Le gouvernement Werner-Thorn-Flesch () est le gouvernement du Luxembourg en fonction du au .
Les élections Le Parti chrétien-social sort vainqueur du scrutin du . Il passe de 18 à 24 députés. Le Parti démocratique parvient à résister à l’usure du pouvoir et gagne même un siège, passant à 15 mandats au Parlement. Dans leur ensemble, les partis de gauche subissent une lourde défaite. Le Parti ouvrier socialiste luxembourgeois tombe à 22,5 % des votes, réalisant son plus mauvais score de l’après-guerre (14 mandats). Le Parti communiste perd la moitié de son électorat et n’est plus représenté à la Chambre que par deux députés. Quant au Parti social-démocrate, il ne parvient pas à se tailler une place durable sur l’échiquier politique et régresse au stade de groupuscule avec deux mandats. Les deux vainqueurs, le CSV et le DP, forment un gouvernement de coalition sous la présidence de Pierre Werner. À l’issue d’élections qui avaient pris l’allure d’un véritable duel, ce dernier l’avait emporté sur Gaston Thorn en ce qui concerne les votes personnels. Au cours de la période législative, plusieurs remaniements ministériels interviendront. Jean Wolter, décédé le , est remplacé par Jean Spautz, ancien ouvrier métallurgiste et militant syndicaliste. À partir du , Colette Flesch prend la succession de Gaston Thorn, appelé à présider la Commission des Communautés européennes. Le , Camille Ney démissionne pour des raisons de santé. Ernest Muhlen est promu ministre, alors que Jean-Claude Juncker entre au gouvernement en tant que secrétaire d’État au Travail et à la Sécurité sociale.
Composition Initiale (16 juillet 1979) Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'État Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la CoopérationMinistre de l'Économie et des Classes moyennesMinistre de la Justice Gaston Thorn DP Ministre de la SantéMinistre de la Force publiqueMinistre de l'Éducation physique et des Sports Émile Krieps DP Ministre de l'Agriculture, de la Viticulture et des Eaux et ForêtsMinistre de l'Intérieur Camille Ney CSV Ministre de l'EnvironnementMinistre des Transports, des Communications et de l'InformatiqueMinistre de l'Énergie Josy Barthel DP Ministre des FinancesMinistre du Travail et de la Sécurité socialeMinistre de la Famille, du Logement social et de la Solidarité sociale Jacques Santer CSV Ministre de la Fonction publiqueMinistre des Travaux publics René Konen DP Ministre de l'IntérieurMinistre de la Famille, du Logement social et de la Solidarité sociale (jusqu'à son décès le 22/02/1980) Jean Wolter CSV Ministre de l'Éducation nationaleMinistre du Tourisme Fernand Boden CSV Secrétaire d'État aux Finances Ernest Muhlen CSV Secrétaire d'État aux Affaires étrangères, au Commerce extérieur et à la CoopérationSecrétaire d'État à l'Économie et aux Classes moyennesSecrétaire d'État à la Justice Paul Helminger DP
Remaniement du 3 mars 1980 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'État Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la CoopérationMinistre de l'Économie et des Classes moyennesMinistre de la Justice Gaston Thorn DP Ministre de la SantéMinistre de la Force publiqueMinistre de l'Éducation physique et des Sports Émile Krieps DP Ministre de l'Agriculture, de la Viticulture et des Eaux et Forêts Camille Ney CSV Ministre de l'EnvironnementMinistre des Transports, des Communications et de l'InformatiqueMinistre de l'Énergie Josy Barthel DP Ministre des FinancesMinistre du Travail et de la Sécurité sociale Jacques Santer CSV Ministre de la Fonction publiqueMinistre des Travaux publics René Konen DP Ministre de l'Éducation nationaleMinistre du Tourisme Fernand Boden CSV Ministre de l'IntérieurMinistre de la Famille, du Logement social et de la Solidarité sociale Jean Spautz CSV Secrétaire d'État aux Finances Ernest Muhlen CSV Secrétaire d'État aux Affaires étrangères, au Commerce extérieur et à la CoopérationSecrétaire d'État à l'Économie et aux Classes moyennesSecrétaire d'État à la Justice Paul Helminger DP
Remaniement du 22 novembre 1980 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'État Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la CoopérationMinistre de l'Économie et des Classes moyennesMinistre de la Justice Colette Flesch DP Ministre de la SantéMinistre de la Force publiqueMinistre de l'Éducation physique et des Sports Émile Krieps DP Ministre de l'Agriculture, de la Viticulture et des Eaux et Forêts (jusqu'au 03/12/982) Camille Ney CSV Ministre de l'EnvironnementMinistre des Transports, des Communications et de l'InformatiqueMinistre de l'Énergie Josy Barthel DP Ministre des FinancesMinistre du Travail et de la Sécurité sociale Jacques Santer CSV Ministre de la Fonction publiqueMinistre des Travaux publics René Konen DP Ministre de l'Éducation nationaleMinistre du TourismeMinistre de l'Agriculture, de la Viticulture et des Eaux et Forêts Fernand Boden CSV Ministre de l'IntérieurMinistre de la Famille, du Logement social et de la Solidarité sociale Jean Spautz CSV Secrétaire d'État aux Finances Ernest Muhlen CSV Secrétaire d'État aux Affaires étrangères, au Commerce extérieur et à la CoopérationSecrétaire d'État à l'Économie et aux Classes moyennesSecrétaire d'État à la Justice Paul Helminger DP
Remaniement du 21 décembre 1982 Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique.
