thumb|upright|Boulet tiré lors du siège franco-turc de 1543. Catherine Ségurane (en niçois Catarina Segurana, en italien Caterina Segurana), est une héroïne niçoise qui vécut au et s'illustra lors du siège de Nice de 1543. Elle est décrite comme une lavandière qui, le , alors qu'elle défend le bastion Sincaïre, arrache un drapeau ottoman à l'un des soldats ennemis après l'avoir assommé ou tué avec son battoir à linge, galvanisant la résistance niçoise aux troupes franco-turques qui tentent de prendre la ville.

Hors de la question de son existence ou de son caractère légendaire, sujet à débats, sa figure devient un symbole de courage et de résistance des Niçois. Elle inspire grand nombre d'œuvres picturales, littéraires et musicales, notamment au . Figure emblématique du Pays niçois, elle est l'expression d'un fort sentiment patriotique et identitaire, .

Le personnage En dehors de l'épisode du siège de Nice, aucun document n'existe sur Catherine Ségurane. Elle est vraisemblablement une « bugadiera » (ou lavandière) vivant à Nice au , et serait fille de pêcheurHenri Costamagna, Michel Derlange, Les Niçois dans l'histoire, coll. « Les Hommes dans l'histoire », Privat, 1988, Notes d'Octave Justice pour sa conférence consacrée à Catherine Ségurane et donnée à l'Athénée, le 23 janvier 1901, reproduites dans Nice-Historique, , , . Sa date de naissance reste mystérieuse. Jean-Baptiste Toselli penche pour le « commencement du »Jean-Baptiste Toselli, Biographie niçoise ancienne et moderne, tome second, Impr. de la Société typographique, 1860, .. L'historien du Louis Durante indique qu'elle est née en 1506 « de parents obscurs, vivant de leur travail »Louis Durante, Histoire de Nice, vol. 2, .. Aucun document connu ne soutient cette affirmation.

Décrite comme femme du peuple« Rue, passage Catherine Ségurane » in et fille des faubourgs, elle est surnommée MaufacciaLe terme Maufaccia signifie en niçois laide, difforme (Louis Durante, Histoire de Nice). ou Maufacha, installant l'idée qu'elle était plutôt laide. Rien ne l'affirme : ce surnom pourrait simplement provenir de ses airs plus virils que féminins et de son caractère impétueux.

L'histoire

thumb|upright|Gravure d'Emmanuel Costa (vers 1880). Le , le château de Nice et la ville sont sous le feu de cent-vingt galères franco-turques, placées sous le commandement de Barberousse et sorties dès les premières heures du matin de la rade de Villefranche. Sur terre, quatre batteries ciblent la ville. Dans le même temps, les troupes franco-turques donnent l'assaut à la porte Pairolière (située au sud-ouest de l'actuelle place Garibaldi) puis à la tour Sincaïre. Les soldats turcs se hissent jusqu'au sommet de la tour et l'un d'entre eux agite, en signe de victoire, l'étendard vert frappé d'un croissant d'or. D'autres sources indiquent qu'il s'agit d'un drapeau rouge avec un croissant d'orJérôme Magail, « Le calendrier agropastoral et cultuel : Identité, mémoire et devenir », in , . Il se dirige pour le planter sur le rempart quand Catherine Ségurane, alors selon certains auteurs en pleine fureur et poussant un « cri sauvage », surgit, entraînant derrière elle quelques soldats. Elle brandit son battoir à linge avec lequel elle assène un coup violent sur la tête du janissaire. Celui-ci aurait été soit tué sur le coup, le crâne fracassé, soit, selon d'autres sources, simplement assomméSociété des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, volume 97, Maison Léon Lasseau, 1994. Elle lui arrache alors son drapeau, en brise la hampe et en déchire le tissu. Elle aurait jeté en direction des autres soldats l'étendard mis en pièces, en signe « de bravade et de mépris ». À l'occasion de la commémoration du , il est autrement expliqué qu'elle aurait jeté le drapeau turc dans la merLa Vérité, , 14 août 1855, bibliothèque de Cessole, Nice.. Des ouvrages mentionnent plusieurs combattants turcs qui auraient été assommés à coups de battoir par Catherine Ségurane, puis repoussés en bas des remparts. Tous notent qu'elle galvanise la résistance niçoise.

