La bataille de Hulao (en chinois: ), qui a lieu le , est une victoire décisive pour le prince Li Shimin de la toute nouvelle dynastie Tang, lui permettant d'éliminer deux seigneurs de guerre rivaux, Dou Jiande et Wang Shichong. C'est la bataille majeure et finale au cours de la campagne Luoyang-Hulao entre Tang, Zheng et Xia.
La bataille s'est déroulée au col de Hulao, un point stratégiquement important situé à l'est de Luoyang, la capitale de l'ancienne dynastie Sui et de l'empereur autoproclamé Wang Shichong. Li Shimin assiège Luoyang, ce qui amène Shichong à demander de l'aide à Dou Jiande, un seigneur de guerre de l'est de la Chine. Cependant, Jiande tarde à venir et quand il arrive enfin, Shimin a le temps de rassembler des forces pour riposter à la nouvelle menace. L'armée de Li Shimin évite les conflits jusqu'à ce que les troupes de Dou Jiande soient épuisées, puis lance une charge de cavalerie qui brise les rangs de l'armée adverse. Les combats s’achèvent par la débandade de l'armée de Dou Jiande et la capture du seigneur de guerre. À la suite de l'échec cuisant de son allié, Wang Shichong est contraint de capituler et livrer Luoyang aux Tang, qui annexent les territoires de Shinchong et Jiande. Ce dernier est exécuté un peu plus tard, entraînant la révolte de certains de ses hommes, sous le commandement de Liu Heita. Cette rébellion se solde par un échec.
Hulao est un tournant décisif dans les guerres civiles qui ont suivi l'effondrement de la dynastie Sui, ouvrant la voie à la victoire finale des Tang.
Situation avant la bataille
Vers la fin du règne de Sui Yangdi (r 604–618), le second empereur de la Dynastie Sui, l'autorité impériale commence à s'effondrer. En effet, l'immense gâchis humain et matériel que représentent les guerres contre le royaume coréen de Koguryo, couplé à une série de catastrophes naturelles, provoquent un mécontentement croissant dans tout le pays. Dans le même temps, les successions d'échecs militaires érodent le prestige et la légitimité de l'empereur auprès des gouverneurs provinciaux, qui sont de plus en plus nombreux à penser que les Sui ont perdu le « Mandat du Ciel » . Obnubilé par ses campagnes coréennes, Yangdi comprend trop tard à quel point la situation est grave pour lui. En 616, des révoltes éclatent dans tout le pays et il est obligé d’abandonner le nord du pays pour se replier sur Jiangdu, dans le sud. Il y reste jusqu'en 618, date à laquelle il est assassiné.
Le repli de Yangdi sert de signal aux gouverneurs locaux et autres seigneurs de guerre, qui commencent à chercher à s'emparer du pouvoir. Parmi eux, on trouve un groupe de neuf seigneurs assez puissants pour viser le trône impérial, les autres se contentant de se parer de titres plus modestes. Le plus puissant et ambitieux des neuf est Li Yuan, le Duc de Tang et gouverneur de Taiyuan, une cité du nord-ouest du pays qui est actuellement le chef-lieu de la province du Shanxi. Descendant d'une famille noble liée à la dynastie Sui et ayant eu une carrière prestigieuse, Li Yuan est un candidat sérieux pour le trône. Sa province possède d'excellentes défenses naturelles, une population fortement militarisée et est située près de Daxingcheng (Chang'an) et Luoyang, les deux capitales des Sui. Pendant l'automne, 617 Li Yuan et ses fils, Li Shimin et Li Jiancheng, conduisent leurs troupes vers sud. Au terme d'une campagne éclair, ils battent les troupes des Sui qui ont essayé de leur barrer la route et, le , les troupes de Li Yuan prennent d'assaut la capitale. Dès lors, Li Yuan se positionne comme étant un concurrent majeur pour le Trône de Jade et le il se proclame premier empereur de la dynastie Tang.
