Le Coastal Command était une formation militaire appartenant à la Royal Air Force (RAF). Créée en 1936, elle devait assumer les missions aériennes maritimes de la RAF, après le transfert de la Fleet Air Arm à la Royal Navy en 1937. L'aviation navale fut négligée pendant l'entre-deux-guerres, de 1919 à 1939, et fut privée des ressources nécessaires à sa mise en place et à la réalisation de ses missions. Cette situation perdura jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle son importance fut reconnue. Le ministère de l'Air (Air Ministry) ayant choisi d'accorder la priorité aux besoins des Fighter Command et Bomber Command, Coastal Command fut souvent désigné par le sobriquet du « Service Cendrillon » (« Cinderella Service »), expression initialement utilisée par le Premier Lord de l'Amirauté de l'époque Albert Victor Alexander.

La première de ses missions était la protection des convois maritimes contre la menace des U-BooteLes auteurs anglophones utilisent généralement la graphie U-Boat(s). Les auteurs francophones hésitent entre le graphie anglophone et la graphie germanophone. Cet article conserve la graphie allemande, U-Boot/U-Boote. de la Kriegsmarine allemande. Il devait aussi assurer la protection des convois contre la menace aérienne posée par la Luftwaffe. La majorité des opérations du Coastal Command était de nature défensive, défense des lignes de communication des différents théâtres de guerre de ce conflit, méditerranéen, moyen-oriental et africain, ainsi que de celui de la bataille de l'Atlantique. Il assurait également des opérations offensives. Sur le théâtre méditerranéen et en mer Baltique, il conduisit des attaques contre le trafic maritime entre la Scandinavie et l'Allemagne ou entre l'Italie et l'Afrique du Nord. En 1943, l'importance de son rôle fut finalement reconnue et son action fut décisive dans la victoire contre les U-Boote.

Le service fut actif du premier jour des hostilités au dernier jour de la Seconde Guerre mondiale. Il assura plus d'un million d'heures de vol., et détruisit 212 U-Boote.. Les pertes du Coastal Command s'élevèrent à , toutes causes confondues, et à tuées au combat. Entre 1940 et 1945, le Coastal Command envoya par le fond 366 cargos allemands et en endommagea 134. Le tonnage coulé se monta à et endommagées. furent secourues par le Coastal Command, réparties entre alliés, 277 membres d'équipage ennemis, ainsi que non navigants..

Équipements en dotation

Appareils vignette|Un Sunderland. L'une des rares réussites dans les dotations antérieures au conflit, surnommé le « porc-épic volant » par les Allemands.. À l'ouverture des hostilités en 1939, le Coastal Command aligne un certain nombre d'escadrilles, 10 de Avro Anson, dont quatre d'auxiliaires, deux de Vickers Vildebeest, deux de Short Sunderland, trois de Saro London et un de Supermarine Stranraer. Vildebeest et London étant des appareils totalement dépassés. Les Anson représentaient la moitié de l'effectif mais son faible rayon d'action ne lui permettait pas d'effectuer des vols de reconnaissance à longue distance. Ce rôle était laissé aux escadrilles d'hydravions, sachant que sur les six, quatre d'entre elles alignaient des appareils dépassés. En définitive, seules trois escadrilles étaient équipées d'appareils adaptés, Lockheed Hudson et Sunderland.. Les moteurs pour Anson n'étaient disponibles en 1939 qu'en quantité limitée. Sunderland et Hudson n'étaient disponibles aussi qu'en nombre limité, ce dernier ne pouvant être livré qu'au rythme de deux par mois. Pour combler ce déficit de production, Le ministère de l'Air conduisit plusieurs missions aux États-Unis pour acheter plus de Hudson.

Outre le manque d'avions, le Director of Organisation du ministère de l'Air, Charles Portal, identifie les besoins spécifiques aux missions aériennes du Coastal Command. La nature même des opérations lui incombant nécessite la capacité à assurer des vols d'une durée de vingt-quatre heures. Des appareils capables de prendre l'air dans toutes les conditions météorologiques, en particulier pour les hydravions, sont indispensables pour la sécurité des équipages et pour l'efficacité du service. Le nouveau bimoteur avait été décrit comme correspondant totalement aux besoins exprimés ; livré à partir d', il se révèle inadapté. Pour assurer la couverture des atterrages occidentaux et sud, il faut des appareils à long rayon d'action. Entre et , le Coastal Command est renforcé. Il reçoit, en , les escadrilles 10 (RAAF, sur Sunderland), 235, 236, 248 et 254, équipés de Bristol Blenheims venant du Fighter Command. En , les escadrilles 53 et 59 équipées de Blenheim furent également prêtés par le Bomber Command. En , la équipée de Fairey Battle, fut aussi prêtée par le Bomber Command et basée en Islande. Au , quinze autres escadrilles sont fournies au Coastal Command, sept d'entre elles étant prêtées par d'autres branches de la RAF, avec un accord ferme conclu entre le ministère de l'Air et l'Amirauté. L'effectif opérationnel quotidien du Coastal Command s'élève alors à 298 appareils, en majorité inaptes à conduire des missions de reconnaissance maritime. En un mois, il atteint trente-neuf escadrilles et 612 appareils. Onze modèles différents d'avions causent des difficultés de formation et d'entraînement des aviateurs, ainsi que des freins à la permutation des équipages.

vignette|Un Bristol Beaufort du Coastal Command en patrouille, 1940.

