L'Immaculée Conception est un dogme de l'Église catholique qui déclare que la conception de la Vierge Marie est « sans tache », c'est-à-dire exempte du péché originel hérité par tous les hommes depuis Adam et Ève.

Avec cette doctrine, l’Église catholique souligne la place particulière de Marie en tant que mère du Christ et affirme que Dieu, anticipant la naissance de son Fils (Jésus-Christ), a préservé Marie avant même le moment de sa conception dans le sein de sa mère, Anne. Cette doctrine ne doit pas être confondue avec la conception virginale de Jésus-Christ, c'est-à-dire le dogme de l'Incarnation. L'Immaculée Conception se rapporte uniquement à la conception de Marie sans péché.

Apparu lors du Moyen Âge central dans l'Église catholique, ce point de foi est défini comme dogme le par le pape Pie IX dans la constitution apostolique Ineffabilis Deus. Sa fête est célébrée par les catholiques le lors de la fête qui lui est dédiée. Il s'agit d'une fête de précepte.

L'Église orthodoxe, les Églises protestantes et l'Église copte y voient un théologoumène ou une hérésieJudith Marie Gentle, Robert L. Fastiggi, De Maria Numquam Satis : The Significance of the Catholic Doctrines on the Blessed Virgin Mary for All People, University Press of America, 2009 , sq..

Dogme catholique vignette|200px|Le pape Pie IX, qui a proclamé le dogme de l'Immaculée Conception par la Constitution apostolique Ineffabilis Deus. Le dogme de l'Immaculée Conception signifie que Marie, mère de Jésus, est libre du péché originel dès le moment de sa conception. Ce dogme est proclamé le par la constitution apostolique Ineffabilis Deus du pape Pie IX, qui déclare :

La constitution dogmatique Lumen gentium publiée le par le concile Vatican II, déclare que la Vierge Marie a été (LG 53) et que, ..

Origine du dogme

Littérature chrétienne antique

vignette|Statue de l'Immaculée Conception en Slovaquie () Aux , s'ils s'accordent sur les vertus exceptionnelles de la mère de Jésus, des théologiens comme Tertullien, Origène ou encore Jean Chrysostome estiment qu'elle n'est pas exempte d'avoir commis des péchés. Selon la théologienne catholique Marie-Jeanne Berère, malgré l'importance que prend progressivement le culte de Marie, « l'imaginaire marial » sur sa sainteté se développe également, propageant l'idée selon laquelle la mère du Christ ne peut avoir commis de faute contre Dieu, qu'elle est « sans souillure ni corruption ».

Tertullien, affirme que , où il s'oppose à l'idée qu'un autre humain que le Christ puisse avoir échappé au péché originel.

Selon Marie-Jeanne Berère, la question se pose alors de savoir à quel moment de son existence remonte cet état de pureté et différentes réponses sont apportées : dès sa propre conception, dans le sein de sa mère, à sa naissance ou encore à la conception de Jésus. Par ailleurs, le développement vers la même époque de la théologie sur le péché originel, censé entacher tout être humain dès sa conception, incite les tenants d'une sainteté intégrale de Marie à considérer qu'elle en a été préservée, ce qui reste encore douteux pour Augustin d'Hippone lui-même. Néanmoins, dans Contra Julianum, qui fut approuvé par le concile de Carthage, saint Augustin exempta Marie du péché originel.

Hilaire de Poitiers ne défend pas non plus cette doctrine, déclarant que le Christ est . Jean Cassien conserve aussi cette position.

Théologie médiévale Le dogme de l'Immaculée Conception n'apparaît pas avant le Moyen Âge central, aux . Il est surtout poussé par les franciscains à partir du , rencontrant l'opposition des autres ordres religieux catholiques.

Selon la chercheuse du CNRS Réjane Gay-Canton, le franciscain Marquard von Lindau utilise des textes islamiques pour justifier la véracité de l'Immaculée Conception. Par exemple, il cite la sourate Al-Imran du Coran.

