vignette|Déconstruction d'un bâtiment à ossature métallique.|328x328px vignette|276x276px|Chantier de déconstruction d'un bâtiment (France).Dans le domaine du BTP et des déchets, la déconstruction désigne (par rapport à la démolition) une destruction sélective et réfléchie d'éléments bâtis, en vue d'en recycler ou réutiliser tout ou partie des matériaux.Selon la définition du Larousse en 2004, l'objectif de la déconstruction est de . Avec le déchet qui tend à devenir ressource, dans la perspective d'une économie plus circulaire, on observe un glissement (parfois plus sémantique que réel ? s'interrogent certains auteurs) de la filière démolition vers celle de la déconstruction.

La déconstruction nécessite un travail plus méticuleux que la démolition. Elle est faite par des entreprises et un personnel plus spécialisés, et disposant d'outils et d'engins permettant le démontage.

Dans un monde où les ressources naturelles (matériaux, énergies fossiles, eau propre, sable, foncier) se raréfient, la déconstruction devient un enjeu de soutenabilitéBachelerie L (2004), « Démolition, déconstruction, déchets : un enjeu pour le bâtiment ». Bâtiment information, (62), 25-28. La déconstruction produit des matériaux porteurs de sens ou d'Histoire, utilisables en décoration d'intérieur ou extérieure. L'âge des matériaux et le processus même de déconstruction (ou les conditions de stockage, par exemple en cas d'exposition à la pluie ou à la boue) peuvent cependant les avoir fragilisés, salis ou structurellement endommagésIŞIK A (2003), Disassembly and re-use of building materials: a case study on salvaged timber components (Dissertation doctorale, middle East technical university), 113 p..

Dans le futur, le BIM pourra faciliter la déconstructionAkinade O.O, Oyedele L.O, Omoteso K, Ajayi S.O, Bilal M, Owolabi H.A, … et Looney J.H. (2017), BIM-based deconstruction tool: Towards essential functionalities, International Journal of Sustainable Built Environment. Won J, Cheng J.C et Lee G (2016), Quantification of construction waste prevented by BIM-based design validation: Case studies in South Korea. Waste Management, 49, 170-180Salihi I.U (2016) Application of Structural Building Information Modeling (S-BIM) for Sustainable Buildings Design and Waste Reduction: A Review, International Journal of Applied Engineering Research, 11(2), 1523-1532.

Dans les années 2000, les progrès croisés de l'informatique (qui ont conduit au BIM) et des concepts et modèles de l'économie circulaire font envisager la possibilité de nouvelles approches « construction–reconstruction » (Built-to-rebuild), passant théoriquement par une déconstruction et une réutilisation quasi totale des composants du bâtiBeurskens P.R et Bakx M.J.M (2015), Built-to-rebuild., mais l'arrivée d'applications de l'impression 3D dans la construction vient à nouveau complexifier la donne.

Histoire Autrefois, divers éléments de construction tels que portes, fenêtres et charpentes (construites avec tenons et mortaises et maintenues par des chevilles de bois, sans clous) et parfois les pierres de taille, tuiles, pouvaient être assez facilement déconstruits et réutilisés. Depuis l'antiquité au début du , la récupération de pierres et d'autres éléments de construction était courante et elle persiste dans les pays en développementSalamagne A (1996), L'approvisionnement en pierre des chantiers médiévaux : l'exemple de Douai, Nord aux , résumé.. Il a même existé des voleurs de pierre, qui ont par exemple démonté de nombreuses pierres de gradins de théâtres antiquesNorman N. (1987), Excavations in the Circus at Carthage, Archaeology, 40(3), 46-51, Notice Inist-CNRS..

L'apparition des techniques modernes d'assemblage avec colles, clous, vis, mousses expansives, ainsi que la généralisation du béton armé et l'utilisation de ciments très adhésifs ont rendu la déconstruction avec réutilisation directe pour un même usage plus difficile Chau, C. K., Xu, J. M., Leung, T. M. et Ng, W. Y. (2017). Evaluation of the impacts of end-of-life management strategies for deconstruction of a high-rise concrete framed office building. Applied Energy, 185, 1595-1603.

