vignette|redresse|Les fusillades et attaques-suicides du à Paris et Saint-Denis (), de motivation terroriste islamiste, constituent l'attentat le plus meurtrier sous la .
Le terrorisme islamiste en France, ensemble des actes de terrorisme islamiste (attentats ou projets d'attentat) perpétrés ou élaborés sur le territoire français, est un sujet d'actualité majeur dans le pays depuis les années 1980.
La France est une première fois frappée en par une cellule du Hezbollah. Elle est ensuite touchée par une série d'attentats au milieu des années 1990, organisés par le Groupe islamique armé (GIA), organisation salafiste créée lors de la guerre civile algérienne.
Après une accalmie d'une quinzaine d'années, la France est victime d'une nouvelle vague d'attentats depuis liée au djihad global, par des individus qui prêtent souvent allégeance à l'État islamique (EI ou Daech) ou à Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA). En , onze mois après une série d'attentats à Paris dans laquelle plusieurs dessinateurs du journal satirique Charlie Hebdo et des civils juifs sont tués, les fusillades et attaques-suicides du à Paris et dans sa périphérie, fomentées par une cellule islamiste franco-belge et revendiquées par Daech, constituent, de loin, l'attentat le plus meurtrier perpétré en France sous la . L'attentat du 14 juillet 2016 à Nice (), qui est la deuxième pire attaque commise sur le sol français, suit les consignes de Daech et est revendiqué par cette organisation terroriste deux jours après les faits.
Selon une étude internationale publiée en ., la France est le pays le plus touché par les attentats djihadistes commis en Europe et aux États-Unis depuis la proclamation du « califat » de l'État islamique, le Caroline Piquet En trois ans, 65 djihadistes ont perpétré 51 attaques en Europe et aux États-Unis, lefigaro.fr, 4 juillet 2017.. Entre et , perdent la vie dans des attentats islamistes en France : 7 en 2012, 150 en 2015, 89 en 2016, 3 en 2017, 10 en 2018, 4 en 2019, 7 en 2020, 1 en 2021, 1 en 2022 et 2 en 2023 d'après le compte du Figaro.
Historique
Le terrorisme islamiste en France a lieu en deux périodes distinctes, la première avec des attentats réalisés par le Groupe islamique armé (GIA) en 1995 pendant de la guerre civile algérienne (1991-2002), la deuxième qui commence en 2015 avec des attentats de l'État islamique et Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Entre ces deux dates, la France est épargnée par les attentats liée au « djihad global » « inédit, déterritorialisé » commencé par Al-Qaïda avec, entre autres, les attentats du 11 septembre 2001, ou les attentats de Madrid du 11 mars 2004Voilà comment la France a vu émerger le terrorisme islamiste moderne, Slate, 9/12/2016.. Pour Mathieu Guidère, le terrorisme islamique en France commence avec le Hezbollah libanais dès les années 1980Atlas du terrorisme islamiste. D'Al-Qaida à Daech, Mathieu Guidère, Éditions Autrement, 2017, section Le terrorisme en France.
Vague d'attentats liée au Hezbollah (1985-1986)
À la suite de l'attentat du Drakkar à Beyrouth en 1983 qui fait 58 victimes chez les militaires français (les plus lourdes pertes après 1963) et 241 soldats américains, la France riposte avec un bombardement d'une position du Hezbollah lors de l'opération Brochet. Le Hezbollah réplique en menant une vague d'attentats sur le territoire français avec également pour objectif d'arrêter le soutien militaire de la France à l'Irak qui est en guerre contre l'Iran. Entre fin et , 14 attaques à la bombe sont perpétrées à Paris et sur la ligne ferroviaire Paris-Lyon, au cours desquelles 13 personnes perdent la vie et plus de 300 autres sont blessées. Le plus important est l'attentat de la rue de Rennes. Ces attentats sont organisés par le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient mené par Fouad Ali Saleh, terroriste du Hezbollah. Fouad Ali Saleh est arrêté en 1987 et la vague d'attentat islamiste chiite s'arrête avec la fin de la guerre Iran-Irak.
Vague d'attentats du GIA (1994-1996)
Le soutien de la France au régime militaire algérien pendant guerre civile algérienne provoque la colère des islamistes. Entre et , le Groupe islamique armé va perpétrer 11 attaques sur le sol français, au cours desquelles 12 personnes perdent la vie et plus de 300 autres sont blessées. La série commence le avec la prise d'otages du vol 8969 Air France qui se solde par un assaut du GIGN au cours duquel 16 otages sont blessés. La France est particulièrement frappée par une série d'attentats en 1995, organisée par une cellule constituée de Ali Touchent, cerveau présumé du groupe, de l'artificier Boualem Bensaïd, des poseurs de bombe Khaled Kelkal et Smaïn Aït Ali Belkacem et financée par Rachid Ramda.
Dans le contexte nébuleux de la guerre civile algérienne, il est difficile de connaitre les vrais commanditaires de ces attentats. La France d'abord favorables aux généraux, prend ses distances dès l'élection de Jacques Chirac en 1995 et reproche aux britanniques leur « complaisance » avec les islamistes algériens dans ce qui est appelé le Londonistan, et aux américains leur positionnement envers le Front islamique du salut lors de la guerre civile.
Période d'accalmie et attentats déjoués Selon plusieurs experts, les services de renseignement français, qui ont beaucoup appris des attentats de 1995 et ont une législation antiterroriste « offensive », ont réussi à surveiller les intégristes « isolés au sein d'un islam de France dans sa très grande majorité quiétiste » jusqu'en 2012. Les réseaux du GIA sont démantelés lorsque le projet d'attentat de la Coupe du monde de football 1998 est découvert, avec une centaine d'arrestations dans toute l'Europe. De plus, les services de renseignement parviennent à déjouer un attentat sur le marché de Noël de Strasbourg en , ainsi qu'un projet visant un bâtiment de la police en . Entre fin 1996 et début 2012, un seul attentat islamiste a été commis sur le territoire français. Il s'agit d'une attaque à la bombe perpétrée par le Front islamique français armé contre l'ambassade d'Indonésie à Paris, qui occasionne 10 blessés.