En Europe occidentale, un débat théologique oppose les « immaculistes » (tenants de l'Immaculée Conception) aux « maculistes ». Ainsi, Bernard de Clairvaux, pourtant connu pour sa dévotion mariale, s'élève contre ce dogme en 1146Bernard de Clairvaux, Lettre , Aux chanoines de Lyon, sur la conception de la Sainte Vierge dans . La Lettre CLXXIV de Saint Bernard est disponible sur Wikisource ou sur L'Atelier du Centre de recherches historiques. Un siècle plus tard, Thomas d'Aquin se montre défavorable à la notion d'Immaculée Conception..

Parmi les premiers défenseurs de l'Immaculée Conception, Jean Duns Scot (1266-1308) affirme que la Mère de Dieu ne peut être entachée par le péché originel.. Le moine carme John Baconthorp, d'abord opposé à cette doctrine, en devient un fervent partisan en 1340.. Pierre Thomas (1305-1366), patriarche latin de Jérusalem et moine carme, affirme dans un traité sa foi en la ..

La thèse maculiste est portée par les Dominicains tandis que les arguments des immaculistes sont principalement l'œuvre de prédicateurs franciscains. Certains papes, comme Jean XXII (1316-1334), Benoît XII (1334-1342) ou Clément VI (1342-1352), soutiennent les Dominicains. Face à eux, les Franciscains sont soutenus par les CarmesVoir ., par les Augustins et par les enseignants de la Sorbonne ainsi que par le pape Clément VII (1378-1394) et par la cour pontificale d'Avignon..

Ces débats entraînent des turbulences : la Sorbonne est paralysée une année par cette querelle. En 1387, le dominicain Johannes de Montesono est condamné pour avoir enseigné que Marie était née avec le péché originel..

C'est au cours du que s'opère le changement. Si le discours maculiste reste majoritaire, la pratique de la fête se popularise. Les arguments des prédicateurs franciscains comme Pierre d'Auriol avec son Tractatus de conceptione Beatae Mariae Virginis, ou Duns Scot qui attribue à Marie le rôle de « parfait médiateur », finissent par convaincre les théologiens, en particulier Jean Gerson et Pierre d'Ailly, aumônier du roi Charles VI., Pierre d'Ailly défend en 1388 devant la papauté d'Avignon l'idée de l'Immaculée Conception. Sa plaidoirie remporte l'adhésion des autorités ecclésiastiques, face aux Dominicains, et fort de son succès, dès son retour à Paris, il fait renvoyer de la maison royale tous les Dominicains qui contestaient cette doctrine.

Les discussions se poursuivirent jusqu'au XVe siècle, inaugurant une période de débats intenses et durables parmi les théologiens catholiques. Ces débats inspirèrent des artistes italiens du siècle suivant (tels que Sogliani en 1521, ou Toschi et Portelli) qui réalisèrent des peintures allégoriques intitulées précisément « Disputation sur l'Immaculée Conception ». En 1566, Carlo Portelli lui-même peignit une représentation claire de l'Immaculée Conception afin de réaffirmer ce concept théologique, qui ne reçut cependant de confirmation officielle que trois siècles plus tard.

Proclamation du dogme De 1830 à la proclamation solennelle vignette|Médaille de l'Immaculée Conception, ou médaille miraculeuse (1830).

Lors des apparitions mariales dont Catherine Labouré s'est dite favorisée, rue du Bac à Paris en 1830, la Vierge se serait présentée, selon son récit, comme . La médaille miraculeuse, frappée avec l'invocation , popularise la foi en la conception immaculée de Marie..

Dans l’Église catholique, plusieurs voix se font alors entendre pour demander au pape la formulation du dogme de l'Immaculée Conception. Ainsi, le concile de Baltimore en 1849 conclut ses travaux .

Pour répondre aux demandes des évêques, Pie IX, après son élection, institue le une commission de vingt théologiens et une congrégation antépréparatoire de huit cardinauxCongrégation composée d'un secrétaire et de cinq consulteurs. Elle est présidée par le cardinal Lambruschini.. Le pape sollicite ensuite par écrit l'avis de tous les évêques, via l'encyclique Ubi primum du .

