La province de Prusse-Orientale (en allemand : ) est une province allemande, aujourd'hui disparue, qui fit partie du royaume de Prusse de 1773 à 1824 et de 1878 à 1918, puis de l'État libre de Prusse de 1919 à 1945. Située au bord de la mer Baltique, entre la Vistule et le Niémen, sa capitale était la ville de Königsberg.

La province est créée le . Elle correspondait approximativement à la partie du territoire de l'ancien État monastique des chevaliers Teutoniques qui constitua en 1525 le duché de Prusse et qui porta aussi le nom de Prusse ducale, puis de Vieille Prusse. Maintenue par l'ordonnance du , la province est réunie à celle de Prusse-Occidentale par la loi du . Elle est rétablie le , date de l'entrée en vigueur de la loi du . Après la Première Guerre mondiale, son territoire fut réduit par la création du territoire de Memel et transformé en exclave allemande par la création du corridor de Dantzig.

Définitivement détaché de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, l'ancien territoire de la Prusse-Orientale est aujourd'hui divisé entre la Pologne (voïvodie de Varmie-Mazurie) et la Russie (enclave de l'oblast de Kaliningrad).

Histoire vignette|400px|La Prusse-Orientale au . Peuplée pendant le premier millénaire de diverses ethnies de langue balte, dont celle des Vieux-Prussiens (ou Borusses), ou de langues scandinaves et gotiques, la région qui correspond à la Prusse-Orientale n'appartint à l'espace linguistique allemand qu'à partir de la conquête de ces territoires par les chevaliers teutoniques ().

Elle fut de population majoritairement allemande avec des minorités polonaise, balte et juive du à 1945. Ses anciens territoires font partie aujourd'hui de la Pologne et de la Russie, avec un changement de population survenu entre 1945 et 1947. Il ne restait que en mai 1945 sur les originaires de la province en 1944, et elles furent presque toutes expulsées dans les deux années suivantes. Seuls étaient encore dans la partie polonaise dans les années 1960 et la plupart migrèrent dans les , ou à la chute du régime communiste.

La Prusse-Orientale était organisée avant administrativement en trois districts : le district de Königsberg ; le district de Gumbinnen ; le district d'Allenstein, formé en 1905 des parties méridionales des deux districts précédents.

Des origines au Les premiers habitants de la région étaient des tribus de chasseurs nomades qui se sédentarisent à l'âge de la pierre. On trouve ainsi des traces de leur présence datant de , essentiellement au bord des lacs, de la lagune de la Vistule et de la lagune de Courlande. Des restes sont notamment trouvés dans un village de l'âge de la pierre nommé Succase, près d'Elbing. Puis un cimetière de l'âge du bronze est découvert à Georgenswalde en Sambie. Il existait un commerce d'ambre avec les populations du Sud et de l'Ouest. L'influence de tribus étrangères est donc certaine dès l'âge du bronze (vers ). Des tribus germaniques s'installent des deux côtés de la Vistule, à partir du , à l'Est jusqu'à Passarge et en Sambie (Samland, en allemand), côtoyant des tribus baltes. Il y a à l'époque de La Tène (300 av. J.-C.) des tribus burgondes, vandales, et, à l'ère chrétienne, des Goths. Elles étaient en relation avec l'Empire romain pour le commerce de l'ambre. Tacite fait la description de cette route de l'ambre.

Une culture mixte se développe au au sud-est de la Prusse, influencée par ses tribus germaniques. Lors des invasions des Vikings du , des tribus scandinaves s'installent au bord de la mer et une partie d'entre elles se spécialisent ensuite dans le commerce en Sambie et dans la région actuelle de Klaipėda (ex-Memel), tandis que les autres font de la piraterie en mer. Ces Scandinaves se mélangent aux populations locales. Deux cents sépultures vikings avec des armes ont été trouvées en Varmie (Ermeland), près de Cranz (aujourd'hui Zelenogradsk). Leur village de Truso, près d'Elbing, est un marché important. Les premières mentions du terme de « Prusse » datent du . Ces tribus se battent soit contre les Scandinaves, soit contre les Slaves, qui ont chassé les autres tribus de la Vistule, où ils se sont installés. Ces Borusses balto-germains, de peuple pacifique deviennent donc un peuple guerrier et construisent des endroits fortifiés. Ces tribus composées de petits princes, de paysans libres ou non libres adorant quatre dieux païens, sous la forte influence de leurs grands prêtres, les Waidelott, et hostiles au christianisme, vivant d'agriculture, d'élevage (en particulier de chevaux) et du commerce de l'ambre, ne se sont cependant jamais unies entre elles