Entre 618 et 620 les Tang, commandés par le talentueux Li Shimin, lancent une série de campagnes militaires qui leur permettent d'éliminer tous leurs rivaux et de repousser une attaque menée par Liu Wuzhou, le seigneur de guerre qui contrôle le Shanxi. Cependant, malgré ces victoires, s'ils veulent prendre le contrôle de la Chine, ils doivent obligatoirement s'emparer des territoires situés dans la plaine centrale et dans les actuelles provinces du Hebei et du Henan. En effet, c'est le contrôle de ces régions riches en hommes et en ressources qui va, comme l'a écrit l'historien Howard J. Wechsler, décider si la nouvelle dynastie « va demeurer un régime régional ou réussir à unir le pays sous son contrôle ». Au début de l'an 620, deux grands seigneurs de guerre se sont établis dans cette zone. Le Henan est contrôlé depuis Luoyang par Wang Shichong. Shichong est un ancien général Sui qui s'est proclamé premier empereur de la dynastie Zheng, après avoir vaincu un autre chef rebelle, Li Mi, lors de la bataille de Yanshi. Cette victoire lui a permis d'absorber l'armée et les territoires du vaincu. Le Hebei est gouverné par Dou Jiande, le chef d'un groupe de bandits qui s'est révolté contre les Sui dès 611. Depuis sa base située dans le centre du Hebei, il a élargi le territoire qu'il contrôle au sud du fleuve Jaune et s'est proclamé « Roi de Xia ». Comme Wang et les Tang, il utilise l'appareil bureaucratique et administratif créé par les Sui pour contrôler et maintenir son Royaume.
Début de la campagne de Li Shimin contre Shichong et Jiande vignette|droite|180px|alt=Peinture d'un homme d'âge moyen barbu, asiatique, debout dans une robe jaune décorée de dragons|Portait de Li Shimin en empereur Tang Taizong (r. 626–649) En , juste après sa victoire écrasante sur Liu Wuzhou, Li Shimin et son armée de partent du Shanxi pour marcher sur Luoyang. Ils avancent rapidement et en septembre les troupes des Tang commencent à établir un anneau de camps fortifiés tout autour de la ville, tandis que des détachements partent vers le sud, l'est et le nord, détachant ainsi la plus grande partie du centre du Henan de l'emprise de Wang Shichong. Les moines du monastère Shaolin, situé à proximité, s'allient à Li Shimin et battent un détachement de l'armée de Wang au mont Huanyuan. Lors des combats, ils réussissent à capturer Wang Renze, le neveu de Shichong. Dès lors, le seigneur de guerre est isolé dans sa capitale et ne contrôle plus que le territoire situé immédiatement à proximité des murs de la ville. Les Tang repoussent chacune de ses tentatives de briser le siège et le manque de nourriture rend la situation de Luoyang de plus en plus dramatique, car le siège continue durant tout l'hiver, puis au printemps. En mars, les rapports que reçoit Shimin lui indiquent que la population de la capitale en est réduite à fouiller les détritus pour trouver des restes de nourriture, ou a devoir manger des gâteaux fait de riz et de boue.
À ce moment-là, le seul espoir de secours qu'il reste à Shichong est une intervention de Dou Jiande, auprès de qui il a déjà envoyé des émissaires à la fin de 620. Pour Jiande, la situation, telle qu'elle lui est présentée par son conseiller Liu bin, offre à la fois un danger et une opportunité. En effet, si Luoyang tombe, le Tang se tournera ensuite contre Dou Jiande; mais si ce dernier intervient et sauve Luoyang, il lui sera facile d'évincer un Wang affaibli et d'annexer le Henan à son propre royaume de Xia. C'est donc probablement plus par calcul plus que par indécision que Jiande attend jusqu'en avril, quand la situation de Wang devient critique, avant de commencer à marcher vers l'Ouest pour mettre fin au siège de Luoyang. L'armée de Dou Jiande est énorme, elle compte probablement plus de et deux sources de l'époque parlent de . Bien que ces chiffres soient peut-être exagérés, une armée d'une cette taille correspond bien à ce qu'il était possible de mobiliser à cette époque. L'armée Xia est accompagnée d'un train d'approvisionnement de même taille, comprenant des charrettes et des bateaux.
