vignette|190x190px Le Second Empire est le système constitutionnel et politique instauré en France le 2 décembre 1852 lorsque Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République française, devient le souverain , empereur des Français, un an jour pour jour après son coup d'État du 2 décembre 1851. Ce régime politique succède à la Deuxième République.

Depuis L'Histoire de la France contemporaine d'Ernest Lavisse, le Second Empire est analysé en deux périodes par les historiens : la première qualifiée d'Empire autoritaire qui s'étend globalement de 1852 à 1860 s'oppose à la seconde, dite de l'Empire libéral, s'étalant globalement de 1860 à 1870.

Le Second Empire se termine le 4 septembre 1870 à la suite de la défaite de Sedan, lors de la guerre contre la Prusse, puissance montante en Europe dirigée par le chancelier impérial Otto von Bismarck. Après un bref épisode de guerre civile, la Troisième République lui succède et inaugure la pérennité du Régime républicain en France.

Origines de l'Empire Les difficultés de l'instauration de la Deuxième République Après l'abdication du roi Louis-Philippe , le gouvernement provisoire décide d'instaurer plusieurs mesures visant à mettre en place un régime sous la forme d'une république. Cela passe notamment par l'instauration du suffrage universel masculin. D'après Nicolas Delalande et Blaise Truong-Loï :

Mais les espoirs d'une partie des républicains sont déçus. Le , la fermeture des Ateliers nationaux provoque des soulèvements dans les quartiers populaires de Paris. Le général républicain Cavaignac est chargé de rétablir l'ordre. Contrairement à , la troupe est composée de soldats originaires de toute la France et ne fraternise pas avec les insurgés. Les émeutes qui s'ensuivent font plus de , et les classes populaires n'ont plus confiance dans ce régime qui a montré son caractère répressif. Parallèlement, les classes paysannes rejettent le nouvel impôt mis en place en mars 1848 pour financer les Ateliers nationaux.

Lors de l'élection présidentielle du , Louis-Napoléon Bonaparte, exploitant habilement les mécontentements de la population, s'impose très largement face aux candidats républicains, dont le général Cavaignac et Alphonse de Lamartine.

Le , l'Assemblée vote une loi qui impose des conditions de résidences (trois ans minimum) pour l'inscription sur les listes électorales, ce qui exclut du suffrage un tiers des hommes en âge de voter, surtout des hommes des classes ouvrières, obligés à de fréquents déplacement pour le travail.

Afin de pouvoir se représenter à l'élection présidentielle de , Louis-Napoléon Bonaparte tente d'obtenir une révision de celle-ci. En effet, d'après la Constitution, il ne peut pas briguer un second mandat. La Chambre, tenue par le parti de l'Ordre avec lequel il est en conflit, s'y oppose. Louis-Napoléon Bonaparte décide donc de tenter un coup d'État pour conserver le pouvoir.

Le coup d’État de 1851

vignette|gauche|Durant le coup d'État du 2 décembre 1851, des policiers et des soldats recherchent des armes chez des particuliers. Gravure publiée dans The Illustrated London News.. Le , Louis-Napoléon Bonaparte organise un coup d'État et arrête ses opposants. Cet événement est l'acte fondateur du Second Empire et marque la victoire des bonapartistes autoritairesRené Rémond, Les Droites en France, collection historique sous la direction de Maurice Agulhon et Paul Lemerle, Aubier, 1982, ..

