Giotto di Bondone ou Ambrogiotto di Bondone, dit Giotto, né en 1266 ou 1267 à Vespignano ou Romignano et mort le à Florence, est un peintre, sculpteur et architecte italien de la République florentine. Artiste majeur du Trecento, ses œuvres sont à l'origine du renouveau de la peinture occidentale. C'est l'influence de sa peinture qui va provoquer le vaste mouvement général de la Renaissance à partir du siècle suivant.

Giotto se rattache au courant artistique de la Pré-Renaissance, dont il est l'un des maîtres, qui se manifeste en Italie, au début du . En cette fin du Moyen Âge, Giotto est le premier artiste dont la pensée et la nouvelle vision du monde aidèrent à construire ce mouvement, l'humanisme de la Renaissance, qui place l'homme au centre de l'univers et le rend maître de son propre destin.

Les fresques que Giotto a peintes à Florence (basilique Santa Croce de Florence), à Assise (basilique Saint-François d'Assise) et à Padoue (chapelle des Scrovegni dans l'église de l'Arena de Padoue) figurent parmi les sommets de l'art chrétien.

Son influence sur les générations d'artistes qui le suivirent est immense à tel point qu'on a pu parler d'écoles « giottesques » à propos de certaines écoles de peinture regroupant des peintres dont l'œuvre a été marquée par celle du maître toscan. Des peintres comme ceux de l'école de Rimini (Giovanni Baronzio, Neri da Rimini, Pietro da Rimini) figurent parmi ses héritiersLuciano Bellosi, Giotto et son héritage artistique, traduit de l'italien par CIEL (Centre international d'études linguistiques), 1 vol. 383 p. à la suite du passage de Giotto, difficile à dater (vraisemblablement entre 1303 et 1309) dans leur ville, où, entre ses séjours à Padoue et Assise, il était venu peindre un cycle de fresques (aujourd'hui perdues) pour l'église San Francesco.

Biographie vignette|Plaque commémorative à Vespignano. vignette|Anonyme, Cinq Maîtres de la Renaissance florentine (entre 1490 et 1550), Paris, musée du Louvre. Détail : portrait de Giotto. vignette|Plaque commémorative sur le pont de Cimabue.

Jeunesse vignette|Vespignano, maison de Giotto. Selon la plupart des historiens, Giotto est né en 1267, à Colle di Vespignano (ou à Romignano), un village près de Vicchio di Mugello, au nord-est de Florence, en Toscane. Cette déduction est basée sur le vers que Pucci a fait à partir de la Chronique de Giovanni Villani et semble assez fiable, la date pouvant toutefois être déplacée d'un ou deux ans. Une minorité d'historiens place sa date de naissance en 1276, selon la chronologie que Vasari propose dans la biographie consacrée à l'artiste dans Les Vies. La date donnée par Vasari ne serait pas fiable s'il est acquis que Giotto devait avoir au moins vingt ans vers 1290, lorsqu'il peignit ses premières œuvres.

Il est né dans une famille de petits propriétaires terriens (Bondone était son père), famille qui, comme beaucoup d'autres, n'a déménagé que plus tard à Florence. Selon la tradition, jusqu'ici non documentée, la famille a confié leur fils à l'atelier de Cimabue.

D'après la légende, recueillie par Lorenzo Ghiberti et Giorgio Vasari, « Giotto enfant aurait commencé par garder les chèvres de son père Bondone, et le peintre Cimabue, le surprenant à dessiner sur une pierre avec un charbon près d'un cours d'eau, émerveillé de son génie précoce, aurait emmené le jeune berger, âgé d'une douzaine d'années, dans son atelier ». Une plaque commémorative est visible près du pont où aurait eu lieu cette rencontre hypothétique.

