Jean-Olivier Briand, né le à Plérin et mort le à Québec, fut un ecclésiastique français. Il arrive à Québec en 1741 où il est d'abord chanoine et secrétaire de l'évêque Henri-Marie du Breil de Pontbriand. Briand apporte son soutien spirituel aux soldats français et canadiens lors des batailles des plaines d'Abraham et de Sainte-Foy en 1759-1760. Le décès de Pontbriand en 1760 pose le problème de la nomination d'un évêque catholique dans une colonie britannique après la signature du traité de Paris en 1763.
Il est finalement nommé évêque de Québec en 1766 par le chapitre de QuébecLe chapitre est une assemblée de chanoines. Celui de Québec a été fondé par de Laval le 6 novembre 1684. Jean-Marie Lebel, La paroisse Notre-Dame de Québec. Ses curés et leurs époques, Québec, Septentrion, 2014, p. 34. . Briand reçoit ses bulles du pape Clément XIII le le nommant évêque de Québec. Il est consacré en toute discrétion le suivant à Suresnes, en France, dans une chapelle privée. Au cours de son épiscopat, il prône la soumission du clergé envers le vainqueur et la loyauté de la population envers la Couronne britannique, particulièrement lors de l'invasion américaine en 1775. Il démissionne en 1784 en faveur de son coadjuteur d'Esgly et se retire au Séminaire de Québec. Il y décède dix ans plus tard, en 1794.
Biographie
Enfance et éducation Né le dans la paroisse de Plérin, à Saint-Éloy, dans le diocèse de Saint-Brieuc, en Bretagne, Jean-Olivier était l'aîné des enfants de François Briand et de Jeanne Burel. L'une de ses sœurs, Catherine-Anne-Marie, est entrée chez les Filles du Saint-Esprit de Plérin. Elle en fut supérieure de 1779 à 1804Le couple aurait eu 5 ou 6 enfants. André Vachon, « Mgr Jean-Olivier Briand [1715-1794] », Les Cahiers des dix, (42), 1979, p. 145..
Lui-même influencé par son oncle prêtre Jean-Joseph Briand ainsi que par l'abbé René-Jean Allenou de Lavillangevin, Jean-Olivier se destine tôt à la cléricature. Il étudie au séminaire de Saint-Brieuc avant d'être ordonné prêtre en 1739André Vachon, « Mgr Jean-Olivier Briand [1715-1794] », Les Cahiers des dix, (42), 1979, p. 147..
Chanoine à Québec En compagnie d'Henri-Marie Dubreil de Pontbriand, alors évêque de Québec, il s'embarque sur le Rubis en à destination du Canada. Ils arrivent tous deux à Québec le . Le jeune Briand cumule les fonctions de chanoine, trésorier du chapitre de Québec, secrétaire de l'évêque de Pontbriand, confesseur des Augustines de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôpital général en plus de s'occuper des jeunes séminaristesAndré Vachon, « Mgr Jean-Olivier Briand [1715-1794] », Les Cahiers des dix, (42), 1979, p. 148..
Briand assistera de près aux derniers événements de la guerre de la Conquête. À l'été 1759, Québec est bombardée nuit et jour par l'armée britannique. L'évêque se réfugie à Charlesbourg, tandis que les Ursulines et les sœurs de l'Hôtel-Dieu se mettent à l'abri à l'Hôpital général. C'est aussi le cas du chanoine Briand et de Charles-Régis Blaise Des Bergères de Rigauville, chanoine du chapitre de QuébecSophie Imbeault, « “Victimes de leurs devoirs et de leur zèle” : les requêtes des Augustines de l’Hôpital général de Québec après la Conquête (1759-1819) », Bulletin d’histoire politique, 26, 1 (automne 2017), p. 140.. Les blessés y affluant après la bataille des plaines d'Abraham, le , Briand leur apporte une aide spirituelle. L'évêque rejoint ensuite Montréal avec l'armée française. Avant son départ, il a pris soin de nommer Briand, qui demeure à l'Hôpital général, grand vicaire de Québec en plus de lui accorder le titre de supérieur des Ursulines et des Augustines des deux hôpitaux. vignette|Québec est bombardée en 1759 et plusieurs bâtiments sont détruits, dont la cathédrale. Dans une ville occupée par l'armée de James Murray, il administre le diocèse jusqu'au printemps de 1760. Lors de la bataille de Sainte-Foy, le , il prend le risque de se rendre sur les lieux afin d'accompagner les soldats qui vont y mourirAndré Vachon, « Mgr Jean-Olivier Briand [1715-1794] », Les Cahiers des dix, (42), 1979, p. 150..