En 2014, un colloque consacré à l'histoire de la construction en France, a fait le point sur cette notion et ses évolutions récentes.

Sous la contrainte de l'évolution combinée des marchés et des normes, depuis les années 1970, les boules d'acier autrefois utilisées pour la démolition sont remplacés par des engins de déconstruction. Certains ont été adaptés au travail en intérieur de bâtimentBeideler J (2006), Matériels : Place à la déconstruction, Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment, (5334), 56-59, résumé.thumb|left|Un cas particulier (ancien et méticuleux) de déconstruction est celui de certains chantiers de fouilles (ici à Genève en 1897).Sémantique : dans les années 2010, le mot « déconstruction » tend à remplacer le terme « démolition ». Cette évolution a toutefois surtout concerné la communication commerciale et institutionnelleMongeard L et Veschambre V (2014), Éléments pour une histoire de la déconstruction : évolutions en matière de démolition de l'habitat social (agglomération lyonnaise : 1978-2013). Dans Deuxième congrès francophone d'histoire de la construction.. Une étude française de 2010 a montré que pour les années 2000-2010 le mot « déconstruction » a surtout été employé par des collectivités ou des entreprises communiquant avec le public. Le mot « démolition » restait dominant dans les entreprises elles-mêmes ; la presse quotidienne parlait d'abord de « démolition/démolir » (79 % des cas) puis de « destruction/détruire » (18 % des cas) avant d'employer les termes « déconstruction/déconstruire » ; 3 % des cas). Le mot « déconstruction » était plus présent (dans 14 % du lexique de la démolition) quand il concernait le logement socialÉtude sémantique basées sur la presse quotidienne de la base Factiva pour des articles parus de 1999 à 2010 dans le cadre de l'appel à projet de recherche ANR AAE (Attentes et attendus en matière de démolition dans les grands ensembles), citée par Mongeard, L. et Veschambre, V. (2014) dans Éléments pour une histoire de la déconstruction: évolutions en matière de démolition de l'habitat social (agglomération lyonnaise : 1978-2013). Dans Deuxième congrès francophone d'histoire de la construction, p. 6. La « déconstruction » tend à concerner les chantiers les plus techniques, « pointus » et correspondrait selon Anne-Françoise Garçon (2002), . Pour décrire une prise en compte encore plus poussée de l'environnement, on parle parfois de déconstruction HQE, par exemple pour la déconstruction de l'ancien hôpital de DouaiDaimée J (2009). « Déconstruction HQE à Douai ». Chantiers de France, (420), 18-19, Notice Inist-CNRS.. left|thumb|En Europe, les boules de démolition, très utilisées jusque dans les cèdent la place à des engins plus précis. Elles sont encore utilisées aux États-Unis (ici en 2006 à Chicago).

Dans certains cas (en technique routière par exemple, sous réserve de quelques dosages chimiques [ sulfates solubles] et analyses géotechniques préalablesPaulus, H., Jagueneau, M., Lafon, R. et Waterblez, O. Dosage rapide sur site des sulfates dans les granulats recyclés issus du BTP, résumé et Notice Inist-CNRS.), le processus de déconstruction-reconstruction peut être quasi immédiat. Mais de manière générale une phase de pré-traitement et de stockage (voire de conditionnement) est nécessaire. L'Ademe estime en 2017 que les centres de pré-traitement sont amenés à se développer pour permettre la production de ressources secondaires (ou « matières premières de recyclage ») à partir de déchets (y compris déchets/ressources issus de la déconstruction).

