Le Cratérope bicolore (Turdoides bicolor, ou Cratopus bicolor) est une espèce de passereaux appartenant à la famille des Leiothrichidae. Cette espèce niche dans les savanes sèches de lAfrique du Sud, du Botswana, de la Namibie et du Zimbabwe.

Dénomination, systématique et taxinomie Dénomination En Setswana, langue batoue parlée en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie et au Zimbabwe, le Cratérope bicolore est connu sous les noms de , de et de ..

En anglais, cette espèce est connue sous les variantes vernaculaires de Southern Pied Babbler, Southern Pied-babbler et Southern Pied-Babbler (signifiant : bavard pie du sud).

Taxinomie L'espèce a été décrite pour la première fois en 1831 par le naturaliste écossais William Jardine sous les noms de Turdoides bicolor et de Cratopus bicolor. La description de cette espèce a été complétée par des planches d'illustration de lornithologue britannique P. J. Selby. À l'époque, la description et les illustrations du Cratérope bicolore ont été publiées dans le périodique The Edinburgh Journal of Natural and Geographical Sciences..

Le terme "bicolor" renvoie aux deux couleurs de type pie composant le plumage de cette espèce aviaire..

Classification Le Cratérope bicolore appartient au genre Turdoides, rang taxinomique faisant partie de la famille des Leiothrichidae...

Habitat et répartition géographique vignette|gauche|upright=0.9|Le parc national de Marakele, province du Limpopo, nord-est de l'Afrique du Sud. vignette|droite|upright=0.8|Écorégion du Bushveld, province du Limpopo. Les aires de distribution du Cratérope bicolore se concentrent au sein des niches écologiques des savanes sèches de lAfrique du Sud , dans la province du Limpopo (ancienne partie nord du Transvaal) ; dans la partie orientale du Botswana, dans le nord de la Namibie ; et dans la partie occidentale du Zimbabwe..... Il peut également nicher, bien que de manière sporadique et moins fréquente dans la partie sud de lAngola.

Le Cratérope bicolore trouve son habitat notamment au sein d'un genre dacacia , caractéristique du Kalahari et du Bushveld. L'espèce peut également nicher dans les mopanes.

Des groupes et des spécimens de Cratérope bicolore ont été également inventoriés et répertoriés au sein de miombos, ainsi que dans des biomes forestiers se trouvant à proximité du fleuve de lOkavango et de son delta.

Globalement, l'espèce privilégie les sites et les aires territoriales comportant une forte densité d'arbres darbrisseaux et de buissons.

Description vignette|gauche|upright=0.9|Oisillon Cratérope bicolore n'ayant pas effectué son envol. vignette|droite|upright=0.9|Individu jeune. vignette|droite|upright=0.9|Cratérope bicolore de taille adulte : la tête est blanche et son corps est partie couvert de pennes (rectrices et rémiges) brun foncé... Le cratérope bicolore est un oiseau dont le poids moyen atteint lors de sa taille adulte varie de (soit ).. Sa taille moyenne, à l'âge adulte, varie entre 22 et ..

À sa naissance, et lorsqu'il est jeune, le Cratérope bicolore possède un plumage de couleur brun-olive et ses yeux sont de couleur sombre. En grandissant, des taches blanches apparaissent progressivement sur son ventre et sa tête. À , son plumage est pour moitié composé de plumes blanches, les autres plumes restant brunes. À l'âge adulte, lorsque l'individu atteint , seules les pennes des ailes et de la partie caudale du Cratérope (respectivement les rectrices et les rémiges) demeurent brun foncé à noir, le reste de ses autres plumes étant devenues blanches. En outre, ses yeux deviennent rouge-rubis. Le Cratérope biclore possède un bec de couleur noire.. En outre, l'espèce est caractérisée par une longue queue ainsi que par une partie abdominale ronde et massive.

Plusieurs sortes de cris de cette espèce ont été enregistrées et répertoriées.. Le cri de contact entre oiseaux consiste en une sorte de roulement aigu : . Le cri d'alarme produit par cet oiseau consiste en un son vocalisé aigu : . Selon le contexte, le Cratérope bicolore peut vocaliser des sons tonaux, atonaux, ascendants, modulés, roulés ou encore ronronnés. Des études récentes, effectuées sur une population nichant au sein de la réserve de la rivière de Kuruman, ont mis en évidence que le Cratérope bicolore peut émettre qu'ils soient de type intraspécifique (au sein de la même espèce) ou interspécifique (avec d'autres espèces). La fréquence de ces sons vocalisés varie entre 20 et pour une intensité oscillant entre environ ). D'autre part, cette espèce peut produire deux vocalisations différentes : la première consiste en une sorte de ronronnement et la seconde en un genre de gloussement .

Les groupes varient en taille de 2 à , mais les couples sont rares. L'espèce est sexuellement monomorphique, avec des mâles et des femelles physiquement indiscernables en regard de leurs caractères sexuels secondaires..

Alimentation Le Cratérope bicolore est une espèce insectivore. Son régime alimentaire se compose principalement de coléoptères, de lépidoptères, dorthoptères et darachnides (tels que les solifuges). Ces insectes, qui constituent l'essentiel de la nourriture de l'espèce, sont complétées par des scorpions, des lézards , des grenouilles et, de manière plus occasionnelle, de petits serpents et de fruits saisonniers.