Face à la légalité constitutionnelle dont se prévalaient alors les défenseurs de la République, les bonapartistes déclarent opposer le suffrage universel, placé au-dessus de la Constitution, et la confiance directe manifestée par le peuple comme seule source de légitimitéMarcel Morabito et Daniel Bourmaud, Histoire constitutionnelle et politique de la France (1789-1958), Montchrestien, Domat Droit Public, Paris, 1998, .. Ainsi, l'une des principales mesures annoncées fut le rétablissement du suffrage universel masculin, précédemment limité par l’Assemblée, et la restitution à tous les citoyens de leurs droits à désigner leurs représentantsUne loi du 31 mai 1850 limitait le droit de suffrage, faisant passer le nombre d'électeurs de 9 millions à 6 millions en imposant la condition d'un domicile stable de 3 ans pour avoir le droit de voter.René Rémond, Les Droites en France, collection historique sous la direction de Maurice Agulhon et Paul Lemerle, Aubier, 1982, .. Louis-Napoléon profite des contradictions de la République et des mesures conservatrices mises en place par les républicains modérés puis par le Parti de l'Ordre.

Ces décisions et la prolongation du mandat présidentiel à 10 ans sont approuvées par plébiscite les 21 et dans un contexte de répression des résistances républicaines et de censure des journaux opposés au coup de forceÉric Anceau, Napoléon III, un Saint-Simon à cheval, Tallandier, 2008, .. Le président jouit cependant d'une réelle popularité auprès des paysans. Les civils sont autorisés à voter à bulletin secret alors que l'armée et la marine se prononcent à registres ouvertsÉric Anceau, .. À la suite du ralliement du clergé et de bon nombre des parlementaires de la majorité qui avaient été arrêtés le 2 décembre et avaient voté sa déchéanceÉric Anceau, ., le corps électoral se prononce ainsi favorablement sur la révision par « oui » contre « non » selon les résultats définitifs publiés par le décret du 14 janvier 1852 (pour environ 10 millions d’inscrits)Résultats du plébiscite du 20 et 21 décembre 1851..

Les opposants républicains sont arrêtés ou proscrits et d'autres partent en exil.

La Constitution française de 1852 Louis-Napoléon avait exposé sa conception de la démocratie césarienne quelques années plus tôt dans Des Idées napoléoniennes où il écrivait que Louis-Napoléon Bonaparte, « Des idées napoléoniennes » dans Œuvres de , T.1, Paris, Plon, 1869, .. Les éléments clefs du bonapartisme, alliant autorité et souveraineté du peuple, sont ainsi clairement exposésPierre Milza, Napoléon III, infra, .. C'est à partir de ces principes qu'une nouvelle constitution est écrite et promulguée le . Largement inspirée de la Constitution de l'An VIII et fondée au terme de son premier article sur les grands principes proclamés en 1789, la nouvelle République consulaire confie le pouvoir exécutif à un président de la République élu pour dix ans () seul responsable devant le peuple français auquel il a toujours droit de faire appel (). Le nouveau régime politique sera donc plébiscitaire et non parlementaire.

Chef de l'exécutif Napoléon III a seul l'initiative des lois qu'il sanctionne et promulgue alors que les ministres ne sont responsables de leurs actes que devant lui.

Pouvoir législatif Le pouvoir législatif est composé de deux chambres : le Corps législatif ; vignette|180x180px|Étendard Impérial du Second Empire.le Sénat.

Les membres du Corps législatif sont élus au suffrage universel masculin, ceux du Sénat sont nommés par l'empereur, comme les membres du Conseil d'État, dont la tâche est de préparer les lois. Ces deux chambres n'ont aucun droit d'initiative, toutes les lois étant proposées par le pouvoir exécutif (mais votées par le Parlement).

Un serment de fidélité à la personne du chef de l'État ainsi qu'à la Constitution est instituée pour les fonctionnaires et les élus. Le président nomme par ailleurs à tous les emplois civils et militaires et la justice se rend en son nom. Le chef de l'État est aussi seul apte à déclarer la guerre et à conclure les traités de paix ou de commerce. La presse fait l'objet d'une nouvelle loi restrictive de liberté avec mise en place d'un système d'avertissement préfectoral. Quant à la garde nationale, elle est réorganisée en une armée de parade.