Pontbriand décède à Montréal le puis la colonie capitule le suivant. C'est le début d'une longue période d'incertitude pour l'Église canadienne, qui se retrouve sans évêque. Dans l'acte de capitulation, dix articles concernent l'Église catholique. Si le général Jeffery Amherst accorde la liberté de culte, il ne veut pas se prononcer sur l'organisation future de l'Église. Il refuse ainsi d'accorder l'article 30: « Si par le traité de paix, le Canada restoit au pouvoir de Sa Majesté Britannique, Sa Majesté Très Chrétiene continueroit à nomer l'évesque de la colonie, qui seroit toujours de la Comunion romaine, et sous l'autorité duquel les peuples exerceroient la religion romaineCaroline Galland, « In tempore tribulationis. L'Église canadienne de la capitulation de Québec (1759) à la Proclamation royale (1763) », dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière, dir. La Chute de la Nouvelle-France. De l'affaire Jumonville au traité de Paris, Québec, Septentrion, 2015, p. 407. ». Dans ce contexte, un doute plane quant à la survie de l'Église canadienne si la France ne gagne pas la guerre en Europe.
Une Église sans évêque Le chapitre de Québec se réunit pour la première fois depuis le début du siège de Québec le . Briand est choisi comme grand vicaire pour administrer le district de QuébecIl n'y a que 4 chanoines sur 12 qui sont présents à Québec. Étienne Montgolfier est nommé grand vicaire du gouvernement de Montréal et Jean-François Perrault pour celui de Trois-Rivières. L'abbé de l'Isle-Dieu est pour sa part nommé plus tard grand vicaire pour la Louisiane et le Mississippi tandis que Joseph-Marie de La Corne de Chaptes, vicaire général du diocèse de France. Caroline Galland, « In tempore tribulationis. L'Église canadienne de la capitulation de Québec (1759) à la Proclamation royale (1763) », dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière, dir. La Chute de la Nouvelle-France. De l'affaire Jumonville au traité de Paris, Québec, Septentrion, 2015, p. 415.. Il adopte, en témoigne ses mandements, une attitude de conciliation avec l'administration britannique pendant le régime militaire. Briand demande ainsi que dans le Canon de la messe, les prêtres prient pour le roi George III au lieu de Louis XV. vignette|De Pontbriand étant décédé en juin 1760, la question de la nomination d'un nouvel évêque est cruciale pour l'Église canadienne. John Brooke est nommé ministre des anglicans à Québec en . Il officie d'abord à la chapelle des Ursulines puis à l'église des Récollets après les messes catholiques.
Briand s'est rapproché du gouverneur James Murray, qu'il consulte sur toutes sortes de matières, dont la nomination des curés. Il lui écrit le pour « rendre compte à Sa Majesté Britannique des sentiments de reconnaissance, de respect et de soumission dont est pénétré tout le clergé séculier et régulier du gouvernement de Québec et des vœux ardens qu'il adresse à Dieu pour la santé de son royCaroline Galland, « In tempore tribulationis. L'Église canadienne de la capitulation de Québec (1759) à la Proclamation royale (1763) », dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière, dir. La Chute de la Nouvelle-France. De l'affaire Jumonville au traité de Paris, Québec, Septentrion, 2015, p. 416. ».
