La bataille d'Afrine, baptisée par la Turquie opération Rameau d'olivier, a lieu lors de la guerre civile syrienne. Cette deuxième intervention militaire turque en Syrie fait suite à l'opération Bouclier de l'Euphrate de 2016-2017. L'offensive est lancée le par l'armée turque et les rebelles syriens de l'Armée syrienne libre contre les forces kurdes des YPG, avec l'objectif de chasser ces derniers de la ville et de la région d'Afrine, sous leur contrôle depuis 2012. Au cours de la bataille, les Kurdes opposent initialement une forte résistance, mais l'armée turque finit par prendre l'avantage grâce à son artillerie lourde et ses frappes aériennes. Abandonnée par sa population, la ville d'Afrine est prise presque sans combat le par les Turcs et les rebelles.

Prélude vignette|gauche|upright=1.3|Situation à Afrine, dans le nord du gouvernorat d'Alep, au début de la bataille : Situation d'Afrine vignette|gauche|upright=1.3|Manifestation à Afrine, le 19 janvier 2018, contre l'offensive turque.

vignette|gauche|upright=1.3|Manifestation à Bizah, près d'al-Bab, le 19 janvier 2018, en faveur de l'offensive turque.

Située dans le nord-ouest du gouvernorat d'Alep, Afrine et sa région, comprenant et villages, est contrôlée depuis le par le Parti de l'union démocratique (PYD) et sa branche armée, les Unités de protection du peuple (YPG). La population de la région est en très grande majorité kurde, mais elle comprend aussi des Arabes, des Assyriens, des Turkmènes, des Kurdes alévis et des Kurdes yézidis, dont réfugiés ayant fui les massacres de Sinjar en Irak. En , entre et un million de personnes y vivent, dont des milliers de réfugiés. La poche d'Afrine est une région montagneuse, bordée au nord et à l'ouest par la frontière turque, au sud et à l'est par les régions sous contrôle rebelle, tandis que la route d'Alep au sud-est est tenue par le régime syrien. La zone rebelle à l'est d'Afrine, dans la région d'al-Bab, est dominée par l'Armée syrienne libre et celle au sud, dans la région d'Idleb, par Hayat Tahrir al-Cham.

Après la défaite en 2017, à al-Bab, des djihadistes de l'État islamique lors de l'opération Bouclier de l'Euphrate, les villes d'Afrine et Manbij, contrôlées par les Kurdes des YPG, deviennent les prochains objectifs de la Turquie. En , des dizaines de milliers de personnes manifestent à Afrine contre la Turquie, après des rumeurs sur la préparation par Ankara d'une offensive contre la région . Ponctuellement dans les mois qui suivent, des escarmouches éclatent, des bombardements et des tirs d'artillerie sont effectués par l'armée turque dans la région. Cependant Moscou s'oppose à une offensive turque et afin de veiller au respect du cessez-le-feu, des forces de l'armée russe se déploient le à Afrine auprès des Forces démocratiques syriennes. Pour la Turquie, la lutte contre le PYD et le PKK est la grande priorité, mais elle est isolée sur ce sujet .

Contexte immédiat Le , après un accord avec Hayat Tahrir al-Cham, des forces de l'armée turque entrent dans le gouvernorat d'Idleb et installent des postes de contrôle au sud de la région d'Afrine.

Le , l'artillerie turque reprend ses bombardements sur Afrine, qui se poursuivent les jours suivants.

Le , la coalition internationale menée par les États-Unis annonce son intention de créer avec les Forces démocratiques syriennes une « Force de sécurité aux frontières » constituée de dans le Nord de la Syrie. Cette annonce est dénoncée par le régime syrien, la CNFOR, la Russie, l'Iran et est accueillie avec fureur par la Turquie qui menace de passer à l'offensive à Afrine . Le , le président turc Recep Tayyip Erdoğan déclare : . Le Secrétaire d'État américain Rex Tillerson tente ensuite de calmer la situation en déclarant que l'annonce a été et que les États-Unis ne cherchent pas à constituer une force de gardes-frontières.

Le , des milliers de personnes manifestent dans les territoires kurdes du Nord de la Syrie pour s'opposer à l'intervention turque. Le même jour, le régime de Damas menace également d'abattre les avions turcs qui survoleraient la Syrie.

Le , le général Hulusi Akar, chef d'état-major des forces armées turques, et Hakan Fidan, chef des services de renseignement, se rendent à Moscou, où ils sont reçus par Valéri Guérassimov, le chef d’état-major russe, et Sergueï Choïgou, le ministre de la défense. L'AFP indique le que . Pour Marie Jégo, journaliste pour Le Monde : . La Russie et la Turquie pourraient également s'être accordées pour que la première abandonne Afrine, si l'autre abandonne Idleb . Le , le ministère russe de la Défense annonce que les troupes russes en poste à Afrine se sont retirées. Juste avant le début de l'offensive, la Russie aurait proposé aux Kurdes de céder Afrine au régime syrien en échange de quoi elle s'engageait à ce que la Turquie n'intervienne pas contre eux, mais les Kurdes auraient refusé. Le , le président Erdoğan déclare : .

Selon Allan Kaval, journaliste au Monde : .

Forces en présence Forces de l'armée turque et de l'Armée syrienne libre vignette|gauche|upright=1.3|Un groupe kurde de l'Armée syrienne libre annonçant sa participation à l'offensive d'Afrine contre les YPG aux côtés de l'armée turque, le 26 janvier 2018.

