François-Albert Angers, O.Q. ( à Québec - ) est un économiste et un intellectuel québécois.

Professeur à l'École des hautes études commerciales (HEC) de Montréal de 1937 à 1974, il est un pionnier du mouvement coopératif, de l'enseignement de la science économique et de la formation d'une classe de gens d'affaires francophones au Québec. Disciple d'Esdras Minville et d'Édouard Montpetit, mentor de Jacques Parizeau, spécialiste d'économie politique et auteur de nombreux travaux sur l'économie québécoise, il est également le fondateur du Service de recherche économique (devenu l'Institut d’économie appliquée, puis le département d'économie appliquée) des HECGeneviève Otis-Dionne, « Le Québec perd un défenseur de la nation », Le Devoir 15 juillet 2003, cahier A, . Consulté le 16 octobre 2022..

Penseur nationaliste, il est l'un des principaux collaborateurs et organisateurs de la Commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels (Commission Tremblay) créée en 1953. Il est aussi un acteur important du mouvement souverainiste québécois. Il a été président de la Ligue d'Action nationale, directeur de la revue L'Action nationale, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et du Mouvement Québec français.

Par ses actions et ses écrits, François-Albert Angers est une figure majeure de la défense de la langue française et de l'identité québécoiseJean-Marie Tremblay, « François-Albert Angers (1909-2003). Professeur d’économie à l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) de l'Université de Montréal », Les classiques des sciences sociales, UQAC, 22 janvier 2007. Consulté le 16 octobre 2022..

Biographie Enfance et formation Enfance

François-Albert Angers naît à Québec dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste le . Aîné de quatre enfants, il est le seul fils d'Albert Angers, un médecin obstétricien de Québec, et d'Odulie Laroche, fille d'un fonctionnaire de la même ville.

L'enfance de François-Albert Angers se déroule dans un milieu pieux et modeste, marqué par les déménagements et les problèmes de santé. Malgré le prestige qui entoure la profession de son père, celui-ci peine à faire vivre sa famille. Face à un coût de la vie très élevé, sans clientèle stable, Albert Angers se voit forcé à quitter la ville de Québec. Répondant à une annonce du gouvernement dans Le Soleil, il obtient un poste de médecin de campagne, dans un secteur de colonisation récente. C'est ainsi que, à l'automne 1914, la famille Angers quitte son domicile sur la rue Saint-Joseph à Québec pour s'établir dans le village d'Armagh, dans la région de Bellechasse. François-Albert Angers entre alors à l'école primaire. Il effectue sa première et sa deuxième année au couvent des Sœurs de la Charité d'Armagh, près de l'église Saint-CajetanGouvernement du Québec, « Église Saint-Cajetan », Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Ministère de la Culture et des Communications, 2013. Consulté le 3 octobre 2022.. En 1916, la famille Angers doit déménager à nouveau lorsque le père reçoit une nouvelle offre d'emploi. La famille s'installe cette fois à Tadoussac. Le petit François-Albert y poursuit ses études. Il montre des signes d'une vive intelligence, notamment par ses habiletés en français, en histoire et en mathématiques.

En 1919, le parcours scolaire de François-Albert Angers est encore une fois perturbé. Pour bonifier sa formation, et lui permettre éventuellement d'accéder au cours classique, ses parents cherchent à l'envoyer dans une meilleure école que celle du village de Tadoussac. N'en trouvant aucune à distance raisonnable de leur maison, ils fixent leur choix sur le collège des Frères du Sacré-Cœur de Montmagny. À l'âge de seulement dix ans, le petit François-Albert doit donc quitter le nid familial pour vivre comme pensionnaire, à plus de trois cents kilomètres de la maison familiale. Cette expérience de déracinement lui est particulièrement pénible« Entretien avec François-Albert Angers » dans Jean-Marc Léger, « Présentation du dossier François-Albert Angers, l'économiste et le combattant », dans Les Cahiers d'histoire du Québec au , no 5, printemps 1996, ..

