Le barrage de Malpasset à Fréjus est un barrage voûte, aujourd'hui en ruine, construit sur le Reyran, dernier affluent rive gauche de l'Argens.
Sa retenue devait assurer l'alimentation en eau de l'agglomération de Fréjus–Saint-Raphaël (Var), des communes environnantes et de leur plaine agricole. Le , cinq ans après la fin de sa construction, des précipitations intenses provoquent une crue. Le niveau du lac monte rapidement puis le barrage rompt. Le déferlement en aval d'une cinquantaine de millions de mètres cubes d'eau entraîne (nombre officiel) dont beaucoup sont des enfants surpris dans leur sommeil, environ et des dégâts matériels considérables, constructions et infrastructures sont détruites. C'est une des plus grandes catastrophes civiles françaises du .
Géographie Géologie Vers la limite sud du massif du Tanneron, le site de l'aménagement du Reyran est un petit horst gneissique ; le Reyran le franchit par un défilé étroit et sinueux ; ce n'est pas une gorge : la pente de son versant droit (ouest) est d'environ ; celle du versant gauche (est) est d'environ . Le gneiss subaffleurant est feuilleté, plus ou moins riche en micas, lardé de filons de pegmatite minéralisée. Certains étaient exploités en amont, dans des petites mines à flanc de coteau ; selon l'endroit, son faciès varie de la roche massive et dure à l'arène oxydée très friable, plus ou moins perméable . Son litage de schistosité est, en principe, orienté N-S subvertical, parallèle aux versants. En fait, il est plus ou moins variable en direction et pendage. L'ensemble est extrêmement fracturé selon des directions et des pendages variables, nord - sud, est-sud-est - ouest-nord-ouest, nord-est - sud-ouest.
Hydrographie Le bassin versant du Reyran est un plateau relativement petit ; les versants sont assez raides ; le gneiss et les schistes subaffleurants y sont pratiquement imperméables au ruissellement, et la végétation de maquis est clairsemée ; le cours d'eau est un oued, à peu près sec la plupart du temps ; les pluies produisent vite des crues d'importance variable mais qui peuvent s'avérer très abondantes et très violentes.
Histoire de l'alimentation en eau de Fréjus vignette|redresse|Une arche de l'aqueduc romain au nord de Fréjus. Aqueduc romain Dans l'Antiquité, l'alimentation en eau de Fréjus, en bordure de l'estuaire marécageux de l'Argens, est un problème récurrent, car il n'existe pas de source exploitable à proximité. Au milieu du , les Romains qui savent que le Reyran au bassin versant très petit et au régime fantasque n'est pas utilisable pour une adduction permanente et sûre, ont capté plus au nord les eaux des sources vauclusiennes de la Siagne à Mons et, pour les amener à Fréjus, ont construit un aqueduc long de plus de ( à vol d'oiseau).
Cet aqueduc est en partie détruit au milieu du , sans doute lors de l'incursion ravageuse de Charles Quint en Provence (1536), puis abandonné ; il est en partie réutilisé à partir de 1894, doublé par une conduite en béton. Projet concurrent de barrage sur le Reyran Parallèlement, un projet concurrent de barrage d'une vingtaine de mètres de haut sur le Reyran est esquissé, sans suite. Dans le courant des , ce projet est réanimé, toujours sans suite. Fin de la Seconde Guerre mondiale Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, une étude générale des possibilités d'alimentation de Fréjus et de ses environs s'oppose à un captage sur la Siagne, initialement choisie plutôt que le Reyran ; mais ce dernier ayant finalement été retenu, l'étude d'un projet de barrage à Malpasset débute en 1946.
Le choix du type d'ouvrage et son emplacement sont arrêtés en 1950 ; les travaux débutent en pour s'achever en Le barrage de Malpasset à Fréjus.. Après la catastrophe de 1959 Après la catastrophe de 1959, il faut trouver une autre solution pour l'alimentation en eau de Fréjus. Le barrage de Saint-Cassien sur le Biançon, affluent de la Siagne qui alimente sa retenue, est étudié et construit par EDF entre 1962 et 1965 pour pallier l'insuffisance d'alimentation du Reyran et pour assurer l'adduction de l'ouest des Alpes-Maritimes. Désormais, il assure aussi celle de l'agglomération de Fréjus ..
