Les Faluns de Bretagne constituent des dépôts remarquablement fossilifères datant du Miocène, dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques affleurements. Ils correspondent à l'emplacement de la mer des Faluns.
Origine
Par son origine, la roche est aussi appelée faluns de Saint-Grégoire. Un indice de l'antériorité du bassin rennais, est le nom de Sablons de Saint-Grégoire, donné, d'après Jean-Baptiste Ogée, aux produits extraits au Quiou dans la localité même et tout autour.
Ce calcaire a été utilisé pour la construction d'églisesSaint-Grégoire., ainsi que de chapellesChapelle Saint-André de Domagné. Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, Volume 4 ;Volume 14, ou encore de tombeauxPar exemple, à l'Abbaye Notre-Dame du Nid-au-Merle. . On le retrouve également dans les murs de certaines maisons d'habitation.
Si les couches les plus consolidées servaient aux constructions, les couches les plus « tendres » des faluns étaient destinées à la fabrication de chaux ou employées aux fins d'amendement des terres agricoles acides.
Gisements Selon les sites concernés, les faluns recouvrent en discordance aussi bien des dépôts cénozoïques plus anciens, comme le contact avec l'Oligocène reconnu à Chartres-de-BretagneDangeard, Milon, 1926., que des dépôts protérozoïques ou paléozoïques divers, briovériens à ordoviciens. À leur sommet, ils sont généralement altérés et recouverts de sable rouge du Miocène terminal et du Pliocène.
En Bretagne, ces faluns sont connus : par des gisements au sud de Dinan : le Calcaire du Quiou (Le Quiou, Tréfumel, Saint-André-des-Eaux, Saint-Juvat) ; au sud : Médréac, Plouasne, Landujan ; au sud de Dinan : Dingé, Feins, GahardFrancesco Bassani donne la liste des poissons trouvés dans le Miocène de Gahard dans : Ricerche sui pesci fossili del miocene medio di Gahard (Ile-e-Vilaine) in Francia. – Atti Soc. Veneto-Trentina Sci, Naturali Padova, 6/1878: 43-70, pl. 5. – Padova., Guipel, Saint-Sauveur-des-Landes ; à Saint-Aubin-d'Aubigné près de Rennes, où ils ont été observés et exploités : falun de Saint-Grégoire (Saint-Grégoire), falun de Chartres-de-Bretagne (Chartres-de-Bretagne, Bruz) ; d'autres sont localisés à Saint-Jacques-de-la-Lande, Lohéac, Noyal-sur-Brutz, Coësmes, Erbray, Vertou ; d'autres sont localisés à l'est de l'Ille-et-Vilaine : Le Pertre, et en Mayenne à Beaulieu-sur-OudonAvec un petit lambeau de sables fossilifères (situé à la Chevalerie). thumb|right|L’étang de Lormandière. Les affleurements aujourd'hui sont rares, la plupart des carrières sont maintenant oblitérées car comblées ou remplies d'eau, l'affleurement est presque toujours caché par la culture ou par les dépôts quaternaires, ou par l'urbanisme.
Les profondeurs d'extraction sont, depuis la fin du , limitées par l'obligation de respecter la capacité de stockage de l'eau en profondeur (nappe phréatique des faluns).
Description
Les faluns bretons, bien que réduits à peu d'affleurement sont remarquables par la richesse marine de leur faune. Leur cachet marin, plus franc que les faluns contemporains d'Anjou et de Touraine, s'exprime notamment par la présence d'espèces d'échinodermes originales, et par des faciès peu différenciés. La rareté de la faune terrestre marque des milieux de dépôts marins éloignés ou protégés des influences continentales. On pense plutôt à un archipel d'îles ou d'îlots qui, dans ce détroit, ont pu protéger les zones les plus centrales des apports continentaux au sein de la mer des Faluns.
