Wang Wei (), nom de cour et de plume, (), né en 701 à Jinzhong et mort en 761 à Chang'an (aujourd'hui Xi'an), est un poète, peintre et musicien chinois de la période Tang. Adepte du bouddhisme chan, il choisit comme nom public celui de Mojie (« Mo-kie », c'est-à-dire « Wei-mo-kie »), qui est la transcription en chinois du nom Vimalakirti porté par un bodhisattva laïc. Ce bodhisattva, personnage central du Sūtra de Vimalakirti, est son modèle et idéal. Il fait partie des « Dix amis de l'École des Immortels » (仙宗十友) Catégorie élogieuse forgée par les lettrés des Cinq Dynasties et après, pour célébrer un groupe de dix hommes de lettres du début de l’ère florissante des Tang. Les membres de ce groupe étaient pour la plupart étroitement liés au taoïsme, et œuvraient principalement dans les domaines de la littérature et de la religion, Le groupe comprend : Chen Zi'ang, Lu Zangyong, Sima Chengzhen, Wang Shi, Bi Gou, Li Bai, Meng Haoran, Wang Wei et He Zhizhang, Song Zhiwen.. Il est le créateur, avec Meng Haoran, de la poésie rustique.
Biographie
Wang Wei passe avec succès les examens impériaux dès l'âge de vingt ans et fait ensuite une carrière brillante. Durant la rébellion d'An Lushan, il est fait prisonnier par les rebellesSelon une autre version, enrôlé de force par les rebelles, c'est une fois ces derniers vaincus qu'il séjourne brièvement en prison. V. Paul Demiéville (dir.), Anthologie de la poésie chinoise classique, p. 269.. Sa carrière se termine en tant que grand ministre de droite. Sa propriété de campagne de Wangchuan (le « Val de Jante »), à environ cinquante km au sud-est de Chang'an, où il séjourne souvent, est réputée. Wang Wei est proche du bouddhisme et un amoureux de la natureJacques Pimpaneau, Chine. Histoire de la littérature, Philippe Picquier, 1989, rééd. 2004, p. 187-193..
Poésie L'intérêt de Wang Wei pour le bouddhisme se manifeste par le calme et le détachement qui imprègne sa poésie. On remarque en outre l'œil du peintre dans sa poésie par l'intérêt porté aux couleurs et aux distances. Chez les critiques ultérieurs, cette double activité est à l'origine de l'idée essentielle de la création artistique en Chine selon laquelle la poésie s'identifie à la peinture et inversement. Su Dongpo, poète de la dynastie Song, est le premier à formuler cette idée à propos de Wang Wei : « Quand je savoure un poème de Wang Wei, j'y trouve une peinture ; quand je contemple une peinture de Wang Wei, j'y trouve un poème »Pierre Ryckmans, « Les propos sur la peinture de Shi Tao - Traduction et commentaire », Arts asiatiques, 1966, vol. 14, n 14, p. 128. . Il a aussi écrit des poèmes appartenant au genre poésie de frontière.
Peinture Bien que l'on ait conservé un portrait attribué à Wang Wei, ce dernier est surtout connu dans l'histoire de la peinture chinoise non pour sa peinture de personnages, mais pour avoir inventé le paysage monochrome à l'encre, exécuté selon la technique du lavis. C'est en effet à partir du milieu de la période Tang que la peinture chinoise s'intéresse de plus en plus à l'aspect expressif du trait, au détriment de la couleurJames Cahill, La Peinture chinoise, Skira, 1960, rééd. Skira-Flammarion, 1977, p. 16-19..
On a aussi attribué à Wang Wei un traité sur la peinture. Il s'y intéresse notamment au problème des proportions et de l'effacement des détails avec la distance. C'est aussi dans ce traité qu'est exprimé pour la première fois le principe selon lequel « l'idée précède le pinceau », principe maintes fois repris par la suitePierre Ryckmans, « Les propos sur la peinture de Shi Tao - Traduction et commentaire », p. 90..
Portrait de Fu Sheng vignette|alt=Portrait de Fu Sheng, attribué à Wang Wei|left|190px|Portrait de Fu Sheng, attribué à Wang Wei. Le Portrait de Fu Sheng (ou Fou Sheng) est un portrait attribué depuis le à Wang Wei. Cette peinture est faite d'encre et de couleurs sur la section d'un rouleau horizontal en soie, haut de 26,1 cm. Elle innove dans le genre de la peinture de personnage par rapport aux périodes précédentes par la souplesse du dessin. Il est possible qu'elle date du .
Fu Sheng est un confucianiste qui, lors de l'autodafé ordonné par Qin Shi Huang au , prend soin de dissimuler dans un mur de sa maison un exemplaire du Classique des documents. Il passe ensuite le reste de sa vie à en expliquer le sens à ses contemporains. C'est la scène qui est représentée dans ce portrait, où on le voit désignant du doigt, avec un sourire, un passage du texte à son auditoire. On a avec cette peinture une illustration de l'amour du lettré pour la Vérité.
Le portrait est conservé au musée municipal d'Osaka. vignette|Cascade Liste des peintures attribuées
Portrait de Fu Sheng, musée municipal d'Osaka Cascade, Chishaku-in, Kyoto
Traductions . . Rémi Matthieu (dir.), Anthologie de la poésie chinoise, Paris, Gallimard, coll. « Pléiade », 2015, p. 350-360 — trad. par Florence Hu-Sterk. Wang Wei, Le plein du vide, trad. du chinois par Cheng Wing fun et Hervé Colleret, Millemont, Moundarren, 1991 . Wang Wei, Les saisons bleues : L’œuvre de Wang Wei poète et peintre, trad. du chinois par Patrick Carré, Paris, Phébus, coll. « Libretto », 2004 -
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie Kôzen Hiroshi, « Trois aspects de la lune dans la poésie Tang : Wang Wei, Li He, Li Shangyin », Études chinoises, n 19, 2000.
Article connexe Poésie chinoise
Liens externes
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