À tous ces déménagements s'ajoutent des problèmes de santé. Dès l'âge de cinq ans, François-Albert Angers se fait diagnostiquer un problème de myopie progressive. L'évolution de ce trouble de vision l'obligeant à revoir sa prescription tous les six mois, à la fin de son primaire, il se fait recommander par son médecin de cesser complètement ses études afin de ne pas aggraver ses problèmes de vue. À contrecœur, les parents du jeune François-Albert acceptent de se plier aux conseils du médecin, malgré leur désir de voir leur fils poursuivre ses études.

Engagement social thumb|droite|En 1923, François-Albert Angers déménage à La Malbaie, dans la région de Charlevoix. Toute sa vie, il gardera un attachement particulier envers cette région.

Contrairement à plusieurs intellectuels de sa génération, François-Albert Angers ne fréquentera pas, finalement, le collège classique. À la suite de ces nombreux déménagements et soucis médicaux qui interrompent son parcours scolaire, il cesse complètement de fréquenter l'école en 1923. La même année, il déménage de nouveau avec le reste de sa famille pour suivre son père dans son nouvel emploi à La Malbaie. Bien que ce déménagement l'éloigne plus que jamais de la ville où il est né, en réalité, sa famille retrouve dans Charlevoix des membres de la famille étendue des Angers, installée dans la région depuis plusieurs générationsDans la famille étendue de François-Albert Angers, on retrouve notamment l'écrivaine Laure Conan, née Marie-Louise Félicité Angers.. Pour le reste de sa vie, François-Albert Angers restera particulièrement attaché à CharlevoixSerge Gauthier, « La racine charlevoisienne de François-Albert Angers (1909-2003) », Encyclobec, 16 juillet 2003. Consulté le 9 octobre 2022..

Toujours privé de formation scolaire, une solution finit par s'offrir à lui. Au collège des Frères du Sacré-Cœur de Montmagny, un professeur lui apprend l'existence d'une formation pouvant être suivie à distance à partir de chez ses parents, et en continuité avec sa formation reçue au collège : la formation à distance de l'école des Hautes études commerciales (HEC) de Montréal. Enthousiaste à l'idée de pouvoir enfin poursuivre ses études, malgré ses bonnes notes, Angers se voit refusé aux HEC. Le directeur de l'institution, Henri Laureys, juge que le collégien est encore trop jeune pour entreprendre de telles études à distance. Il recommande à ses parents de retarder son entrée à l'école, afin que celui-ci « acquière de la maturité ».

Son parcours scolaire interrompu, François-Albert Angers travaille comme commis pour la pharmacie de son père de 1923 à 1925. Animé par une grande soif d'apprendre, il continue cependant de s'instruire par lui-même. Cette soif d'apprendre le mène à participer aux activités de l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC) de La Malbaie. Il y découvre une forme d'organisation et d'action sociale qui l'initient à différentes questions d'actualité. Les cercles de lecture, les débats et les rencontres de l'ACJC lui permettent également d'approfondir son nationalisme et d'aiguiser son appétit pour la politique. Contrairement à la jeunesse nationaliste montréalaise proche de l'abbé Lionel Groulx, à cette époque, les convictions d'Angers sont plus proches de celles d'Henri Bourassa. Se méfiant de l'historien « séparatiste », Angers croyait que la meilleure option pour les Canadiens français se trouvait dans la bonne entente avec le Canada anglais, dans le respect du « pacte » entre les deux peuples fondateurs, devant protéger les traditions, la religion catholique et l'autonomie des provincesFrançois-Albert Angers, « Mesure de l'influence du chanoine Lionel Groulx sur son milieu », Revue d'histoire de l'Amérique française, décembre 1978, vol. 32, n 3, .. Cet engagement le mène à devenir le président de l'ACJC de La Malbaie en 1926.