Les premières années du peintre ont fait l'objet de croyances presque légendaires dès son vivant. Giorgio Vasari raconte aussi comment Giotto a pu dessiner une circonférence parfaite sans avoir besoin d'un compas, le fameux « O » de Giotto. Tout aussi légendaire est l'épisode d'une blague faite par Giotto à Cimabue en peignant une mouche sur une planche : cela aurait été tellement réaliste que Cimabue, retournant travailler sur la planche, aurait tenté de la chasser :

D'autres textes plus récents affirment que Giotto et Cimabue se seraient rencontrés à Florence. Quoi qu'il en soit, c'est bien Cimabue qui assure la formation du jeune garçon au talent prometteur.

Giotto se marie vers 1287 avec Ciuta (Ricevuta) di Lapo del Pela. Le couple a quatre filles et quatre fils, dont l'ainé, Francesco, est lui-même devenu peintre. Il est inscrit en 1311 dans la compagnie des peintres de Florence et eut Taddeo Gaddi, Bernardo Daddi, Puccio Capanna et Ottaviano da Faenza comme élèves. Giotto a veillé à ce qu'un autre de ses fils, également nommé Francesco, devienne prieur de l'église San Martino à Vespignano, ainsi que son procureur au Mugello, où il agrandit les propriétés foncières de la famille. Il marie ensuite trois de ses filles avec des hommes aux alentours de la colline du Mugello, signe sans équivoque de sa très forte « Mugellanitie » et des liens profonds entretenus par le peintre tout au long de sa vie avec son territoire d'origine. Des études récentes indiquent comme l'une de ses premières œuvres, le fragment de la Madone conservé au Mugello dans la Pieve di Borgo San Lorenzo, datant d'environ 1290. Giotto est officiellement nommé pour la première fois dans un document de 1309, dans lequel il est enregistré que Palmerino di Guido rembourse à Assise un prêt en son nom en qualité de peintre.

Giotto ouvre un atelier où il est entouré d'élèves ; il s'occupe principalement de la conception des œuvres et de la mise en place des compositions les plus importantes, tandis qu'il laisse celles secondaires aux assistants.

Giotto dépasse la dématérialisation de l'image, l'abstractionnisme typique de l'art byzantin, se réapproprie magistralement la réalité naturelle dont il est un grand narrateur, habile à organiser les scènes avec réalisme et à créer des groupes de personnages qui interagissent les uns avec les autres, insérés dans un espace dont il a une grande maîtrise en s'ouvrant à la troisième dimension, c'est-à-dire à la profondeur. Dans sa technique, il marque une rupture avec l'art gothique italien du Duecento. Il insuffle un certain naturalisme à la peinture, abandonnant sa conception hiératique, c’est-à-dire avec la représentation symbolique des personnages dans une conception de la stature plutôt figée. Ce naturalisme se traduit par le fait que les personnages sont toujours caractérisés par une expressivité remarquable des sentiments et des humeurs, dans une représentation de la figure humaine rendue avec plasticité, avec un accent sculptural solide. Giotto mène une enquête approfondie sur l'émotion humaine, toujours rendue avec un réalisme vivant.

Il représente des scènes dans lesquelles l'accent est mis sur la communication entre les personnages. La perspective a un point de fuite, quoique l'espace représenté y soit parfois ambigu du fait de l'emplacement des personnages qui cachent les lignes de fuite. Tout en laissant de côté la représentation française délicate des personnages pour en accentuer la solidité, il continue tout de même à puiser dans le répertoire des motifs gothiques tels que les quadrilobes.

Ses peintures sont d'inspiration religieuse : nombreux retables, grandes surfaces couvertes de fresques à Padoue (scènes de la Bible à la chapelle de l'Annunziata ou des Scrovegni) et à Assise (église inférieure de la basilique et, surtout, scènes de la vie de François d'Assise dans l'église supérieure de la même basilique Saint-François, fresques du Palazzo della Ragione de Padoue, détruites en 1420).

Madone de San Giorgio alla Costa vignette|Madone de San Giorgio alla Costa, vers 1295 (Musée diocésain d'art sacré de Florence).