Dans son rapport en 1762 sur l'état de son gouvernement, Murray propose de suppléer aux nominations de Français dans l'Église canadienne : « Pour mettre fin à cette coutume, il serait nécessaire d'encourager les Canadiens à embrasser l'état religieux. Cependant, à moins qu'un évêque ne soit nommé, il sera difficile d'obtenir ce résultat car un évêque seul a le pouvoir de faire des ordinationsCaroline Galland, « In tempore tribulationis. L'Église canadienne de la capitulation de Québec (1759) à la Proclamation royale (1763) », dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière, dir. La Chute de la Nouvelle-France. De l'affaire Jumonville au traité de Paris, Québec, Septentrion, 2015, p. 410. ».
Même si la paix n'est pas encore officiellement signée, il devient de plus en plus évident que les Britanniques devront bientôt administrer de nouveaux sujets canadiens et catholiques. Peu à peu, les choses reprennent leur cours normal à Québec. Les églises sont reconstruites, les Ursulines reprennent leur enseignement et le Séminaire rouvre ses portes le . Briand fait chanter un Te Deum en 1762 à l'occasion du couronnement et du mariage de George III.
Le traité de Paris, signé le , statue que les « nouveaux sujets catholiques romains puissent professer le culte de leur religion selon le rite de l'Église romaine en tant que le permettent les lois de la Grande-BretagneCité dans Denis Vaugeois, « Le sort de l'Église et des communautés religieuses au lendemain de 1760 », dans Sophie Imbeault, Denis Vaugeois et Laurent Veyssière, dir., 1763. Le traité de Paris bouleverse l'Amérique, Québec, Septentrion, 2013, p. 352. ». De nouveaux candidats à la prêtrise peuvent être formés. Or, la nomination d'un nouvel évêque demeure l'enjeu principal puisque le traité n'est pas très clair à ce sujet.
Briand fait célébrer la signature du traité par un Te Deum dans lequel il affirme que: « La reddition de Québec vous laissait à la disposition d'une armée victorieuse; vous fûtes sans doute d'abord alarmés, effrayés, consternés. [...] Vous ignoriez que l'aimable et toujours attentive Providence vous avait préparé un gouverneur qui, par sa modération, son exacte justice, ses généreux sentiments d'humanité, sa tendre compassion pour le pauvre et le malheureux, et une rigide discipline à l'égard de ses troupes, devait faire disparaître toutes les horreurs de la guerre. [...] Ces nobles vainqueurs ne vous parurent-ils pas, dès qu'ils furent nos maîtres, oublier qu'ils avaient été nos ennemis, pour ne s'occuper que de nos besoins et des moyens d'y subvenir?Cité dans Donald Fyson, « La réconciliation des élites britanniques et canadiennes (1759-1775) : reconnaissance mutuelle ou rhétorique intéressée? », dans Sophie Imbeault, Denis Vaugeois et Laurent Veyssière, dir., 1763. Le traité de Paris bouleverse l'Amérique, Québec, Septentrion, 2013, p. 264. »Comme Pontbriand, qui préconisait la soumission du clergé en cas de victoire britannique dès , Briand prêche la soumission face à un conquérant magnanime pour ses nouveaux sujets.
Le , Joseph-Marie de La Corne se rend à Londres pour régler la question délicate de la nomination d'un évêque à Québec. Il écrit même un mémoire à lord Egremont à ce sujet. Ses efforts restent toutefois vains. Lord Egremont écrit à Murray en que les lois de la Grande-Bretagne « n'admettent absolument pas de hiérarchie papale dans aucune possession appartenant à la couronne de la Grande-Bretagne et ne peuvent que tolérer l'exercice de cette religionCaroline Galland, « In tempore tribulationis. L'Église canadienne de la capitulation de Québec (1759) à la Proclamation royale (1763) », dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière, dir. La Chute de la Nouvelle-France. De l'affaire Jumonville au traité de Paris, Québec, Septentrion, 2015, p. 412.. »