thumb|Accident nucléaire de Fukushima ; vue des réacteurs après l'explosion de l'hydrogène.
Un accident nucléaire, également appelé accident radiologique, est un événement industriel fortuit grave, dont les conséquences potentielles ou effectives sont liées à la présence de matières radioactives.
Contexte
Laccident nucléaire peut survenir dans toute installation manipulant des matières radioactives : sites de l'industrie électronucléaire (usine d'enrichissement de l'uranium, centrale nucléaire, usine de traitement du combustible usé, centre de stockage de déchets radioactifs) ou établissements exerçant une activité nucléaire (site militaire, hôpital, laboratoire de recherche, etc.), ou encore dans un sous-marin, porte-avions ou brise-glace à propulsion nucléaire. Les accidents peuvent aussi se produire lors des transports de matières radioactives (notamment à usage médical, mais également combustible nucléaire, déchets radioactifs ou armes nucléaires).
La méthode de prévention des accidents nucléaires est comparable à celle mise en œuvre pour toute installation industrielle classée Seveso : étude des dangers, réduction des risques à la source, politique de prévention proactive et système de gestion et de contrôle de la sécurité, planification des contre-mesures en cas d'exposition du public et information du public. La principale spécificité du dispositif pour le domaine nucléaire est qu'il est soumis en outre au contrôle d'une autorité de sûreté nucléaire indépendante.
Dans le domaine du nucléaire civil, l'échelle internationale des événements nucléaires considère que le qualificatif d'« accident nucléaire » peut être donné quand un certain degré de gravité a été dépassé suivant trois points de vue : La défaillance complète et simultanée de toutes les barrières de radioprotection participant à la défense en profondeur, n'opposant plus aucun obstacle à une éventuelle contamination nucléaire à grande échelle. l'endommagement important d'un réacteur nucléaire ou d'une installation nucléaire de base, ayant pour conséquence la mort d'un travailleur par syndrome d'irradiation aiguë. Un rejet de matières radioactives à l'extérieur du site, entraînant une exposition du public dépassant les limites réglementaires prescrites, et imposant l'application partielle ou totale des contre-mesures planifiées.
Les accidents nucléaires ayant un impact sur la population sont ceux où une grande quantité de matières radioactives est dispersée, généralement à la suite d'un incendie ou d'une explosion majeure (détruisant par ailleurs l'installation et ses barrières de radioprotection). Une telle explosion d'une installation nucléaire est toujours une explosion similaire à celles susceptibles de se rencontrer dans l'industrie chimique, d'effet relativement limité, et sans comparaison possible avec ceux d'une explosion atomique. En revanche, dans ce cas, les effets qui intéressent la population locale sont essentiellement ceux des retombées radioactives que l'accident industriel provoque à l'extérieur.
Prévention des accidents nucléaires Prévention
La prévention est un élément fondamental de la sûreté de fonctionnement.
En France, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) : procède périodiquement à des essais de vérification du bon fonctionnement du système d’alerte de ses agents ; prépare chaque année un programme d’exercices nationaux de crise nucléaire, annoncé aux préfets par une circulaire conjointement signée par la Direction de la défense et de la sécurité civile (DDSC), la Direction générale de la santé (DGS) et le Secrétariat général du comité interministériel de la sécurité nucléaire (SGCISN).
Analyse des accidents Les accidents dus aux rayonnements ionisants constituent des événements rares. Il est vain d’espérer pouvoir tirer des règles génériques sur la seule base d’accidents isolés aux causes diverses, avec pour objectif de prévenir ou mieux gérer de futurs accidentsD'après IRSN, Les accidents dus aux rayonnements ionisants - le bilan sur un demi-siècle ; édition du 15 février 2007 (lire en ligne )..
La prévention repose donc sur une analyse systématique des accidents possibles, et une sécurité construite a priori.
L'analyse de ces accidents montre néanmoins l’importance du facteur humain dans la genèse de leur survenue. Dans la plupart des cas, le respect de règles simples, qui le plus souvent font appel au simple bon sens, aurait évité des conséquences graves.
La recherche nucléaire Elle porte sur les typologies d'accidents, l'étude des risques, la gestion du risque, l'analyse de la chaîne de cause à effet, des causes (techniques, humaines, géopolitiques, etc.), l'étude des conditions de la sûreté nucléaire, la gestion des déchets nucléaires, les conséquences économiques, sanitaires ou écologiques (sur les réseaux trophiques, les phénomènes de bioconcentration de radionucléides).
Elle porte aussi sur la métrologie, l'analyse des retours d'expérience (« REX »), l’établissent de protocoles d'évaluation Mller H, Pröhl G. (1993) ECOSYS 87 : 1993 ; 64 : 232-52. et de recherche, la modélisation des accidents, la modélisation des conséquences environnementales
Elle est appuyée par des programmes pluridisciplinaires, nationaux, européens, internationaux, sous l'égide de l'AIEA et de l'OMS au niveau mondial.
Aspects juridiques Pour la Convention de Paris sur la responsabilité civile dans le domaine de l'énergie nucléaire, un accident nucléaire consiste en Convention sur la responsabilité civile dans le domaine de l'énergie nucléaire (convention de Paris) du 29 juillet 1960 amendée le 28 janvier 1964 et le 16 novembre 1982, OECD Nuclear Energy Agency.
Après la catastrophe de Tchernobyl, une Convention sur la notification rapide d'un accident nucléaire a été rédigée et rapidement adoptée, sous l'égide de l'AIEA.