Conception et érection de la retenue d'eau gauche|vignette|Photographie aérienne du barrage de Malpasset en 1955. Le conseil général du Var, maître d'ouvrage, confie la conception et la maîtrise d'œuvre du barrage à l'ingénieur des ponts et chaussées André Coyne et à son bureau d'études (), spécialistes des barrages-voûtes, sous le contrôle de la direction départementale du Génie rural.
Caractéristiques techniques La structure du barrage de Malpasset est une voûte très mince à double courbure, construite par plots contigus de béton non armé, coulé sur place.
Longueur en crête (couronnement à la cote 102,55) : Épaisseurs de la voûte : en pied ; en crête Largeur maximum des fondations : Profondeur maximum des fondations : environ , très variable selon l'endroit Évacuateur de crue (déversoir en crête à la cote 100,40), largeur :
Lac de Malpasset formé par la retenue : longueur N-S , largeur E-W , profondeur aval , surface , volume total : de m dont utilisables en service normal.
Études La topographie et la géologie du site ne sont pas favorables à une voûte très mince qui exige une gorge étroite et une roche très résistante : le premier et seul géologue consultéGeorges Corroy, professeur de géologie, doyen de la faculté des sciences de Marseille. au seul niveau des études préliminaires a conseillé la construction d'un barrage-poids plus en amont ; il ne fut pas écouté et n'a plus été consulté ; l'« étude » géotechnique se réduisit à un levé géologique de terrain et à quelques sondages mécaniques ; il n'y a presque aucun suivi géotechnique de chantier.
Construction Le Reyran étant en faible débit la plupart du temps, on ne fait ni galerie de dérivation durant le chantier, dont le forage aurait permis d'observer le gneiss en profondeur, ni évacuateur de crue latéral dont le terrassement aurait permis d'observer le gneiss en surface. Vers la fin du chantier, les techniciens ont quelques doutes : en partie haute du versant gauche, lors des terrassements d'ancrage de la fondation, le gneiss parait inapte à supporter les efforts d'une voûte mince car très fissuré et altéré ; de plus, l'extrémité du barrage à son sommet, très mince, est pratiquement parallèle aux courbes de niveau et au litage de schistosité du gneiss, donc sans butée naturelle essentielle pour ce type de barrage ; ils la bloquent par un massif / poids en béton. Ensuite, les injections de collage sont sommaires et il n'y a pas eu de voile au large en avant des fondations, car on considère que le gneiss est imperméable.
Suivi de la mise en eau débutée en 1954 La mise en eau commence en ; anormalement long, le premier et seul remplissage de la retenue dure près de cinq ans, à cause d'une longue et sévère période de sécheresse.
Le remplissage est également ralenti par une société exploitant la mine de fluorine de la Madeleine et la mine du Garrot, située en amont. Elle fait trainer sa procédure d'expropriation, obligeant à délester de l'eau du barrage pour que les galeries ne soient pas inondées. Ainsi l'indispensable contrôle du comportement de tout barrage lors de sa mise en service n'est pas très rigoureux ; les classiques mesures périodiques de déformations ne sont jamais attentivement interprétées. La réception de l'ouvrage intervient bien avant que la retenue soit normalement opérationnelle.
Catastrophe en 1959 Pluies diluviennes de fin novembre Ces pluies typiques du climat méditerranéen ne sont pas rares, mais leur violence est toujours à l'origine de crues importantes affectant les cours d'eau de l'arc méditerranéen. Les inondations des années 2010 dans le Var sont ainsi restées de sinistre mémoire, de même que celles de 2015 qui affectent surtout les Alpes-Maritimes mais aussi Fréjus et les communes voisines. Ces pluies impressionnantes ne sont pas propres au Var, comme en témoignent la grande crue ayant lourdement endeuillé le piémont des Pyrénées en 1940, l'inondation de Vaison-la-Romaine en ou encore les terribles inondations liées à la tempête Alex dans les vallées des Alpes-Maritimes (de l'Estéron, de la Tinée, et surtout de la Vésubie et de la Roya) en 2020.