Portefeuille Titulaire Parti Président du gouvernementMinistre d'État Pierre Werner CSV Vice-Président du gouvernementMinistre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la CoopérationMinistre de l'Économie et des Classes moyennesMinistre de la Justice Colette Flesch DP Ministre de la SantéMinistre de la Force publiqueMinistre de l'Éducation physique et des Sports Émile Krieps DP Ministre de l'EnvironnementMinistre des Transports, des Communications et de l'InformatiqueMinistre de l'Énergie Josy Barthel DP Ministre des FinancesMinistre du Travail et de la Sécurité sociale Jacques Santer CSV Ministre de la Fonction publiqueMinistre des Travaux publics René Konen DP Ministre de l'Éducation nationaleMinistre du Tourisme Fernand Boden CSV Ministre de l'IntérieurMinistre de la Famille, du Logement social et de la Solidarité sociale Jean Spautz CSV Ministre de l'Agriculture, de la Viticulture et des Eaux et Forêts, chargé de missions spéciales auprès du Département du trésor Ernest Muhlen CSV Secrétaire d'État aux Affaires étrangères, au Commerce extérieur et à la CoopérationSecrétaire d'État à l'Économie et aux Classes moyennesSecrétaire d'État à la Justice Paul Helminger DP Secrétaire d'État au Travail et à la Sécurité sociale Jean-Claude Juncker CSV
La politique extérieure Pendant la période 1979-1984, deux problèmes dominent les relations entre le Luxembourg et ses voisins. Il s’agit, d’une part, de la construction d’une centrale nucléaire par la France à Cattenom et, d’autre part, de l’éternelle question du siège du Parlement européen. Le gouvernement luxembourgeois ayant renoncé à la réalisation d’une centrale à Remerschen, la France avait programmé l’installation de deux unités supplémentaires à Cattenom portant ainsi la capacité totale de l’usine à 5,2 MGW. Cette extraordinaire concentration à proximité de la frontière suscite des inquiétudes aussi bien dans les milieux politiques que parmi la population luxembourgeoise. Le , lors d’une réunion germano-francoluxembourgeoise à Bonn, les délégations allemande et luxembourgeoise demandent à la France de reconsidérer ses projets de construction. En vain. Les démarches ultérieures entreprises par le gouvernement se heurtent également au refus des autorités françaises de revenir sur leur décision de construire Cattenom.
L’autre problème récurrent est celui du siège du Parlement européen. Un nombre croissant de parlementaires européens manifestent de plus en plus ouvertement leur préférence pour Bruxelles et réclament un siège unique et définitif pour leur institution. Le , le Parlement européen adopte une résolution qui prévoit de revoir le fonctionnement du secrétariat et des services techniques. Cette résolution semble signifier à terme leur transfert à Bruxelles. Or, une telle décision est contraire au traité de la fusion des exécutifs de 1965 qui, dans son annexe, dispose que « le secrétariat et ses services restent installés à Luxembourg ». Le gouvernement luxembourgeois dépose un recours devant la Cour européenne de justice et obtient raison pour l’essentiel. L’action diplomatique du gouvernement luxembourgeois tend à sensibiliser les chefs de gouvernement à propos de la question des sièges de travail des Communautés. Les 23 et , le Conseil européen réuni à Maastricht décide le maintien du statu quo en ce qui concerne les lieux de travail des Communautés.
À partir des années 1980, la coopération au développement devient progressivement une composante importante de la politique étrangère du Luxembourg. La loi du relative à la coopération au développement inaugure de façon officielle l’aide publique au développement directe du Grand-Duché. Elle réglemente le statut des ressortissants luxembourgeois actifs dans les pays en voie de développement en tant que coopérants et agents de la coopération. Pour un « petit État », l’aide au développement constitue un moyen opportun pour se faire valoir au niveau international et pour donner une image positive de soi dans le monde.
La politique économique Le début des années 1980 est marqué par une aggravation de la crise sidérurgique. La production industrielle continue à régresser, les exportations à diminuer. L’inflation atteint un taux de plus de 8 %. En , la DAC, division anti-crise commune aux sociétés sidérurgiques, compte un effectif record de 3 850 hommes. La Tripartite « sidérurgie » siège quasiment en permanence.
Pour sauver la sidérurgie, l’État doit renforcer son intervention. Par des allègements fiscaux et des aides à l’investissement, il soutient l’effort de restructuration et de modernisation. Cependant, les aides financières de l’État prennent de plus en plus le caractère de subventions directes. Cette pratique finit par attirer l’attention de la Commission européenne, qui met en doute le fait que les aides étatiques à la sidérurgie soient compatibles avec les règles de concurrence du Marché commun. Le gouvernement luxembourgeois se défend en affirmant que l’aide nationale est moindre que dans les pays voisins. Le gouvernement est également conscient du fait que, pour réduire les coûts de production, il faut tenter de ralentir l’évolution de l’échelle mobile. Cependant, toute tentative de limitation du jeu de l’indice provoque un tollé auprès des partenaires syndicaux au sein de la Tripartite. Néanmoins, la loi du restreint l’indexation automatique des salaires et limite l’impact et l’échéance des ajustements indiciaires. En outre, elle introduit un prélèvement spécial, dénommé contribution nationale d’investissement, de 5 %.