Une classe sociale est, dans son sens le plus large, un groupe social de grande dimension, ce qui le distingue des simples professions, pris dans une hiérarchie sociale de fait et non de droit, ce qui le distingue des ordres et des castes.

Cette notion est au centre des critiques anarchiste et marxiste du capitalisme, toutes deux voulant une société sans classes, mais ne leur est pas spécifique, elle fait même partie du lexique sociologique courant.

Le concept de « lutte des classes » émerge chez des historiens libéraux bourgeois comme François Guizot, Augustin Thierry ou Adolphe Thiers au .

Au milieu du même siècle, Karl Marx innove en posant la classe sociale comme définie par des rapports de production d’où découle une mobilisation politique pour des intérêts objectivement ou subjectivement partagés, y compris au quotidien, ce que les marxistes évoquent aussi par "comportement de classe". De la lutte de classes peut découler ainsi également la "conscience de classe".

Bien après lui, les débats portent encore sur la nature des rapports entre classes sociales, sur le critère de leur différenciation, et sur la pertinence même du concept, ses opposants évoquant les transformations sociologiques qu'ont connu les sociétés industrielles et post-industrielles.

Histoire Selon Marcel Conche, Montaigne dans sa relecture d'Épicure, « naturalise » les différences de classes socialesMarcel Conche, « Montaigne et la philosophie », Presses universitaires de France, 2007.. Christophe Bardyn note que Montaigne tient compte des différences de classes sociales dans ses propositions contre les injustes répartitions des taxes et impôtsChristophe Bardyn, Montaigne : La splendeur de la liberté, Flammarion..

Les classes sociales relevant d'un rapport antagoniste Karl Marx, dans ses analyses de la société industrialisée, a mis en évidence l’existence de classes sociales, groupements d'individus partageant des intérêts communsKarl Marx, Manifeste du parti communiste, 1848.. Le nombre de ces classes sociales ne fut pas strictement défini. Cela dépend de ses ouvrages et de l'époque de leur rédaction. Le nombre considéré variait de trois à sept. Dans son ouvrage Les Luttes de classes en France, il définit sept classes socialesMichel De Coster, Introduction à la sociologie, 1992, : « L'explication de Marx ». : l'aristocratie financière ; la bourgeoisie industrielle ; la bourgeoisie commerçante ; la petite bourgeoisie ; la paysannerie ; le prolétariat ; le sous-prolétariat.

Mais Marx a toujours considéré que les deux classes les plus importantes étaient le prolétariat et la bourgeoisie capitaliste (propriétaire des moyens de production), qui sont les deux pôles antagonistes acteurs de la lutte des classes dans la société industrialisée. Il distingue la classe en soi (liée à une organisation objective) et la classe pour soi (liée à la conscience collective).. Sa conception de la société a été inspirée par l’étude de l’histoire selon une méthodologie particulière : la conception matérialiste de l'histoire. Ces rapports de domination/soumission traversent les âges grâce à la transmission de la position sociale par héritage. En interactionnisme structural une classe sociale est vue comme « une classe d'équivalence, une structure pour une relation sociale ». Par exemple, la relation « faire partie de la catégorie socio-professionnelle des ouvriers » définit la classe sociale des ouvriers comme un des éléments du quotient de la population (l'ensemble des individus) par la relation sociale (avoir la même catégorie socio-professionnelle).

Le philosophe Louis Althusser approfondira l'idée de MarxLouis Althusser, Pour Marx, 1965 estimant que la formation sociale génère un invariant structural qui la sur-détermine par le fait qu'en tant que hiérarchie de concept, elle procure la définition et l'ordre d'apparition des concepts (ce qui dénote une approche structuraliste de la notion de classe sociale). Il indiquait cependant que les membres des classes supérieurs étaient nécessairement supérieurs intellectuellement parlant.

Pour Jean Jaurès, qui suit Marx sur ce point, « le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d'un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre côté ceux qui, n'ayant, ne possédant que leur force-travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. Entre les deux classes, entre les deux groupes d'intérêts, c'est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance »Jean Jaurès, "Les deux méthodes", 26 novembre 1900..

Pour Nicos Poulantzas, l'État fait perdurer ces structures sociales par le fait que la classe dirigeante favorise les intérêts de la classe dominante. L'État est alors la condensation matérielle de rapports de forces entre classesNicos Poulantzas, L'État, le pouvoir, le socialisme, 1978.

Les classes sociales analysées comme ne relevant pas automatiquement d'un rapport antagoniste Joseph Schumpeter estime que la classe sociale naît de la fonction exercéeJoseph Schumpeter, Impérialisme et classes sociales, 1951 (on retrouve déjà cette idée chez PlatonPlaton, La république, livre III comme idéal social).

Auto-conscience, conscience de classe

C’est un concept utilisé dans les champs de la sociologie, de la psychologie et du militantisme. Il tire son origine de la théorie marxiste, qui en fait une pierre angulaire de la lutte des classes.

L'existence même de classes sociales est contestée par certains auteurs, au motif qu'une classe sociale nécessiterait une conscience de classe pour être définieVoir, plus généralement, « Middle-class : confusion de terme, confusion de concept », Futur Antérieur, , 1994 par Christian Marazzi..

De son côté, Marx avait précisé que la conscience de classe est souvent ignorée ou souterraine, chez l’individu, voire dissimuléee ou même refoulée, en analysant le processus de "prise de conscience".