Même si la ville se retrouve par la suite ravagée par les assaillants, le château résiste jusqu'à l'arrivée des troupes du duc de Savoie Charles II, le , qui délivrent les Niçois en provoquant le départ précipité de l'armée franco-turque.

Il est parfois relaté qu'en plus de son acte de bravoure, Catherine Ségurane aurait dévoilé une de son anatomie et l'aurait essuyée avec le drapeau de l'ennemi. Ce geste provocateur, surtout pour des musulmans, aurait finalement mis en fuite les assaillants. Jean-Baptiste Toselli explique que cette légende fut inventée par le chroniqueur niçois Scalier au , puis qu'elle a été, selon lui, reprise par ceux qui voulaient remettre en cause l'existence de Catherine Ségurane afin de contribuer à ôter tout crédit au récit qui lui est associéJean-Baptiste Toselli, Rapport d'une conversation sur le dialecte niçois, dissertations sur son origine et ses progrès, Typographie et librairie Ch. Cauvin, 1864, .

Les sources Une légende ? L'existence de Catherine Ségurane est contestée, certains lui attribuant seulement un caractère légendaire, en arguant du fait qu'aucun témoin oculaire du siège de Nice n'a relaté l'intervention de la lavandière. Par exemple, Jean Badat (1516-1567), historien témoin du siège, ne mentionne pas sa participation« La Chronique niçoise de Jouan Badat » sur le site de la mairie de Nice. dans sa Chronique niçoise. De plus, Pierre Lambert, président de la Chambre des comptes des ducs de Savoie et présent à Nice au moment du siège, n'évoque pas non plus Catherine Ségurane dans son Journal qui fait le récit des événements d' dans la villeHenri Sappia, « Catherine Ségurana : Histoire ou légende ? » in Nice-Historique, , , et 15 août 1901 .

La probabilité des faits Des présomptions rendent plausible l’existence réelle et non légendaire de Catherine Ségurane. Pour les défenseurs de l'existence de Catherine Ségurane comme Henri Sappia, si Jean Badat et Pierre Lambert n'ont pas mentionné son nom dans leurs récits, c'est que bien que témoins du siège, ils n'ont pas eu connaissance de tous les actes héroïques accomplis par les Niçois, et leurs chroniques n'avaient pas vocation à être exhaustives. En outre, lors du siège, les femmes étaient nombreuses à être présentes sur les remparts, et donc si l'une d'entre elles a accompli un acte de bravoure, cela n'est somme toute que naturel, ce qui n'aurait pas retenu l'attention des auteurs. Jean Badat n'a pas non plus parlé d'évènements pourtant assurés, telle que la prise de trois drapeaux ottomans.

Par ailleurs, pour Henri Sappia, si l'hommage à Catherine Ségurane a mis du temps à être rendu, c'est parce qu'elle était une « fille obscure du peuple, en un temps où seules les actions des grands étaient notées et magnifiées ». De plus, il faut du temps avant qu'un héros ne soit reconnu comme tel. D'autant plus que lors du siège, toute la population fit un immense effort pour contenir les assauts franco-turcs, ce qui aurait donné l'impression à chacun d'avoir eu sa part de gloire et de bravoure, empêchant par la suite les auteurs contemporains des faits de célébrer les plus héroïques.

Concernant les archives municipales, épiscopales et celles des congrégations religieuses, elles avaient en grande partie été dispersées et même éliminées lors de l'annexion par la Première République française en 1793. Ceci pourrait expliquer pourquoi on ne retrouve plus trace de Catherine Ségurane dans ces documents. Toutefois, le nom seguran est souvent rencontré dans les registres paroissiaux niçois de l'époque.