Lorsqu'ils apprennent qu'une telle armée s'approche d'eux, certains des généraux de Li Shimin suggérèrent d'abandonner le siège et de battre en retraite vers l'ouest jusqu'au Guanzhong, mais le Prince Tang refuse de les écouter. Il laisse sur place le gros de ses troupes pour maintenir le siège, et part avec le reste jusqu'au col de Hulao, situé quelques kilomètres plus à l'est, qu'il occupe le . Ce col de Hulao est le fruit de l'érosion provoquée par la rivière Sishui. Sur les deux rives, on trouve des pentes raides et des collines escarpées, qui s’élèvent vers le Sud aux montagnes Songshang. Ce col est alors d'une importance stratégique majeure - il a été décrit comme un « Thermopyles chinois » — car il est traversé par la route est-ouest qui longe la rive sud du fleuve Jaune.
Face-à-face et dilemme stratégique Quand l'armée de Dou Jiande arrive avant le col, elle trouve la ville fortifiée qui est située au pied, ainsi que les hauteurs occidentales qui se situent derrière, occupées et bien défendues par le prince Tang. Jiande installe son campement à Banzhu, une plaine située à quelques km à l'est du col, puis, au cours des semaines suivantes, se rend à plusieurs reprises à Hulao pour proposer aux Tang d'engager le combat. De son côté, Li Shimin se contente de rester dans sa position défensive, à partir de laquelle sa force numériquement inférieure peut facilement tenir les Xia à distance. Le Prince Tang sait que le temps joue en sa faveur, car chaque jour d'attente supplémentaire rapproche la garnison de Luoyang de la famine et de la reddition. Et quand la capitale de Wang Shichong tombera, il serait en mesure de lancer une attaque contre Jiande avec toutes les troupes de l'armée Tang.
Dou Jiande a d'autres passages à sa disposition dans les collines situées près de Hulao, mais ils sont plus petits et tout aussi faciles à défendre pour les Tang. Étant donné la taille de l'armée Xia, les seules autres alternatives pour Jiande sont de contourner entièrement la position des Tang, soit en traversant le fleuve Jaune au nord, soit en s'aventurant plus au sud jusqu'au col de Huanyuan. En effet, Ling Jing, l'un des fonctionnaires de Dou, propose une approche stratégique différente, à savoir éviter tout engagement avec Li Shimin, traverser la rive nord du fleuve Jaune et frapper au cœur du territoire des Tang dans le Shanxi, affaiblissant ainsi ces derniers et les forçant à abandonner le siège de Luoyang sans que les Xia subissent des pertes. Ce plan est soutenu par la femme de Dou Jiande, mais n'est pas adopté en raison de l'opposition véhémente des généraux Xia. Mis à part le mépris naturel des militaires professionnels envers une suggestion venant de quelqu'un qu'ils considèrent comme un « général de salon ». Cette opposition est attribuée par certaines sources à la corruption de certains généraux Xia par les agents de Wang Shichong, afin de veiller à ce que Dou Jiande reste focalisé sur le sauvetage de Luoyang.
Quel que soit le véritable déroulement des événements, l'historien militaire David A. Graff est d'avis que les préoccupations logistiques ont joué un rôle majeur dans la décision de Jiande de rester à Banzhu. En effet, son immense armée dépend totalement de la proximité du fleuve Jaune et de son réseau de canaux pour ses approvisionnements. En outre, la nature hétérogène de l'armée Xia joue contre Jiande. En effet, ses troupes sont composées, pour l'essentiel des soldats et généraux des divers chefs rebelles qu'il a vaincus au cours des dernières années, ce qui donne un agrégat à la loyauté douteuse, ce qui empêche Dou Jiande de diviser ses troupes en plusieurs détachements qu'il enverrait exécuter des missions de manière indépendante.
Bataille du col de Hulao