Le français d'Afrique regroupe toutes les variantes langagières, les accents et le vocabulaire emprunté, construit et créé au sein de ou à partir de la langue française sur l'ensemble du continent africain, du Maroc aux îles de l'océan Indien et d'Égypte jusqu'en Afrique du Sud. Il est surtout utilisé en Afrique francophone.
En 2025, une estimation portait à 320 millions le nombre de francophones africains ; chiffre en forte augmentation (150 millions en 2008 et 320 millions en 2025)La Francophonie dans le monde 2018-2025 publié par l'Organisation internationale de la francophonie. Nathan, Paris, 2025..
Selon une étude de l'Organisation Internationale de la francophonie (OIF), l'Afrique regroupera en 2050 environ 85 % des francophones du monde, sur 715 millions de locuteurs, à condition que la scolarisation continue de progresser sur le continentMartine Jacot et Nathalie Brafman, « L'Afrique, phare de l'avenir », Le Monde géo et politique, 3 août 2012, lire en ligne.
Pays francophones La liste ci-dessous recense les 21 États africains ainsi que les deux îles françaises (La Réunion et Mayotte) ayant le français comme langue officielle unique ou co-officielle :
Pays Population(est. 2016) . Francophones(est. 2016).
Pages VuesTous Wikis(2013) . Pages VuesWiki FR(2013)
RangWiki FR(2013) 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 2Après l'anglais. 1 1 1 1 1 1 2 2Après l’espagnol (43 %) et juste devant l’anglais (24 %). La Réunion 1 1 Mayotte ? ? 2 Total 1
À ceux-ci s'ajoutent les régions et pays où la pratique du français est répandue, sans bénéficier d'un statut officiel ou national (par exemple l'Algérie, le Nigéria, le Ghana ou encore Sao Tomé-et-Principe)
Francophonie africaine par pays
Qu'il soit langue natale, langue officielle ou seconde langue, le français a un impact profond dans le quotidien de dizaines de millions de locuteurs africains, principalement en Afrique du Nord (Maghreb et Machrek), en Afrique de l'Ouest, en Afrique centrale et dans l'océan indien, mais aussi dans une moindre mesure en Afrique de l'Est.
Il n'est pas rare de rencontrer des mots français dans un énoncé dans une des nombreuses langues africaines. Parfois même cela se ressent dans la structure des phrases et dans celui du raisonnement. Ce phénomène est dû à l'abondance des interférences qui se manifestent sous diverses formes : transferts, analogies ou calques entre les langues africaines et le français. Les langues africaines les plus perméables aux emprunts sont assurément celles utilisées couramment par un grand nombre de personnes et les langues véhiculaires comme le bambara ou le wolof.
On compte quatre grandes « familles » de français africains parlés : le français maghrébin le français d'Afrique de l'Ouest et centrale le français de Djibouti, dans la corne de l'Afrique le français créole de l'océan Indien (Maurice, La Réunion, Les Seychelles, Mayotte...)
Ainsi, la chercheuse Angèle Bassolé-Ouedraogo écrit, sur l'évolution du français en Afrique sub-saharienne (2007) :
Au début de son émergence, après les vagues d'indépendance des états sub-sahariens des années 1950 et 1960, la cohabitation du FPA avec le français officiel, ne fut pas nécessairement des plus pacifiques. Dans les lieux de savoir et d'administration, cette version parlée du français académique était tout simplement absente, car étant perçue comme une déformation du sens des mots. Les professeurs de français africains y voient encore un frein à la maîtrise du français « correct ». Cependant, au cours des années 1990 et 2000, l'expansion de ce vocabulaire francophone parallèle, jusque-là limitée principalement à la jeunesse estudiantine, s'étend aux adultes qui y perçoivent un signe de modernité, d'enrichissement syntaxique et une appropriation de toute circonstance du lexique francophone.
Ci-dessous sont détaillés les variantes parlées du français dans les pays réputés francophones en Afrique. C'est-à-dire ceux comptant le français comme langue maternelle, officielle ou ayant adhéré à l'OIF ou a un programme d'éducation en français à l'échelle nationale.
Algérie
Le français en Algérie, sans être une langue officielle, est une langue de l'administration, de l'emploi et d'éducation.
Le français y représente la langue de travail dans plusieurs secteurs. Dans une étude menée dans la ville de Mostaganem en 2007, il a été montré que l’arabe et le français sont les deux langues de communication et de fonctionnement au sein de la banque. Le travail technique (comptabilité, analyse financière, gestion, etc.) se fait en français. Les documents, formulaires et fiches sont en arabe et en françaisAchouche, M. « La situation sociolinguistique en Algérie : langues et migration », Centre de didactique des langues et des lettres de Grenoble, 1981..
Les pratiques du français au sein de la population algérienne sont différentes d'un milieu social à un autre. On trouve : des emprunts directs, où l'unité lexicale ne subit aucune transformation, tels que : normal de..., surtout..., voiture (mots précédés ou suivis de phrases ou de mots en langue locale) ; des emprunts intégrés, où l'unité lexicale subit des transformations de prononciation (ex : gendarme, cinéma...) ; des alternances codiques : un usage alternatif d'une ou plusieurs langues en plus du français dans un énoncé (ex : berbère/français, français/arabe).
L'usage du français est encouragé par une forte présence médiatique. D'après certains chercheurs, les tirages des journaux francophones ne sont pas très différents de ceux de l'époque de l'Algérie française, ils connaissent donc une base solide de lecteurs. Les chaînes de télévision et de radio algériennes émettent également des programmes, films et débats quotidiens en français..
