Le , est un jeu de société traditionnel japonais appartenant à la famille des échecs. Il se pratique à deux joueurs sur un tablier de 81 cases appelé shōgiban. L'objectif est la capture du roi adverse. Sa principale particularité réside dans la règle du « parachutage », qui permet à un joueur de remettre en jeu à son profit les pièces préalablement capturées à l'adversaire. Cette spécificité, qui maintient un nombre constant de pièces sur le plateau, rend les parties nulles extrêmement rares et impose une forme de pièces trapézoïdale dont l'appartenance est définie par l'orientation et non par la couleur. La promotion des pièces lorsqu'elles atteignent le camp adverse constitue une autre règle fondamentale du système de jeu.

Bien que ses origines précises fassent l'objet de débats récents, il est admis qu'il partage un ancêtre commun avec le chaturanga et le xiangqi, issu probablement d'Asie centrale ou du sud de la Chine. Introduit au Japon vraisemblablement durant l'époque de Nara (710-794), le jeu a évolué au contact de la civilisation nippone pour atteindre sa forme actuelle au . Son nom est étroitement lié au terme shōgun, reflétant son ancrage dans la culture médiévale japonaise.

L'organisation professionnelle est principalement régie par la Fédération japonaise de shogi (JSA), fondée sous sa forme initiale en 1924. Elle encadre les joueurs professionnels () et organise les compétitions majeures, dont les prestigieuses « huit couronnes ». Le milieu professionnel s'est illustré par des figures marquantes telles que Yoshiharu Habu, premier à détenir sept titres simultanément, ou plus récemment Sōta Fujii, qui a réuni les huit titres en 2023. Une structure distincte, la LPSA, représente spécifiquement les joueuses professionnelles. Depuis 2007, le shōgi fait également l'objet de confrontations régulières entre l'élite humaine et les logiciels d'intelligence artificielle.

Bien que le Japon demeure son centre principal avec environ 10 millions de pratiquants, le shōgi s'est diffusé internationalement. En Asie, il connaît une certaine popularité en Corée du Sud, tandis qu'en Europe, la pratique est structurée autour de la FESA qui regroupe 19 fédérations nationales, dont la Fédération française de shogi créée en 2006. Au-delà de la compétition, le jeu occupe une place dans la , apparaissant dans plusieurs mangas, séries d'animation (comme Naruto ou March Comes in like a Lion), ainsi que dans divers films et jeux vidéo.

Origines Le shōgi partage son origine avec les autres jeux de la famille des échecs. Quoique longtemps considérés comme dérivés du chaturanga., des recherches récentes demeurent sceptiques sur l'origine précise de cette famille de jeux.. Depuis, on s'accorde à penser que la source se situe probablement dans le bassin de l'Asie centrale, soit au nord de l'Inde, soit plus probablement au sud de la Chine avec le Boluo Saixi (en sanskrit Prasena, évoqué au par le moine Fazang), voire dans un pays de l'Empire sassanide..

À l'Ouest, l'ancêtre du shōgi et des échecs se répand le long des routes commerciales, lors de conquêtes et des voyages effectués par les missionnaires, puis atteint la Perse qui est à son tour conquise par les Arabes entre 638 et 641 apr. J.-C. . Les règles sont modifiées au contact des différentes civilisations et le jeu atteint l'Europe sous le nom de Shatranj, diffusé par les Maures lors de leur conquête de l'Espagne et d'une partie du Sud de la France au début du .

À l'Est, le jeu atteint la Chine et les règles modifiées donneront naissance au Xiangqi, en Thaïlande au Makruk, puis les échanges entre l'Empire du Milieu et le Japon aboutiront à la création du shōgi, probablement au cours de l'époque de Nara entre les années 710 et 794. Le shōgi gagne en popularité au cours de la période Heian (794-1185), lorsque la capitale du Japon se déplace de Nara vers Kyoto.

Il est avéré que le shōgi dans sa version actuelle est joué depuis le , les déplacements des différentes pièces ayant été détaillés dans un document rédigé aux alentours de 1210-1221, le , dictionnaire de la culture populaire, qui se trouve être une copie rééditée des manuscrits et ..

Le mot shōgi, qui signifie le jeu des généraux, est dérivé du mot shōgun, titre du général en chef des armées dans le Japon médiéval, mais aussi régent de l'empereur.

Organisation La a été fondée en 1924.

L'actuelle dont l'acronyme international est JSA () a été fondée sous son nom actuel en 1927. Après une scission, en 1935-1936 et un renommage, l'association a repris son nom initial en 1947. La date officielle utilisée par la fédération est 1924, la date de création de l'association des joueurs de Tokyo.

La fédération organise le calendrier des tournois, et rémunère les joueurs ayant obtenu le statut de joueur professionnel.

Une organisation différente coexiste pour représenter les joueuses professionnelles qui n'ont pas accès traditionnellement à la ligue masculine : l' dont l'acronyme international est LPSA ().