L'offensive est lancée par les mêmes groupes que ceux qui ont pris part à l'opération Bouclier de l'Euphrate. Le , le major Yasser Abdel Rahim, chef militaire de Faylaq al-Cham et membre du centre des opérations conjointes, affirme que rebelles de l'Armée syrienne libre prennent part à l'opération aux côtés des forces turques. L'Orient-Le Jour indique cependant que ce nombre apparaît exagéré pour plusieurs observateursSamia Medawar, . Pour l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), le nombre des combattants rebelles mobilisés auprès de l'armée turque est d'environ Mehmet Guzel et Philip Issa, . Un combattant rebelle témoignant pour L'Orient-Le Jour donne le même nombre . Le centre d'études Jussoor, proche de l’opposition syrienne, évoque quant à lui combattants. Depuis l'Opération Bouclier de l'Euphrate, les différentes brigades de l'Armée syrienne libre présentes dans le nord du gouvernorat d'Alep sont rassemblées au sein de l'« Armée nationale syrienne », forte officiellement de et rattachée théoriquement au « gouvernement intérimaire syrien » présent à Gaziantep, mais contrôlée dans les faits par la Turquie. Parmi les principaux groupes impliqués figurent la Division Sultan Mourad, Jaych al-Nokhba, la Division al-Hamza, le Liwa Samarkand, la Brigade al-Moutasem, le Front du Levant, Faylaq al-Cham, le Liwa Sultan Souleymane Chah, le Liwa Suqour al-Chamal, le Liwa Sultan Mehmed Fatih, le Liwa al-Muntasir Billah, Ahrar al-Charkiya, Jaych al-Chamal, le Régiment al-Musafa, la Brigade des commandos, la division, la division, le Liwa Ousoud al-Fatihin, le Liwa al-Vakkas, la Brigade de la Tempête du Nord, Jaych al-Nasr, Jaych al-Ahfad, Fastaqim Kama Umirt, le Liwa Asifat Hazm, le Front de l'authenticité et du développement, la brigade du bouclier de Hassaké, Jaych al-Charkiya, le Liwa al-Fatah, le Liwa Sultan Osman, Rejal al-Harb, le Liwa al-Shimal, le régiment, Jaych al-Thani et Ahrar al-Cham . Plusieurs de ces brigades sont constituées de combattants turkmènes. Selon l'OSDH, des membres des Loups gris prennent également part aux combats. Les rebelles forment le gros de l'infanterie, appuyés par les blindés, l'artillerie et l'aviation turque.

Positionné au sud d'Afrine, dans le gouvernorat d'Idleb, le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham, annonce à son tour être passé à l'attaque contre les YPG le .

Forces démocratiques syriennes vignette|upright=1.3|Des membres des HXP, à Afrine, le 21 janvier 2018.

Du côté des Forces démocratiques syriennes (FDS), les YPG compteraient au début de la bataille entre combattants à Afrine selon les déclarations du Premier ministre turc, Binali Yıldırım. Puis, après l'arrivée de renforts, les autorités kurdes affirment fin février que combattants défendent la région d'Afrine. Ces forces sont commandées par Mahmoud Berxwedan. La commandante des YPJ est Nujin Derik . Le Conseil militaire syriaque (MFS)SyriacMilitaryMFS, Breaking: #Syriac Military Council, MFS will send fighters to the #Afrin front in support of SDF-YPG/J to the defense of the region and populations against Turkey & allied forces. #Syria (more info & statement will follow), Twitter, 28 janvier 2018. et quelques groupes se réclamant de l'Armée syrienne libre et combattant au sein des Forces démocratiques syriennes, comme Jaych al-Thuwar et le Liwa Chamal al-DemocratiThomas van Linge, #Syria: the revolutionary #FSA groups of the #Efrin region (Jaysh al-Thuwar, Jabhat al-Akrad. Liwa Shamal al-Democrati) say they're ready to come to the defense of Efrin and fight the Turkish force of #OperationOliveBranch, Twitter, 26 janvier 2018. participent à la bataille. Des combattants yézidis des YBŞ et des YJÊ arrivent également en renfort à Afrine, au moins à partir de début févrierThe convoy of Kurdish fighters travelled freely through #Assad-controlled territory in S. #Aleppo.They were accompanied by #PKK-linked Yazidi militia, #YBS, who’d come from #Sinjar in #Iraq., twitter, 8 février 2018.. Des dizaines de combattants étrangers du Bataillon international de libération et de la Brigade Michael Israel participent également à la bataille du côté des FDS . Plusieurs d'entre eux forment une unité baptisée les « Forces antifascistes à Afrin » (FAFA) .

Pour défendre la région, les Kurdes ont érigé des fortifications et creusé des tunnels dans la montagne. Bien qu'Afrine soit enclavée, le régime syrien laisse cependant les Forces démocratiques syriennes traverser son territoire pour y acheminer des renforts .

Réactions internationales

Le , le président turc Erdoğan annonce que Syrie : la Turquie lance une offensive contre une milice kurde, Le Point avec AFP, 20 janvier 2018.La Turquie annonce le lancement d’une opération militaire en Syrie, Le Monde avec AFP, 20 janvier 2018.. L'armée turque confirme que l'opération, baptisée « Rameau d'olivier », a été lancée à 14 heures UTCSyrie : l'armée turque confirme le début de l'opération "Rameau d'olivier", AFP, 20 janvier 2018.Offensive turque en Syrie: la Syrie nie avoir été informée par Ankara de l'attaque "brutale" sur Afrine, AFP, 20 janvier 2018..