La conférence de Berlin, du , est une succession de rencontres entre ministres allemands et prussiens dans un premier temps, et entre représentants allemands et austro-hongrois dans un second temps. Cette conférence se tient à Berlin quelques jours avant le déclenchement de la révolution d'Octobre ; parallèlement, les antagonismes entre le chancelier Georg Michaelis, soutenu par le secrétaire d'État Richard von Kühlmann, d'une part, et, d'autre part, les militaires, principalement les Dioscures, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, atteignent alors un point culminant, incitant les militaires à demander la démission du chancelier, actant leurs désaccords sur le programme de réforme intérieure du De 1871 à 1945, le nom officiel de l'État allemand est .En 1917, un ambitieux programme de réformes politiques en Prusse et dans le , porté par les chanceliers Theobald von Bethmann Hollweg puis Georg Michaelis, son successeur, divise les responsables allemands, les militaires se rangeant du côté des conservateurs.. Ces différends entre responsables politiques et militaires ont également pour enjeu la définition d'un nouveau programme des buts de guerre du et les concessions que les Allemands seraient prêts à faire à leurs alliés, principalement la double monarchie, épuisée par plus de trois années de conflit, mais hostile à tout renforcement excessif de la tutelle allemande sur l'Europe centrale et orientale.
Contexte Situation des puissances centrales à l'automne 1917
Durant l'automne 1917, la situation militaire des puissances centrales est contrastée : des succès importants ont été remportés, mais ils n'ont pas permis de décider de l'issue du conflit alors que les armées de la Quadruplice multiplient les handicaps, générateurs d'un affaiblissement de plus en plus prononcé au fil des mois.
L'armée allemande, depuis les défaites qu'elle a essuyées en 1916, à Verdun et sur la Somme, se trouve ainsi face à une crise des effectifs que les pertes accentuent lentement mais sûrement au fil des mois. Cependant, cet affaiblissement, intenable sur la durée, n'interdit pas les succès partiels : les armées de la Quadruplice sont encore capables de donner un coup d'arrêt aux offensives alliées, d'en remettre en cause la préparation et de priver les Alliés de toute capacité offensive en Italie. Affrontant des pertes toujours plus difficiles à combler au fil des mois, les armées de la Quadruplice ne sont donc plus en mesure de remporter la victoire, mais, appuyée par le Reich, la double monarchie est en mesure d'infliger aux Italiens une défaite quasi-totale sur l'Isonzo, tandis que l’opiniâtreté des soldats allemands prive les Britanniques, les Français et les Belges d'une victoire stratégique dans les Flandres.
Ces succès partiels ont permis à la double monarchie d'améliorer la situation militaire à laquelle elle doit faire face : la décomposition de l'armée russe, amplifiée par l'échec de l'offensive de Kerenski lancée le , supprime tout danger de retour offensif russe en Galicie austro-hongroise ; dans les Balkans, en dépit de succès tactiques appréciables, les Alliés ne disposent pas encore de capacités offensives de nature à menacer en 1917 la cohésion du front austro-bulgare. Ce rétablissement militaire, impossible sans le soutien du Reich, ne masque cependant pas la gravité de la situation intérieure de la double monarchie, déjà préoccupante lors de la remise le à l'empereur Charles du rapport intitulé . Enfin, conscients de cet épuisement, les responsables austro-hongrois multiplient les initiatives afin de sortir du conflit, le ministre des affaires étrangères austro-hongrois Ottokar Czernin proposant des entretiens bilatéraux avec Paul Painlevé, alors président du conseil de la France.
Enfin, les planificateurs stratégiques austro-hongrois et allemands ont préparé de multiples offensives destinées à être lancées durant le printemps de 1918, en France et en Italie ; de plus, depuis le , les unités germano-austro-hongroises sont engagées dans la poursuite de l'armée italienne, en déroute sur le front de l'IsonzoLe , une offensive de rupture germano-austro-hongroise rompt le front italien figé le long de l'Isonzo depuis l'entrée en guerre de l'Italie le ..
Les accords austro-allemands de Kreuznach
thumb|gauche|alt=hommes en uniforme|Guillaume II visitant les champs pétrolifères de Roumanie en 1917.
Le , lors de la première rencontre officielle entre Guillaume II et Charles , une solution avait été trouvée pour partager le continent en une sphère d'influence allemande et une sphère d'influence austro-hongroise, attribuant la Pologne, la Courlande et la Lituanie au Reich et la Roumanie, alors occupée par les armées de la Quadruplice, à la double monarchie.
Les , les Austro-hongrois valident les termes de la note finale rendant compte des pourparlers de Kreuznach du mois de mai précédent ; le conseil des ministres de la double monarchieLe conseil des ministres de la double monarchie réunit les ministres communs des finances et de la guerre, les premiers ministres autrichiens et hongrois, sous la double présidence de l'empereur et du ministre des affaires étrangères. accepte le programme de buts de guerre de Kreuznach, définissant les régions destinées à être annexées au Reich et à la double monarchie, ainsi que les zones relevant d'États indépendants, mais promises à une stricte tutelle allemande ou austro-hongroise.
Cependant, les responsables allemands se montrent rapidement intéressés par la Roumanie, notamment après un voyage de Guillaume II au mois de dans le royaume occupé ; à l'issue de ce voyage, l'empereur allemand se montre conquis par les , essentiellement ses richesses minières et agricoles.
Le programme allemand du
thumb|Le Parkhotel de Kreuznach, siège de l', accueille la conférence du .
