Le Malade d'amour () est un tableau réalisé en 1916 par le peintre expressionniste allemand George Grosz.
L'œuvre D'une dimension de , l'œuvre Le Malade d'Amour, une huile sur toile non signée, est conservée au Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, à Düsseldorf. L'œuvre a été acquise en 1979 auprès du galeriste new-yorkais Richard L. Feigen.
Sujet vignette|Café des Westens dans Karl-Heinz Metzger, Ulrich Dunker,Der Kurfürstendamm, Berlin : Konopka, 1986. L'œuvre est un autoportrait du peintre, désigné comme « comte Ehrenfried » (deuxième prénom de Grosz), assis au café littéraire berlinois Großenwahn (traduction libre : grande illusion ou folie des grandeurs), établi Kurfürstendamm, et qui était un des rendez-vous des artistes expressionnistes germanophones (Großenwahn est le surnom donné au café littéraire qui se tenait au Café des Westens). Il est vêtu de son costume de dandy.
Contexte historique George Grosz s'engage en 1914 dans l'armée du Reich comme volontaire et est incorporé au régiment de grenadiers de la Garde « empereur François ». Le , il en est renvoyé pour raisons médicales.
À partir de (jusqu'en , quand il est hospitalisé dans un hôpital psychiatrique), il travaille frénétiquement dans son atelier (aussi domicile) situé à Berlin-Südende, dans les combles au Stephanstrasse.
Outré par l'attitude anti-anglaise de ses compatriotes, il rejoint la Ligue spartakiste (prédécesseur du parti communiste) et anglicanise son nom, Georg Groß, en George GroszÀ l'instar de son ami le peintre Helmut Herzfeld qui prend le nom de John Heartfield..
Après avoir réalisé deux toiles d'intérieur de café (Das Kaffeehaus (1915/1916)Das Kaffeehaus, vente chez Christie's Londres, Conservé au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington. et Café (1916)Saint Louis Art Museum, Saint-Louis (Missouri)), le peintre peint ensuite Le Malade d'amour simultanément avec Suicide (, Tate Gallery, Londres)Suicide, sur le site de la Tate Gallery, Londres où il se représente également, mort d'une balle de révolver. Les deux œuvres ont la même dimension () et font en quelque sorte pendant.
Analyse Dans Le Malade d'amour, l'une de ses premières peintures à l'huile, Grosz dépeint non seulement sa propre situation autobiographique et socio-politique, mais s'inspire aussi de divers mouvements artistiques de son temps. Avec des perspectives plongeantes, la distorsion de la proportion et les exagérations caricaturales de la physionomie, il utilise le centre de l'image de l'expressionnisme allemand, comme l'avaient fait notamment Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel et Ludwig Meidner. L'accentuation de la lumière et la dynamique de la représentation de l'espace semblent faire allusion au futurisme italien et contrecarrer en même temps l'euphorie de la métropole et la vision pieuse de la technologie de l'avenir. Enfin, Grosz se réfère également au cubisme avec un guéridon typique, nature morte avec les indispensables ustensiles, verre, bouteille et pipe, tels que Pablo Picasso, Georges Braque et Juan Gris l'ont dépeint dans de nombreuses variantes.
Étude d'Anke von Heyl Dans sa thèse de maitrise qui prend pour point de départ Le Malade d'amour, l'historienne de l'art Anke von Heyl écrit qu'alors que les autres scènes de café des expressionnistes reprennent largement des formes impressionnistes, George Grosz crée ici une iconographie qui va bien au-delà des précédentes. Grosz se représente dans le personnage au premier plan, dans un rôle dans lequel il est connu dans les cercles intellectuels de Berlin.
Anke von Heyl cite Wieland Herzfelde à propos de l'une de ses rencontres avec le peintre : . Grosz aimait l'excentricité et se mettait en scène dans ses apparitions en soirée où il chantait, dansait et satirisait. Il passait la plupart de ses soirées dans les cafés, observant les passants et les déstabilisant par son apparence mystérieuse. Il a repris ces différents rôles dans la conception de l'autoportrait Der Liebeskranken, notamment celui du comte Ehrenfried, aristocrate nonchalant aux ongles soignés.