HEC de Montréal thumb|gauche|François-Albert Angers étudie à l'école des HEC de Montréal de 1928 à 1934. À cette époque, l'école est située dans l'édifice Gilles-Hocquart sur l'avenue Viger, à Montréal.

À l'automne 1925, François-Albert Angers commence sa formation à distance aux HEC de Montréal. Il entame alors des études en comptabilité. Ces études secondaires/techniques d'une durée de deux ans préparent Angers à faire son entrée au programme de licence en sciences commerciales, à l'hiver 1928. Il a alors .

Dans les années 1920, la science économique au Québec en est à ses premiers balbutiements.. Le Québec compte alors peu de spécialistes en économie – la discipline étant encore au carrefour de différents savoirs, sans être considérée de manière autonome –, les rares professeurs s'intéressant aux questions économiques avaient été formés dans des universités françaises, anglaises ou américaines, ou s'étaient formés de manière autodidacte. Par conséquent, le type de formation offerte en « sciences commerciales » aux HEC à cette époque visait principalement à former des administrateurs et des comptables répondant aux intérêts des entreprises membres de la Chambre de commerce de Montréal.

Aux HEC, François-Albert Angers fait la connaissance de plusieurs collègues issus comme lui de régions rurales. Parmi eux, il se lie particulièrement d'amitié avec Gérard Filion, originaire de L'Isle-Verte, le futur directeur du Devoir. Élève brillant, Angers cumule les récompenses et se fait vite remarquer par ses professeurs. Deux en particulier auront une profonde influence sur son parcours : Édouard Montpetit et Esdras Minville. Continuateur d'Errol Bouchette, Édouard Montpetit est le premier économiste à utiliser une approche véritablement scientifique pour analyser les phénomènes économiques au QuébecFrançois-Albert Angers, « La pensée économique d'Esdras Minville », L'Action nationale, vol. LXV, n 9-10, mai-juin 1976, .. Esdras Minville, pour sa part, était considéré davantage « comme un sociologue ou un philosophe social bien au courant des questions économiques, que comme un véritable économiste ». Néanmoins, sa pensée économique, encore plus que celle de Montpetit, encouragera François-Albert Angers à poursuivre ses études et à se spécialiser en économie politique.

Par malheur, des problèmes de santé viennent encore une fois perturber les études du futur économiste. Souffrant depuis le début de 1931 de symptômes s'apparentant à une grippe, Angers découvre qu'il est atteint d'une forme agressive de tuberculose. Son médecin impose au jeune patient un régime draconien : Angers doit suspendre ses études indéfiniment et quitter Montréal (dont l'environnement est jugé néfaste) pour le sanatorium du lac Édouard, près de Chicoutimi. Malgré cet arrêt forcé, Angers défie les ordres de son médecin. Encouragé par Édouard Montpetit, il poursuit ses études à un rythme effrénéEn septembre 1932, Édouard Montpetit lui écrit : « J’ai eu de vos nouvelles cet été. Reposez-vous, et revenez-nous. Vous êtes un des meilleurs élèves que j’ai connus, et je regrette bien, de mon côté, votre sympathique présence », cité dans .. Il revient rétabli, mais affaibli, pour terminer ses études à l'hiver 1933. Son sujet de thèse de fin de programme (sur la théorie quantitative de la monnaie et les variations de prix au Canada) confirme son intérêt pour les questions d'économie politique – intérêt qui le suivra toute sa vie. Il obtient sa licence en sciences commerciales au printemps 1934.

Philosophie Arrivé à l'âge adulte durant la Grande Dépression, François-Albert Angers est particulièrement affecté par la crise économique. Cette crise sans précédent, entraînée par le capitalisme sauvage des années folles, était considérée autant comme une crise économique que morale. Rejetant le libéralisme, le fascisme et le communisme, comme d'autres intellectuels de son époque, François-Albert Angers se tourne alors vers le corporatisme.