, 1899-1902. La politique de la terre brûlée vise dans un premier temps à décourager les kommandos boers de se livrer à des actes de sabotage contre les lignes de communication et de ravitaillement britanniques, en particulier les lignes de chemins de fer. Le , le commandant en chef Lord Roberts décide que, en cas de destruction d'un bien public, les maisons et les fermes situées à proximité immédiate seront brûlées et les notables résidant dans le secteur emprisonnés. Les premiers à faire les frais de cette politique sont les membres de la famille du général Christiaan de Wet, dont la ferme familiale à Roodport est dynamitée le à la suite de l'attaque de son kommando contre la gare de Roodewal le .

Dès cependant, et plus encore en octobre et , le nombre de fermes incendiées et de récoltes saccagées augmente considérablement ; ce ne sont plus seulement les fermes des saboteurs qui sont visées. Les fermes incendiées le sont de plus en plus souvent à la suite d'ordres arbitraires émanant de la hiérarchie militaire, assez souvent par Lord Roberts lui-même. Les habitations et les villages des serviteurs et des travailleurs agricoles africains ne sont pas non plus épargnées, on veut s'assurer que les populations autochtones ne viennent pas en aide aux kommandos. En , Lord Kitchener détache britanniques dans le Transvaal oriental avec une double mission : débusquer le général Louis Botha et ses kommandos et débarrasser la région entière de toute présence humaine, animale, ainsi que de toute ressource alimentaire. Les soldats ne parviennent pas à brûler les récoltes en raison de la pluie qui a détrempé les champs ; ils ont recours à des troupeaux de bœufs pour les piétiner et les détruire. Conduite par Botha, la population se réfugie au Swaziland, échappant ainsi aux troupes britanniques.

La paix n'est signée que le . Dans l'intervalle, l'armée britannique poursuit sa politique de la terre brûlée, laissant des milliers d'hommes et de femmes d'origine boer ou indigène entièrement à sa merci, privés de logement, sans aucun moyen de subsistance, leurs récoltes détruites, leur bétail abattu ou confisqué. Il semble par ailleurs assez probable qu'un certain nombre de femmes et de jeunes filles aient subi des violences sexuelles de la part de soldats britanniques lorsque ces derniers se sont emparés de leurs fermes. Il existe des témoignages historiques en ce sens, mais il est très difficile de savoir si ces violences étaient systématiques ou constituaient plutôt des cas isolés, en raison du très fort tabou que constituait ce type d'évènement dans la culture boer.

Politique d'internement de la population vignette|gauche|upright=1.2|Tentes du camp d'internement de Bloemfontein. Le , un mémorandum britannique légalise la mise en place de camps d'internement. Ces camps sont parfois appelés camps de concentration par l'administration britanniquecf. p. 67-68. Dans l'immense majorité des cas, ces camps sont des camps de tentes, comme à Bloemfontein.

L'établissement de ces camps fait partie de la stratégie anti-guérilla de l'armée britannique. Les combattants boers se voient offrir le choix suivant :

soit déserter leur kommando, livrer leurs armes, prêter serment de neutralité et rejoindre un camp d'internement avec leur famille ; soit continuer le combat et risquer de tout perdre : voir leur ferme confisquée ou brûlée, être eux-mêmes envoyés outre-mer dans un camp de prisonniers de guerre si pris les armes à la main.

En leur proposant ce marché, les Britanniques espèrent hâter la fin de la guerre. L'armée boer est une armée de milice et chaque citoyen (burgher) a l'obligation de combattre dans un kommando. L'offre britannique offre ainsi une certaine protection aux combattants boers désireux de déserter. Car si les troupes impériales ont annexé depuis quelques mois les deux républiques boers, elles sont très loin d'occuper l'entièreté du terrain, ce qui expose tout déserteur au risque de ré-embrigadement forcé par les kommandos boers. vignette|Jeunes garçons dans un camp pour les Noirs près de Mafeking, 1901. Fin , des négociations ont lieu à Middlebourg entre Louis Botha, commandant-général des armées du Transvaal et Lord Kitchener. Kitchener essaie d'obtenir de Botha que ses kommandos épargnent les Boers neutres ou ralliés aux troupes britanniques en échange du même traitement des familles des rebelles républicains. Botha refuse le marché et Kitchener prend la décision d'étendre et de systématiser la politique d'internement des femmes et des enfants boers. Il fait établir pour la population boer une cinquantaine de camps d'internement. Il établit également de tels camps pour les populations noires déplacées par les ravages de la guerre, souvent à proximité immédiate des camps destinés aux boers.

Le but de cette politique d'internement est de contrôler en les concentrant dans des camps les familles des combattants boers tombées entre les mains de l'armée britannique. Cette politique d'internement est le deuxième volet de la politique de la terre brûlée. En privant la population de ses moyens de subsistance, il s'agit de priver les kommandos boers de toute base arrière et de contraindre leurs familles à quitter leurs terres et leurs villages et avoir pour seule perspective de survie l'internement dans les camps mis sur pied par l'armée britannique. Le camp de Bloemfontein est l'un des premiers à être créés, cf. p. 367-376 367-370cf. p. VERIFIER pages.

Circulaire aux officiers : « Il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour arrêter cette guérilla. Après sa réussite à petite échelle, il nous a été suggéré de déplacer tous les hommes, les femmes, les enfants et les indigènes des districts que l’ennemi occupe. […] Les femmes et les enfants devront être gardés près des voies de chemin de fer pour être ravitaillés. […] On doit expliquer à ceux qui se rendront volontairement qu’ils seront autorisés à vivre avec leurs familles dans le camp jusqu’à ce qu’il soit sûr pour eux de retourner dans leurs maisonsSpies, op. cit., p. 183. https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah-2008-2-page-101.htm#. vignette|upright=1.4|Enfants boers et leur nourrice noire dans un camp en 1899. En , Joseph Chamberlain, secrétaire d’État aux colonies, publie les chiffres officiels du nombre de personnes civiles internées : toute origine confondue, il y a alors au total internées, dont au Transvaal, dans l’État libre d'Orange et dans le Natal. Les personnes internées au Natal ont été transférées depuis le Transvaal afin de décharger les camps surpeuplés de cette région. Réfugiés ou prisonniers de guerre ? Durant toute la guerre et même après, l'administration britannique coloniale persiste à parler de « camps de réfugiés » () au sujet de ses camps d'internement. En métropole, les politiciens reprennent eux aussi cette dénomination trompeuse ; ils décrivent les résidents des camps comme des civils ayant choisi de se rendre librement dans ces camps afin d'y chercher protection, cf. p. 403. On n'hésite pas à présenter la politique d'internement comme relevant d'une généreuse assistance apportées par l'armée britannique aux familles de ceux qui sont en guerre contre elle.

Cependant, les camps d'internement britanniques ne sont pas à proprement parler des prisons. Leur population n'y est pas soumise à un régime carcéral. Les frontières des camps sont poreuses, les contacts (y compris commerciaux) entre les camps et l'extérieur sont nombreux. De nombreuses personnes sortent pour rendre visite à des membres de leur famille qui se trouvent dans d'autres camps ou pour trouver du travail dans les villes voisines. La population n'est pas soumise au travail forcé. Surtout, elle n'est pas soumise à des traitements visant à son extermination.

Précédents historiques