Paléoenvironnement vignette|droite|Cyprès chauve De nombreux invertébrés indiquent un climat tempéré chaud à subtropical. D'une part, la forte épaisseur des coquilles de certains mollusques, telles les grandes huîtres Crassostrea gryphoides et les peignes géants Gigantopecten albina est généralement favorisée par des hautes températures. D'autre part, divers taxons de gastéropodes (Cassis, Conus, Cypraea), ou d'échinidides (clypéastéroïdes et cassiduloïdes de grandes tailles) des faluns de Bretagne sont aujourd'hui typiques de régions méditerranéennes, indo-pacifiques ou caraïbes. De plus, les bryozoaires, à la fois très abondants et très diversifiés dans les faluns, constituent une association d'espèces d'eau relativement chaude. La paléotempérature de l'eau de mer estiméeÀ partir des rapports isotopiques de l'oxygène contenu dans les os des siréniens. est de 20 degrés avec une marge de +/- 2 degrés. Le caractère tempéré chaud à subtropical des faluns a été confirmé par des analyses géochimiques de certains fossiles.
Les dépôts de sédiments se sont établis sous l'action de forts courants. L'usure et la fragmentation des coquilles et des grains de quartz en témoignent. De plus, la morphologie plate de certains échinides (Amphiope et scutelles) ou les formes en boules ou à rameaux trapus de Bryozoaires sont typiques d'un milieu de sédimentation importante soumis à un fort hydrodynamisme. Cette sédimentation présente parfois sur les fronts de taille des falunières (par exemple dans la carrière du Perchais) des stratifications obliques qui attestent d'une agitation du milieu et de dunes sous-marines dues à des courants marins. Ces stratifications obliques sont souvent d'orientations variées, ce qui marque des changements de direction des courantsBiagi et al, 1996... Le bras de mer breton, parsemé d'îles et d'îlots rocheux, qui prolongeait la mer des Faluns, vers le nord, était vraisemblablement parcouru d'eau variant de quelques mètres à plusieurs dizaines de mètres.
Les fonds sableux de ce détroit étaient le territoire des faunes benthiques avec pour l'essentiel des algues rouges calcaires (rhodolites, maërl), et divers groupes d'invertébrés : brachiopodes, bivalves, bryozoaires, et échinodermes.
Plusieurs espèces de vertébrés sont indicatrices d'un environnement marin de type subtropical à tempéré chaud comme certains requins et téléostéens à affinités tropicales, ou comme les mammifères marins (siréniens et cétacés), ainsi que la faune terrestre à grands mammifères, crocodiliens et tortues proches des faunes africaines.
Dans les lagons ou les estuaires bordiers de la mer des Faluns vivaient les mammifères marins, cétacés et siréniens. Les requins fréquentaient également le bras de mer reliant la Manche au golfe étendu sur l'Anjou et la Touraine, se nourrissant de poissons et de siréniens.
L'environnement terrestre bordant le bras de mer des faluns bretons est plus difficile à cerner du fait du manque de restes d'animaux ou de végétaux. Néanmoins, ce milieu devait présenter de nombreux ilots forestier de type savane, une végétation clairsemée de Taxiodacées, de conifères et de quelques palmiers suffisamment propices aux proboscidiens ou aux artiodactyles et périssodactyles. Enfin dans les zones les plus margino-littorales (marécages, estuaires) se déplaçaient les crocodiliens et les tortues. Des fragments de bois silicifiés du genre Taxodioxylon, trouvés à Chartres-de-Bretagne indique la présence d'arbres de type cyprès chauveJean Paline, 1985..
Fossiles et Histoire Pouvoirs médicaux
Les fossiles des faluns ont de très loin attiré l'attention des hommes dès l'Antiquité, ou sont réputés pour leur pouvoir médicinal. Le falun de Saint-Grégoire est ainsi selon Germain Baudre cité dans le Petit traité de l'antiquité et singularités de Bretagne Armorique de Roch Le Baillif dès le .
Le Baillif parle de la « pierre Istricus », de la « crapaudine », de la pierre ponce, et de la « Langue de Serpent (Telum Jovis) » les suivantes : la « pierre Astacus », la « Serpe de Saturne », et la « Dent armorique ». Il déclare dans son traité : « Ces trois dernières avec le Telum Jovis se trouvent en bonne quantité à une lieüe près ceste ville de Rennes sur un lieu appartenant au sieur de la Mouneraye RiantIl s'agit de Pierre Riaud, sieur de la Moulneraye, époux de Marie Le Gonidec, qui possédait en 1582 du chef de sa femme, le manoir de Galisson, en Montgermont., lequel m'en apporta bonne quantité. ».