Le , une conférence réunit à Kreuznach, alors siège de l' (OHL, haut-commandement allemand), le chancelier du , Georg Michaelis et le secrétaire d'État Richard von Kühlmann, sous la présidence de Guillaume II. Durant cette rencontre, les militaires exposent les objectifs qu'ils assignent à la guerre au terme trois années de conflit, dans un mémorandum en ; ils se heurtent aux civils, fermes partisans de la dévolution de la couronne de Pologne à un archiduc Habsbourg.
Ce programme en définit les nouvelles orientations que les militaires allemands souhaitent voir mises en œuvre dans la poursuite des buts de guerre. Les Dioscures aspirent ainsi à mettre l'Autriche-Hongrie sous une stricte tutelle du pour une durée de vingt années, dans le cadre d'une alliance militaire défensive et offensive, d'une union douanière étendue dans le cadre de la constitution de la Mitteleuropa ; de plus, ils souhaitent que la double monarchie se désintéresse de la Roumanie, en échange de la Pologne. Les militaires allemands souhaitent également obliger la monarchie habsbourgeoise à s'engager fermement à poursuivre sa participation dans le conflit jusqu'à la victoire du .
Au terme d'un échange serré entre civils et militaires, le chancelier parvient à un compromis entre les positions défendues par les Dioscures et celles défendues par le secrétaire d'État : les divergences portent plus sur la forme que doit prendre la prééminence allemande en Europe que sur son bien-fondé ou son extension géographique. En effet, les participants à la réunion du se montrent partisans de la reprise des négociations économiques avec la double monarchie, afin de conclure une union douanière entre les deux empires.
Les directives du 22 octobre 1917
thumb|Ottokar Czernin, représentant la double monarchie à Berlin, accepte les termes de la conférence de Vienne du .|alt=portrait d'homme
Au cours de l'automne 1917, le représentants allemands multiplient les occasions pour redéfinir les termes des accords négociés au mois de mai précédent à Kreuznach, tentant d'échanger la Pologne, promise au mais partagée en zones d'occupation allemande et austro-hongroise, contre la Roumanie, promise à l'Autriche-Hongrie.
Le , Ottokar Czernin accepte, au nom de la double monarchie, les proposées par Richard von Kühlmann, au terme d'une rencontre ministérielle à Vienne. Czernin reconnaît le bien-fondé des exigences allemandes sur la Belgique, sur la Courlande et la Lituanie, tout en engageant le gouvernement allemand à ; en échange, Czernin parvient à négocier le maintien de certaines des positions, politiques, économiques et commerciales de la double monarchie dans la régence polonaise largement placée sous tutelle allemandeLa Pologne, champ clos des rivalités austro-allemandes, est alors partagée en deux zones d'occupation, une allemande et une austro-hongroise..
En échange du renforcement et de la pérennisation des liens entre le et la double monarchie, les Allemands se montrent prêts à abandonner le trône de Pologne à un archiduc Habsbourg, Charles-Étienne de Teschen, voire à accepter l'intégration politique du royaume en cours de constitution au sein de la double monarchie. Cependant, cet abandon se révèle surtout de façade : les accords entre le royaume de Pologne et le Reich garantissent une entre la Pologne et la double monarchie mais placent le royaume restauré sous une stricte tutelle politique et économique allemande.
Participants
thumb|gauche|Georg von Hertling, ici en 1908, prépare la conférence pour le compte du .|alt=portrait d'homme
La conférence de Berlin est en réalité constituée de plusieurs réunions gouvernementales présidées par Georg von Hertling, le nouveau chancelier du et ministre-président du royaume de Prusse. Dans un premier temps, elles réunissent des membres des gouvernements des principaux États fédérésAu sein du mis en place par Bismark, les 39 États fédérés jouissent d'une importante autonomie interne. auxquelles assistent les militaires allemands ; dans un second temps, la conférence s'ouvre à des représentants austro-hongrois.
Négociateurs allemands
vignette|Karl Helfferich, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, ici en 1915, participent activement à cette rencontre.|alt=trois hommes
La conférence est préparée par Georg von Hertling, le nouveau chancelier du Reich, et son vice-chancelier, Karl Helfferich, sous le contrôle strict de Richard von Kühlmann et des militaires, les Dioscures Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, présents à Berlin durant toute la durée des échanges, en dépit de l'hostilité des députés du .
Le chef de la délégation allemande, Hermann Johannes, directeur des Affaires économiques de l', jugé trop timoré, se trouve rapidement écarté par le vice-chancelier, Karl Helfferich, et par l'ambassadeur allemand à Vienne, Botho von Wedel. Au terme d'une intrigue de couloir, Hermann Johannes se voit remplacé par son collègue, le diplomate Paul Koerner : celui-ci, totalement acquis aux projets économiques du vice-chancelier, possède une réputation de très grande compétence dans le domaine des négociations commerciales.
Le vice-chancelier, Karl Helfferich, préside la rencontre avec les négociateurs austro-hongrois, ouverte le , mais il se montre impuissant face à l'ampleur du fossé qui sépare les Allemands des Austro-Hongrois sur la question des buts de guerre.
Lors du conseil de la couronne allemande, est également présent , dernier ministre-président du royaume de Bavière.
Négociateurs austro-hongrois
Annoncée après le , la présence d'Ottokar Czernin, ministre des affaires étrangères de la double monarchie, à Berlin le incite le chancelier Georg Michaelis à proposer un report de quelques jours la tenue de pourparlers germano-austro-hongrois initialement planifiés les .
Négociations La poursuite de la guerre
Le chancelier, Georg von Hertling, et les militaires tentent de renforcer au profit du Reich les dispositions négociées avec la double monarchie à Kreuznach le 7 octobre précédent et d'obtenir l'accord austro-hongrois pour réviser les termes des accords de Kreuznach du mois de mai précédent.