vignette|Saint Adalbert.

C'est à partir de l'an mille que les Slaves de Pologne commencent à vouloir étendre leur influence à l'est et notamment par un premier essai de christianisation avec saint Adalbert qui se solde par un échec lorsque celui-ci est tuéAdalbert est depuis le saint patron de la Prusse.. La mission de Bruno de Querfurt, mandaté en 1009 par l'empereur , est également un échec puisqu’il est martyrisé.

Les cisterciens rencontrent alors un certain succès en développant parallèlement des méthodes d'agriculture. C'est par exemple le cas, en 1207, de la mission des cisterciens originaires de l'abbaye de Lekno en Grande-Pologne envoyés par l'évêque polonais Christian, mais les populations finissent par se rebeller, de crainte de perdre leur autonomie, et le duc Conrad de Mazovie fera appel, après le reflux des chevaliers chrétiens de Terre sainte à partir de 1225, à l'ordre Teutonique pour poursuivre la christianisation. Ces terres sont donc l'enjeu d'une course à la colonisation avec les Allemands, surtout venus de Saxe et des Marches de l'Est, mais aussi les Mazoviens, les Danois qui commencent à coloniser les côtes et à se battre contre les Polonais, et les villes libres de Brême et de Lübeck qui y voient un intérêt économique.

Du à 1525 : les chevaliers Teutoniques vignette|Statue de Hermann von Salza à Marienbourg. Installation de l'ordre Au début du , le duc Conrad de Mazovie fait appel à l'ordre teutonique dirigé par Hermann von Salza, pour combattre les Vieux-Prussiens, ou Borusses, restés païens qui font des razzias en Mazovie. Guillaume de Modène est nommé par le pape en 1224 légat pontifical en Sambie et en Prusse, et l'empereur donne, par la bulle d'or de Rimini, son assentiment en 1226 à l'expédition des chevaliers qui avaient pourtant été auparavant échaudés par celle de Transylvanie. Le duc de Mazovie est prêt à offrir le pays de Culm (ou Culmerland), situé dans la basse vallée de la Vistule, en dédommagement aux chevaliers. Cependant Hermann von Salza hésite, car il est pris par des engagements en Terre sainte. L'empereur garantit donc les droits des chevaliers teutoniques, ce que confirme le traité de Kruschwitz signé le 16 juin 1230 par Conrad de Mazovie, qui souhaite lever les doutes de Hermann von SalzaTotium ex integro chelmens territorium cum omnibus suis appendiciis ab eo loco. et donne en plus la forteresse de Nessau. L'évêque Christian de Prusse donne, quant à lui, le tiers de la Prusse.

Les chevaliers arrivent donc munis de toutes ces garanties en 1230 en Prusse et Hermann von Salza y envoie comme maître provincial Hermann von BalkOriginaire comme lui de Thuringe.. Ils fondent la future ville de Thorn qui va servir de modèle à toutes les autres fondations de l'ordre en PrusseDont le nom est dérivé de la forteresse de Toron en Terre sainte, voir Wolfgang Sonthofen, Der Deutsche Orden: 800 Jahre Geschichte, éd. Rombach, Fribourg-en-Brisgau, 1990. en 1231 et reconstruisent le fortin de Nessau. C'est ainsi que commence à voir le jour le système défensif de maillage des fortifications teutoniques. Balk franchit la Vistule avec un millier d'hommes au printemps 1231. La nouvelle ville de Culm est fondée en 1232 avec un plan en échiquier caractéristique. Son château deviendra la résidence des maîtres de Prusse, jusqu'en 1309. La ville donne jour au droit de Culm, charte qui donne des privilèges commerciaux aux villes fondées par les chevaliers, ainsi qu'à d'autres plus tard. Tout de suite après Culm, les chevaliers fondent Marienwerder, qui sera la résidence des évêques de Pomérélie de 1254 à 1526. Les colons allemands affluent, attirés par la perspective d'être des paysans libres. Le pape prononce la bulle de Rieti en 1234.