Pour Germain BaudreBulletin de la Société géologique et minéralogique de Bretagne, 1925., ce que Le Baillif prenait pour des pierresIstricus, Crapaudine, Astacus, Serpe de Saturne, Dent armorique., n'était autre chose que des fossiles trouvés dans les faluns de Saint-Grégoire. Il reste plus réservé sur la Langue de Serpent.
Études paléontologiques C'est à partir de la fin du que les dépôts du Miocène moyen ont fait l'objet des premières études paléontologiques. Les fossiles qui suscitaient le plus grand intérêt étaient déjà, comme les faluns d'Anjou et de Touraine, les Bryozoaires, les Pectinidés, les Échinides et les restes de Vertébrés.
Au début du , des monographies paléontologiques ont été ensuite réalisées en réunissant bien souvent les faunes des faluns bretons à celles d'Anjou et de Touraine. Invertébrés Algues calcaires Parfois confondues avec des colonies de bryozoaires massives, les rhodolites résultant des algues calcaires lithotamniées sont très abondantes et de tailles variées. Présentes sous forme de concrétions mamelonnées et encroûtantes (feuilletées en cassure), tels le maërl des côtes bretonnes, elles possèdent généralement une teinte blanche plus accusée que celle du falun environnant. Leur accumulation a produit au sein des faluns bretons un faciès particulier, graveleux (graviers de rhodolites)), et induré, assimilé dans le langage courant local à une formation récifale et localisé à Saint-André-des-Eaux, avec pour nom le Récif du Besso. Annélides Quelques annélides sont également présents sous forme de coquilles tubulaires de serpules entortillées en spirale irrégulières ou en pelotes et formant des amas d'un à quelques centimètres. De petites spirales très régulières, infra-centimétriques, sont également visibles en creux sur des moules internes de bivalves, comme Spirorbis spirorbis. Brachiopodes Il n'y a que très peu de grands brachiopodes articulés dans les faluns miocènes de Bretagne. Les rares térébratules connues en collection historiques proviennent du bassin de Chartres-de-Bretagne ou de Saint-Juvat. Par contre, les petits brachiopodes inarticulés sont très abondants. La forme la plus commune est Thecidea acuminata. Elle est associée à des Crania proches de Crania bouryi. La diversité comme moins importantes que celle déterminée par de Morgan en 1915, pour les faluns de Touraine. On y trouve aussi Terebratula perforata dans les faluns de Saint-Juvat. Bryozoaires Historique Des bryozoaires (Ectoprocta) Cheilostomatida ont été originellement rapportés aux genres Celleporidae et Retepora par Gaston-Casimir Vasseur en 1831. Ultérieurement, Canu et Lecointre (1925-1930, 1933-1934), puis Émile Buge ont largement amendé cette liste. Description Les bryozoaires constituent l'essentiel de la biomasse des faluns de Bretagne, avec plus de vingt espèces dont les plus petites encroûtent bien souvent les fossiles des autres organismesPar exemple les échinides. et rendent leur dégagement délicat. Il y a aussi des formes branchues ou digitées, des formes massives en boule et des formes lamellaires. Les dépôts helvétiens bretons sont des faluns à bryozoaires et peu d'autres faciès y sont clairement représentés.
Quelques niveaux de lumachelles à moules internes de mollusquesArca, Conus, Venus… sont visibles çà et là, ainsi que des lentilles finement sableuses. Les « planchers » de carrières, aujourd'hui masqués par les remblais et la végétation étaient autrefois des conglomérats riches en galets et ossements.
Les bryozoaires lamellaires les plus spectaculaires sont de grands feuillets pluricentimétriques à décimétriques de Hippadenella deshayesi, et des lames plus petites de Calpensia andegavensis, ou Smittina cervicornis.
Parmi les formes plus massives, on distingue les patatoïdes à surface uniforme : Ceriopora tumulifera, et les Meandropora cerebriformis à structure méandriforme plus complexe. S'y ajoutent également les très abondantes formes subcylindriques épaisses, simples ou à digitations multiples de Cellepora palmata.