Cet oiseau fourrage dans les buissons, les arbrisseaux et directement sur le sol. Les caractéristiques florales d'une zone (comprenant de nombreux arbres, arbrisseaux et buissons) constituent un paramètre important dans le choix des sites de fourrageage.

Reproduction Coopération et couvaison vignette|gauche|upright=0.8|Un couple de Cratéropes bicolores dans le parc national de Borakalalo. vignette|upright=0.8|Cratérope bicolore ayant un comportement coopératif de sentinelle. Cette espèce se reproduit de manière communautaire (ou coopérative). Chez le Cratérope bicolore, La reproduction coopérative comprend : l'approvisionnement des jeunes , le comportement sentinelle, la défense des frontières du territoire, le comportement d'apprentissage et le comportement de couvée (où les oisillons semi-indépendants suivent les adultes entre les sites d'alimentation et loin des prédateurs).

Chaque groupe comprend un couple reproducteur dominant qui monopolise l'accès aux opportunités de reproduction des autres couples. Des recherches génétiques récentes ont confirmé que ces paires dominantes sont responsables de plus de 95% des jeunes éclos.. Une parenté mixte occasionnelle a été observée, mais elle est prévisible dans la plupart des cas : les couples subordonnés gagnent principalement la filiation lorsqu'un nouvel immigrant (non lié) se disperse dans le groupe ou qu'un nouveau groupe est fondé. Tous les membres du groupe coopèrent pour aider à élever les jeunes éclos d'une seule couvée. La taille de la couvée varie entre deux et cinq, avec une taille de couvée moyenne de trois.

La saison de reproduction s'étend de la fin septembre au début avril, bien que cela varie d'une année à l'autre et dépend fortement des précipitations saisonnières ou mensuelles. Les groupes peuvent élever jusqu'à trois couvées réussies par saison de reproduction. La durée moyenne de couvaison est de , et le délai moyen entre l'éclosion et lenvol est de . Le temps dincubation varie en fonction de la taille du groupe : les groupes de petites tailles ont tendance à quitter leurs petits plus tôt que les grands groupes.. Après la phase de jeune à l'envol, les oisillons sont peu mobiles, incapables de voler et doivent compter entièrement sur autres membres du groupe adulte pour se nourrir. L'efficacité de la quête de nourriture commence à se développer lentement, et les adultes peuvent continuer à fournir des oisillons jusqu'à quatre mois après l'envol. La quantité de soins que les jeunes reçoivent au cours de cette étape a des effets à long terme : les jeunes qui reçoivent des soins pendant les plus longues périodes ont tendance à être plus lourds et de meilleure qualité que leurs homologues. En outre, ils sont plus susceptibles de se disperser avec succès de leur groupe natal et, par conséquent, de commencer à se reproduire plus tôt que leurs homologues « assistants-disperseurs »..

Compétition et népotisme Des cas de , mais également de compétition ont été identifiés au sein de l'espèce. Ces types de comportement, qui n'affectent pas les femelles, interviennent dans le cadre des interactions intraspécifiques entre mâles dominants et mâles subalternes. Par ailleurs, des études ont permis d'observer qu'au sein d'un même groupe, les individus mâles dominants favorisent les rejetons de sexe masculin issus de leur accouplement au détriment des autres rejetons mâles..

Évitement de consanguinité Les spécialistes ont observé que les individus peuvent éviter la consanguinité à travers deux stratégies différentes. La première est la dispersion et la seconde consiste à éviter les autres membres d'une même famille ou d'un même groupe comme compagnons.. Bien que les mâles et les femelles se dispersent localement, ils se déplacent en dehors de la zone dans laquelle les individus génétiquement liés sont susceptibles d'être rencontrés. Au sein de leur groupe, les individus n'acquièrent des positions (ou statuts) d'élevage que lorsque l'éleveur de sexe opposé n'est pas apparenté. En général, la consanguinité est évitée car elle conduit à une réduction de la valeur sélective de la progéniture (dépression endogamique) due en grande partie à lexpression homozygote dallèles récessifs délétères...

Comportement vignette|gauche|upright=0.9|Individu adulte (en bas) donnant la becquée un jeune Cratérope bicolore (en haut). Le Cratérope bicolore est un oiseau de type grégaire.

L'agression envers les oisillons est le plus souvent observée lorsque la paire dominante a commencé à incuber une autre couvée. Pendant cette période, les oisillons quêtant leur nourriture sont punis par les parents qui adoptent un comportement agressif, par exemple en sautant sur le jeune. Dans tous les cas, les oisillons cessent de quêter les aliments immédiatement après l'attaque. Le chevauchement des couvées entraîne une division du travail distincte, les adultes subalternes continuant à prendre soin des oisillons alors que les couples dominants concentrent leurs efforts sur la nouvelle couvée. En raison de la longue période de soins post-envol chez cette espèce, les jeunes dépendants de plusieurs couvées peuvent être élevés simultanément.

vignette|Spécimen Cratérope émettant des signaux visuels et vocaux. Les Cratéropes bicolores sont fortement territoriaux et défendent leurs frontières en utilisant des signaux visuels, au moyen de leurs ailes, mais également vocaux et ce à une fréquence moyenne quasi-quotidienne. Ces défenses territoriales mènent rarement à une agression physique et les blessures causées par ce type de comportement sont très rares. Les groupes défendent le même territoire tout au long de l'année et de petits groupes ont tendance à perdre des portions de leur territoire face à des groupes voisins plus importants.

vignette|gauche|upright=0.8|Individu adulte jouant avec un jeune Cratérope bicolore dans un arbre.