Les Teutoniques rassemblent sous leur bannière des chevaliers allemands et surtout des croisés venus de toutes les principautés polonaises. Les Polonais sont, au début, les alliés des chevaliers teutoniques. Une fois leur puissance acquise, ils n'auront de cesse par la suite de s'opposer aux chevaliersJusqu'à l'expulsion des populations allemandes et à la disparition de toute trace allemande sept siècles plus tard..

Évolution de la Prusse des teutoniques En attendant, les chevaliers édifient les forteresses de Kulmsee et de Rehden, conquièrent la PogésanieElbing et la Pogésanie appartenaient à un diocèse dénommé Pomésanie, voir Elbląg. — où ils bâtissent le château d'Elbing en 1237 — et dominent toute la Pomésanie. Les chefs des tribus borusses se convertissent les uns après les autres, entraînant la soumission de leurs sujets et la construction d'un château fort par les chevaliers, autour duquel se dessine un village ou un bourg. Il en est ainsi des châteaux de Kreuzburg en Natangie, de Heilsberg et de Braunsberg en Varmie (Ermeland), de Bartenstein, Rössel et Weissenburg en , et de même pour le château de Balga, construit en 1239 au bord de la lagune de la Vistule (Frisches Haff).

En 1245, les territoires conquis par les chevaliers sont divisés en quatre diocèses sous la dépendance juridictionnelle et spirituelle de l'archevêque de Riga. Dantzig devient possession des chevaliers en 1309, ce qui est confirmé en 1343 par la Pologne. La capitale de l'ordre est depuis 1309 Marienbourg, imposante forteresse construite en l'honneur de la Vierge Marie, patronne des chevaliersLa capitale de l'ordre est transférée à Königsberg à partir de 1457..

L'apogée du pouvoir teutonique se situe au , jusqu'à la bataille de Tannenberg de 1410, à partir de laquelle l'ordre décline, jusqu'à se convertir au luthéranisme et à se séculariser (en 1525). Par le traité de Toruń de 1466, il cède à la Pologne ses terres occidentales, entre Oder et Vistule, se coupant ainsi des territoires de langue et de civilisation allemandes alors rassemblés dans le Saint-Empire romain germanique.. La région orientale connaît, quant à elle, une période d'expansion économique à laquelle la guerre de Trente Ans met un terme.

Peuplement de la région Le caractère diffus de l'immigration rurale rend difficile à connaître l'origine des colons ou des habitants des nouvelles villes qu'ils fondent. Les chevaliers allemands qui ont reçu des territoires en fiefs, ou les locatores entrepreneurs de colonisation, ont entraîné avec eux des émigrants de leur région d'origine. Beaucoup sont ainsi venus de Basse-Saxe, d'Allemagne moyenne, de la Misnie. Toute la bande de territoire déjà colonisée de Lübeck à la Silésie a également fourni un important contingent. Puis, après cette première vague, vers 1320, l'on a assisté à un déplacement de la jeune génération à l'intérieur de la Prusse vers l'Est. On peut estimer que cette marche de la colonisation a été une sorte de renouvellement progressif qui a duré une centaine d'années. D'une façon générale, les colons n'ont porté leur action que dans les zones forestières et dans les terres basses, mais peu ou pas dans les territoires déjà mis en culture par les Borusses. L'élan de la colonisation allemande en Prusse-Orientale a pris fin au avec le déclin de la puissance de l'OrdreCharles Higounet, Les Allemands en Europe centrale et orientale au Moyen Âge, 1989..