Sociologie Pour Max Weber, les classes sont d'ordre économique, c'est-à-dire fonction du mode de distribution des revenus et du patrimoineMax Weber, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1905, mais également d'ordre social (fonction du prestige), et d'ordre politique (fonction du mode de contrôle de l'État).

Pour Vilfredo Pareto, les classes sociales naissent de l'opposition de masse d'individus et des élites gouvernementales au pouvoir. Ainsi, tout pouvoir implique cette séparation antagonisteVilfredo Pareto, trattato di sociologia generale, 1916. Cependant, il estime que les groupes sont hétérogènes, notamment parce que les individus adhèrent à des valeurs différentes, et qu'ils sont évolutifs : les élites changent, ainsi que les limites de cette séparation antagoniste.

Pour Ralf Gustav DahrendorfRalf Gustav Dahrendorf, Classes et conflits de classes dans la société industrielle, 1973, les classes sociales ne relèvent pas automatiquement de rapports antagonistes ouverts. Les conflits d'intérêts génèrent une grande diversité de classes sociales. Le niveau de mobilité sociale qui entraîne une liberté de manœuvre rend les classes sociales traditionnelles plus diffuses et diverses. Les conflits raciaux et de religion peuvent aussi générer des changements sociaux. Il part des principes de changements exogènes de l'histoire et de possibles renégociations au sein de la société.

Henri Mendras décrit la société comme une « toupie » composée de « constellations » : la majorité de la population s'agrège dans une « constellation populaire » (50 % de la population) et une « constellation centrale » (25 %), qui constituent, avec les indépendants (15 %), le « ventre » de la toupie ; en dessous et au-dessus, la « pauvreté » (7 %) et « l'élite » (3 %), minoritaires, en constituent les pointesHenri Mendras, La seconde révolution française 1965-1984, Gallimard (Folio), 1994 (1988).. Dans cette modélisation, les groupes sociaux sont fluctuants, les frontières sociales sont poreuses, et la stratification sociale tend vers la moyennisation et la structuration par classe d'âge. La diminution des capacités d'action autonome pousse en effet à la moyennisation des classes sociales. La classe moyenne devient une réalité sociologique (conscience de groupe) lorsqu'elle est animée par un sentiment d'appartenance à ladite classe et la volonté de faire survivre cette classe.

« Les Classes sociales en Europe: Tableau des nouvelles inégalités sur le vieux continent » de Alexis Spire, Étienne Penissat, Cédric Hugrée, éditions Agone, 2017.

Pour l'Allemagne, Andreas Reckwitz parle en 2017 de quatre classes qui se distinguent par leur position, leur pouvoir et leur importance: il y a une petite classe supérieure, dont deux classes moyennes et une classe populaire. Parmi les classes moyennes, il distingue la nouvelle classe moyenne et l'ancienne classe moyenne. La nouvelle classe moyenne se compose en premier lieu de « diplômés hautement qualifiés dans les grandes villes avec de bonnes perspectives de carrière, surtout dans l'économie du savoir ». L'ancienne classe moyenne est constituée de « personnes ayant un niveau d'éducation moyen, souvent vivant dans des régions rurales de petites villes, dont l'attitude et le mode de vie sont plutôt conservateurs et traditionnels»https://journals.openedition.org/lectures/64232https://www.laprocure.com/product/1446224/reckwitz-andreas-la-fin-des-illusions-politique-economie-et-culture-dans-la-modernite-tardive.

Les classes sociales en France

Point de vue du sociologue Louis Chauvel Selon le sociologue Louis Chauvel, les classes sociales en France se présentent de cette façonLouis Chauvel, « Le renouveau d'une société de classes », dans Paul Bouffartigue (dir.), Le Retour des classes sociales, Paris, La Dispute, 2004, . : les classes populaires qui représentent 60 % de la population, regroupant 20 % « situés hors de l'emploi stable et valorisé », et 40 % constituant une « classe populaire salariée stable » ; les « classes moyennes salariées », qui représentent 25 % de la population ; une « classe de confort », qui représente 15 % de la population ; enfin, une « classe titulée » de moins de 1 % de la population, qui peut être assimilée à une « classe possédante », « à condition de comprendre que cette possession n'est pas seulement économique », correspondant à la « haute bourgeoisie ».

Il existe dans la société française des écarts de revenus importants, mais concernant le patrimoine, « l’espace entre les ouvriers et les cadres est béant »Louis Chauvel, « Le retour des classes sociales ? », Revue de l'OFCE, octobre 2001, ., le ratio entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres étant de 1 à 70Louis Chauvel, « Le renouveau d'une société de classes », dans Paul Bouffartigue (dir.), Le Retour des classes sociales, Paris, La Dispute, 2004, .. Selon Louis Chauvel, « l’imperméabilité des classes » reste « un phénomène central »Louis Chauvel, « Le retour des classes sociales ? », Revue de l'OFCE, octobre 2001, ..

Sondage de 2004 + Sentiment d’appartenir à une classe sociale et situation par rapport à l’emploiSource, Insee Première , juillet 2004, À quelle classe avez vous le sentiment d'appartenir ? Classe sociale Actifs ayant un emploi Retraités Ensemble des adultes Classe moyenne 42 % 36 % 40 % Classe ouvrière 24 % 24 % 23 % Bourgeoisie 3 % 7 % 4 % Classe défavorisée 7 % 7 % 8 % Classe privilégiée 8 % 5 % 8 % Un groupe professionnel 11 % 11 % 9 % Un groupe social 2 % 3 % 2 % Autre 3 % 7 % 6 %

Classes sociales et espérance de vie en France