En revanche, les services n'ont pas « anticipé la résurgence du fanatisme au sein d'une jeunesse désocialisée, ne fréquentant guère les mosquées, s'endoctrinant par des vidéos sur internet ou au sein d'un cercle de relations immédiat et restreint ». Le développement des réseaux sociaux aura une influence majeure sur la nouvelle vague terroriste à venirÉtude des processus de radicalisation au sein des réseaux sociaux : place des arguments complotistes et des discours de rupture sur journals.openedition.org.
Attentats d'Al-Qaïda et de l'État islamique (2012-présent) vignette|Hommages aux victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, revendiqué par l'État islamique, sur le Monument à la République à Paris.
Depuis 2012, la France est frappée par une vague d'attentats d'une ampleur sans précédent, qui est initiée par les attentats de mars 2012. Cette vague intervient dans un contexte géopolitique changeant, avec le printemps arabe qui commence en 2011, un atlantisme plus marqué avec la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN en 2007 et un interventionnisme plus marqué dans les (2011 et depuis 2014), dans la guerre du Mali (depuis 2012) et la guerre civile syrienne (depuis 2011).
Ces attaques sont de loin les plus meurtrières, particulièrement les attentats du 13 novembre 2015 en France (130 morts, dont 90 au Bataclan) et l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice (86 morts), qui vise les civils de manière indiscriminée, suivant ainsi l'appel du porte-parole de l'État islamique (ou Daech) Abou Mohammed al-Adnani, qui déclare le : Comment l'Etat islamique menace la France après les frappes françaises en Irak, Francetv info, 22 septembre 2014.Menace jihadiste : «La France n'a pas peur», assure Cazeneuve, Libération, 22 septembre 2014..
Depuis la chute du « califat » de l'État islamique en 2019, on note une baisse notable de la sophistication des attaques et donc du nombre de morts. En effet, aux projets planifiés depuis la zone syro-irakienne mis en œuvre par des djihadistes aguerris ont succédé principalement des attaques simplement inspirées et recourant à des acteurs isolés. En dehors des attaques indiscriminées de civils, on peut constater que des cibles plus symboliques sont désormais visées, souvent liées à la question du blasphème : l'attentat contre Charlie Hebdo en ou encore les assassinats des professeurs Samuel Paty en 2020 et Dominique Bernard en 2023.
Analyse des attentats Stratégie des terroristes vignette|Lieu de l'attentat de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray.
Selon le politologue Gilles Kepel, la vague d'attaques frappant la France depuis 2012 serait inspirée par l'idéologue Abou Moussab al-Souri, qui recommanderait la guerre civile en Europe menée par la jeunesse musulmane qui devrait être préparée à « enclencher la dislocation finale de l’Occident, préalable au triomphe mondial de l’islam »Depuis 2005, la fulgurante percée du «djihadisme de proximité» français, Henri Tincq, 15 janvier 2016, Slate Magazine. Mohammed Merah aurait ainsi été inspiré par l'idéologue. Plutôt que de frapper les États-Unis, Abou Moussab al-Souri préconise de viser l'Europe, « ventre mou » de l'Occident, afin de provoquer des réactions islamophobes qui pousseraient les musulmans européens à rejoindre les rangs djihadistesRoland Gauron, Abou Moussab al-Souri, l'inspirateur des attentats de Paris, Le Figaro, 25 novembre 2015.. Dans Libération, Gilles Kepel précise « L’objectif est de faire monter l’extrême droite, “l’islamophobie”, qu’il y ait des lynchages, des femmes voilées attaquées, des épiceries halal incendiées, etc. Et donc de faire en sorte que le musulman de base, qui n’a rien à voir avec Daech, soit pris en otage par cette “islamophobie” »Gilles Kepel : «Les attentats du 13 novembre vont se retourner contre l’Etat islamique», Libération, 24 novembre 2015.
Pour le journaliste Éric Leser, « Selon Abou Moussab al-Souri, il faut viser les juifs, les policiers, les militaires, les églises, les grands événements sportifs et culturels. Il faut dresser les populations contre les musulmans et contraindre ainsi ces derniers à choisir un camp »Éric Leser, Terrorisme: le mythe du loup solitaire, Slate.fr, 29 mai 2017. L'historien Jean-Pierre Filiu partage la même analyse : Daech « parie à la fois sur une escalade de violence intercommunautaire en Europe et sur un gonflement en retour du recrutement en provenance de ce continent ». En utilisant des terroristes français pour commettre des atrocités, comme Mehdi Nemmouche ou le converti Maxime Hauchard, l'organisation cherche à créer le doute sur « l’ennemi de l’intérieur » selon FiliuBarbarie jihadiste et terreur médiatique sur sciencespo.hal.science. Pour le journaliste Christophe Ayad, Daech « en frappant les Occidentaux chez eux, […] s’assurait de représailles contre la communauté musulmane, qui, à son tour, se souderait et se radicaliserait pour se défendre sous la bannière djihadiste » et ainsi, les « attentats de 2015 ont atteint leur objectif : ils ont provoqué l’émergence d’une génération de militants d’ultradroite profondément antimusulmans et gagnés par les thèses accélérationnistes, selon lesquelles il faut hâter la guerre civile entre races avant que les Blancs ne soient minoritaires »Itinéraire de Baptiste C., néonazi (presque) repenti, Le Monde, 6 juillet 2025.