Mention dans le Manuscrit textuel En 1877, Jules Bessi, sous-archiviste du département des Alpes-Maritimes, dans son ouvrage Notices sur Ségurana publie un extrait du Manuscrit textuel du Journal authentique du Siège de Nice, censé être écrit en 1543 et dans lequel est mentionné le nom « Ségurana » :

Mention par Honoré Pastorelli Le premier écrivain parlant de Catherine Ségurane sous le surnom de Donna Maufaccia, est Honoré Pastorelli en 1608« Mythes et héros anciens à Nice », sur le site de la mairie de Nice. Consultée le 13 octobre 2010. ; celui-ci fut maire de la ville de Nice de 1604 à 1611. Il prononce sur elle, le , un discours à la cathédrale de Nice, en présence d'un grand nombre de citoyens niçois, dont quelques-uns avaient été certainement témoins oculaires de cet acte de bravoure, ou tout au moins en avaient eu connaissance par leurs parents. Honoré Pastorelli n'était pas encore né en 1543, mais à cette date son père et sa famille vivaient à Nice. Le fait de Catherine Ségurane pourrait donc être appuyé par la quasi-contemporanéité d'Honoré Pastorelli. Un fait de si haute importance n'aurait pas été cru par les Niçois soixante-cinq ans après la date où il s'était produit, s'il n'avait été de notoriété publique.

Buste à la porte Pairolière Peu après les faits, un buste de Catherine Ségurane en marbre blanc, sculpté de façon sommaire, fut installé sur la porte Pairolière avec sur le socle l'inscription suivante en latin : ; et sur une autre plaque : . La porte Pairolière fut détruite en 1780 et le buste aurait alors rejoint la bibliothèque de l'Hôtel de ville.

Il n'y a pas de date précise mentionnée pour l'installation du buste sur la porte, mais on peut en avoir une idée grâce au sénateur conseiller niçois Antoine Fighiera. Ce dernier relate en 1634, dans ses mémoires conservées aux archives générales du Piémont à Turin, l'épisode impliquant Catherine Ségurane, et mentionne l'existence du buste. Il avait environ soixante ans lorsqu'il écrit ses mémoires et il indique ne pas se rappeler avoir vu élever le monument à la gloire de la lavandière. La pose de ce buste remonterait donc au moins à l'année 1574. Il aurait ainsi été érigé une trentaine d'années au plus tard après l'acte de bravoure de Catherine Ségurane, c'est-à-dire lorsqu'un grand nombre de ses contemporains, témoins de son héroïsme, étaient encore en vie. De plus, les registres des Délibérations du conseil de ville que possède l'Acadèmia Nissarda remontent jusqu'en 1580, et comme il n'est nulle part mentionné l'existence du buste, celui-ci a très probablement été élevé avant, ce qui confirmerait la démonstration précédente.

Mentions ultérieures L'écrivain Jules Torrini (1607-1678) fait mention de l'héroïne dans son ouvrage Omaggio del Paglione publié en 1642Rémy Gasiglia, « Ségurane, Catherine », in Ralph Schor (sous la direction de), Dictionnaire historique et biographique du comté de Nice, Nice, Serre, 2002 . L'historien Pierre Gioffredo (1626-1692) parle de donna Maufacchia dans son Histoire des Alpes-Maritimes lorsqu'il aborde l'histoire du siège de Nice de 1543. Il indique comme sources Honoré Pastorelli et la tradition Pierre Gioffredo, Storia delle Alpi marittime, Livre XX, année 1543, col. 1387.. En 1713, l'abbé Alziari, chanoine du chapitre de Sainte-Réparate, prononce un discours à l'occasion de la célébration du traité d'Utrecht. Il y est fait mention (en italien) de « l'illustre Segurana, nizzarda eroïna » Eugène Emanuel, Il 15 di Agosto in Nizza. Cenni Storici ecc. Appendice sul fatto eroico di Caterina Segurana, .

Un mythe devenu icône Quoi qu'il en soit, Catherine Ségurane s'est installée dans la mémoire collective niçoise. Au fil du temps, elle est devenue une figure mythique de la résistance locale jusqu'à incarner l'identité niçoise au point que les Niçois sont parfois surnommés par antonomase les « Seguran ». Pour l'universitaire Rémy Gasiglia, elle a accédé à « la dimension mythique d'une héroïne poliade ».

Symbole d'opposition à l'annexion