Durant la deuxième quinzaine de , des pluies fortes à diluviennes tombent sur la région, avec des précipitations de en dix jours. Le bassin du Reyran reçoit 135 mm entre le 28 et le puis un fort cumul de en , le Chronologie détaillée des événements qui ont marqué l'histoire du barrage de Malpasset (de 1865 à 1971)..
Montée du niveau de la retenue Il s'ensuit une crue très violente : le niveau de la retenue qui est à une dizaine de mètres sous la crête du barrage monte alors très rapidement, de en ; il se produit des suintements à l'aval de l'ouvrage devenant de véritables sources à mesure que l'eau monte. Il faudrait donc ouvrir en grand la vanne de vidange pour faire baisser le niveau d'eau dans le barrage. Mais à en aval se trouve le chantier de construction du pont sur le Reyran de l'autoroute Esterel-Côte d'Azur. Le déversement de l'eau stopperait le chantier et risquerait même d'endommager l'ouvrage en construction. Il est donc décidé de ne pas ouvrir la vanne. André Ferro, gardien du barrage, ne reçoit l'ordre d'ouvrir que le à , alors que l'eau est prête à déborder, très au-dessus du niveau de service et même de celui de sécurité du barrage ; l'effet de l'ouverture de la vanne sur la montée de l'eau est insignifiant.
La crue du lac de retenue aggrave la poussée des eaux sur les roches environnantes, qui sont emportées, et, avec elles, le barrage à , libérant près de de mètres cubes d'eau ; une onde de quarante à cinquante mètres de hauteur déferle à Voir PrimNet Risques Majeurs, sur prim.net., dans la gorge du Reyran.
Absence de système d'alerte des populations Il n'y a aucun système d'alerte pour avertir les populations en aval. Elle atteint rapidement le chantier de construction du pont de l'autoroute. La vague mesure alors environ de haut et sa vitesse est d'environ . Les ouvriers qui se reposent dans leurs baraquements après leur journée de travail sont tous tués. Le pont est détruit. Plus l'eau s'écoule vers l'aval, plus elle s'étale dans la plaine et perd de la hauteur et de sa vitesse. Elle se charge par contre de plus en plus de terre et de débris et se transforme en vague boueuse.
À environ , la vague atteint la vallée agricole et détruit la cinquantaine de fermes disséminées dans la vallée. Les occupants n'ont pas le temps de se mettre à l'abri. À environ , la vague d'environ de haut submerge le parc EDF de transformateurs haute tension, au nord de Fréjus ; les environs sont plongés dans l'obscurité.
Arrivée de l'onde de submersion à Fréjus thumb|Travaux après la catastrophe en 1959 Les habitants de Fréjus entendent un grondement au loin, la seule lumière qu'ils perçoivent est celle du phare du cap Camarat. Le centre antique historique, qui est en hauteur, est épargné par la vague qui le contourne par le nord. Elle atteint l'amphithéâtre. Elle mesure encore une dizaine de mètres de haut quand elle se jette sur les talus de la RN 7 et de la ligne de chemin de fer qui la bloquent. L'eau dévie alors sur sa gauche et se déverse dans l'avenue de Verdun. Les rez-de-chaussée de tous les bâtiments des deux côtés de l'avenue sont éventrés. Les habitants pris de panique grimpent aux étages et tentent de se réfugier sur les toits. Les eaux parviennent finalement à surmonter les talus et submergent les quartiers ouest de Fréjus et la gare SNCF. La vague résiduelle, d'à peu près deux mètres, termine sa course sur la base aéronavale, emportant plusieurs dizaines d'appareils avec elle en se jetant dans la mer Méditerranée. Dégâts constatés