En France, un projet DEMOCLES vise collaborativement (en s'appuyant sur des chantiers-test) à intégrer toute la chaîne des acteurs (de la maîtrise d'ouvrage aux industriels utilisant la matière recyclée) ; il a déjà permis (2016)Synthèse juillet 2016) (mis en ligne 29/09/2016) et Rapport 2016 , 29/09/2016Ademe et Recylum (2016), Les enseignements de Democles de : lister des problèmes techniques et/ou économiques concernant la dépose sélective ; proposer un cadre de dépose sélective pour une mise en filière adaptée ; produire des recommandations pour les maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre. Une plateforme Produits, Equipements, Matériaux et Déchets (PEMD) a été créée par le CSTB avec l'aide de l’ADEME, pour les Maîtrises d’ouvrage concernées par le dispositif PEMD (diagnostic PEMD obligatoire avant certains chantier depuis , et récolement associé) pour mobiliser au plus tôt les filières de réemploi et autres formes de valorisation, grâce notamment à une carte des gisements.

Enjeux vignette|Chantier de déconstruction, phase de démolition de la structure du bâti par « grignotage », avec arrosage pour éviter les envols de poussières (qui dans le contexte de la déconstruction peuvent parfois contenir des restes d'amiante ou de plomb. thumb|Déconstructin d'un pont, avec mise à jour du ferraillage qui pourra être recyclé, une fois séparé des gravats de béton. thumb|La peinture anti-rouille toxique (minium de plomb) des ponts métalliques compliquait leur démantèlement, mais les grands ponts de béton-armé présentent d'autres difficultés (ici en Californie)Reinnje K. H. (2016), Innovative Technology at the Deconstruction of Bridges. Dans IABSE Symposium Report (vol. 106, n° 1, p. 1006-1013), mai 2016. International Association for Bridge and Structural Engineering, résumé.. thumb|Chantier urbain de déconstruction (d'un immeuble de la Deutsche Bank, à New-York, en 2008). thumb|Transport en convoi exceptionnel d'une « grignoteuse ». thumb|Détail d'une mâchoire hydraulique broyant du béton armé.

La déconstruction présente des enjeux environnementaux et économiques (verdissementIshak N.I, Mustafa Kamal E et Yusof N A (2017), The Green Manufacturer's Compliance With Green Criteria Throughout the Life Cycle of Building Material. SAGE Open, 7(3), 2158244017725446. du secteur de la construction qui est le second consommateur de foncier derrière l'agriculture et la sylviculture, et le premier consommateur de minéraux et métaux, et l'une des premières sources d'émission de gaz à effet de serre), tout en produisant une bonne moitié des déchets produits sur la planète.

Les enjeux sont aussi sanitaires (la déconstruction vise aussi à mieux isoler et gérer le plomb, l'amiante et les bois traités par des pesticides, tout en émettant moins de poussière) et éthiques (écoconceptionPeuportier B (2003) « Eco-conception des bâtiments: bâtir en préservant l'environnement ». Presses des MINES. (Lien Google Livres), lutte contre le gaspillage et contre les effets de l'obsolescence programmée…).

La déconstruction sous-tend un travail de diagnostic puis de démantèlement manuel beaucoup plus minutieux et donc plus lent. Cette « lenteur » est souvent peu compatible avec les délais brefs imposés par les propriétaires ou le souci de rentabiliser le temps des démolisseurs. Les matériaux récupérés (bois notamment) ont souvent été traités, peints, salis ou endommagés durant leur vie dans le bâtiment, puis par le démontage. Leur nettoyage et préparation à une réutilisation a également un coût souvent plus élevé que celui du sciage, rabotage et polissage d'un bois neuf.

De tous temps, les bâtiments en ruine ou abandonnés ont fait l'objet de pillage de matériaux, démontrant qu'ils ont une certaine valeur. La déconstruction ne sera toutefois commercialement rentable, dans un cadre légal, qu'avec des filières viables de valorisation des objets et matériaux récupérés. Ceci implique des urbanistes, architectes, décorateurs d'intérieurs et artisans, collectivités ou propriétaires privés sensibilisés au réemploi, ainsi qu'une demande ou au moins une acceptation du public.

D'autres enjeux sont donc :