Typologie des accidents nucléaires Échelle de classement des incidents et accidents
Depuis 1991, l'Agence internationale de l'énergie atomique a mis en place l'échelle INES pour qualifier au niveau international la gravité d'un évènement lié au nucléaire civil. Graduée selon 8 niveaux (de 0 à 7), elle définit des critères objectifs et subjectifs pour caractériser un évènementAutorité de sûreté nucléaire, L'échelle INES de classement des incidents et accidents nucléaires (consulté le 29 mars 2011)..
Cette échelle fait suite à la catastrophe de Tchernobyl, ce qui signifie que la plupart des accidents (niveau supérieur ou égal à 4) ont été classés après coup.
Cette échelle peut servir notamment de critère pour savoir si un incident peut être qualifié d'« accident » ou d'« incident » nucléaire.
Les « accidents nucléaires » sont des évènements impliquant une contamination radiologique plus ou moins importante. Pour l'échelle INES, les « accidents » à proprement parler sont principalement ceux qui ont une incidence en dehors du site, exposant le public à une contamination radiologique. Sont également comptés comme « accidents » les évènements provoquant une destruction partielle ou totale d'un réacteur, même lorsqu'il n'y a pas eu d'exposition du public. Il en est de même en cas d'exposition mortelle d'un travailleur. Un évènement nucléaire est qualifié d'« incident » si l'on juge que sa gravité et ses conséquences sur les populations et l'environnement sont très faibles.
La Commission de réglementation nucléaire des États-Unis (NRC) utilise une autre échelle des accidents nucléaires.
Accident de criticité Un accident de criticité a pour principal effet d'émettre une quantité massive de neutrons et de rayonnement ionisant, et est la plupart du temps mortel pour l'irradiéVoir par exemple L'étude de la phénoménologie des accidents de criticité, Clefs CEA .. Cependant, cette irradiation diminue comme l'inverse du carré de la distance : si la victime reçoit plusieurs dizaines de sieverts à un mètre, l'exposition à tombe au niveau du millisievert (comparable à l'exposition induite par une radiographie des poumons). D'autre part, l'énergie mécanique dégagée par un tel accident est la plupart du temps très faible (de quoi faire bouillir une casserole d'eau)Voir A Review of Criticality Accidents, Los Alamos National Laboratory, révision 2000 : Dans ce tableau, l'unité mesurant le nombre de fission, 10^17 fissions de , correspond à un dégagement total d'énergie de l'ordre de , soit l'énergie nécessaire pour faire passer d'eau de 0 à (ou encore, l'énergie disponible dans trois plaquettes de chocolat). : il n'y a pas d'explosion significative, et les barrières biologiques restent intactes. De ce fait, il correspond typiquement à une gravité de 4 sur l'échelle INES, parce qu'il y a eu exposition létale d'un travailleur, mais l'incidence hors site est a priori négligeable.
Résistance du site aux agressions Un accident industriel ou naturel (incendie, foudre, tremblement de terre…), survenant dans une centrale nucléaire (ou sur un site de l'industrie nucléaire), peut endommager les dispositions de protection, conduisant éventuellement à des fuites de matières radioactives. Les études de sécurité nucléaire demandées pour autoriser l'exploitation doivent justifier que les protections radiologiques résistent à des accidents jugés dimensionnants. Ces protections sont donc conçues pour être robustes et résistantes, et de tels accidents, qui peuvent provoquer des dégâts matériels importants à l'intérieur du site, n'entraînent normalement pas de risques importants à l'extérieur : ils correspondent typiquement au niveau 4 de l'échelle INES.
Des organisations de la société civile, dont Greenpeace, alertent depuis plusieurs années sur les risques d'intrusion dans les centrales françaises..
Le , un rapport commandité par Greenpeace, mettant en cause la sécurité des installations nucléaires françaises et belges, a été remis aux autorités. Il pointe du doigt la vulnérabilité des centrales face aux risques d'attaques extérieure, en particulier de certaines installations telles que les piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés. En parallèle plusieurs militants de l’association écologiste ont réussi à pénétrer à l'intérieur de l’enceinte de la centrale nucléaire de Cattenom, en Lorraine. Sur place, ils ont allumé un feu d’artifice pour dénoncer le manque de sécurité.
Frappes militaires Les centrales nucléaires sont des cibles privilégiées lors des conflits militaires et ont été attaqués à plusieurs reprises lors de frappes aériennes, d'occupations, d'invasions et de campagnes militaires au cours de la période 1980-2007Benjamin K. Sovacool (2011). Contesting the Future of Nuclear Power: A Critical Global Assessment of Atomic Energy, World Scientific, p. 192..
En , la bataille d'Enerhodar a causé des dommages à la centrale nucléaire de Zaporizhzhia et un incendie dans son complexe d'entraînement alors que les forces russes en prenaient le contrôle, renforçant les craintes de contamination nucléaire. Le , le directeur de l'AIEA, Rafael Grossi, s'est adressé au Conseil de sécurité de l'ONU, appelant à la création d'une zone de protection de la sûreté et de la sécurité nucléaire autour de la centrale et réitérant ses conclusions selon lesquelles .
Cyberattaques Les installations nucléaires peuvent faire l'objet de cyberattaques.
En juin 2010, le ver informatique Stuxnet, probablement créé par les États-Unis et Israël, est découvert. Il est conçu pour attaquer les installations nucléaires d'enrichissement de l'Iran, en désactivant les dispositifs de sécurité des centrifugeuses, entraînant leur perte de contrôle..
En décembre 2014, les ordinateurs de l'exploitant de la centrale nucléaire de Corée du Sud (KHNP) ont été piratés. Les cyberattaques ont impliqué des milliers d'e-mails d'hameçonnage contenant des codes malveillants et des informations ont été volées Penny Hitchin, "Cyber attacks on the nuclear industry", Nuclear Engineering International, 15 septembre 2015..