Au début de , la situation évolue favorablement. 18 Consolidated Catalinas, neuf Sunderlands, 20 Armstrong Whitworth Whitley et 170 Lockheed Hudson étaient disponibles. L'aviation d'assaut du Coastal Command alignait 60 Bristol Beaufort et 40 Bristol Beaufighters ainsi que 60 Blenheim en version chasseur pour un total de 397 avions regroupés en 18 escadrilles. En , l'effectif se montait à 496 appareils disponibles. Philip Joubert de la Ferté ne se montre pas pour autant satisfait. Il estime qu'il manque toujours trois escadrilles basées à terre ainsi que dix escadrilles d'hydravions. Il conteste les affirmations du ministère de l'Air selon lesquelles le Coastal Command, pour ce qui était des appareils utilisables, est « comparativement bien servi »..

Après la nomination d'Arthur Harris au commandement du Bomber Command, la situation du Coastal Command se dégrada. Depuis l'époque où il était group-captain à la division des Plans stratégiques du ministère de l'Air, Harris avait dénoncé la mise à disposition de ressources à l'aviation maritime, suggérant que le bombardement des chantiers navals et des installations portuaires suffisait pour supprimer la menace pesant sur le commerce maritime En , 259 Hudson étaient disponibles mais à partager avec les autres services. Whitley et Hampden étaient trop vulnérables pour opérer à proximité des côtes ennemies sans une escorte importante de chasseurs. Les escadrilles de Beaufort furent envoyées au Moyen-Orient pour mener leurs missions sur les Balkans et l'Afrique du Nord.

L'excellent Mosquito fut pris en considération, mais la fourniture de ces appareils fut accordée en priorité aux Bomber et Fighter Command. En , le chef du Coastal Command disposait de 850 appareils. Mais si on prend en compte la qualité des appareils, rien n’était satisfaisant. Slessor écrivait toujours au ministère de l'Air, déplorant que les Mosquitos soient utilisés comme appareils de reconnaissance, que plus de 200 d'entre eux étaient affectés à des missions tactiques d'appui aux troupes au sol, pendant que le commerce subissait de lourdes pertes dans l'Atlantique. Les archives de son successeur, Sholto Douglas montrent le souhait d'améliorer la qualité des appareils existants plutôt que d'en réclamer de nouveaux. En fonction de cela, en , 10 escadrilles de Consolidated Liberator, cinq de Vickers Wellington équipés du projecteur Leigh light, ainsi que deux Handley Page Halifax, Hudson, et de B-17 étaient mis à disposition du Coastal Command. Liés à d'autres avancées techniques, ces appareils à long rayon d'action prirent leur part dans la défaite des U-Boote en ..

Missions vignette|Un Liberator Mark I, après conversion, en 1941, comme appareil anti-sous-marin. vignette|En 1942 avec le Air Vice-Marshal Brian Baker, l'Air Commodore William Primrose, l'Air Vice-Marshal James Robb, l'Air Vice-Marshal Albert Durston, l'Air Commodore Sturley Simpson, l'Air Chief Marshal Sir Philip Joubert de la Ferté, l'Air Vice-Marshal Geoffrey Bromet, l'Air Commodore Ian Lloyd, l'Air Commodore Henry Smart.

Jusqu'à la Débâcle en 1940, la mission confiée au Coastal Command et à ses avions était la couverture aérienne de la Manche, de la mer du Nord et les atterrages occidentaux. La conquête de l'Europe de l'Ouest et de la Norvège fait naître une ligne de côtes hostile, du Cap Nord au golfe de Gascogne. L'entrée en guerre de l'Italie étend la menace à la Méditerranée. Les besoins augmentent. La mer d'Irlande, couvrant les ports de la côte ouest britannique nécessite trois escadrilles supplémentaires d'hydravions. Au total, 200 appareils à long rayon d'action supplémentaires sont requis. Le Blackburn Botha étant inadapté, une solution de rechange temporaire consiste à utiliser les Anson et les Hudson pour tenir ce rôle. L'Anson, en particulier, présente un rayon d'action trop faible et n'a pas la capacité d'emport d'armes nécessaire pour détruire des sous-marins.

Vers l'automne 1941, les U-Boote commencent à opérer plus loin dans l'Atlantique. Le Coastal Command réclame 150 Catalinas et 76 Sunderlands pour équiper 26 escadrilles d'hydravions ; 32 Liberators et 32 Wellingtons, ou Whitleys, afin de mettre sur pied quatre escadrilles de reconnaissance à long rayon d'action ; 64 Mosquitos et 180 Hudsons pour équiper 15 escadrilles à rayon d'action moyen ; 128 Beauforts pour huit escadrilles de bombardiers torpilleurs ainsi que 160 Beaufighters pour 10 escadrilles de chasseurs à long rayon d'action. D'un autre côté, quatre escadrilles d'hydravions et deux escadrilles de reconnaissance à court rayon d'action devaient être envoyées en Afrique occidentale ainsi que trois escadrilles d'hydravions à Gibraltar..

En , le besoin de disposer d'appareils capables d'une autonomie de se fit jour pour contrer les U-Boote opérant désormais à 700 miles des côtes britanniques. Si les patrouilles couvraient une zone de correspondant aux approches des ports, les Allemands pouvaient établir leurs barrages à , hors de portée. À cette époque des radars embarqués avaient fait leur apparition et les avions disposaient d'équipements pour le vol sans visibilité et pour les décollages demandant moins de longueur de piste. La priorité fut alors accordée au Coastal Command pour ses unités de lutte anti-sous-marineLa guerre anti-sous-marine était désignée alors, chez les Anglais, par le sigle « A/S » ; mais il est bientôt remplacé par « ASW ». Pour cet article, « anti-sous-marine » sera abrégé ci-après en « ASM ».