Bénin Le français est la seule langue officielle au Bénin.
En 2014, il était parlé quotidiennement par plus de 4 millions de béninois, soit près de 40 %. Le fongbe est l'autre langue véhiculaire nationale au Bénin et c'est tout naturellement que ces deux langues y interagissent, notamment par des ajouts ou remplacements lexicaux..
Peu de sources académiques existent sur les particularismes du français parlé au Bénin. Néanmoins, on peut affirmer avec confiance que le français mésolectal contient des termes dont le sens a été transformé au fil des ans, comme : « seconder » (« se mettre en ménage avec une seconde femme »), « doigter » (montrer le chemin), « rapport oral » (s'exprimer)..
Depuis la fin des années 1980, on remarque des lacunes d'enseignement du français, notamment dans la formation des professeurs de français.. Ainsi des problèmes de maitrise de la langue ou de vocabulaire sont notés chez plusieurs générations d'élèves.
Burkina Faso
Le français parlé du Burkina diffère des autres formes parlées de français d'Afrique de l'Ouest en ce qu'il a interagi étroitement avec les langues locales que sont le mooré, le dioula et le fulfudé. Y compris dans sa forme syntaxique.
Une étude de 1994 sur l'interaction du français avec les autres langues locales burkinabè nous indique qu'il y a pris les trois formes véhiculaires habituelles : basilectale, mésolectale et acrolectale.
Le professeur Bakary Coulibaly, linguiste à l'université de Ouagadougou, écrit :
Dans le français basilectal du Burkina, on notera plusieurs techniques d'adaptation syntaxique :
Amuïssement ou création de syllabes transitoires. « clef à molette » prononcé : « [klemuleti] » « pomme de terre » : « [pomutere] »
Haplologies : « lame maîtresse » : « [lamatarasi] »
Agglutination : « garde à vue » : « [garadabu] »
Aphérèse : « apprenti » : « [párati] » « automobile » : « [mobiri] »
Apocope : « descente » : « [dêsa] »
Épenthèse : « place » : « [palaši] » « aspirine » : « [asipirini] »
Prosthèse : « sport » : « [esiporo] » « as » : « [yasi] »
Assimilation : Assimilation dite « progressive » « tasse » : « [tasa] » « lettre » : « [lêtêrê] » Assimilation dite « régressive » « tomate » : « [tamati] » « petit » : « [piti] »
Dissimilation « Dakar » : « [dakaru] »
En ce qui concerne le niveau mésolectal, plus courant dans les villes, on retrouve tous les courants détaillés ci-dessus, sans l'épithèse. On remarque cependant l'apparition de lexèmes (cela peut être l'ajout d'une syllabe transitoire), par exemple : « véhicule » : « [verikil] » ou encore « déjà » : « [deza] »
Ces modifications s'observent aussi bien chez les bilingues français-mooré que chez les locuteurs de jula.
Au niveau de la construction grammaticale, l'influence de ces langues sur le français parlé a produit des phrases sans article : « Côte-d'Ivoire, c'est loin ». « Vous ne passez plus matin nous voir ». « Camion là, il est gâté ».
Lorsque la phrase comporte un ou plusieurs articles, on peut entendre des cas de proclise (réduction en un seul mot) : « [dutê] » pour « du thé » « [lata] » pour « le temps » etc.
Concernant l'usage du singulier et du pluriel, certaines langues africaines ne possèdent pas de « pluriel interne » ou de « pluriel externe », comme en français, mais plutôt une seule variété de pluriel. Une telle différence entraîne parfois des fautes orales comme : « un ciseau », « une lunette », « une funéraille » etc.
En addition du français dit international, ou acrolectal, enseigné et également parlé au Burkina Faso, on y observe donc une pidginisation non reconnue, comparable à celle que connait l'anglais dans certains pays comme le Nigéria ou l'Afrique du Sud.
Burundi
Après l'indépendance du Burundi (de la Belgique) en 1962, le pays est resté officiellement francophone. Néanmoins, le pays a connu plusieurs sursauts socio-politiques qui ont profondément marqué l'usage du français et sa variété dans le pays. La langue française y est principalement influencée par le kirundi, langue véhiculaire majoritaire avant le français. Elle y est notamment utilisée dans des situations formelles, professionnelles, d'échanges internationaux ou/et d'apprentissage, mais également en moindre mesure dans l'environnement familial. C'est sous cette dernière forme qu'elle a adopté le plus de particularisme locaux ; on trouve ainsi le lexique suivant :
Politique : buyoyisme, 'sussuruker... Social : ethniser, ethniciser (utilisés sans distinction terminologique). Les termes patron !, professeur !, malachite, mangue mûre et combien combien désignent a priori des niveaux d'éducation et de maîtrise du français. Nombres : septante et soixante-dix sont utilisés pareillement.
Cameroun Le linguiste Gervais Mendo Ze divise le français camerounais en cinq variantes régionales : bamiléké, anglophone, béti, nordiste et ɓasaa .. Lexique Sur le plan linguistique, les mutations de la société camerounaise se retrouvent aussi au niveau lexical. Grâce aux procédés de composition, de dérivation, d’emprunt et de calque, les Camerounais créent et recréent de nouvelles propositions lexicales qui sont en rupture avec les conventions et deviennent novatrices, voire créatrices de néologismes. Ces nouvelles acceptions dénotées sont dans certains cas le résultat de la transgression de règles ainsi que la manifestation d’une rénovation du lexique et de la structure sociale de référence (la société camerounaise dans son ensemble)http://www.unice.fr/ILF-CNRS/ofcaf/29/introduction.pdf.