La marche vers l'Empire gauche|vignette|redresse|Pièce de monnaie à l'effigie de Louis-Napoléon Bonaparte. Parallèlement à la mise en place de la nouvelle Constitution de 1852, le statut du président de la République évolue pour devenir celui d'un monarque : il signe Louis-Napoléon, se laisse appeler Son Altesse impériale tandis que l'effigie du prince-président fait son apparition sur les pièces de monnaie et les timbres-poste. Les aigles impériales sont rétablies sur les drapeaux alors que ses amis et partisans se voient récompensés pour le prix de leur fidélité.

Le Code civil est rebaptisé Code Napoléon tandis que le devient le jour de la célébration de la Saint-Napoléon, premier modèle réussi en France de fête nationale populaireSudhir Hazareesing, LA SAINT-NAPOLÉON, Quand le 14 Juillet se fêtait le 15 Août, traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve, 294 p., Éditions Paris Tallandier, 2007 ..

Les 29 février et 14 mars 1852, il est procédé aux élections des membres du Corps législatif. Pour ces premières élections de la nouvelle république consulaire, les préfets ont reçu les consignes de mettre l'administration au service des candidats officielsPierre Milza, Napoléon III, 2006, ., depuis les juges de paix jusqu'aux gardes-champêtres et aux cantonniers. Celle-ci utilise alors tous les moyens possibles pour faciliter l'élection du candidat officiel que ce soit par l'octroi de subventions, de faveurs, de décorations mais aussi de bourrage d'urnes, de menaces contre les candidats adverses et de pressions exercées par les notables sur leurs dépendants. Si ces pratiques ne sont en fait pas nouvelles pour avoir eu lieu sous la Monarchie constitutionnelle, cette fois, elles sont généralisées. Au soir des résultats, les candidats officiels ont obtenu contre aux divers candidats d'opposition. Les authentiques bonapartistes ne représentent pourtant qu'1/3 des députés élus dont une bonne moitié issue de l'orléanisme, les autres étant d'origines et d'allégeances diverses. Ainsi, dans le premier corps législatif de la république consulaire, on trouve aussi 35 députés légitimistes (dont 3 élus sur liste officielle), 17 orléanistes, 18 conservateurs indépendants, 2 catholiques libéraux et 3 républicains. Les opposants qui parviennent à se faire élire doivent néanmoins prêter serment de fidélité au chef de l'État et à la Constitution s'ils veulent siéger. En conséquence, les 3 députés républicains élus, qui refusent de prêter serment, ne siégeront pas à l'Assemblée.

Afin de tester la possibilité du rétablissement éventuel de l'institution impériale, Louis-Napoléon entreprend, à compter du , un voyage dans l'Hexagone dans le but de montrer à l'étranger l’enthousiasme du peuple.

vignette|gauche|Entrée de Louis-Napoléon Bonaparte à Paris, par l'Arc de triomphe de la barrière de l'Étoile en novembre 1852.

Si, en Europe, le coup d'État est accueilli favorablement par les gouvernements, les signes annonciateurs du rétablissement du régime impérial inquiètent, obligeant Louis-Napoléon à préciser ses intentions : Discours à Bordeaux du 9 octobre 1852 publié dans Le Moniteur du 11 octobre..

Le , le président de la République est de retour à Paris où des arcs de triomphe gigantesques ont été dressés, couronnés de banderoles à , Empereur. Le , par 86 voix contre une seule, un sénatus-consulte rétablit la dignité impériale, approuvée deux semaines plus tard, lors d'un plébiscite, par contre et un peu plus de 2 millions d'abstentionsL'abstention a atteint plus de 40 % des suffrages en Vendée, en Maine-et-Loire, dans le Morbihan et dans les Bouches-du-Rhône.. Pour Jules Ferry, l'authenticité du résultat du vote ne peut être mise en doute et démontre l'expression de la classe paysanne telle que déjà exprimée lors de l'élection présidentielle de 1848 et en décembre 1851, tandis que le journaliste libéral Lucien-Anatole Prévost-Paradol se déclare guéri du suffrage universelPhilippe Séguin, Louis Napoléon le Grand, Grasset, 1990, p. 175..