Le , le pape réunit une commission spéciale pour élaborer le texte définitif qui, après l'approbation par un consistoire, est promulgué le sous le titre d'Ineffabilis Deus. vignette|Le pape Pie IX entrant dans la basilique Saint-Pierre de Rome, porté solennellement sur la sedia gestatoria. Contexte historique et théologique thumb|left|170px|Image pieuse représentant l'Immaculée Conception (imprimée à Nancy en 1835). La promulgation de ce dogme est à replacer dans le contexte des documents pontificaux de la même époque : le Mirari vos de Grégoire XVI (1832) ainsi que les divers textes de Pie IX, Qui pluribus (1846), Ineffabilis Deus (1854), et Syllabus (1864). La proclamation d’un dogme marial au milieu de textes concernant surtout la montée en puissance du rationalisme, ne présente pas, à première vue, de cohérence avec la sérieClaude Langlois, ..

Or la doctrine de l'Immaculée Conception traite du péché originel dont seule Marie, la mère du Christ, serait exempte. Il s’agit donc de s'opposer aux courants qui revendiquent l’exercice autonome de la raison, devenue faillible par une corruption de l’esprit due à l’orgueil. Dans cette perspective, le dogme s'inscrit dans la série. D'autres points méritent d'être signalés : la longue tradition de cette croyance, le fait que c'est la première fois que le pape use de l'infaillibilité pontificale avant même que celle-ci ne soit définie à son tour par un dogme en 1870..

Pie IX se caractérise en effet par son « intransigeance » qui refuse toute « transaction » avec les quatre principales causes des « malheurs du temps », selon sa terminologie : l'esprit de la Réforme protestante, la philosophie des Lumières, l'héritage de la Révolution française et le libéralisme étatiquePhilippe Boutry, in Alain Corbin (dir.), Histoire du christianisme, , 2007, .. Cette position ne saurait toutefois se réduire au rejet du courant moderniste : Pie IX, dernier souverain des États pontificaux, comme le souligne Yves-Marie HilaireYves-Marie Hilaire (dir), Histoire de la papauté : de mission et de tribulations, , 2003, sq., s'efforce avant tout de préserver et de transmettre le « dépôt de la foi » de l'Église catholique au moment même où celle-ci paraît menacée de toutes parts. Dès lors, tout en s'employant à favoriser la renaissance de la religion, Pie IX considère la promulgation de nouveaux dogmes aussi bien comme le nécessaire exercice de ses droits de souverain pontife que comme « un approfondissement et un aboutissement de la tradition vivante de la foi à travers les siècles ».

Suites de la promulgation Assassinat de l’archevêque de Paris

vignette|Marie Dominique Auguste Sibour (1792-1857), archevêque de Paris, par Thomas Couture, musée Carnavalet. Deux ans après la proclamation du dogme, Auguste Sibour, archevêque de Paris, est poignardé en pleine église à l'issue d'une cérémonie, le par Jean-Louis Verger ancien curé, visiblement déséquilibré., et déjà sanctionné par l’ÉgliseL'ouvrage indique que Rome lui avait retiré la prêtrise en 1856 ().. Lors de son crime, il s'écrie , expliquant que son geste est une contestation du dogme de l'Immaculée Conception, mais quelques heures après il se rétracte, donnant une autre motivation à son meurtre (une protestation contre le célibat des prêtres).. Son procès, qui se conclut par sa condamnation et son exécution le , donne lieu à de nouveaux esclandres de sa part.. Une plaque scellée, à l'entrée de la nef de l'église Saint-Étienne-du-Mont commémore l'assassinat de l'archevêque..

Apparitions mariales Apparitions de Lourdes vignette|redresse|Vitrail de la basilique de l'Immaculée-Conception - de la Vierge qui révèle à Bernadette : . À Lourdes, Bernadette Soubirous affirme que, le , soit quatre ans après la promulgation du dogme, la « dame » qui lui est apparue s'est elle-même présentée ainsi, en gascon, dans la grotte de Massabielle, à Lourdes : « Que soy era immaculada councepciou » (« Je suis l'Immaculée Conception »).. Jean-Paul II indiquera dans une homélie que cette déclaration vient confirmer le dogme de l'Immaculée Conception puisque ..

Apparitions de Gietrzwałd