La fédération japonaise de shōgi. reconnait deux catégories de joueurs professionnels : les , et . Parfois kishi peut être remplacé par , un terme issu du vocabulaire du go.

La Shorekai est l'école officielle de laquelle les aspirants professionnels doivent sortir diplômés.

Championnats Huit titres, appelés familièrement , existent pour les champions professionnels masculins, les , et sont octroyées au cours de quinze : Meijin Ryūō ; Ōshō ; Ōza ; Kisei ; Ōi ; Kiō ; Eiō (Créé en 2015, ce tournoi est la depuis 2017).

Sōta Fujii est le premier joueur à détenir simultanément, en 2023, ces huit titres majeurs. (En 1996, Yoshiharu Habu avait obtenu les sept titres majeurs alors reconnus.)

Règles vignette|gauche|Les pièces traditionnelles.

Le jeu se déroule sur un de 9 cases sur 9 de couleur uniforme. Les caractéristiques physiques (dimensions, fabrication) se rapprochent beaucoup de celles du goban.

Chaque joueur joue l'un après l'autre. Le but est de prendre le roi adverse.

À chaque tour, un joueur peut soit déplacer une pièce, soit « parachuter » une pièce prise sur la surface de jeu. Les pièces se déplacent selon leur type. Si une pièce s'arrête sur une case occupée par une pièce adverse, cette pièce est prise.

Contrairement au jeu d'échecs, les pièces prises sont mises en réserve. Celui qui les a prises pourra les remettre en jeu à son profit ultérieurement (les « parachuter »). Le parachutage introduit du dynamisme dans le jeu puisque les joueurs peuvent parachuter les pièces capturées à tout moment soit pour menacer l'adversaire, soit pour renforcer leur défense. Le parachutage explique l'aspect particulier des pièces du shōgi. Pouvant être utilisées par les deux joueurs, elles ne se distinguent pas par leur couleur, mais par la direction vers laquelle elles pointent.

Si une pièce menace le roi, il y a « échec » (, ōte). L'échec n'est pas annoncé (sauf entre amateurs traditionnellement). Si l'adversaire ne s'en aperçoit pas, on peut prendre le roi et gagner la partie. Si aucune parade n'est possible, le joueur est « échec et mat » ou « mat » (, ōte-zume) et a perdu.

Parties nulles Les parties nulles sont rares au shōgi, étant donné que la quantité de pièces en jeu reste constante tout au long de la partie., elles concernent moins de 2% des parties au niveau professionnel. Une partie peut être déclarée nulle dans deux cas.: lorsqu'une même position se reproduit quatre fois (sennichite) ; lorsque les deux joueurs ont leur roi dans le camp adverse sans qu'il soit aisé de trouver un mat (jishogi).

Pièces Presque toutes les pièces au shōgi pouvant être prises et rejouées par les deux joueurs, leur couleur et leur marquage est indistinct pour les deux joueurs. Les pièces sont généralement de forme légèrement trapézoïdale avec un toit indiquant par leur orientation sur le tablier le camp auquel appartient la pièce jouée. Seuls les rois sont différenciés (car traditionnellement il ne peut y avoir deux rois en exercice) par leur nom ou leur abréviation usuelle.

Les pièces sont toujours déposées au départ (ou lors d’un « parachutage ») en montrant leur face normale (non promue, et marquée en noir).

Toute pièce promue (en dehors du roi et du général d’or qui ne peuvent pas l’être) doit être retournée après le déplacement pour montrer l’autre face, laquelle peut être marquée en rouge (dans les jeux modernisés) ou en noir (si la face normale montre ses deux kanjis traditionnels). La face cachée des rois et généraux d’or (qui ne peuvent pas être promus durant le jeu) est vierge.

Les pièces traditionnelles comportent sur leur face normale deux kanjis, généralement tracés dans leur forme cursive, et dont le premier indique le type et la valeur de la pièce : plus la pièce a de valeur, plus le sinogramme compte de traits (sauf le roi et le général de jade, valant tous les deux la partie).

Les kanjis des pièces en position promues (en généraux d’or ou pions d’or) sont des simplifications cursives successives du même mot (kin) « or » présent dans leur nom complet, le nombre de trait décroissant avec la valeur des pièces. Toutefois une autre convention pour ces promotions utilise des simplifications du premier idéogramme de la pièce correspondante non promue (sauf pour le pion d’or qui emploie une simplification cursive, étroite, de son premier idéogramme). Il existe des versions sans kanjis, pour les débutants, avec le dessin des déplacements possibles.

Pièce normale En japonais Mouvements autorisés Pièce promue En japonais Mouvements autorisés Notation (anglaise) Nom français Image Kanji (Romaji) Notation (anglaise) Nom français Image Kanji (Romaji) pièces uniques de chaque joueur tout au long de la partie K (King)

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