La conception en tant qu'expression d'une vision apocalyptique est accessible au spectateur. La présentation entière du tableau est pleine de divers symboles de vanités. Ce que le peintre a représenté sur la table ronde au premier plan et le pistolet en sont des variantes modernes. Le squelette en arrière-plan est le sosie du malade d'amour et trouve son équivalent dans l'arête de poisson. Le chien dont la tête est proche des os croisés rappelle le crâne présent dans les vanités. Avec sa mauvaise apparence et se fourrure bleuâtre empoisonnée, il est devenu le personnage principal de cette scène de café.
L'atmosphère du naufrage apocalyptique est complétée par les maisons en feu en arrière-plan. La date d'origine du tableau induit que la signification de ces symboles devient claire, l'Europe est au milieu de la Première Guerre mondiale.
Le chien Alors que traditionnellement le chien, en art, est le symbole de la et de l'amitié, George Grosz reprend une autre image de l'animal, donnée en premier lieu par Dürer dans sa gravure Melencolia IAlice A. Kuzniar, Melancholia's Dog: Reflections on Our Animal Kinship, Chicago : University of Chicago Press, 2006 , . Le chien est en effet ici l'allégorie de la mélancolie, image reprise également à la Renaissance dans des œuvres de Lucas Cranach l'Ancien« La Mélancolie, Lucas Cranach, 1532 », site cineclubdecaen.com, Domenico Fetti, Giovanni Benedetto Castiglione. Au , outre Grosz, des artistes comme Dieter Kraemer, Joseph Beuys (I like America and America likes Me, 1974) et Walter Benjamin ont associé le chien à la mélancolie (un coyote dans la performance de Beuys).
Citation L'historien d'art et philosophe libertaire Salomo Friedländer, qui fréquentait Grosz, écrit à propos du Malade d'amour :
Propriétaires successifs George Grosz, Berlin, 1916-1919 Galerie Hans Goltz, Munich, 1919-1920 (soit acheté au peintre, soit en commission) Burg, Cologne, 1920-1921 Eduard Plietzsch est un ami de Grosz., Berlin, 1921 - entre 1928 et 1933 George Grosz, Berlin/New York, entre 1928 et 1933 - 1959 (acquis avant d'émigrer aux USA) Galerie Richard L. Feigen & Co.Richard L. Feigen inaugure sa première galerie à Chicago en 1957, y exposant des chefs-d'œuvre de l'art expressionniste et surréaliste allemand du . En 1962, il ouvre une deuxième galerie à New York., Chicago, entre 1954 et 1959 - 1961 (acheté au peintre) John L. Loeb Jr., New York, 1961-1974 Galerie Richard L. Feigen & Co., New York, 1974-1979 Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf, depuis 1979
Bibliographie
M. Kay Flavell, George Grosz: a biography, New Haven ; Londres, Yale University Press, 1988 Peter-Klaus Schuster, George Grosz : Berlin - New York, Berlin : Ars Nicolai, 1995, 2. Auflage (Ausstellung : Berlin, Neue Nationalgalerie, 21. Dezember 1994 bis 17. April 1995 : Düsseldorf, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, 6. Mai bis 30. Juli 1995 : Stuttgart, Staatsgalerie, 7. September bis 3. Dezember 1995. Die Ausstellung wird veranstaltet von der Nationalgalerie und dem Kupferstichkabinett, Staatliche Museen zu Berlin - Preußischer Kulturbesitz, in Verbindung mit der Stiftung Archiv der Akademie der Künste, Berlin)
Notes et références Notes
Références
Liens internes 1916 en dadaïsme et surréalisme
Liens externes
Le Malade d'amour, reproduction sur slideplayer.fr Der Liebeskranke, sur le site du Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen George Grosz „Der Liebeskranke“ – Das Kaffeehaus als symbolischer Raum, sur le site kulturtussi.de, « Bürden », in: Europäische Liebeslyrik (in deutscher Übersetzung). Algernon Charles Swinburne (1837-1909), englischer Dichter., site deutsche-liebeslyrik.de A Ballad of Burdens. Algernon Charles Swinburne, site telelib.com
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