Les Sonnets luxurieux (titre original en ou ) sont un recueil de seize sonnets érotiques publiés en 1526 par le poète toscan Pierre l'Arétin.

Cette œuvre est indissociable du projet éditorial appelé I Modi publié originellement à Rome et elle fit la renommée de ce poète à cause de l'immense scandale qu'elle engendra.

Présentation Les seize sonnets de Pierre l'Arétin s'inspirent et tombent en regard des gravures érotiques de Marcantonio Raimondi d'après des dessins de Giulio Romano, publiées initialement en 1524 sous le titre (Les « façons » ou « positions ») ou (« Les 16 postures »), qualifié par Pascal Pia de « Aretino, Pietro », in: Philippe Di Folco (dir.), Dictionnaire de la pornographie, Paris, Presses universitaires de France, 2007, ..

Dans un contexte politique tendu , le recueil de gravures, puis le recueil des poèmes illustrés, sont interdits par la papauté : c'est ce que rapporte l'Arétin lui même dans son épitre dédicatoire rédigée depuis Venise, où il s'est réfugié après avoir échappé entre autres à une tentative d'assassinat, à Battista Zatti, médecin originaire de Brescia, le : Traduction publiée dans l'édition Liseux (1882), .. Cette lettre servit donc de préface-dédicace à une édition datant de 1537, au plus tôt.

L'un des nombreux mystères qui entoure cette histoire est d'ordre technique : comment à cette époque réaliser un ouvrage qui combine gravures sur cuivre et texte composé, sans passer par un report et donc une double impression ? En 1929, le bibliophile Max Sander Max Sander, « Ein Aretinofund », in: Zeitschrift für Bücherfreunde, XXI, 3–4 (1929), . publie un article dans une revue allemande pour rendre compte d'une découverte sensationnelle, celle de l'édition de 1527, dont parlait l'Arétin dans une lettre au diplomate Cesare Fregoso datée de novembre de cette même année. Le découvreur n'était autre que l'antiquaire Walter Toscanini, le fils du célèbre chef d'orchestre. Max Sander constatait la chose suivante : cette édition comportait des gravures sur bois, qui étaient donc les réductions des cuivres originaux ; par ailleurs, l'ouvrage indiquait un lieu et une date : . La date de cette édition, qui ne comporte d'ailleurs que 14 poèmes et figures au lieu de 16, semble aujourd'hui remise en question et ramenée à une date postérieure à 1537« Sonnetti lussuriosi », # 1, Venise, 9 novembre 1527, in: Monique Nordmann (dir.), Éros invaincu. La bibliothèque de Gérard Nordmann, Genève / Paris, Fondation Martin Bodmer - Éditions Cercle d'art, 2004, .Notice lot 33 - Vente Bibliothèque Gérard Nordmann - Partie 1, Christie's, 27 avril 2006.La date avancée par James Graham Turner est , in: « Woodcut Copics of the Modi », in: Print Quarterly, 26 (2), juin 2009, ..

Il n'existe en effet à ce jour ni trace de l'édition des cuivres originaux de Raimondi composant I Modi (1524), ni de la première édition du recueil poétique illustré (1526-1527), qui, suppose-t-on, ont été détruites sur ordre du pape. Ces publications prennent place à Bologne ou Rome, villes situées dans les États pontificaux. La totalité de l'œuvre de l'Arétin étant mise à l’Index en 1558, l'ouvrage va circuler sous le manteau, et il est difficile de savoir combien exactement il en existe de versions, copies, ou adaptations, et ce phénomène éditorial va durer jusqu'au siècle. Les différentes éditions présentent un nombre variable de sonnets, et au texte original de l'Arétin se sont ajoutés des poèmes apocryphes.

Thématique Chaque sonnet met en scène une femme qui s'exprime à la première personne du singulier, et interpelle son compagnon. Elle loue ces prouesses sexuelles, le plaisir charnel, et décrit sans pudeur aucune diverses positions.

Analysant les sonnets, Caroline Fischer constate qu' Caroline Fischer, « Obszöne Töne. Pietro Aretinos geschwänzte Sonette », in: Horst Albert Glaser (dir.), Annäherungsversuche. Zur Geschichte und Ästhetik des Erotischen in der Literatur, Berne, Verlag Paul Haupt, 1993, ..

Organisation de l'ouvrage vignette| Postures 2 et 3 (bois gravés), accompagnées des poèmes idoines de l'Arétin : extrait de l'édition longtemps estimée la plus proche de celle de 1527, mais datant peut-être de 1555 (volume Toscanini, anc. collection Nordmann). vignette|9 gravures sans doute extraites de I Modi vraisemblablement composées par Agostino Veneziano, et postérieures à 1537 (British Museum). vignette| Illustration de Paul Avril pour une édition des Sonnets luxurieux (Paris, Charles Hirsch, vers 1906).

La structure du sonnet arétinien repose sur la forme classique de deux quatrains et deux tercets en alexandrins, aux rimes ABAB ABAB CDC DCD, mais s'y ajoutent un décrochement, sous la forme d'un vers de six pieds rimant avec celle en D, et deux alexandrins aux rimes nouvelles (E) ; ce faux tercet concluant chaque sonnet sous la forme d'une morale.