Selon certains chercheurs, le premier panneau peint par Giotto seul serait la Madone de San Giorgio alla Costa (à Florence, maintenant au musée diocésain d'art sacré), qui pourrait être antérieure aux fresques d'Assise. Pour d'autres, cependant, ce serait un travail postérieur au chantier de construction d'Assise et aussi au Crucifix de Santa Maria Novella.

Cette œuvre montre un rendu solide du volume des personnages dont les attitudes sont plus naturelles que par le passé. Le trône est inséré dans une perspective centrale, formant presque une « niche » architecturale, suggérant une impression de profondeur.

La nouveauté du langage de ce panneau, relativement petit et écourté sur toutes ses marges, se comprend mieux en faisant une comparaison avec les exemples florentins de Majesté qui l'ont immédiatement précédé, comme ceux de Coppo di Marcovaldo et Cimabue.

Fresques de la basilique supérieure Saint-François d'Assise

vignette|Un Habitant d'Assise étend son manteau sous les pas de François, une des fresques de la vie de saint François à Assise, basilique Saint-François d'Assise. La basilique Saint-François d'Assise, siège de l'ordre et lieu de sépulture de son fondateur, est achevée en 1253. Le début précis des travaux de décoration par des fresques des murs intérieurs reste un mystère en raison de la destruction des archives anciennes au ; on peut raisonnablement supposer qu'il remonte peu après le milieu du pour la basilique inférieure, et aux années 1288-1292 pour la basilique supérieure.

Les murs de l'église supérieure de la basilique Saint-François d'Assise (à une seule nef avec abside et vitraux), sont couverts des fresques allégoriques de Giotto sur le thème la vie du saint, et sont réalisées dans la dernière décennie du .

Elles y côtoient des œuvres de Simone Martini (vers 1280-1344), les Épisodes de la vie et de la passion du Christ, et d'Ambrogio Lorenzetti (v. 1290-1348), La Madone et les saints et les Stigmates.

La question de savoir si Giotto est intervenu ou non pour la décoration à fresque de la basilique supérieure est débattue. De nombreux historiens pensent que l'intervention de Giotto, des Histoires d'Isaac à presque tout le cycle de la Vie de saint François, est certaine. Luciano Bellosi (1985), Miklós Boskovits (2000) Angelo Tartuferi (2004) et Serena Romano (2008) se sont exprimés favorablement à cet égard. D'autres historiens pensent que l'intervention d'un peintre de l'école romaine, comme Pietro Cavallini, est beaucoup plus probable. Richard Offner (1939), Millard Meiss (1960), Alastair Smart (1971), Federico Zeri (1997) et Bruno Zanardi (1997) se sont exprimés en ce sens.

Selon le premier courant de pensée, Giotto aurait coordonné, sur une période d'environ deux ans, entre 1290 et 1292, différents artistes qui auraient laissé des empreintes différentes au cycle, même conçu sous une vision unifiée. Giotto se serait éloigné du site d'Assise avant de peindre la première et les trois dernières scènes du cycle (les quatre dernières à avoir été peintes) qui seraient attribuables au Maestro della Santa Cecilia.

Selon la deuxième hypothèse, l'arrivée de Giotto serait datée vers 1297, lorsqu'une partie des fresques de la chapelle San Nicola dans la basilique inférieure sont réalisées, avec l'Annonciation sur le mur d'entrée et les deux scènes des Miracles post mortem de Saint François et de la Mort et de la résurrection de l'enfant de Suessa, qui présenteraient des affinités techniques et exécutives évidentes avec la chapelle Scrovegni et différeraient du cycle franciscain.

Ces fresques, qui inaugurent une manière de peindre neuve et vivante, tout appuyée sur l'observation de la nature, la précision expressive des attitudes et des traits, durent exciter l'enthousiasme des contemporains. C'est la première fois que l'on rompt aussi ouvertement avec la tradition byzantine, avec les thèmes de convention éternellement reproduits, selon les mêmes règles, pour s'inspirer des récits populaires et des usages du temps.

Histoires d'Isaac vignette|Isaac repousse Esaü.