Aucun des seize poèmes numéroté ne comporte de titre. Ci-dessous, voici les seize premiers vers de chacun des sonnets, en italien, avec une traduction en français datant de 1882 :

Fottiamci, anima mia, fottiamci presto / Foutons-nous, mon âme, foutons-nous dare-dare Mettimi un dito in cul, caro vecchione / Fourre-moi un doigt dans le cul, mon vieux chéri Questo cazzo vogl'io, non un tesoro! / Je veux ce vit, et non un trésor ! Posami questa gamba in su la spalla / Pose-moi cette jambe par dessus mon épaule Perch'io prov'or un sì solenne cazzo / Puisqu'à cette heure je tâte d'un si solennel vit Tu m'hai il cazzo in la potta, e il cul mi vedi / Tu as mon vit dans ton con, tu me vois le cul Ove il mettrete voi? Ditel' di grazia / Où le mettrez-vous, dites-le moi, de grâce E saria pur una coglioneria / Ce serait vraiment une coïonnerie Questo è pur un bel cazzo lungo e grosso / Voilà, certes, un beau vit, long et gros Io 'l voglio in cul. - Tu mi perdonerai / Je le veux dans le cul — Pardonnez-moi Apri le cosce, acciò ch'io vegga bene / Ouvre les cuisses, fainéant je voie Marte, maledettissimo poltrone! / Mars, ô deux fois maudits fainéant ! Dammi la lingua, appunta i piedi al muro / Donne-moi la langue, appuie les pieds au mur Non tirar, fottutello di Cupido / Petit drôle de Cupidon, ne tire pas Il putto poppa, e poppa anche la potta / Le poupon tête, et le con tette aussi Sta cheto bambin mio; ninna, ninna! / Ne cris pas, mon poupon ; dodo, dodo !

Dans le volume Toscanini (vers 1555), les deux derniers sonnets commencent ainsi (variantes) : 15. Miri ciascuno, a cui chiavando duole (proche du n° 11 suivant) 16. Tu pur a gambe in collo in cul me l'hai

La plupart des éditions ultérieures, ajoutent les sonnets suivants :

Prodrome : Questo è un libro d'altro che Sonetti Veduto avete le reliquie tutte Madonna, dal polmone è vostro male Dunque, ser Franco, il Papa fé davvero? Morendo su le forche, un Ascolano Per Europa godere, in bue cangiossi Questo è un cazzo papal; se tu lo vuoi Ohimè! la potta! crudel! che fai Non più contrasto, orsù, tutto s'acchetti Spectatori gentil, qui riguardate Spingi e respingi e spingi ancora il cazzo Miri ciascun di voi, ch'amando suole Sta su, non mi far male; ohimè, sta su Questi nostri sonetti fatti a cazzi

Quelques éditions ultérieures Des fragments de gravures, parfois découpées et toujours sans les textes, d'une édition postérieure, sont conservés au British Museum, et sont attribués à Agostino Veneziano ; il est aujourd'hui considéré comme douteux qu'ils datent de la fin des années 1530 Notice œuvre — notes du conservateur, catalogue numérique du British Museum.. Dans la longue préface à l'édition française d'Isidore Liseux (Paris, 1882), il est rapporté que Brantôme témoignait, avant 1614 donc, qu'en plein Paris, avait lieu un véritable trafic autour de ce recueil : Brantôme, Mémoires de Messire Pierre du Bourdeille, Seigneur de Brantome, contenans Les vies des Dames illustres de France de son temps, Leyde [Bruxelles], Jean Sambix le Jeune [François Foppens], 1665..

Un siècle après la composition des sonnets, le texte circule donc clandestinement, et, sans aucun doute, pas seulement à Paris. On appelait « un Arétin » tout type de recueil accompagné de figures sexuelles, Liseux, 1882, notice, ..

Avant la découverte du « volume Toscanini » (1928, cf. plus haut), un éditeur originaire de Dresde signalait en 1734 que circulait un petit volume sans lieu ni date, contenant les seuls sonnets imprimés seulement au recto de la page, et comprenant 23 feuillets Auguste Beyer, Memoria historico-critiae librorumrariorum, Dresde, 1734.. Plus tard, en 1844, Charles Nodier signale un , sans les gravuresCharles Nodier, Description raisonnée d'une jolie collection de livres, Paris, Techener, 1844..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Les Sonnets luxurieux du divin Pietro Aretino, [sans mention de traducteur] coll. « Le Musée secret du bibliophile » , Paris, Pour Isidore Liseux et ses amis, 1882, imprimé à 100 exemplaires (lire en ligne sur Gallica). . Sonnets luxurieux, présentation par Paul Larivaille, trad. par Alcide Bonneau, coll. « Petite Bibliothèque », Paris, Rivages Poche, 1996.

Articles connexes Censure et Enfer I Modi Marcantonio Raimondi Giulio Romano

Liens externes

Sonetti lussuriosi (en italien), sur Wikisource.

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